Zibeline n°63 mai 2013
Zibeline n°63 mai 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°63 de mai 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 12,9 Mo

  • Dans ce numéro : la culture sans artiste, une idéal libéral.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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L I V 90 R ES Les joies de la famille Sukkwan Island puis Désolations avaient plongé le lecteur dans l’humidité et les glaces de l’Alaska. Le troisième roman de David Vann, Impurs, l’étouffe dans la fournaise californienne. Dans tous les cas, des conditions extrêmes et très vite l’enfer. Un enfer dont la nature glacée ou ardente n’est que le miroir. Car le véritable enfer est celui que subissent les personnages au sein de familles mortifères. Le démontage en règle de la sacrosainte famille et la mise à jour de ses non-dits, de ses violences, de ses perversions de toutes sortes, tels semblent être les projets principaux de Vann. Les deux romans précédents dressaient un tableau terrifiant de la relation père/fils. Avec Impurs, le romancier (qui est né en Alaska et a grandi en Californie ; tiens, tiens…) s’attaque aux rapports malsains qui unissent Galen, un jeune adulte de 22 ans, oisif, adepte du new age et de la masturbation, et sa mère SuzieQ. Dès les premières pages, tout est dit : « L’air était irrespirable. Si brûlant que sa gorge était un tunnel desséché, […] et il ne savait pas pourquoi il ne parvenait pas à partir, tout simplement. Elle avait fait de lui une sorte d’époux, lui, son fils. […] et chaque jour il avait le sentiment qu’il ne pourrait supporter un jour de plus, mais chaque jour il restait. » Le roman de Vannrappelle la tragédie grecque ou racinienne, son déroulement inéluctable, ses héros accablés par un destin familial qui fait d’eux des maudits, des « impurs ». Par son rapport à la nature à la fois concret et symbolique, il se place aussi dans la lignée des grands romans américains. Un drame tellurique se joue, dans la sueur et la poussière ; le titre originel est d’ailleurs Dirt (saleté). Un style remarquable mais une lecture difficile, surtout pour les femmes et mères. FRED ROBERT Yaak la vérité qui compte « La Nature est l’étalon-or d’un système biologique et flexible » nous explique Rick Bass. Ancien géologue installé depuis des décennies dans la vallée du Yaak (« flèche » en indien Kootenai), il lutte pour que son territoire devienne réserve naturelle. Dans un combat inégal qui l’oppose aux compagnies forestières, il tente de faire interdire les coupes à blanc, ces déboisements ultimes dévastant parcelles et forêts comme on vide les rayons des supermarchés. Une belle cause pour un beau plaidoyer lyrique, quand on ajoute encore que pumas, grizzlys, loups, aigles royaux et ombles plates constituent les habitants de cet Éden calfeutré dans le nord du Montana. Sans parler des parterres de fleurs nommées lys des glaciers, castillèjes d’Amérique, sabots de la vierge, orchidées colombe, lune-fougères… Mais les bons sentiments ne génèrent pas forcément la belle littérature, et Rick Bass n’est pas Giono. Sans aller vers l’allégorie de L’homme qui plantait des arbres, on se prend à rêver d’un Chant du monde des espaces américains, avec cette urgence violente et passionnée qui se garde du pensum. Bass, qui prétend traquer le Vrai et rien d’autre, exprime nombre de banalités -Si un lieu est source de paix, ne peut-il transmettre cette paix à ceux qui l’habitent ? - voire des idées réactionnaires -Les rythmes sanguins de la terre qui persistent dans nos veines affirment qu’il nous faut nous reconnecter à des rythmes stables et naturels-. Quelques passages (Quatre coyotes et Cette terre sauvage) nous laissent pourtant imaginer qu’un autre livre était possible, puisé aux mystères et aux eaux glacées des sombres forêts du Nord. ÉDOUARD BARTHELEMY Impurs David Vanntraduit de l’américain par Laura Derajinski Gallmeister, 23,10 € David Vannet son éditeur Olivier Gallmeister étaient invités aux Escapades littéraires de Draguignan (voir p.87) Le Livre de Yaak Rick Bass Gallmeister, 20,90 € Rick Bass était présent lors des Escapades littéraires de Draguignan Sonate d’automne Ce livre pourrait se présenter ainsi : en vingt-etune adresses et soixante-quatre années de pérégrinations, voici toute la vérité sur le corps dans lequel « habite » la personne nommée Paul Auster. Rien n’y manque des chutes, pincements, morsures, maladies, souffrances, glissements, paniques et pertes irrémédiables subies par le vaisseau fragile dont le capitaine est aussi le coryphée. Enfin, comme bon nombre de critiques ou d’interviews l’ont souligné jusqu’ici, on n’oubliera pas de saluer au passage la grande « sincérité » de l’écrivain, sa manière pudique et pourtant lyrique de transformer les larmes en écriture. Sauf qu’à y regarder de près, rien n’est Vrai. Bien sûr, Brooklyn, Manhattan, les morts subites du père et de la mère, la recherche compulsive des corps à aimer, les crises de panique, la douleur, tout est véridique. Mais Paul Auster est un immense écrivain, c’est-à-dire un grand menteur. Son travail consiste à éclairer certaines scènes tandis que d’autres restent dans l’ombre. Et progressivement, sinueusement, sans jamais rien y laisser paraître, c’est ce travail d’ombres et de lumières qui, par ses manques et l’habileté de l’auteur, insinue peu à peu un vertige (Vertigo ?) en nous. Quelle est cette sœur schizophrène dont on ne dit en tout et pour tout que deux mots ? Pourquoi cette grand-mère a-t-elle abattu son mari ? Qu’est-ce qui rendait ce père si taciturne ? Loin d’avoir produit une bluette sur le temps qui passe et les ravages de la vieillesse, Auster manipule sous nos yeux un théâtre de morts et de vivants qui nous glace et nous enivre. De la grande littérature de fiction. E.B. Chronique d’hiver Paul Auster, trad. Pierre Furlan Actes Sud, 22,50 €
In the pocket On pourrait parier sans risque que Tom et son indécrottable copain Huck n’auraient pas renié la nouvelle aventure que se paient les éditions Tristram basées à Auch dans le Gers : le lancement d’une collection de poche, économique donc, douze titres par an, dans un format maniable, au poids plume et à la couverture au pelliculage brillant -miroir d’appoint au cas où ? « Souple » c’est son nom, sa qualité plastique et sans doute morale au vu de la diversité du catalogue ! Nous y retrouvons parmi les premiers parus la « nouvelle traduction » (2008) des Aventures de Tom Sawyer, ressuscitées par la foi en l’impureté fertile de la langue de Mark Twain qui anime le traducteur Bernard Hoepffner. Roman pour « garçons et filles » peut-être mais dont l’auteur « espère qu’il ne sera pas esquivé par les adultes » ce classique de la littérature américaine (1876), ici rétabli en version intégrale, explore les territoires les moins exposés à la facilité narrative et à l’angélisme sucré ! Pesanteur d’une communauté villageoise d’avant la guerre civile, réglée par le puritanisme, École et l’Église indissociables (saveur acide des sermons des dames patronnesses ou du Révérend), lutte permanente entre le Bien et le Mal dans les consciences, permanence des superstitions et omniprésence de la mort sur les bords du lent Mississipi : les « bêtises » et les écarts de conduite de Tom et Huckleberry Finnne sont que la manifestation d’un élan vital vers la liberté d’être. Le traducteur reste finement proche de la littéralité au risque mesuré de semer un léger trouble de lecture face aux incorrections ou ellipses langagières de certains personnages tel Injun Joe (le très très méchant indien) et n’hésite pas à conserver certaines proximités avec le lexique biblique qui imprègne nombre de situations. Belle occasion que nous offre Tristram de fuguer avec Tom dans la poche-revolver ! MARIE JO DHO Marseille, capitale littéraire Rémi Duchêne dédie son ouvrage à son père, Roger Duchêne, le génial dixseptièmiste que tous les étudiants de lettres aixois ont un jour croisé. L’embarcadère des lettres est un bel hommage, garant d’une transmission de l’amour des écrivains... S’attachant à une période couvrant la première moitié du XX e siècle, l’auteur évoque, quasiment au sens premier du terme, les grandes figures littéraires qui ont vécu ou passé par Marseille, ville incontournable à l’époque pour tout voyage vers les orients. Le contenu est érudit, précis, fourni d’anecdotes mais aussi d’analyses rapides et pertinentes des œuvres. Un tableau esquissé des situations historiques et économiques accorde à l’ensemble les contextualisations nécessaires. Les vies des écrivains tels Camus, Colette, Simone de Beauvoir, Sartre, Éluard, Malraux, Apollinaire, Cohen, Genêt, Pagnol... les liens qui les ont unis, les raisons qui les ont menés à Marseille, se dessinent au fil des chapitres, et finissent par définir une alchimie entre la littérature et ses sources d’inspirations : trames romanesques, visions poétiques et philosophiques, trouvent ici leur cristallisation. On comprend l’effervescence créatrice, qui trouvait alors l’une de ses expressions les plus vivantes dans le creuset des Cahiers du Sud de Jean Ballard. Sans jamais édulcorer la vision de Marseille, Rémi Duchêne tisse d’une plume alerte et passionnée un immense poème amoureux pour cette ville, « blanc coquillage/Bruissant de lointaines rumeurs » (Louis Brauquier). Car Marseille est une ville où l’on a beaucoup écrit… MARYVONNE COLOMBANI Femme et irlandaise Témoignage étonnant que celui de cette écrivaine qui décide à 78 ans d’écrire sa biographie, ne voulant pas en laisser le soin à d’autres ! Il lui aura fallu trois ans pour en venir à bout. Nécessairement, bien que non exhaustif et non linéaire, le récit se développe en un gros volume dont on regrette parfois les longues digressions sur la vie sociale et surtout mondaine d’Edna O’Brien. Car elle a côtoyé en toute simplicité, et souvent au cours de soirées bien arrosées, des artistes, des célébrités, tels Samuel Beckett, Paul Mac Cartney, Jackie Onassis, Martha Graham... Elle a connu la pauvreté et l’opulence, l’opprobre et l’adulation. Un grand nombre de ses livres ont été condamnés par les austères autorités ecclésiastiques irlandaises qui ne plaisantaient pas avec la morale dans les années 60, lors de la parution de son premier livre, traité d’« immondice ». Car la jeune femme d’alors n’a pas hésité à parler crûment de sexualité et d’émancipation. Les mémoires relatent son « initiation brutale » à la sexualité dès les années de couvent, puis la fuite et le mariage en 1954 avec l’écrivain Ernest Gébler qui jalousera rapidement son succès littéraire et qu’elle quittera en 1962, luttant pour la garde de ses deux fils. Le récit témoigne aussi de son amour des livres et des mots, de l’admiration de la poésie de Yeats, et de l’attachement au pays qu’elle a ancré au cœur, et dont elle évoque l’histoire sanglante dans des chapitres poignants. CHRIS BOURGUE Fille de la campagne Edna O’Brien Sabine Wespieser, 25 € Les aventures de Tom Sawyer Mark Twain Traduction de Bernard Hoeffpner Collection souple des éditions Tristram, 9,95 € Uemho r des lettrés L’embarcadère des lettres Rémi Duchêne J JC Lattès, 23 € Edna O’Brien sera à Lyon le 1er juin dans le cadre des Assises internationales du roman (AIR) www.villagillet.net L I V 91 R ES



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