Zibeline n°63 mai 2013
Zibeline n°63 mai 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°63 de mai 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 12,9 Mo

  • Dans ce numéro : la culture sans artiste, une idéal libéral.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 88 - 89  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
88 89
L I V 88 R ES Pour parler d’eux Michèle Lesbre s’intéresse à la façon dont les événements de notre vie personnelle s’insèrent dans une écriture romanesque en une sorte d’incrustation, pas toujours volontaire, dit-elle... Ce n’est pas le récit de soi qui l’intéresse mais plutôt comment l’histoire du monde et des hommes traverse notre propre histoire. En décembre 2003, avant de se précipiter sous un wagon du métro, un vieil homme a souri à Michèle Lesbre (voir Zib’62). Tu pendant des années, ce récit ouvre le roman : trois pages coups de poing qui introduisent une fiction, celle d’une femme amoureuse qui, bouleversée par ce qu’elle vient de vivre, renonce à rejoindre son amant. Beaux, riches et moraux Milieu du XXIe siècle. La Norvège, enrichie par ses gisements sous-marins, domine un monde que la crise a appauvri et que la pénurie d’or noir paralyse (le baril de brut est à plus de 300 dollars). Pourtant, il y a quelque chose de pourri dans ce royaume d’anticipation, où tous jouissent de la manne pétrolière, où on envoie les vieux vivre des retraites dorées sur les côtes méditerranéennes, où l’on se battrait presque pour aller en prison tant ces lieux de détention sont agréables à vivre. Car il s’avère difficile de concilier richesse et vertu, même lorsque cette alliance paradoxale est au cœur du système politique… Lorsque Brut Selon Matias Néspolo, il y aurait sept façons de tuer un chat. Dans son livre pourtant, on n’en verra que deux, « la gentille et la dégueulasse » ; c’est ce que professe Chueco(le Tordu) à son copain Gringo, le narrateur. Dès les premières lignes, on plonge : dans la misère, la débrouille, la mort et l’argot des rues. La scène inaugurale donne le ton, percutant. Et ce chat que Chuecoexécute gentiment, d’un coup, dans un bruit « de branche morte qui casse » parcourra le roman, comme une métaphore de l’existence menacée des habitants du bidonville de la banlieue de Buenos Aires où se déroulent ces quelques jours décisifs de l’existence du Gringo. Un chat qu’on tue parce qu’il faut bien manger, dont la peau ferait un joli manteau de poupée si elle ne se mettait à grouiller La vie de Victor Dojlida, personnage central du récit de 2001 qui vient d’être réédité, l’a fascinée au même titre. Ce polonais réfugié à Homécourt, puis résistant et déporté, fut emprisonné en France pendant 40 ans après avoir voulu se venger de son arrestation par un policier français. À sa libération en 1989, Michèle Lesbre l’a rencontré, est devenue son amie, considérant comme un « geste citoyen » de parler de cet homme en colère. Elle témoigne ainsi de l’influence du politique sur la vie privée, naviguant entre réalité et fiction, présent et passé, en un dosage subtil. CHRIS BOURGUE Qui aime bien châtie bien Il faut être du pays pour se permettre de tenir un discours aussi noir sur l’Algérie, sur Alger la Blanche (« vaste estomac », « évier d’histoires »), sur un peuple « souffrant de désœuvrement », « tellement écrasé que le jour où nous nous sommes levés notre échine est restée courbée ». À travers ses personnages d’anciens militaires, de coureur de fond ou de nègre pour ancien combattant analphabète, Kamel Daoud tente d’exorciser un défaitisme quasiment décrit comme atavique, une malédiction gravée par des années de colonisation sur l’arbre généalogique est paru en 2011, ce premier roman de Dalibor Frioux a été remarqué. De fait, cette cynique contre-utopie ne manque ni de brio ni d’à-propos, la réflexion sur les liens pervers qu’entretiennent morale et argent étant largement d’actualité. Mais si certaines scènes sont de vraies trouvailles, celle par exemple où les privilégiés invités à une « réunion de baptême d’un nouveau champ pétrolier » doivent se rincer la bouche au pétrole pour trouver l’inspiration, l’ensemble pâtit de la distance volontaire que l’auteur maintient avec des personnages-marionnettes qui ne semblent exister que pour illustrer sa thèse. FRED ROBERT des algériens. Car dans ces quatre nouvelles, sous des mots rageurs d’amour ambivalent, on perçoit une note de détermination infinie. Cet auteur-là ne baissera pas la garde, il a le souffle du marathonien qui ne s’arrêtera plus de courir, une fois la ligne de la victoire franchie, derrière « les petits détails qui continuent de tinter comme des casseroles, les grandes questions qui n’ont pas de porte, et les rêves qui traînent par terre ». GAËLLE CLOAREC La gentille et la dégueulasse d’asticots… Mort subite ou mort lente, putréfaction, à l’image d’une Argentine plongée dans la crise. Ce court récit, qu’on dévore, peut se lire comme un roman noir : batailles rangées entre clans rivaux pour le contrôle de la revente de drogue, cambriolages, prostitution, corruption, scènes nocturnes, bars glauques et morts violentes, tout y est. Mais Néspolo va plus loin. En soignant l’épaisseur psychologique de son jeune héros, tout en angoisse et en sentiments mêlés, d’amour, de culpabilité, plein du désir de sortir de là mais conscient de la nécessité d’aller jusqu’au bout de son destin, comme Achab dans Moby Dick, un livre que Gringo traîne partout avec lui et dont il commente les épisodes de manière très personnelle. Mais surtout, en brossant en filigrane le i*ircie414*1. 4ya Écoute la pluie I Michèle Lesbre Sabine Wespieser, 14 € Victor Dojlida, une vie dans 1 l’ombre Michèle Lesbre Sabine Wespieser, 14 € Cette rencontre du cycle Écrivains en dialogue a eu lieu aux ABD le 9 avril, à Marseille Brut Dalibor Frioux Seuil, 21,50 € Pn Dalibor Frioux sera invité le 18 mai à Gardanne et à Marseille dans le cadre des Escales en Librairies (association Libraires à Marseille) www.librairie-paca.com Le Minotaure 504 Kamel Daoud Sabine Wespieser Éditeur, 13 € Kamel Daoud était présent lors du festival CoLibriS (voir p.86) qui s’est déroulé du 24 au 30 avril portrait saisissant de son pays au bord du chaos, Néspolo signe un premier roman prometteur. F.R Sept façons de tuer un chat Matias Néspolo traduit de l’espagnol (Argentine) par Denise Laroutis Thierry Magnier, 22,30 € Matias Néspolo était invité au festival CoLibriS
Hamsa, la loi du cinq Surtout, ne pas déduire de la photographie de couverture la nature du texte ! Il ne s’agit absolument pas d’une espagnolade parfumée d’eau de rose de mauvaise qualité ! À mon corps désirant, sixième volume consacré à Mogador (actuelle Essaouira), clôt un cycle consacré au désir où tous les écueils du genre sont évités. L’écriture d’une grande pureté est celle du conteur à laquelle parfois se mêlent des fragments poétiques. Les récits s’entrelacent ; les lieux, les époques trouvent d’étranges échos, entre le Mexique et le Maroc, surgissements dans le désert, chasseurs d’orchidées et insectes de lumière. Scandent les articulations de l’ouvrage les blasons de chaque doigt de la main. Cinq doigts, cinq étapes, cinq mouvements, cinq, comme le chiffre sacré de l’islam, comme les cinq doigts de la main de Hamsa avec, en vague de fond, le livre d’Ibn Hazm, La loi de Hamsa, véritable art d’aimer. Cet art se retrouve sublimé dans la mort : l’amante passe une commande étrange au potier, un objet parfaitement inutile qui serait façonné des cendres des deux amants à leur mort. Alchimie de la terre et du feu, alchimie de l’écriture, « j’écris comme l’artisan travaille la matière ». Les narrations se mêlent, chacune ancrée dans ses songes, son appréhension du monde, « du délire qu’est la vie », dont « la réalité ultime est le désir ». « Les corps amoureux sont des dunes que le vent déplace en contant leur histoire. » Alberto Ruy-Sanchez nous emporte dans un ouvrage inclassable, baroque et subtil d’une émouvante profondeur. Est-ce ainsi que naissent les légendes ? MARYVONNE COLOMBANI À mon corps désirant Albert Ruy-Sanchez Galaade, 21 € L I V 89 De haute laine C’est bien entendu sur un tapis volant que l’aïeul Aziz, au début du XXe siècle, a rejoint les Amériques depuis sa Palestine natale et sa descendance ébahie le croit sur parole ; il faut dire que ses talents de conteur et de commerçant ambulant convergent pour en faire un « Magnifique » dont les aventures sont au cœur du roman de Walter Garib, auteur chilien de renom, descendant de ces émigrants arabes qui ont fait souche en tentant de préserver l’essentiel de leur identité culturelle. Et c’est, semble-t-il, pour reniement des origines du clan familial qu’à la troisième génération Bachir Magdalani -dont le nom n’a rien d’italien, malgré ses tentatives pathétiques de s’en persuader- subit la cinglante humiliation sociale qui ouvre magistralement ce récit labyrinthique. Mosaïque bigarrée, emboîtement vertigineux de scènes en abyme, ruptures spatio-temporelles et arborescence des souvenirs déclenchés par un mot, une odeur ou une saveur exigent un lecteur aux aguets prêt à suivre le narrateur hyper-omniscient dans ses sauts et gambades sur un territoire truffé de noms et de références historiques lointaines (la guerre du Chaco entre Bolivie et Paraguay 1932-1935...). La traductrice Solène Bérodot a rendu ce coupé-collé de motifs proliférants, âme du récit tout autant que la personnalité du grandpère et de ses femmes, en virtuose du passé-simple qui donne à chaque scène remémorée sa densité de présent. Comble de bonheur, ce texte si dense a trouvé « son » livre : coutures et nœuds apparents, reliure japonaise à l’aiguille, coffret à la vignette chatoyante, les petites mains non plus ne chôment pas à l’atelier du tilde, maison d’édition lyonnaise associative respectueuse du travail (très) bien fait. Aucune résistance vraiment à se laisser emporter par ce Tapis Magique ! MARIE JO DHO Le voyageur au tapis magique Walter Garib L’atelier du tilde, 22 € www.atelier-du-tilde.org Walter Garib et l’atelier du tilde étaient présents au Festival CoLibris « Regards latino-arabes » du 24 au 30 avril (voir p.86) R ES Le visage de Meursault Il a osé ! Jacques Ferrandez a osé donner un visage et un corps à cet homme sans prénom, dont tous les lecteurs de L’étranger se sont forgé une image personnelle. Un sacré défi. Mais qui d’autre que lui pouvait le relever ? Comme Camus, Ferrandez connaît bien l’Algérie où il est né et où il séjourne régulièrement ; ses Carnets d’Orient en sont la preuve. Il connaît aussi très bien l’œuvre de Camus, dont il a déjà adapté une nouvelle L’hôte (Gallimard, 2009). Son adaptation en bande dessinée du célèbre roman n’est donc pas si choquante. D’autant plus qu’il réalise ici une œuvre d’une grande force plastique et d’une indéniable fidélité au texte et à l’esprit de Camus. Son Meursault blond aux faux airs de James Dean est assez proche du personnage originel de jeune adulte qui refuse de jouer le jeu. Et ses traits imprécis reflètent son caractère énigmatique. De même, le cadre, réaliste, est celui de l’Alger coloniale des années trente, époque à laquelle Camus écrivit son roman (paru seulement en 1942). Quant au texte, du début à la fin, c’est celui du romancier. Ferrandez a seulement pris soin de transformer la « voix off » du livre en paroles directes. Il l’a fait habilement : ainsi sa façon d’insérer le célèbre incipit « Aujourd’hui maman est morte… » est tout à fait judicieuse. Certaines scènes, celle du meurtre par exemple, se passent de mots ; sur une double page aquarellée figurant la plage viennent s’incruster les vignettes qui rythment l’action. Une technique chère au dessinateur, qu’on retrouve tout au long de l’album et qui donne à cette (re)lecture de L’étranger sa couleur particulière. FRED ROBERT L’étranger d’après l’œuvre d’Albert Camus Jacques Ferrandez Gallimard, 22 € Lire aussi p.32 le compte-rendu de la rencontre avec Jacques Ferrandez dans le cadre des Rencontres du 9 e art à Aix-en-Provence



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 1Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 2-3Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 4-5Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 6-7Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 8-9Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 10-11Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 12-13Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 14-15Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 16-17Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 18-19Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 20-21Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 22-23Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 24-25Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 26-27Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 28-29Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 30-31Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 32-33Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 34-35Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 36-37Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 38-39Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 40-41Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 42-43Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 44-45Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 46-47Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 48-49Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 50-51Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 52-53Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 54-55Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 56-57Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 58-59Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 60-61Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 62-63Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 64-65Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 66-67Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 68-69Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 70-71Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 72-73Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 74-75Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 76-77Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 78-79Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 80-81Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 82-83Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 84-85Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 86-87Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 88-89Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 90-91Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 92-93Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 94-95Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 96