Zibeline n°63 mai 2013
Zibeline n°63 mai 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°63 de mai 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 12,9 Mo

  • Dans ce numéro : la culture sans artiste, une idéal libéral.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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86 L IT T É R A T U R E Ouvrages de l’Atelier du Tilde Juliette Luck2 Que viva CoLibriS Faut-il multiplier les moments festifs (concerts, milongas…) pour qu’un festival littéraire soit jugé digne d’être financièrement soutenu ? À l’issue de la sixième édition de CoLibriS, on peut se poser la question. Depuis sa création, la manifestation a déployé ses ailes, ouvrant des perspectives inédites, comme le croisement de regards latinoarabes pour la présente édition, et gagnant année après année une notoriété internationale. Le travail de fond, que les acteurs de ce festival mènent avec enthousiasme pour faire connaître et apprécier les littératures contemporaines d’Amérique latine, ne semble pourtant pas convaincre les institutions. Celles-ci ne cessent de réduire leurs aides, au point que l’équilibre financier de la manifestation relève aujourd’hui de la gageure. Le budget de la culture est en baisse et à l’intérieur dudit budget, la littérature est loin de se tailler la part du lion : trop peu visible, disent les uns ; trop élitiste, critiquent les autres. S’ils avaient assisté aux échanges stimulants qui se sont tenus à La Friche, ils auraient constaté qu’exigence littéraire et accessibilité, même lorsque les sujets abordés sont complexes, sont compatibles. C’est d’ailleurs une des grandes qualités de CoLibriS, qui n’est pas un salon où l’on vient faire ses courses, mais un véritable lieu, stimulant, de recherche, d’échange et de découvertes. Parmi les rencontres passionnantes de cette édition, la table ronde qui a réuni Carlos Liscano, Matias Néspolo, Maïssa Bey et Kamel Daoud autour du thème de « l’écrivain, voix politique ». Hernan Harispe a lancé le débat. Constatant le bouleversement politique et social du continent sud-américain depuis deux décennies, voyant le même changement en germe dans le monde arabe, il a demandé si la littérature accompagnait ou non ces mutations. Selon l’Uruguayen Liscano, il y a actuellement un « divorce » entre littérature et politique en Amérique latine, ce que corrobore le jeune écrivain argentin Néspolo (voir p.88) pour les années 1990 du moins. Cette période d’évolution néolibérale de tout le continent a favorisé l’éclosion d’une littérature plus légère, plus formaliste, moins engagée. Mais les temps changent ; de nombreux écrivains de sa génération renouent aujourd’hui avec des thèmes politiques, liés au poids de l’héritage des dictatures. Face à des auteurs sud-américains « impliqués », les Algériens se disent totalement « engagés ». Kamel Daoud (voir p.88) rappelle brillamment la nécessité de la littérature face à la dictature. À quoi Maïssa Bey ajoute que « toute prise de parole dans un pays où la transgression des codes est sévèrement punie est un acte politique. » Daoud conclura pourtant que l’expérience de l’Amérque latine l’intéresse mais ne répond pas à sa question fondamentale : comment vaincre la dictature religieuse ? CoLibriS permet aussi des découvertes. D’auteurs, comme le Chilien d’origine palestinienne Walter Garib ; un octogénaire flamboyant à l’élocution magistrale (voir p.89). D’éditeurs également. L’Atelier du Tilde, à qui l’on doit l’édition du Voyageur au tapis magique de Garib, était à l’honneur cette année. Cette maison lyonnaise (créée en août 2010) est née de la volonté de trois jeunes traducteurs de diffuser des œuvres latino-américaines et espagnoles inédites en français, d’où le nom « tilde », tout en soignant l’objet de façon très artisanale, d’où le terme d’« atelier ». Les jeunes éditeurs font presque tout eux-mêmes, traduction, fabrication, diffusion…, ce qui leur permet de proposer de très beaux livres à des prix très doux. Une démarche peu lucrative mais généreuse ! Pour l’équipe de La Marelle, l’heure est désormais aux bilans. Qu’adviendra-t-il de CoLibriS en 2014 ? Sans doute faudra-t-il l’associer à d’autres événements (le festival de cinéma sudaméricain ?). L’ouverture au public scolaire et universitaire, largement amorcée cette année devrait croître encore. Afin que (sur)vive un festival littéraire de grande qualité ! FRED ROBERT Le festival CoLibriS s’est déroulé à Marseille (La Friche) et dans la région du 24 au 30 avril Traduire l’implicite En conclusion du festival littéraire, CoLibriS proposait à l’Espace Van Gogh d’Arles, au siège du CITL*, une rencontre animée par YannNicol entre Alberto Ruy-Sanchez (voir p.89) et son traducteur, Gabriel Iaculi. L’échange extrêmement riche permettait un nouveau déchiffrement des arcanes de l’œuvre de Ruy-Sanchez et une approche passionnante de l’art de la traduction. Il n’est pas de meilleure lecture, plus approfondie que celle de la traduction affirme Gabriel Iaculi : « Ma méthode est très hétérodoxe, il s’écoule un an ou deux entre ma première lecture et la traduction. » « Comment faire sentir en français au lecteur les allusions du texte ? En traduisant, je comprends le chemin de l’auteur et je suis obligé d’emprunter le mien par un tour à la fois totalement différent et qui à l’issue est à peu près semblable. » Dans l’écriture baroque de l’écrivain mexicain, tout se joue sur la polysémie, l’implicite, c’est ce qu’il faut rendre, absolument ! Dans le roman, un personnage essentiel, le potier : Gabriel Iaculi s’initie alors à la poterie. « Quelle chance pour moi d’avoir un tel traducteur ! sourit Alberto Ruy-Sanchez. De toute façon, comme pour un chorégraphe, mon livre ne m’appartient plus en français, il est l’œuvre de Gabriel ! » Quel bonheur pour le lecteur ! MARYVONNE COLOMBANI M.C Cette rencontre au eu lieu le 30 avril à l’Espace Van Gogh, Arles *CITL : Collège International des traducteurs littéraires 0 I
Hassen Haddouche/filtrages Des Américains à Draguignan Débarquement américain dans le Haut-Var pour la troisième édition des Escapades Littéraires, organisées par l’association Libraires du Sud. Ce festival littéraire est des plus plaisants. Grâce au lieu d’abord : au fond d’une placette ombragée de platanes et aménagée en café se tient la Chapelle de l’Observance. Acquis par la commune en 1992 et restauré jusqu’en 2005, ce bel édifice du XVIe siècle est aujourd’hui dédié aux expositions d’art contemporain et aux manifestations culturelles. On y circule à l’aise, mais tout est concentré. Grâce ensuite à l’accueil, excellent, et à l’ambiance, conviviale et propice aux échanges. Ici, tout le monde se parle et tous -bénévoles de l’association, lecteurs, équipe de la municipalité, interprètes, journalistes, auteurs, libraires- sont « à fond » pour faire de ce jeune festival une manifestation qui compte dans le paysage littéraire de la région. Ils y réussissent aussi grâce à la qualité des rencontres proposées. En une journée, on a ainsi pu redécouvrir Mark Twain à travers l’hommage que lui a rendu Bernard Hoepffner. Le traducteur vient de proposer une version nettement moins édulcorée que les précédentes de Tom Sawyer (voir p.91) et Huckleberry Finn, plus en accord avec l’esprit des deux romans, pas vraiment politiquement corrects ni destinés aux enfants (surtout le second). On a également pu rencontrer Richard Russo et Iain Levison dont les romans brossent le portrait d’une Amérique en crise. On a parlé comics et romans graphiques avec Gilbert Shelton, créateur des Freaks Brothers, Marc Voline, qui a énormément fait pour qu’on n’oublie pas George Harriman et son Krazy Kat, et le talentueux quadra Anthony Pastor, qui a redit l’importance de la culture US pour sa génération. Ses romans graphiques jouent constamment avec les codes du western ou du roman hard boiled. Une table ronde a réuni Rick Bass, Adam Novy et David Vannsur le thème des « grands espaces américains » (voir p.90). Bass a rappelé l’influence de Jim Harrison sur lui. Celui qui dit préférer les ours au métro vit aujourd’hui dans le Montana, au fond d’une vallée sauvage ; une expérience assez proche de celle que Thoreau rapporte dans Walden. Vanndit avoir été marqué pour toujours par son enfance sur une île, près de l’océan, en bordure d’« une forêt très humide et très dense » puis par son adolescence près de Sacramento, dans une propriété qui ressemble fort à celle qu’il évoque dans Impurs (lire chronique p.90). La description du paysage est pour lui une façon de figurer l’émergence de l’inconscient. Pour le très pince-sans-rire Adam Novy en revanche, la forêt reste « un lieu d’échec personnel » (il est nul en feux de camp) ; pas de forêt donc dans sa Cité des oiseaux mais une « géographie de la dislocation » et la création d’un nouvel espace, d’un monde souterrain surpeuplé. De belles rencontres en vérité, et un festival à découvrir absolument. FRED ROBERT Les Escapades littéraires ont eu lieu à Draguignan (Var), Chapelle de l’Observance, du 3 au 5 mai Bouquet final Le 12 avril, au Portail Coucou à Salon, se clôturait la 8e édition de Lire Ensemble, manifestation intercommunale autour du livre et de la lecture organisée par Agglopole Provence, où durant une quinzaine de jours les 17 communes du territoire ont accueilli nombre de manifestations au sein de leurs bibliothèques. Lors de cette soirée tous étaient présents, les participants des concours qui attendaient la remise des prix, mais aussi ceux qui avaient participé aux ateliers graphiques et d’écriture (notamment avec Jo Ros, Jihad Darwiche et Thomas Azuelos) et dont était visible la richesse de production ! La compagnie Tout Samba’L offrait aussi un beau moment avec une lecture-spectacle autour d’une sélection de portraits littéraires écrits par Jo Ros, haute en couleurs, à l’image de ces habitants qui lui ont ouvert leur porte et leur vie. Un kaléidoscope de personnalités qui, selon les mots de l’auteur, lie « tradition et modernisme en préservant la mémoire, la sauvegarde des patrimoines [...] Pour que rien ne s’oublie de ces vies, de ces tranches d’histoire locale adossée à celle de la planète ». Le recueil est en ligne sur le site de l’Agglopole, surfez-y... Émotion et belles rencontres enfin autour des lauréats des concours de nouvelles ados (sur le thème Rencontres du 13 e type) et adultes (sur celui de Gens d’ici et d’ailleurs), avec deux beaux premiers Prix de chaque côté. Une participation importante, dont la qualité fut soulignée par les membres des jurys. Et notamment celle d’Hélène Katsaras, Grand Prix Agglopole Provence, Gens qui rient, gens qui pleurent, déclinaison emballante du thème imposé, unanimement saluée. Ses écrits à venir sont attendus avec impatience... DO.M. Lire Ensemble s’est déroulé du 29 mars au 12 avril sur le territoire d’Agglopole Provence 87 L IT T É R A T U R E



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