Zibeline n°65 jui/aoû 2013
Zibeline n°65 jui/aoû 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°65 de jui/aoû 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 64

  • Taille du fichier PDF : 17,6 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... économie et culture.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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30 F E S TI V A LS M US I Q U E Drames d’amour Saltimbanques dans l’potager Saveurs poétiques du Moyen Orient... Voilà ce que proposait Caressez le potager le 11 juillet. Comme chaque année, ce festival marseillais, qui réunit culture et environnement, s’est installé trois jours dans l’écrin de verdure du Parc de la Mirabelle, dans le 12 e arrondissement de Marseille. Pour sa dixième édition, le Festival présentait une création de la Compagnie Messieurs Mesdames (coproduction MP13), Nasruddin Circum. Ce spectacle unique met en musique et en espace les aventures de Nasruddin Hodja (récit du XV e siècle) et les textes d’Orhan Pamuk (auteur turc contemporain, Prix Nobel de littérature en 2006). Pendant plus d’une heure, un narrateur partage la scène avec un Écrin grandiose et magnifique, les Cours du Château de l’Empéri ont accueilli le 24 e Festival Théâtre Côté Cour Jeux de séduction Embastillée, Madame de Rosemonde attend son exécution. Et se souvient. C’est le point de départ, et le fil conducteur, de ces Liaisons dangereuses adaptées du chef-d’œuvre de Choderlos de Laclos par Régis Mardon et Pascal-Emmanuel Luneau. Transposée au début de la Révolution française, l’histoire ne perd rien de sa force ni de son intérêt. Sans doute est-ce du aussi à la mise en scène de Patrick Courtois, qui, d’une élégante simplicité, mêle des flashsback, procédé éminemment cinématographique, aux costumes d’époque (magnifiques !), rendant le propos moderne et lumineux ; il s’appuie aussi sur le jeu exceptionnel des comédiens, chacun incarnant avec force et conviction roueries, abus et descente aux enfers… Quelle finesse dans le jeu des regards de la marquise de Merteuil et son complice le vicomte de Valmont, tout en perfidie et duplicité, dans celui de Madame de Rosemonde quand, sa vie défilant, elle ne peut que se plier à ce destin si cruel, dans celui de la pieuse présidente de Tourvel, en proie au trouble et à la capitulation, ou dans celui de la pieuse Cécile de Volanges, qui se révèle être éminemment vengeresse quand sonne le glas… Du grand théâtre ! DO. M. Les Liaisons dangereuses ont été jouées le 2 juillet co X-D.R Kevin Derveaux danseur, quatre musiciens (saxophone, tuba, guitare et davul) et un âne (véritable star des jeunes spectateurs). Le texte oscille entre le récit initiatique et le conte philosophique. La mise en scène parvient à maintenir l’attention du spectateur grâce un subtil équilibre entre le théâtre, la musique et la danse : le conteur est porté par des thèmes musicaux orientalisants qui accompagnent les mots jusqu’aux oreilles et rythment le récit ; le danseur illustre Les amants de Vérone o Dans la Cour Renaissance du Château, la Compagnia Dell’Improvviso interprétait Roméo et Juliette de Shakespeare. Bonheur de voir jouer une vraie troupe de théâtre, avec sa belle complicité. La mise en scène de Luca Franceschi est à la fois simple et inventive : un même espace devient par l’énonciation des didascalies une place, une salle de bal, une chambre, un tombeau ; les costumes se changent sur des tenues de ville, les tabourets et bancs qui servent de sommaire décor sont mus par les acteurs, sans que jamais l’illusion théâtrale se dissipe. À sept, les comédiens endossent tous les rôles avec une verve enthousiaste. Un esprit de commedia dell’arte flotte sur l’ensemble, on rit beaucoup, trop ?, dans cette tragédie dont le texte connaît quelques libertés ! Petit bémol, Roméo manque un peu de la fraîcheur innocente que réclame le rôle, alors que Juliette est toute de finesse émerveillée. Le trio Zéphir sur scène apporte un contrepoint dramatique par ses compositions et sous-tend l’action d’une vibrante émotion. Un grand moment de théâtre. MARYVONNE COLOMBANI Roméo et Juliette a été joué le 8 juillet À voir aussi au Festival Off d’Avignon, au Théâtre La Luna jusqu’au 31 juillet (relâche le 29) avec grâce les différents tableaux et les chorus improvisés des musiciens ; le quartet, quant à lui, distille un savoureux cocktail de jazz et de musique du monde qui confirme le grand talent du saxophoniste et compositeur Didier Labbé. Une prestation à la fois riche et légère qui permit à tous, parents comme enfants, de se régaler, « le cul dans l’herbe et la tête dans les étoiles » ! KEVIN DERVEAUX La 10 e édition du Festival Caressez le potager s’est déroulée du 10 au 12 juillet à Marseille
Entre Fonkér Kréol et Moringue Avec la tournée du spectacle Dobout an Bout de la Cie Cirquons Flex, le mois de juin a vu encore une belle initiative du Bois de l’Aune, qui irrigue le Pays d’Aix de productions et de coproductions d’une grande qualité permettant à de petites villes de proposer des œuvres de premier plan. Dobout an Bout joue entre les différentes formes d’expression que sont la vidéo, la danse hip hop, les voltes circassiennes, la moringue, art martial cousin réunionnais de la capoeira, la poésie déclamée (deux fonnkèrs, sorte de slam créole, écrits par Francky Lauret)… tout se fond en une écriture ferme d’une belle densité. La scène s’orchestre entre un mât central de six mètres, et deux grands écrans sur lesquels sont projetées des images de la Réunion, rues animées, marché, champs de canne ondoyant sous le vent… la vidéo convoque aussi des gens croisés là… le propos prend des allures universelles, chaque mémoire se retrouve dans ces fragments de vie. Un banc face aux images autorise une mise en abîme du spectacle, qui s’amorce par les gestes de la danse de rue avant les envolées vertigineuses sur le mât, ou les batailles mimant celles des coqs exposées en images. Les trois artistes, Anthony Anna, Erick Lebeau, Vincent Maillot, évoluent avec une fluidité et une élégance qui font oublier la folle difficulté des acrobaties exécutées. L’ensemble résonne des superbes compositions d’É. Lebeau au chant, contrebasse et guitare. Le public est debout, transporté. MARYVONNE COLOMBANI Vincent cactus Vanheck Dobout an Bout a été joué à Pertuis le 20 juin 31 F E S TI Migrations De quoi Phèdre - « regarde moi, c’est elle » - est-elle coupable/victime ? La question court encore et du cœur de sa vitalité terrible est né le projet itinérant et polyglotte de Jean- Baptiste Sastre ; de Lorient à d’autres bouts de monde le poème dramatique de Frédéric Boyer déracine le mythe, permet justement son envol et transporte une parole errante qui fait halte là où ça fait mal : désir bafoué, cruauté, violence, solitude ; l’homme, la femme et les Compagnons d’Emmaüs par exemple ; belle rencontre de théâtre qui croise les exclusions pour les sublimer. Ce soir de juin les platanes tordus de la Communauté de la Pointe Rouge font office de colonnes sous la lune, et la poussière vole comme dans l’arène sous les cavalcades du chœur « fragile » (compagnons de diverses communautés, « Strassenchor » de Berlin, Tintin, Walter, Roberto ou Naïma, voix et corps éraillés parfois, magnifique dignité toujours…) qui accompagne les Phèdre et les Hippolyte dont les affrontements, mis en scène sans redite dans les trois langues des acteurs, scandent l’avancée du poème partagé. Saisissant et incontestable, le spectacle s’impose parce qu’il semble rétablir à chaque instant l’équilibre menacé du monde : le rayonnement sombre de Hiam Abbas, actrice de cinéma bien connue, ou la puissance mate de Jean- Baptiste Sastre en Hippolyte impur, cynique et brutal (duo pasolinien en diable !) accompagnent sans l’écraser la subtile étrangeté du couple allemand avec sa Phèdre transexuelle et monumentale ou la sensualité plus convenue du couple italien ; quand le souffle est coupé par le geste (la main agressive d’Hippolyte plaquée au sexe de Phèdre) ou la parole (« j’ai pris la lune dans mon ventre »), la musique frêle du piano électrique égrène une variation Goldberg ou le chœur clame avec humour son animalité façon « nous sommes tous des cachalots ». L’éthique se fond ici dans l’artistique comme la poésie dans la matérialité cahotante de la langue. Gageons que ce soir-là chacun est reparti bouleversé avec son ombre tragique. MARIEJO DHO Alain Fonteray Black (and gay) is beautifuleiTout commence par la fin du Lac des Cygnes, musique de Tchaïkovski, sur un plateau nu. Bruits de coulisses, les danseurs à tutus blanc saluent le mur du fond, applaudissements lointains… Entrée en matière irrévérencieuse, prélude à la chorégraphie inventive et virtuose de Dada Masilo, Swan Lake. Le ballet mythique est pris d’abord en objet d’observation didactique, paradigme archétypal de tous les ballets : un meneur de revue qui ne dédaigne pas l’esquisse de gestes techniques parfaitement maîtrisés, présente sur un mode parodique les caractéristiques du ballet romantique, défilé des personnages, des attitudes déterminées par les règles immuables de cette forme très codifiée, agrémentée par les ondulations des ailes et… les ébrouements des fesses ! Car ces codes explosent, fusionnent avec d’autres formes, celle de la danse africaine, orientale, french cancan, revue, danse contemporaine dans une harmonie nouvelle et jubilatoire. Le conte primitif lui aussi est détourné, s’ancrant dans les problématiques actuelles : les marieurs et décideurs sont blancs (évocation voilée de l’Afrique du Sud ?), le prince est gay. On passe par tous les registres de l’émotion, du rire franc aux larmes retenues, avec la sublime mort des cygnes sur la musique d’Arvo Pärt. Dans le grandiose amphithéâtre de Vaison servi par une technique parfaite, l’effet est sublime ! MARYVONNE COLOMBANI V A LS D A N S E T H É Â T R E Swan Lake s’est donné le 13 juillet dans le cadre de Vaison danses, qui se poursuit jusqu’au 28 juillet John Hogg Phèdre les oiseaux a été donné à la Communauté Emmaüs de la Pointe Rouge, Marseille, et au Bois de l’Aune à Aix-en-Provence du 19 juin au 2 juillet



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