Zibeline n°65 jui/aoû 2013
Zibeline n°65 jui/aoû 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°65 de jui/aoû 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 64

  • Taille du fichier PDF : 17,6 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... économie et culture.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Delphine Gigoux-Martin, Ce que j'aimais..., installation video,tapis suspendus, renards naturalises, 2013.C. Lorin-Zibeline 34 A U PRO GR A M M E E X P O S IT I O N S 1 Au-delà des murailles À Tarascon, au château du Roi René l’art contemporain rejoint l’univers fabuleux du mythe. De méditerranée d’autres Ulysse ont abordé sur les rives du Rhône Le parcours emprunte l’itinéraire de la visite patrimoniale du monument presque entièrement rénové accueillant le Centre d’Art René d’Anjou. La complexité architecturale contraste avec la restitution de la superbe pierre de Fontvieille débarrassée de ses anciens oripeaux (vieilles cimaises, enduits…), révélant de salle en salle l’imposante architectonique et quantité de graffitis, traces d’une histoire complexe. Il ne faut donc pas ménager son effort depuis la chapelle basse protégeant la première œuvre rencontrée de Jean-Pierre Formica. Deux gisants de sel sur leur barque de Camargue funeste rappellent les couples immortalisés de la littérature ou conservés dans la pierre. Un groupe pétrifié est immobilisé, plus loin des aquarelles et céramiques polychromes évoquent un rivage extraordinaire en écho à celui troublant de François-Xavier Courrèges ou les paysages indicibles d’Ariane Michel. Le mythe et la légende s’incarnent dans des objets prodigieux ou surnaturels. Des poissons de méditerranée radiographiés au-delà des apparences pour Ben Attar, un gigantesque poulpe/nautilus (avatar aquatique de la Tarasque ?) de Christian Gonzenbach, les cerveaux volants et cerveaux roulants de Nicolas Rubinstein, trois têtes de cerfs en céramique émaillée et un lapin-témoin solitaire en attente, à même la pierre de Françoise Pétrovich qui signe aussi l’entrée du site avec un Télémaque adolescent rouge guerrier en vigie. Pénélope et Ithaque sont proches. Delphine Gigoux-Martin a conçu plusieurs pièces spécifiques dont une théâtrale installation où se condensent le voyage et l’attente, la cartographie et le tissage suspendant des tapisseries à travers notre chemin pour conclure avec une forêts de javelots d’acier et de verre rappelant l’étape ultime d’Ulysse face aux Prétendants. En invitant aussi le projet collaboratif Ping-Pong de l’Atelier Municipal d’Arts Plastiques, et en évitant les poncifs historicisants accolés au monument dont il a la charge, son conservateur, Aldo Bastié, a su trouver une réécriture suffisamment signifiante, ouverte et poétique faisant cheminer l’univers des œuvres contemporaines avec le patrimonial pour rejoindre des mythologies plus lointaines.C.L. o Rives imaginaires, sur les pas d’Ulysse jusqu’au 31 octobre Centre d’arts René d’Anjou, Château de Tarascon 04 90 91 01 93 http://chateau.tarascon.fr www.mp2013.fr Francois Morellet, vue partielle de l'exposition 5x3, Le Box, 2013au premier plan Beaming Pi 300, 2002C. Lorin- Zibeline En droites lignes Dans l’anse portuaire de l’Estaque, Le Box relève la gageure d’offrir un espace permanent à une collection privée, dédié à l’art contemporain, le fonds M-ARCO. Pour compter dans le concert du renouveau culturel marseillais avec François Morellet en ouverture À la faveur de la restructuration de leur entreprise (Féraud CFM), Marc et Marie-Hélène Feraud ont décidé en 2009 de consacrer les presque mille mètres carrés d’un hangar, ancien box d’abattage, à la présentation d’œuvres et d’artistes de leur collection et en lien avec elle. Un white cube industriel réhabilité sans fioritures. Un peu austère. Une volonté en adéquation avec les appétences esthétiques des propriétaires séduits par les tendances minimalistes : « Cela nous est venu au fur et à mesure. J’étais déjà entourée dans mon enfance par des tableaux, avec mon grand-père, mon oncle venu s’installer en Provence… Nous avons forgé notre goût, beaucoup voyagé et regardé pour savoir devant quelles propositions on réagit le plus. Nous apprécions ces artistes qui travaillent dans des formes rigoureuses, la géométrie, l’abstraction, le dépouillement. Nous allons d’ailleurs vers des œuvres de plus en plus radicales » précise Marie-Hélène Féraud. Marseille 2013 a été l’opportunité pour le couple de mécènes d’ouvrir cet espace au public au-delà du cercle privé et professionnel poursuivant leur implication sur le territoire : comme co-fondateurs de Mécènes du Sud en 2003, avec les expositions Charlton/Traquandi en 2011, une nouvelle génération de l’abstraction en 2012 puis le démarrage de résidences d’artistes et acquisition d’œuvres auprès de jeunes créateurs comme Florian Schmidt plus récemment. Avec François Morellet un nouveau cap est franchi. « C’est sur la suggestion d’un galeriste parisien que nous l’avons sollicité. Il nous a fait cette proposition à partir des plans que nous lui avons envoyés. » L’ensemble comprend six pièces anciennes et neuf inédites -peintures, sculptures, néons, adhésifs sur murs- qui structurent et rythment l’espace d’accueil non sans une élégance rigoureuse recherchée. Les trois sculptures Beaming PI 300 (une un peu reléguée dans un angle) en sont les principaux acteurs. Développées en modules orthogonaux sur le nombre PI, laquées noir, ocre et rouge, elles forment un contraste majeur avec les autres œuvres au mur plus discrètes mais étonnamment présentes, dont les Double sens 1, 2 et 3 (avec néons) ou Tamponnade 1, 2 et 3 relevant du jeu mathématique et linguistique particulier à l’artiste. Le titre lui a aurait été inspiré par le mot tapenade, la spécialité bien connue ! C.L. François Morellet, « 5x3 » jusqu’au 20 septembre Fonds M-Arco, Le Box, Marseille 04 91 96 90 02 www.m-arco.org a
Le souffle o et la matière Sous le dôme en verre en partie occulté de son atelier rue Curiol, devenue Crouli pour le romancier Jean-Pierre Ostende dans sa nouvelle Femmes trouvées en ville, Yazid Oulab a le geste précis de l’artisan et les outils de l’ouvrier. Ceux qu’il utilise lorsqu’il sculpte la matière, et ceux qu’il réinvente en leur conférant le statut d’œuvre d’art. D’objets précieux. Clous dessinés sur le papier, clous surdimensionnés en inox poli posés au sol comme un mikado (ensemble intitulé Alif, comme la première voyelle), Couteau de 7 x 116 x 14,5 cm au manche en bois et à la lame en graphite exposé sur une stèle, ensemble de Vis/Boulon en graphite délicatement présenté en vitrine, fil de fer barbelé tordu fièrement accroché au mur… Ce même fil de fer qui écorche la paume de sa main lorsqu’il emprunte à Rimbaud quelques vers des Illuminations : « Ô cette chaude matinée de février… Ô l’autre monde ». Tentative magnifique de rendre ce matériau, agressif, plus tendre… Il y a ces matières, humbles, et tous ces objets usuels, plus humbles encore, dont il s’empare pour représenter des Fragments d’humanité. Comme si un souffle mystique les habitait, les traversait. Yazid Oulab invente son alphabet du monde dans le silence de son « laboratoire », là où il aime réfléchir, lire, créer des formes longilignes, des tiges qui s’élèvent, « noircir à la bombe des objets mixtes », se saisir de ses outils pour faire ses armes d’aujourd’hui. Et s’interroger : « Comment relier ma propre histoire familiale, les deux rives, toutes les L’île aux femmes L’accostage sur les rives de Babilary, l’île imaginaire de Aïcha Hamu, n’est pas sans risques car le mythe de la plage paradisiaque est cousu de fil rouge. L’artiste nous transpose dans cet îlot de la mer de Chine laissé au pouvoir des femmes par l’effet d’une incroyable transfor-mation du Pavillon de Vendôme en canevas grandeur nature : du sol au plafond, un fil en coton tisse des points de fuite et construit des architectures spatiales d’un tableau à l’autre… du Portrait présumé de Ga-brielle d’Estrée et de sa sœur la duchesse de Villars, dominant l’escalier monumental, à toutes « les couseuses » piquées dans le panthéon de l’his-toire de l’art ! Reliées entre elles, les toiles profanées (des copies photographiques) servent de décor à une exposition clairement théâtrale. Car Aïcha Hamu a fait table rase du mobilier -à quelques exceptions près- pour conserver de la splendeur de l’hôtel particulier de modestes tapisseries avec lesquelles elle joue de transparence dans Hyphen, photographies de personnes en transe dont elle ressuscite l’empreinte par un savant procédé technique. Face à ces visages Yazid Oulab, vue de l'exposition au FRAC Provence-Alpes-Cote d'Azur, 14 Juin - 1er septembre 2013 J-C. Lett-Frac Paca histoires de l’art ? Comment donner image à la poésie ? ». Sous les hauts espaces bruts du Frac, Yazid Oulab « se fait conteur » par pièces interposées, dévoilant un penchant pour l’épure et la monumentalité, le minimalisme et la fragilité, le noir et la transparence. Corpus cohérent et homogène -même si les matériaux et les formes sont multiples- né de ses questionnements sur les objets (le clou et le couteau… Abel et Caïn), les signes (tracés enchevêtrés ou arabesques tourbillonnantes), les médiums (avec eux toute l’histoire de l’art), les images (dans la vidéo Oud, l’instrument de musique suggère « un monde intérieur en appel d’éveil »), le geste artisanal (comme dans o Vue de l'exposition de Aicha Amu, Pavillon de Vendome, Aix 2013 Jean Bernard transfigurés, son mini Récamier recouvert de toile noire brodée de vers grouillants n’incite pas au repos des courtisanes… Pas plus que sa sculpture sonore, Anticipation, clin d’œil à la trappe du souffleur dissimulée sous une épaisse moquette lie de vin, qui joue du décalage et de la disparition. Ici, pas de pétales de rose sur le parterre d’opéra ! Le voyage en terre « babilaryenne » est tout sauf idyllique quand, brouillant les rapports d’échelle pour mieux manipuler notre regard de lilliputien ou de Gulliver, elle fait la menuiserie familiale) et les mots… Dont le puissant Mektoub : c’était écrit. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI jusqu’au 1er septembre Frac Paca, Marseille 2 e 04 91 90 30 47 www.fracpaca.org À lire Yazid Oulab Textes de Olivier Kaeppelin, Fadila Kateb, Julia Marchand, Pascal Neveux. Nouvelle de Jean-Pierre Ostende, Femmes trouvées en ville. Éditions du Palais, 24,50 € dégouliner du plafond peint une sculpture en cuir tressé couleur sang de bœuf (Rem-brandt et Picasso veillent sur elle), radicalise son évocation des jardins de Babylone (23 modules en bois, peinture et cheveux composent cette Dystopia évolutive), reprend à son compte les sculptures molles de Robert Morris pour créer son bestiaire. Avec interdiction de l’approcher, car les courbes moelleuses des cygnes n’empêcheront pas la sourde menace de leur cou tendu… M.G.-G. Titre de l’exposition emprunté à P.-Fr. Guyot, abbé Desfontaines, Le Nouveau Gulliver ou Voyage de Jean Gulliver fils du capitaine Gulliver. Traduit d’un manuscrit anglais par M. l’abbé deL. D. F., Paris 1730. Babilary Acte 2 de l’exposition collective Tisser des liens (Zib’62) jusqu’au 29 septembre Pavillon de Vendôme, Aix-en-Provence 04 42 91 88 75 35 A U PRO GR A M M E E X P O S IT I O N S



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