Zibeline n°64 juin 2013
Zibeline n°64 juin 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°64 de juin 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 8,3 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... cerveau indisponible.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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L I V 84 Éloge du royaume des fées… Dans Les Billets de la Bibliothèque on compte déjà le Supplément inactuel au bréviaire capricieux de littérature contemporaine pour lecteurs déconcertés, désorientés, désemparés de François Kasbi. Auquel il faut ajouter, pour lecteurs amoureux d’érudition fantaisiste et d’une mécanique des mots parfaitement huilée, Nymphes, sirènes, poupées, anges et autres larves de Jean-Roch Siebauer dédié « à la femme de Nicolas Vassiliévitch Gogol et aux Vivan Girls ». Dès sa préface écrite sous le signe du chaos, du cosmos et de l’ornementation, et les auspices du médecin et alchimiste suisse Paracelse, des Grecs et du jésuite portugais Antonio Vieira, l’auteur nous avertit : ceci est « un chaos d’objets, d’images, de textes, de mots - des fragments de lectures, de regards, de trucs et de machins ». Un petit livre comme un grand cabinet de curiosités littéraires. Où l’on s’embarque avec Alice pour une promenade à fleur d’eau ; où l’on assiste au désespoir de Kokoschka face à sa poupée de chiffon ni vivante ni morte ; où l’on croise « Ulysse, l’Odieux, lié au mât » puis, à quelques sauts de lignes, Mélusine, Actéon, une poignée de mathématiciens, d’obscurs entomologistes, d’illustres scientifiques et photographes, quelques libertins du XVII e siècle, un céroplasticien florentin, un polygraphe byzantin du XI e … Belle assemblée qui pénètre l’antre des nymphes, chimérique et ô combien charnelle, peuplée de sirènes, de vierges, de poupées, de chrysalides, d’anges et de dragonnes, de démones et de chasseresses. Et autres créatures d’un monde flottant dans lequel on s’immerge avec délices. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI Nymphes, sirènes, poupées, anges et autres larves Jean-Roch Siebauer La Bibliothèque, 12 € R ES Papa coq Texte après texte, Sabine Tamisier n’en finit pas de dire l’intime, la famille, de donner une voix à ceux qui n’en ont pas, qui n’en ont plus. Issu d’une commande du Théâtre de la Tête noire à Satran, Galino restitue ainsi la parole du père bien-aimé disparu. Car Galino, petit coq, est son surnom, et c’est donc lui que ce monologue fait parler, mais pas seulement : comme le précise la dramaturge en exergue « quand il se souvient, ou qu’il entend parler, tous parlent à travers lui. » Ce texte simple, touchant par sa simplicité même, par sa justesse, va et vient entre deux lieux et deux moments : Villelaure, août 2009 et la Haute- Savoie, printemps-été 1967. Allongé sur son lit « la veille du jour où », puis le matin, puis l’aprèsmidi « du jour où » jusqu’« au moment où », le vieil homme attend et se souvient. Par petites touches, à mots comptés. Quand son souffle le lui permet. Il se rappelle en particulier ce mois de mai 1967 où il a dû quitter femme et enfants pour aller soigner sa tuberculose au sanatorium de Sancellemoz. Souffrance physique, séparation douloureuse, mais aussi découverte de la magnificence du massif du Mont-Blanc. De ce combat-là, il était revenu vainqueur… Avec Galino, Sabine Tamisier, la petite dernière, pas encore née en 67, rend hommage à cette « belle personne » qu’était son père. Elle tresse aussi une couronne à l’amour de ses parents, aux liens forts qui unissent les membres de la famille. Sobre et très émouvant. FRED ROBERT Galino Sabine Tamisier Éditions Théâtrales, 14 € La main de l’autre Le thème de la main qui échappe à son propriétaire et connaît une vie propre, est récurrent en littérature. Manière de s’observer, de se trouver autre tout en étant soi-même, introspection qui dessine les limites de notre connaissance curieusement dans le domaine qui devrait nous être le plus familier, nous-mêmes… L’auteure argentine, Fernanda Garcia Lao, en compose un court roman construit sous la forme d’un journal intime. L’ellipse y règne en maître : de longs mois sont oubliés, le décompte des jours est absent, mais les têtes de chapitre, toutes baptisées du nom d’un mois, annoncent le titre des sous parties, avec une clarté obscure qui titille l’imaginaire du lecteur, « passion mise à tremper », « des raviolis dans la pénombre », « peinture fraîche » … La narratrice a une vie qui semble ne connaître que des impasses, comédienne sans engagements, vie sentimentale qui pourrait ressembler à une chanson de Fréhel… jusqu’à un accident stupide, manque de soins au départ qui correspond à l’état de son existence, Violeta se retrouve à l’hôpital, amputée d’une main et bénéficiaire d’une première mondiale, la greffe. À qui cette main appartenait-elle ? Elle semble avoir une vie propre. Notre personnage très romanesque va tenter de le découvrir, ce qui donne la dimension d’une enquête policière au texte. Son imagination débordante nourrie de cinéma et de littérature la pousse à élaborer les hypothèses les plus rocambolesques. On sourit beaucoup, on se laisse porter par cette fausse légèreté. La peau dure, on retrouve le titre du roman dans une citation au cœur du roman, un extrait de Copi : tout l’art de Fernanda Garcia Lao est d’avoir su transposer l’esprit du dramaturge dans le domaine romanesque. MARYVONNE COLOMBANI. a PEAU DEBi] La peau dure Fernanda Garcia Lao La dernière goutte, 16 €
Pour qui sonne le glas ? Le nouveau roman de Marc Biancarelli garde son titre corse, comme un coup de poing, Murtoriu, c’est-à-dire Glas ou avis de décès. Le sous-titre, Ballade des innocents, est à prendre avec précaution, une baddata (ballade) note l’auteur est « un chant funèbre, entonné ou improvisé notamment lors des morts violentes ». Le cadre ainsi posé, peu d’échappatoire ! Le narrateur, Marc-Antoine Cianfarani, « libraire raté » de son état et « poète raté à ses heures », vit à l’inverse des courants qui animent la Corse. Son ami, journaliste, est hanté par la nostalgie de rêves irrédentistes. Lorsque les vagues de touristes déferlent, il ferme boutique et remonte dans la montagne où il habite la maison familiale et partage sa vie entre l’écriture et ses deux amis Trajan, agriculteur et lettré, et le frère de celui-ci, Manzuetu, berger, infirme, peu loquace, qui est le symbole dans le roman des vestiges de la civilisation ancestrale décimée par la première guerre mondiale. Celle-ci est évoquée à travers des analepses qui montrent le grand-père, un Marc-Antoine aussi, (à l’instar de l’illustre romain) engagé dans le 173 e régiment d’infanterie et qui survit à la boucherie. Le retour n’est pas celui des héros attendus. Parallèlement se dessine l’histoire de deux petits malfrats, couple comique au départ, mais d’une violence extrême. Les destins des personnages se croisent. Comme dans toute bonne tragédie, dès le début, on sait, la victime est désignée, la plus innocente, les rouages implacables sont en marche. Dès le début du roman, le village était « asphyxié entre les pins et les châtaigniers ». Le départ est-il la seule réponse ? Être loin permet-il de mieux comprendre ? Le roman de Biancarelli échappe avec justesse aux clichés courants, et dans une prose nerveuse et poétique construit un ouvrage bien charpenté nourri d’échos, et d’une réflexion qui va bien au-delà des frontières, fussent-elles d’une très belle île. Trois traducteurs pour ce texte paru en langue corse aux éditions Albiana, dont Jérôme Ferrari, le dernier Goncourt. La langue corse par de tels ouvrages prend ses lettres de noblesse. MARYVONNE COLOMBANI Circoncis et baptisé Le roman de Jabbour Douaihy, écrit en 2010, nous plonge vertigineusement vers les racines de la tragédie libanaise, ce moment des années 50 où un peuple cosmopolite sortait par endroits, à Beyrouth, de l’emprise des religions, mais qui s’est conclu par la fracture et la guerre. À aucun moment pourtant, durant les 25 années que le roman traverse, le récit n’apparait comme une métaphore : ancré dans le réel c’est une histoire singulière qu’il déroule. Saint Georges regardait ailleurs est construit comme un grand roman classique et on y suit de l’enfance à la mort, le destin d’un personnage indécis et opaque : Nizam garde jusqu’au bout son mystère, balancé entre deux maisons, le village et Beyrouth, entre deux familles, entre deux mères, deux femmes, deux pères, tous aimants, tous méfiants et cherchant à l’attirer vers leur pôle… Musulman et chrétien, Nizam ne choisit pas, ou plutôt opère une série de choix au gré des lieux qu’il traverse, puis rattrapé par la guerre qui éclate, massacré par une société qui ne peut plus tolérer les indécis. Le roman enchaîne le lecteur à la narration, chronologique, par une pléthore de détails savoureux, de goûts et de saveurs, d’oiseaux, de personnages annexes qui reviennent et habitent l’histoire, d’évocations minutieuses d’un jardin aux poires, d’une guinguette où l’on danse, d’un bas-fond… Par une ironie aussi très particulière, qui surgit dans les moments les plus émouvants pour prendre une distance étonnante avec l’histoire. Salutaire, sans doute tant le destin est noir, du jardin d’Eden au supplice… AGNÈS FRESCHEL Marc AL,. Biancarelli était invité au Festival du Livre de la Canebière (lire p.81) Murtoriu Marc Biancarelli Actes Sud, 22 € Saint Georges regardait ailleurs Jabbour Douaihy Traduit de l’arabe (Liban) par Stéphane Dujols Actes sud, Sinbad, 23,80 € L I V 85 R ES Ode à la haine Gilles Ascaride déteste les pigeons et les clubs échangistes, mais aussi le travail ou, plus étonnamment, les rêves. À travers l’énoncé joyeux de ces haines irraisonnées, le chef de file de l’overlittérature Marseillaise nous emmène dans les méandres de sa vie, de sa jeunesse en solitaire jusqu’à la retraite. Ce recueil d’instants et d’histoires personnelles ressemble à des secrets confiés en vitesse à son journal intime par un bulldozer qui aurait du style, puisé dans les textes qu’il a mâchés au long de sa vie. Après Amours modernes, son précédent roman aux éditions Folies d’Encres, place aux Haines postmodernes, incontrôlables, presque inavouables : Gilles Ascaride n’y va pas à demi-mot, et il sait que la défense du postmoderne peut ressembler parfois à du passéisme, et construire une pensée réactionnaire… Alors il choisit l’éclatement et la déconstruction, et c’est sur un rythme soutenu et par un phrasé acerbe qu’il dépeint par touches épaisses notre univers peuplé d’objets qui « nous aliènent, nous contraignent […] prennent de la place et ne donnent rien » : des pigeons, « ces saletés emplumées » aux bibliothèques, « plutôt la cité de l’angoisse » … Reste à la fin, indéniablement, malgré la haine de Zola, l’amour des mots. L’overlittérature ? MANON MATHIEU Haines postmodernes Gilles Ascaride Folies d’encre, 16 €



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