Zibeline n°64 juin 2013
Zibeline n°64 juin 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°64 de juin 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 8,3 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... cerveau indisponible.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 60 - 61  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
60 61
60 C I N É M A Dans la solitude des champs de coton réalisée par Joseph Cesarini et Caroline Caccavale Andre Merian Claustrophobie Jusqu’au 30 juin, Lieux Fictifs présente Frontières Dedans/Dehors, un dialogue entre l’art, la prison et la société à la Friche. Un dialogue qui se noue autour d’une exposition de films courts et d’une installation cinématographique, fruits d’un travail de longue haleine mené avec des personnes détenues et d’autre pas, avant de s’approfondir lors d’une conférence ouverte aux professionnels comme au grand public. L’exposition Images en mémoire, images en miroir a été conçue à partir d’archives mises à disposition par l’INA, les participants ayant eu pour règle du jeu de les utiliser de manière fictionnelle en y mêlant la matière de leur propre vie. Le résultat est immersif : sur les écrans inondations, avalanches, fusillades et scènes d’émeutes vous sautent à la figure, tandis que l’impact énorme du montage audio résonne dans les casques mis à disposition. Quelqu’un vous assène « tu es ce congolais, tu es cet algérien » devant l’image d’un homme menotté, molesté ; une femme évoque sa vie à attendre celui qui est en prison, tandis qu’une autre murmure en espagnol : « siento la rabia crecer 1 ». La scénographie provoque chez le spectateur une étrange réminiscence (peut-être un cliché ?) liée au pouvoir évocateur des postes de télévision, à travers lesquels la rumeur du monde parvient aux détenus. C’est aussi la scénographie qui frappe lorsqu’on aborde Dans la solitude des champs de coton, l’installation cinématographique programmée à la Cartonnerie. Un dispositif de fauteuils rotatifs entre quatre écrans géants donne au début une sensation de liberté : d’un mouvement du pied on passe d’un mur à l’autre, du personnage du dealer à celui du client, incarnés par de multiples visages et autant de voix. Mais très vite le procédé se révèle étouffant, la pièce semble rétrécir avec les minutes qui passent, la claustrophobie guette. Certains spectateurs émergent du spectacle deux heures plus tard avec la sensation de pouvoir enfin reprendre souffle, d’autres restent assis un petit moment, histoire de digérer tranquille cette forte impression. Le texte de Koltès, malaxé par des interprètes amateurs souvent bluffants de présence, irrite ou fascine, pas d’entre-deux. Une telle langue ne peut pas séduire tout le monde, mais ne laisse personne indifférent. GAËLLE CLOAREC 1 « Je sens la rage monter » Images en mémoire, images en miroir et Dans la solitude des champs de coton, du 13 au 30 juin Conférence européenne sur la création artistique avec les publics sous main de justice, du 25 au 27 juin La Friche la Belle de Mai, Marseille o وه شيعي Le spectateur avait l’embarras du choix pour ces Premières Rencontres des Cinémas Arabes à Marseille ! Et ses seuls regrets vont aux films qu’il n’a pas pu voir… même si beaucoup étaient projetés deux fois. Une programmation dense et riche dont a profité un public très diversifié. En ouverture, le film de Faouzi Bensaïdi s’attache au destin de trois copains, à Tétouan, entrainés dans une spirale tragique, entre délinquance, corruption policière, prostitution, trahison et fanatisme religieux. Mort à vendre, construit comme un film policier, est aussi le portrait d’une jeunesse sans avenir et sans présent, dont tous les espoirs se heurtent à des murs. Film sombre aussi nous ramenant vers les années tragiques de l’Algérie, Yema de Djamila Sahraoui nous raconte une tragédie universelle, celle d’une mère qui a deux fils ennemis. Ouardia, interprétée par la réalisatrice elle-même, a perdu l’un de ses fils, officier. Le deuxième se bat dans les maquis, dans la montagne. On retrouve dans ce film les thèmes chers à la réalisatrice, la violence de l’Algérie, de son histoire, la violence contre les femmes, l’état de désespoir total et la question de savoir comment vivre quand même. Comment vivre à 22 ans, quand on est forcée d’épouser un homme beaucoup plus âgé, et soumis à sa mère ? Ons, la jeune femme, refuse de se rendre à la noce, s’enferme dans sa chambre, provoquant la colère de son père qui commence à la tondre. Elle s’enfuit dans sa robe de mariée qu’elle a raccourcie après s’être rasé complètement le crâne. De son côté, Halim, qui a pour seules distractions le « dialogue » avec son père mort et les chansons d’Abdelhalim Hafedh, vit ce mariage raté comme une humiliation ; il s’isole puis s’enfuit rejoindre une bande de copains, marginaux, vivant dans un no man’s land près du port de Bizerte. Film déjanté sur l’absence réelle et métaphorique des pères, Où est papa ? de Jilani Saadi est d’une grande originalité, avec des séquences drôles et une mise en scène superbement maitrisée. La fin du film, où Halim se débarrasse de la « pisseuse » en la jetant dans le puits parce qu’elle n’aime pas son chanteur préféré, est troublante : sûrement au second degré ? On peut ne pas apprécier l’ambiguïté. Comment vivre et résister aux contraintes sociales quand on est une jeune femme, voilée ou non, dans une Tunisie en pleine révolution ? C’est l’idée de révolution intérieure qui nourrit le dernier film de Nouri Bouzid, Millefeuille. Car Aïcha et Zaineb, deux personnages qui se cherchent, aspirent seulement à pouvoir vivre et sont obligés de
* ةمواقم يف Où est papa ? de Jilani Saadi se battre pour cela. Tout comme la petite et courageuse Wadjda dans le film de Haifaa al-Mansour (voir Zib’61), la jeune Sabrina dans Rengaine de Rachid Djaîdani (voir Zib’58) ou les femmes yéménites du documentaire de Khadija Al Salami, Le Cri. Ou encore comme la petite Sarah du superbe film d’Uda Benyamina, Sur la Route du Paradis, Coup de cœur de deux jurys : les lycéens et les Associations. Les tables rondes du matin ont permis aux réalisateurs des différents cinémas arabes -le cinéma de chaque pays circule très peu dans les autres- de s’étonner des points communs de leur thématiques, et de dégager l’idée d’une vraie unité, dans la résistance, la place des femmes, la pauvreté, la révolte et la tragédie. La religion aussi. « Quel cinéma faire aujourd’hui ? » a permis de poser aussi des questions formelles importantes : Que veut dire filmer dans les pays arabes ? Quels outils utiliser ? Quel statut pour les images faites par les téléphones portables ? À l’heure d’internet le cinéma reste-t-il l’art du recul et de la distance ? Ces échanges donnent tout leur sens à ces Premières Rencontres des Cinémas Arabes : Marseille, malgré les réticences de la Ville, est la seule cité où ces cinémas peuvent aujourd’hui se rencontrer, et résister aux forces tragiques qui contrecarrent aujourd’hui les élans des révolutions. ANNIE GAVA * Vivre, c’est résister Les Rencontres des Cinémas Arabes ont eu lieu du 28 mai au 2 juin Aflam, Diffusion des Cinémas Arabes, Marseille 04 91 47 73 94 www.aflam.fr Eat, Sleep, Die de Gabriela Pichler 61 Noire Suède C I N Si le festival nouv.o.monde de Rousset a commencé par emmener son public à Tétouan avec Faouzi Bensaïdi et son beau film sombre Mort à vendre, c’est en Argentine avec le film de David Maria Putorti, La guerre au cochon, et en Suède que le voyage s’est achevé, dimanche 2 juin. En effet, Silvia Vaudano et son équipe des Films du Delta ont programmé le 1er long métrage de Gabriela Pichler, une jeune réalisatrice suédoise, qui a travaillé dans l’industrie alimentaire avant de faire des études de cinéma. Et pour un coup d’essai, c’est un coup de maître : Eat Sleep Die (Äta sova dö), un film à la fois coup de poing et bijou d’humanité, a reçu à juste titre plusieurs Guldbagge -les César suédois-, Le Prix du Public à la Mostra de Venise et le Grand Prix au festival Premiers Plans d’Angers. Raisa, jeune ouvrière, originaire du Monténégro dans une petite ville de Suède, fait partie des plus rapides pour mettre en carton les barquettes de salade, travail à la chaîne peu gratifiant mais qui lui plait et lui permet de soutenir son père, malade, avec qui elle vit et auquel elle est très attachée. La bonne humeur règne dans cette usine familiale jusqu’au jour où… crise oblige ! un responsable annonce aux ouvriers qu’une partie d’entre eux va être licenciée. La séquence où le contremaitre vient chercher, un par un, ceux qui sont concernés, est d’une violence terrible. La caméra portée scrute les visages, dans un silence de mort. Quand Raisa s’aperçoit qu’elle va être une des victimes, elle prend la fuite pour ne pas entendre le verdict. Raisa, sans diplôme et sans permis de conduire, va se battre pour trouver un nouveau travail, sans baisser les bras. Malgré son physique ingrat (Gabriela Pichler a mis plus d’un an pour trouver Nermina Lukac, son actrice non professionnelle), on s’attache à ce personnage, la suivant pas à pas dans son parcours de la combattante, au gré de la caméra portée qui ne la lâche pas : démarches, réunions de soutien psychologique aux personnes licenciées, cruels jeux de rôles auxquels elle doit participer, rencontres avec ses anciennes collègues qui ont conservé leur travail et deviennent distantes. Mise en scène nerveuse ; on pense à Rosetta des Frères Dardenne et à Sur la Planche de Leila Kilani. La grande acuité du regard de cette jeune réalisatrice nous fait découvrir sans manichéisme une Suède noire que le racisme gangrène, qui écrase les plus fragiles. Pourtant, on ne sort pas désespéré de ce film bouleversant car Gabriela Pichler a aussi montré la solidarité entre immigrés -la séquence finale en témoigne- et la grande humanité de ses personnages. ANNIE GAVA É M A Le festival nouv.o.monde a eu lieu du 30 mai au 2 juin à Rousset Les Films du Delta 04 42 53 36 39 www.filmsdelta.com



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 1Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 2-3Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 4-5Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 6-7Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 8-9Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 10-11Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 12-13Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 14-15Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 16-17Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 18-19Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 20-21Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 22-23Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 24-25Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 26-27Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 28-29Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 30-31Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 32-33Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 34-35Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 36-37Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 38-39Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 40-41Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 42-43Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 44-45Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 46-47Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 48-49Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 50-51Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 52-53Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 54-55Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 56-57Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 58-59Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 60-61Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 62-63Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 64-65Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 66-67Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 68-69Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 70-71Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 72-73Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 74-75Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 76-77Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 78-79Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 80-81Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 82-83Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 84-85Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 86-87Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 88-89Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 90-91Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 92-93Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 94-95Zibeline numéro 64 juin 2013 Page 96