Zibeline n°64 juin 2013
Zibeline n°64 juin 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°64 de juin 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 8,3 Mo

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  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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08 V IL L A M ÉD I T E R R A N ÉE Culture politique To Diplo Biblio, PEQUOD X-D.R. -Pequod Parcours À coté de la salle au sous-sol et audessus dans l’espace du porte-à-faux deux parcours expositions ont été inauguré le 14 juin. Le parcours permanent au sous-sol porte sur les migrations et a été magnifiquement conçu, pensé et réalisé par le documentariste Bruno Ulmer. Engagé, il parle de migrations douloureuses, souligne les disparités des rives, revendique en exposant des faits… Nous y reviendrons, l’exposition étant permanente ! En haut du porte-à-faux la ligne d’horizon est sublime, et touchant le parcours imaginé par Régis Sauder (voir ci-contre). À côté de l’incontestable réussite du MuCEM, il y a la contestée Villa Méditerranée. Dont l’architecte est en procès pour plagiat, qui se fait allumer dans la presse pour son coût, son esthétique, son « absence de projet ». Tout cela est fort peu mesuré : initiée et financée dans un temps où le MuCEM était en panne, la Villa Méditerranée a su trouver des complémentarités culturelles, comme pour le Primedpar exemple qui se partage entre les deux espaces. Et, surtout, elle inscrit aujourd’hui l’essentiel de sa démarche dans une perspective différente : « Il s’agit ici de faire de la politique » disait Bernard Morel lors de l’inauguration des parcours le 14 juin. « Par le projet, précisait Michel Vauzelle, qui s’inscrit dans une démarche de prospective, d’invention du futur ; par sa forme, qui se veut ouverte à tous et essentiellement à la jeunesse, qui doit fabriquer l’avenir et trouver un espace d’expression dans ces murs : en réunissant ici des politiques et de citoyens, on peut tourner la page de l’échec politique méditerranéen, qui repose sur une France donneuse de leçons, sur une Europe technocratique. Des réponses simples doivent être trouvées qui organisent les aides urgentes quand il en faut, si ce lieu de dialogue et de réflexion peut devenir aussi un lieu de décision concrète. » Effectivement, en dehors des rencontres et débats politiques, les propositions artistiques elles-mêmes revêtent cette dimension. Ainsi lors de la soirée d’ouverture des premières Rencontres du cinéma arabe (voir p 60) Jack Lang est venu souligner l’importance symbolique de ce festival et les liens à construire avec l’Institut du monde arabe, qu’il préside désormais. Marcel Siguret, président d’Aflam, soulignait quant à lui les difficultés que les cinémas nationaux avaient à circuler dans les autres pays arabes, désignant ainsi Marseille comme le seul lieu possible de ce festival. Et la Villa Méditerranée comme son lieu d’accueil naturel. Théâtre et lieu d’engagement Les premières propositions théâtrales allaient dans le même sens : To Diplo Biblio, a mis en scène un roman majeur de Dimitri Hatzis, sur la génération grecque de l’exil : guerre civile, colonels, émigration, impossible retour, le texte magnifique (en grec surtitré) s’inonde de mythes et d’histoire, et les jeunes acteurs sont bouleversants dans leur simplicité aride (le surtitrage défile pourtant à toute allure !). Invisibles de Nasser Djemaï avait précédé, mise en scène touchante de la vieillesse des Chibanis, première génération d’immigrés algériens qui n’ont jamais pu rentrer au pays, parce qu’il aurait fallu renoncer à leur retraite. En revanche la création du collectif Ildi ! eldi fut décevante, superposant film de Pasolini, documentaire sur son tournage en Palestine, film palestinien sur ses traces 40 ans après, commenté par deux comédiens en décalage, mais dont on ne sait Béton armé C’est d’un projet avorté de Le Corbusier pour la ville d’Alger dans les années 30 que Sonia Chiambretto va faire surgir son Gratte-ciel de fiction, cadre imaginaire de la nouvelle création -collaboration avec le metteur en scène Hubert Colas. Et c’est à la Villa Méditerranée, étape aboutie de la reconquête architecturale de la ville et en coréalisation avec le Festival de Marseille que sera présenté cet opus inédit qui selon les termes mêmes d’Hubert Colas « ne dit pas autre chose que ce qui est » : la Hubert Colas, Gratte-Ciel, Videogramme-MURS Mehdi Meddaci, 2011-Courtesy Galerie Odile Ouizeman ce qu’ils commentent. La superposition loin d’enrichir chaque œuvre la détruit, et donne furieusement envie de revoir tranquillement les images entrevues, superbes, de Repérages en Palestine de Pasolini ! Reste qu’il y a dans la Villa Méditerranée une véritable salle de théâtre, équipée, large, apte à recevoir du public et de véritables productions. Espérons que la Villa aura à cœur d’y produire aussi les compagnies régionales, et qu’avec le MuCEM qui n’a qu’un très bel mais petit auditorium une collaboration artistique efficace se mettra en place, en se gardant de la concurrence, et en cherchant la variété ! AGNÈS FRESCHEL réalité algérienne des années 80-90 à travers témoignages de terrain, entretiens par Skype avec des jeunes, rencontre avec la génération qui a vécu « d’autres guerres ». De cette parole multiple doit naître un objet de théâtre dont la scénographie laissera une part généreuse à la vidéo, au son et à la lumière ; les acteurs, tous français et plutôt venus du cinéma devront porter et amplifier les échos toujours vifs de cette Alger encore si proche. MARIEJO DHO Gratte-ciel sera crée à la Villa Méditerranée du jeudi 4 au dimanche 7 juillet dans le cadre du Festival de Marseille (voir pVIII) 04 95 09 45 52 www.villa-mediterranee.org À venir Le Trait suivi de Le Temps scellé de Nacera Belaza le 28 juin à 20h30 Villa Méditerranée, Marseille 04 95 09 42 52 www.villa-mediterranee.org
Du blanc, du bleu Du blanc, du bleu, de la lumière et Régis Sauder, détendu et souriant, peaufine avec ses collaborateurs le parcours temporaire de la Villa Méditerranée, 2031 en Méditerranée, nos futurs !, proposé au public à partir du 14 juin. Zibeline : Comment ce projet a-t-il vu le jour ? Régis Sauder : Il y a deux ans, l’équipe de production de la Villa Méditerranée m’a demandé prendre en charge le parcours d’ouverture, dans l’espace d’exposition temporaire autour de la prospective en Méditerranée, un comité scientifique posant les bases d’un cahier des charges. J’avais la garantie d’un espace de création libre. Surpris par l’ampleur de cette proposition, je me suis demandé comment m’y situer… Ce qui m’intéressait était de faire une réponse artistique à un contenu qui prend en charge des questions complexes ; d’aller à la rencontre des gens, sans faire un discours d’expert, ni encyclopédique. Le lien s’est aussi fait avec Bruno Ulmer qui avait travaillé sur les mobilités dans Plus loin que l’horizon. J’avais collaboré avec lui au Maroc. Est-ce que l’association avec Benoit Bonnemaison s’est imposée dès le départ ? Durant la première année, j’ai écrit le scénario. Je ne voulais pas d’images de synthèse sous prétexte que c’était dans la prospection : je peux filmer le présent, les traces du passé mais pas le futur, j’ai donc fait appel à Benoit. Le futur on peut le dessiner, on est dans l’utopie. Pour parler d’avenir, il faut des jeunes qui vivront dans cette Méditerranée. J’ai donc mis en place un atelier et choisi le Lycée St Exupéry, face à la mer. Pendant plusieurs mois, j’ai montré à une classe de seconde des films et discuté de leur quotidien. On leur a proposé de la danse, du dessin en gardant en tête cette idée centrale : on est dans un bâtiment public, un lieu porté par un discours politique, qui est à vous, qui est à nous et ce projet on va le faire ensemble. Au bout de quelques mois, la proposition validée, on était prêt à utiliser les outils, le cinéma et le dessin avec Benoit comme dessinateur public. Benoit est venu avec une petite table et une plaque de verre sous laquelle était fixée une caméra, des calques et tout un système de prises de vue conçu avec les jeunes. À partir de grandes lignes à évoquer, on allait mettre en images leurs rêves, leurs utopies et leurs angoisses. Ils racontaient et Benoit dessinait ; parfois, ils dessinaient eux-mêmes. On a commencé par quelque chose de très simple : dessiner sa Méditerranée. Cet atelier, on l’a mis en place à Izmir en Turquie, à Tunis au lycée français et à Beyrouth avec les jeunes Palestiniens du camp de Sabra. Les jeunes Marseillais, on les a réunis en Corse en résidence. Comment aviez-vous établi ces contacts là-bas ? Par le biais des instituts français ? Oui. En termes de production, cela a été un peu lourd, en particulier à Beyrouth, dans le camp de Sabra. La production exécutive était confiée aux Films du Tambour de Soie. Dans notre périple autour de la Méditerranée il est apparu qu’une carte dessinée par un jeune palestinien ou un jeune turc, cela n’a rien à voir ! Après, on a travaillé sur deux postes ; moi, au tournage, dans le dialogue, et Benoit, à partir de la carte, reprenait la main et dessinait… Un jeune Tunisien par exemple voit la Méditerranée comme une boite de Régis Sauder A.G conserve géante… Tous ces dessins sont les images mentales, les représentations non naturalistes d’une Méditerranée fantasmée, souvent très angoissante. À quel moment du projet la forme de l’exposition estelle apparue ? Après l’écriture du scenario, j’avais envie de développer quatre thématiques précises et un espace de rencontres. Le scénographe Bruno Badiche a proposé d’immerger le spectateur dans les images. Très vite, on s’est mis d’accord sur quatre unités autour des quatre thématiques avec un espace d’accueil : l’identité, l’écologie, l’engagement politique au sens large, et une boite où l’on fait une proposition de l’avenir, une boite de réunion de tous ces jeunes. Tout au long de l’atelier on a réfléchi à un slogan pour l’avenir ; Benoit est aussi un affichiste et, à la fin de la résidence, on leur proposé de réaliser une affiche avec le pigment bleu qui est le lien dans la scénographie. On retrouve dans la boite 4 toutes les affiches qui sont, en quelque sorte, des manifestes. Dans les ateliers, les jeunes ont-ils facilement adhéré à ces propositions ? Complètement. Les temps étant assez courts, tout est passé par le trait. On est arrivé très vite à une intimité. J’essaie toujours d’établir cela dans mon cinéma, qui n’est pas dans le discours ; c’est en fabricant ensemble que les choses émergent. Là, c’était par le dessin. Les plus âgés, vingt ans, trouvaient d’abord la proposition un peu naïve mais, finalement, cela marchait très bien parce qu’on mettait des images sur leurs représentations, et qu’ils étaient sidérés de l’effet ! Ces jeunes, qui sont-ils ? Ils avaient entre 15 et 20 ans. Ce qui m’intéressait, c’était l’absence d’homogénéité sociale. En Turquie, ils venaient d’un milieu favorisé, d’un lycée francophone ; à Beyrouth, les jeunes de Sabra étaient plus démunis ; à Tunis, ils étaient plus âgés, inscrits dans une dynamique d’engagement et à Marseille, la classe était socialement mixte. Quand on est revenu, j’avais des heures de rushes –pas du reportage, mais évidemment il y a un terrain documentaire-, et avec Benoit on avait collecté un tas de matière, petits dessins, affiches. On s’est dit que les boites étaient nos murs, qu’on était dans le geste de la fresque. On retrouve dans la scénographie les câbles omniprésents des villes méditerranéennes. Le spectateur va les suivre tout au long du parcours. Les jeunes vont-ils pouvoir venir voir le résultat, ici ? Un représentant par pays est venu voir la mise en place et on prépare une rencontre, fin août, avec des ateliers auxquels participeraient d’autres jeunes de centres sociaux. Ici, c’est chez nous ! ce n’est pas de la com, les jeunes doivent parvenir à pousser la porte. Leur réunion ne doit pas rester symbolique. D’autres jeunes vont venir suivre le parcours. Leurs réactions serontelles intégrées ? Dans le dernier espace, il y a un moment de restitution où ils pourront faire un dessin ou écrire un slogan qui sera projeté sur un mur en face. Ce qui est important c’est qu’un film ou une exposition permette de ménager un espace où la pensée est au travail. Ça se construit dans une pratique partagée… PROPOS RECUEILLIS PAR ANNIE GAVA 2031 en Méditerranée, nos futurs ! Du 14 juin au 27 septembre Villa Méditerranée www.villa-mediterranee.org 09 V IL L A M ÉD I T E R R A N ÉE



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