Zibeline n°64 juin 2013
Zibeline n°64 juin 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°64 de juin 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 8,3 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... cerveau indisponible.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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62 C I N É M A Revoir Pasolini C’est au cipM, au milieu des livres de Pier Paolo Pasolini, qu’a été lancée, le 14 mai, La Force scandaleuse du passé La soirée était prévue initialement à l’Institut Culturel Italien qui s’est retiré à cause de la participation à la manifestation de Toni Negri, refusant d’être associé à la « personne d’un repris de justice condamné pour délits de terrorisme commis en Italie. » Cet événement -car c’en est un ! -, coproduit par MP 2013 et quatre structures, Alphabetville, le cipM, le FIDMarseille et l’INA Méditerranée va célébrer jusqu’au 8 juillet l’œuvre d’un artiste La ricotta de Pasolini exceptionnel, homosexuel et communiste, qui a embrassé et transcendé l’écriture -romanesque, journalistique ou cinématographique-, en la chargeant toujours de poésie, c’est-à-dire de révolte. La manifestation propose expositions, conférences avec des intervenants italiens et français, lectures, tables rondes et la projection de l’intégralité de ses films, sans oublier la soixantaine de vidéos sur des bornes interactives. Et pour commencer, au Miroirde la Vieille charité, deux films : un documentaire d’Andrea Salerno, Via Pasolini et La Ricotta, un des premiers films, que Pasolini a réalisé en 1963. Portrait Via Pasolini construit, à travers des documents d’archives que relient de longs travellings sur des routes, le portrait de l’artiste. L’écrivain parle de ses rapports avec son père, « la relation la plus dramatique que j’ai eue dans ma vie », de son premier livre, un livre de poésie, « écrit en frioulan, le dialecte de ma mère », de ses premiers rapports avec le réel et la politique, de l’unification de la langue italienne, de l’auteur comme contestation vivante, « Le fait d’ouvrir la bouche est scandaleux ! », de son passage de la littérature au cinéma, « langue transnationale et universelle », de son film Accatone, comme « occasion donnée aux Italiens de montrer leur racisme », du néoréalisme comme « premier acte de regard de l’Italie sur elle-même », des gens qu’il aime le plus, les gens simples, de son regard sur les choses « non confessionnel mais un peu religieux : L’Evangile régénère et met en mouvement les pensées », de ses premiers films sous le signe de Gramsci, « qui s’adressent à l’élite, pas l’élite classique des privilégiés », du cyclisme qu’il aime depuis tout petit. On le voit clouer le bec à des journalistes, interviewer des gens au sujet du divorce, sur une plage, ou filmer au mieux la forme d’une ville. Même si le recours systématique aux travellings sur la route est lassant, les documents d’archives sont passionnants et permettent d’approcher cet homme qui a fait l’objet de 33 procès de 1949 à 1975 et dont la mort le 2 novembre 1975, sur la plage d’Ostie, n’a pas encore été élucidée. Peinture, cinéma et réel La Ricotta, tourné en noir et blanc, fait partie d’un film à sketches, RoGoPaG, composé de quatre histoires dont le titre est constitué des premières lettres de ses quatre réalisateurs : Rossellini, Godard, Pasolini et Gregoretti. Un cinéaste, interprété par Orson Welles, essaie de tourner une Passion du Christ, recréant cinématographiquement en couleurs deux tableaux maniéristes, La Déposition de Le Rosso et La Déposition de Pontormo. Un des figurants, pauvre, Stracci (loques) qui incarne le bon larron et ne pense qu’à trouver de quoi manger, finit par mettre la main sur de la ricotta et en dévore, réfugié dans une grotte, jusqu’à en mourir. « Pauvre Stracci ! Dire qu’il aura fallu qu’il meure pour que l’on s’aperçoive de son existence » commente le réalisateur. Ce film qui accumule gags et fait sourire, est aussi une critique radicale de la société capitaliste et de la religion : « Blasphémateurs, vous ne respectez rien ! » hurle lors d’une prise le cameraman. C’est aussi ce qu’en a conclu la censure puisque le film a été mis sous séquestre pour « offense à la religion d’état ». Mais La Ricotta, qu’on pourra revoir le 20 juin au CRDP commentée par Xavier Vert, historien de l’art, est aussi une réflexion matérialiste, profondément irrévérencieuse, sur la création artistique… ANNIE GAVA jusqu’au 8 juillet www.mp2013.fr o A queer affair Le dernier film d’Alain Guiraudie L’inconnu du lac donne dans le polar. On y trouve un serial killer, une enquête, une fausse piste, un véritable suspense et même l’ancrage dans un microcosme d’estivants homosexuels à la recherche de corps-frères à défaut d’âmes-sœurs. L’action se concentre sur quatre lieux : la plage où ces corps s’étalent, le lac où ils s’immergent, le sous-bois où ils se consomment, le parking, jauge des départs et arrivées, en plans récurrents rythmant la succession des jours et des nuits. Le dispositif tient de la chorégraphie, ballet des corps masculins nus, beaux, bronzés, désirants. Associations, dissociations, répétition des mêmes thèmes, des mêmes gestes, des mêmes phrases banales dans un jeu d’approche codifié. C’est drôle, décalé mais inquiétant aussi : verra-t-on le silure de cinq mètres dont parle Henri, l’hétéro égaré sur ce terrain de chasse homo ? Qui est l’inconnu du lac ? Quel prédateur se cache dans les bois ? Qui voit qui ? Qui voit quoi ? C’est drôle mais grave. Les personnages qui se prénomment sans se nommer, n’existent que dans ce marathon du sexe, dans l’ici et le maintenant, enfermés dans une liberté de jouissance devenue diktat. Un voyeur pathétique erre la main dans le maillot. Insatisfaction de Franck amoureux de Michel, le bel assassin moustachu, solitude d’Henri avec son gros ventre, sa démarche balourde quand il s’éloigne et son cœur qui se serre quand apparaît Franck. Eros et Thanatos liés là, sous le soleil exactement. Georges Bataille en écho. Le thriller se fait existentiel, méditatif. Partis-pris minimalistes : ligne horizontale de la surface miroitante du lac, verticale cachée de sa profondeur. Lumière naturelle, crue ou crépusculaire. Absence de musique. Le vent, les oiseaux, les halètements de plaisir. Fellations, érections, pénétrations, masturbations se donnent à voir dans une obscénité assumée autant que le trouble subtil de la passion amoureuse. « Je voulais, dit le réalisateur, réunir la grandeur des sentiments et la trivialité des organes. » Pari audacieux tenu ! L’inconnu du lac présenté à Cannes dans la sélection Un certain regard et soutenu par la Région PACA, n’a pas volé sa double récompense : la Queer palm 2013 et le prix de la Mise en scène ! ÉLISE PADOVANI Sortie en salles le 12 juin Interdit aux moins de 16 ans o L’inconnu du lac d'Alain Guiraudie
GI 63 C I N É M A i Yolande Moreau Annie Gava Se construire une âme Deux jours après le palmarès, à 165 km des filles de la Croisette titubant sur leurs Louboutin, et loin des enjeux commerciaux de la compétition cannoise, l’Alhambra, pour la 9 e année, a offert à son public une reprise de la Quinzaine des Réalisateurs. 14 films dont beaucoup ne sortiront en salle que dans le courant de l’été ou de l’automne. Au pays de la frite Le 28 mai, le délégué général de la Quinzaine Edouard Waintrop et Yolande Moreau étaient là pour ouvrir le bal avec Henri, 2 e long métrage de la comédienne passée à la réalisation, « un travail complet, moins reposant que celui d’actrice » avoue-t-elle avec sa bonhomie malicieuse. Henri se déroule au pays de la frite, dans un resto italien, hors des chemins battus. Le temps y prend son temps, les relations s’y tissent à petits gestes. On y retrouve les modestes, ceux qui n’ont pas de longs violons pour bercer leur mélancolie. Lui, immigré italien, l’esprit voyageur comme ses pigeons, un nœud de sentiments fiché dans le corps empâté et massif. Elle, handicapée mentale, « papillon » surgi dans sa vie de nouveau veuf. Pipo Delbono et Candy Ming pour incarner au plus juste ces deux-là qui font la paire. Le ringard, le trivial prennent un sacré coup de poésie sous le regard de la Moreau et Rosette la simplette se drapant dans les voilages bon marché de la chambre d’hôtel où Henri dort, devient une mariée sublime. Qualité France La sélection a proposé trois autres films, français, dont on se réjouit de la qualité. Celui de Gallienne (récompensé par le prix SACD et l’Art Cinéma Award) Les garçons et Guillaume à table ! Auto-analyse burlesque d’un Pierrot efféminé, à la face ronde et lisse, ou comment découvrir son hétérosexualité quand sa propre mère, grande bourgeoise follement aimée et admirée, vous instille depuis toujours l’injonction d’un désir à peine refoulé : tu seras une fille, mon fils ! Celui de Serge Bozon, l’insolite Tip Top, pseudo polar décalé, antinaturaliste, jouant sur le ticket gagnant Kiberlain-Huppert en inspectrices de l’IGPN carrément fêlées. Celui de Thierry de Peretti, Les Apaches, imaginé à partir d’un fait divers tragique, symptomatique du malaise d’une jeunesse corse en quête de sens, entre mythologies insulaires et clichés de séries américaines, dans une économie tournée vers un tourisme qui fait de la vacance une vacuité. Bonheurs d’ailleurs Grands bonheurs de la semaine autour de Jodorowski : Jodorowski’s Dune, documentaire de Franck Pavich, la genèse de l’adaptation avortée du roman-culte de Herbert. Jodo, octogénaire élégant, toujours passionné, raconte comment il a recruté ses « guerriers », les plus grands de l’époque : Mœbius, Giger, Dan O’Bannon, Magma, les Pink Floyd, David Carradine, Dalì pour la bataille de Dune. Bien qu’on sache que ce projet trop ambitieux, trop libre, a échoué devant la frilosité des « boutiquiers » d’Hollywood, on partage la tension du combat dont il reste ce storyboard de 500 pages, source d’inspiration pour les réalisateurs de science-fiction qui suivront. La danse de la réalité, autobiographie imaginaire de Jodorowski revenu au cinéma pour cet émouvant opus, manifeste et testament. Convoque son carnaval intime, baroque, violent et tendre. On pense à l’Amarcord de Fellini, à Buñuel, à ces grands cinéastes qui proposent par leur vision du monde, une philosophie du cinéma et de la vie. « Vivre, c’est se construire une âme » dit Jodorowski. Quand le cinéma est un art, il y contribue. ÉLISE PADOVANI La reprise de La Quinzaine des Réalisateurs s’est déroulée du 28 mai au 4 juin à l’Alhambra Cinémarseille o



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