Zibeline n°65 jui/aoû 2013
Zibeline n°65 jui/aoû 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°65 de jui/aoû 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 64

  • Taille du fichier PDF : 17,6 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... économie et culture.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Camus, la mesure ? Il fait enfin chaud au Fort Saint Jean quand s’ouvrent les deuxièmes « Intensités de l’été ». Une programmation de tables rondes, cinéma et spectacle intitulée Pourquoi Camus. Derrière nous, toute une mer vibrante de soleil. Thierry Fabre explique son propos général : il est question en quelques jours de faire ce qui n’a pas été fait à Aix. De réinterroger Camus, pour faire revenir la littérature et ses questionnements, la réflexion intellectuelle et politique au cœur de la capitale européenne. Il était temps ! MP2013 se poursuit en fêtes et succès, mais nourrit peu les esprits… Pourquoi Camus est-il si essentiel aujourd’hui ? Benjamin Stora, absent pour cause de voyage présidentiel officiel en Tunisie, devait participer au débat, présence symbolique après son éviction du commissariat de l’exposition à Aix. Mais lors du premier débat, la présence lumineuse de Maïssa Bey apportait au fond toutes les réponses. L’écrivaine parla sans fard. Du vrai rejet quand elle avait lu L’Etranger à la fin des années soixante, la figure de l’Arabe caractérisant immédiatement une « écriture coloniale ». Du temps qu’elle avait mis pour y revenir… Puis de son éblouissement des années plus tard à la lecture de Noces, pour y avoir reconnu cet attachement charnel à la terre algérienne qui ressemble tant au sien, et lui a permis d’entrer par le soleil dans l’interrogation politique de Camus. Sa « fragilité », n’était pas de « l’indétermination » mais le courage d’aller « à contresens de l’histoire ». De s’indigner, comme journaliste, contre les massacres de Sétif dès 1947, de refuser la violence, en Albert Camus Henri Cartier-Bresson pressentant la douleur de l’exil qui se profilait. Elle parla de ces « frontières invisibles » qui régnaient entre « Arabes » et « Français », du fait que les deux mondes ne se fréquentaient pas à la ville, que les Français sont absents aussi des romans de MohamedDib. Et surtout, elle dit que l’écrivain, mort à 47 ans, avait cheminé, que Le premier homme mettait en scène son déchirement intérieur, et les raisons de cet éloignement de la guerre d’indépendance et de la violence de l’OAS et du FLN : « un homme ça s’empêche, sinon ça devient… ». Il voulait rester un homme, d’où son refus de s’engager auprès des Algériens en 58, son « silence troublant » parfois, comme son impossibilité de défendre autre chose que le fédéralisme, et son approbation discrète de l’autodétermination en 1959 : c’est la violence, la brutalité qu’il refusait. Jean Yves Guérin précisa que penser qu’il était « tiède » était un contresens : il était animé par l’idée de mesure, pas « mollasson » mais tendu entre des idées contraires, qui sont au centre de son questionnement de « réformiste exigeant ». Il fit sourire le public en parlant de ces néo réac anciens maoïstes qui ont condamné Camus en son temps, l’ont traité de « philosophe pour Terminales », puis sont passés de Mao à Sarko. Lui a toujours défendu l’idée qu’on ne possède pas la vérité et que Camus la cherche, comme Sisyphe, dans ce court instant où il redescend la pente et sourit, juste à l’opposé des idéologues qui poussent leur rocher destructeur et vain. En écrivain responsable il se soucie de la lecture qu’on fera de ses textes, refuse de pousser au meurtre comme Céline, ou Sartre, s’interdit la littérature à thèse, avoue ses déchirements. Comme dans Les Justes il affirme que la fin ne justifie pas les moyens, que l’idée de « trêve civile » que Camus défendait en 1956 est admirable. Puis le professeur de littérature rappela la modestie des origines de Camus, le décrivant comme un enfant de cette troisième république « jacobine et uniformisante » qui lui avait permis de faire des études, sans lui donner l’idée de parler l’arabe. La figure de l’instituteur, si importante dans son œuvre, représente la force et la faiblesse de cette France-là, qui n’associait pas la Liberté avec le libéralisme et « le fric », mais a manqué de la connaissance de la culture de l’autre. Car si Camus a une place si grande dans les régimes liberticides, s’il est traduit en Persan, c’est parce qu’il pose sans cesse la question de la démocratie, cruciale aujourd’hui. Propos qui fut parfaitement illustré par les divers extraits du discours de Stockholm (1957, Réception du Prix Nobel) lus sans emphase et avec une clarté lumineuse : « Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse. Héritière d’une histoire corrompue où se mêlent les révolutions déchues, les techniques devenues folles, les dieux morts et les idéologies exténuées, où de médiocres pouvoirs peuvent aujourd’hui tout détruire mais ne savent plus convaincre, où l’intelligence s’est abaissée jusqu’à se faire la servante de la haine et de l’oppression, cette génération a dû, en elle-même et autour d’elle, restaurer, à partir de ses seules négations, un peu de ce qui fait la dignité de vivre et de mourir. » Reste à savoir ce que notre génération peut faire de cet héritage, en exportant sa démocratie tout en respectant la culture de l’autre, en cultivant la trêve, en cherchant d’autres réponses à la violence que l’œil pour œil, et trouvant d’autres universalismes que la globalisation économique. La réponse dans Camus et au MuCEM ? AGNÈS FRESCHEL Pourquoi Camus ? s’est déroulé les 5 et 6 juillet, en quatre débats successifs, la mise en scène de la correspondance avec René Char, la projection de documentaires, et de L’Etranger de Visconti : magnifiquement filmé, mais où Mastrioanni, sans doute trop beau pour être Meursault, hésite entre exprimer la douleur, l’indifférence, la révolte ou l’abrutissement, comme si son personnage lui demeurait incompréhensible… peut-être l’est-il ? o
Pour que vivent les livres 280 m² au J4, 45 au Fort Saint-Jean, les deux espaces librairie du MuCEM ont ouvert le même jour que le musée, prêts en temps et en heure Il aura pourtant fallu des semaines de discussion avant de trouver la mise en scène adéquate pour le plus spacieux des deux. Difficile en effet de concilier la notion de transparence chère à Rudy Ricciotti et les très nombreux ouvrages à exposer (le fonds se compose de plus de 12 000 titres). La solution a finalement été trouvée : des colonnes aériennes viennent prolonger les tables de bois, tandis que les étagères plus massives se dissimulent derrière la billetterie ; quant au flux, il se fait naturellement entre les deux portes (et les deux caisses) de la librairie. Un lieu agréable et accueillant. Une belle réussite pour Maupetit-Actes Sud qui a remporté la concession de ce nouvel espace dédié aux livres. Et une belle récompense pour le travailleur acharné qu’est Damien Bouticourt. On ne reviendra pas sur tout ce que le nouveau gérant de la librairie Maupetit a fait pour redorer la célèbre enseigne marseillaise (lire Zib’58), ni sur son association avec deux autres libraires pour la création de La Salle des Machines (voir Zib’59 et 60). Avec dix personnes embauchées et une perspective d’1,5 million d’euros de chiffre d’affaires d’ici trois ans, la nouvelle librairie du MuCEM en-tre dans la suite logique de cette stratégie de développement de l’économie du livre dont Marseille a grand besoin. Le 15 juin dernier, Damien Bouticourt faisait les honneurs du lieu à Françoise Nyssen et Jean-Paul Capitani, deux des trois membres du directoire d’Actes Sud. La maison arlésienne a naguère sauvé Maupetit de la déroute ; elle est aujourd’hui également « associée » à la librairie du MuCEM. Cette association paraît assez naturelle, au vu des liens évidents qui unissent le catalogue d’Actes Sud (très ouvert sur les littératures du pourtour méditerranéen) et les thématiques du musée ; elle manifeste surtout la volonté affirmée de renforcer tous les maillons de la chaîne du livre. Cette nouvelle librairie devient ainsi la septième enseigne Actes Sud de France. Quant aux importants stands de la maison d’édition, au Salon du Livre de Paris ou lors du festival Etonnants Voyageurs Agnès Mellon Activ’été du Mucem Le MuCEM poursuit ses activités d’été abondantes par les Histoires Vraies de la Méditerranée : l’écrivain François Beaune met en scène les anecdotes et récits de vie recueillis à travers un ensemble de pays de la Méditerranée qui seront lus sur les terrasses du Fort Saint Jean, avant de laisser le public conter les siennes (le 23 août). Du 28 au 31 août, danse et gestes poétiques seront au rendez-vous avec un parcours chorégraphique du chorégraphe italien Virgilo Sieni. Un projet à l’initiative du théâtre du Merlan et de MP2013 qui réunit une centaine d’amateurs, interprètes de « l’art du geste » en divers lieux de Marseille. Les intensités d’été s’achèveront avec Marseille Résonnance, un projet qui met en valeur les sons de la vie quotidienne de la ville de Marseille en les sauvegardant pour recréer des performances sonores dans l’espace urbain. Le compositeur Erdem Helvacioglu présente Marseille écoute Marseille, une création en prise avec la culture et l’environnement social contemporains de Marseille, les 30 et 31 août de 18h à 19h. Dès septembre une programmation régulière, rythmée autour du temps de la parole, du temps des images et du temps des spectacles prend le relais… On parlera de La citoyenneté en questions, lors de rencontres qui porteront sur le devenir de la société et du vivre ensemble, du Temps des archives, du Pouvoir des images, en écho aux expos photos présentées au MuCEM (un lundi par mois à 18h30), de Porteurs de rêve, programmation conçue par Catherine Poitevin qui complètera l’expo Le Noir et le Bleu (chaque jeudi à 18h30). Enfin, plus tard dans le mois, la compagnie Arketal, pour qui « la marionnette est [un] moyen d’expression comme d’autres utilisent le pinceau, la glaise ou le stylo », retracera l’histoire de cet art, de l’Antiquité à nos jours, lors d’une conférence-spectacle (le 15 septembre à 17h30 au Fort Saint Jean). Voir aussi p.48. MANON MATHIEU MuCEM, Marseille 04 84 35 13 13 www.mucem.org de Saint-Malo par exem-ple, Françoise Nyssen a rappelé qu’ils étaient « offerts aux libraires », ce qui équivaut à 40% d’escompte sur leurs ventes. En ce qui concerne la librairie du MuCEM, pour laquelle Actes Sud n’a reçu aucune aide de la Région, seul le fonds livre lui appartient ; le musée quant à lui percevra une redevance sur le chiffre d’affaires. Ce développement d’une politique de soutien aux libraires va de pair avec sa réactivité dans le domaine éditorial. Derniers rachats en date : Le Rouergue et plus récemment Payot Rivages. « Sinon, c’était Hachette », déclarent en chœur Nyssen et Capitani, qui revendiquent leur expansion comme indispensable à la diversité éditoriale. Aujourd’hui la petite maison provençale fondée en 1978 par Hubert Nyssen (le père de Françoise) a bien grandi : sur 10 000 manuscrits reçus par an, 600 seulement sont publiés par Actes Sud, 1000 toutes maisons confondues ! Et à ceux qui leur reprochent une tendance à l’hégémonie, les intéressés répondent qu’ils travaillent ensemble depuis trente ans, dans un climat de confiance et de passion, et que là est la clé de leur succès. Quand on voit l’enthousiasme avec lequel ils parlent de l’école alternative qu’ils vont bientôt ouvrir dans la Crau, on est tenté de les croire. FRED ROBERT La librairie du MuCEM est ouverte tous les jours, sauf le mardi, de 10h à 19h00. Nocturne le vendredi jusqu’à 22h00 04 84 35 14 95 www.librairiedumucem.fr 11 M UC E M



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