Zibeline n°63 mai 2013
Zibeline n°63 mai 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°63 de mai 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 12,9 Mo

  • Dans ce numéro : la culture sans artiste, une idéal libéral.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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La culture sans artiste, T I Q 06 P O LI U E C U LT U RE L L E Si l’année capitale constitue un formidable accélérateur en termes d’équipements culturels nul ne sait, aujourd’hui, avec quel argent ils vont fonctionner. Le paysage théâtral marseillais, en particulier, est dévasté… L’offre culturelle à l’avenir sera certainement augmentée : le MuCEM, la Villa Méditerranée, le musée des Beaux Arts et demain celui d’Histoire vont en particulier offrir aux Marseillais des activités culturelles qu’ils n’avaient jamais pratiquées. Le territoire de MP2013 n’est pas en reste, depuis les Pénitents Noirs à Aubagne en passant par le Conservatoire d’Aix, les musées d’Arles ou l’Eden à La Ciotat. La région toute entière a été poussée à monter des murs : la FabricA à Avignon, le Théâtre Liberté à Toulon, ou le Forum à Fréjus et le Théâtre Durance à Château-Arnoux rééquilibrent le paysage théâtral sur le territoire… en puisant sur les mêmes « enveloppes budgétaires » (le terme consacré fleure bon le dessous-de-table…). Ce qui forcément appauvrit les autres, et met en rivalité les lieux culturels : difficile alors d’imaginer des productions communes, lorsque les tutelles jouent la concurrence de ceux qui devraient collaborer… Cette technique de management est bien connue des entreprises aux cadres surnuméraires : pour s’en débarrasser elles les font plancher sur le même projet, pour qu’ils s’épuisent dans la lutte, et intériorisent les raisons de leur éviction. Combien de directeurs de lieux se laissent aller à dénigrer leurs confrères, qu’ils décrivent comme des adversaires, et qui le sont de fait, dans les commissions d’attribution des collectivités ? Combien d’autres jettent l’éponge tant le combat est dur ? un idéal libéral Le chantier du theatre de La Minoterie Philippe Houssin Des lieux sans moyens Aucun de ces équipements d’envergure n’est destiné à faire vivre les artistes, c’est-à-dire la création. L’exemple le plus frappant est le nouveau FRAC Paca, avec son budget annuel d’acquisition dérisoire, à peine supérieur à ce que la Région attribue au financement d’une seule production cinématographique : 215 000 €, pour irriguer une région entière ? Or c’est cela qui permet d’acheter des œuvres aux artistes et de les faire vivre… À la Friche la Tour Panorama est érigée, le Pôle Théâtre sorti de terre, l’une et l’autre sans aucun moyen de production, ni pour les arts visuels, ni pour la création théâtrale. Le lieu, superbe, a seulement de quoi ouvrir ses portes, payer son personnel permanent et les charges courantes… Beau comme un frigo vide, et tout aussi glaçant ! C’est sans doute pour la vie théâtrale que le tableau est le plus affolant. Le Gyptis est assuré qu’il ne fermera pas, mais va sans doute se transformer en « Pôle image », entendez en cinéma. Le théâtre est perdu pour la création, même si une partie des moyens doit, en principe, se retrouver à La Friche : nul ne sait si cette « fusion » (on dit OPA, non, chez les capitalistes ?) se passera à budget constant, mais il faudra, au mieux, financer deux lieux avec les moyens d’un seul… En effet, Catherine Marnas est nommée à la direction du Théâtre National de Bordeaux –elle part par lassitude, par désespoir aussi de jamais obtenir dans sa ville les moyens de produire et programmer. Que va devenir le pôle théâtral qu’elle devait diriger et qui se retrouve privé de l’argent de sa compagnie qui ferme dès janvier 2014 ? Quant à la Minoterie en reconstruction et qui ouvrira en septembre, elle devra produire et programmer avec un budget de fonctionnement à peine supérieur à ce que les Minotiers avaient pour un lieu de moindre taille et où ils accueillaient à petits prix : la Ville de Marseille a augmenté sa subvention de fonctionnement, mais celle de l’État est supprimée, celle de la Région en forte baisse… si bien qu’ils n’auront aucune marge artistique supplémentaire : une fois le personnel payé, il restera une somme dérisoire, largement insuffisante pour une programmation régulière, sans parler d’aide à la production… Plus de production Il n’y aura donc, à Marseille, plus de théâtres en capacité de financer des créations : le Toursky ne pratique que l’accueil, dans des conditions financières forcément déplorables ; les Bernardines ne peuvent soutenir que de petites formes pas chères, Montévidéo que des lectures, tout comme les autres petits lieux marseillais ; seul le Gymnase, qui n’y est obligé par aucune convention, la Criée et le Merlan, qui y sont enjoints par leur cahier des charges national, sont en capacité de produire des créations théâtrales. Mais par choix ou par contrainte – difficultés du quartier, orientations esthétiques, nécessité de remplir les salles avec des formes sans « prise de tête » ou des affiches prestigieusesils ne produisent que rarement des compagnies théâtrales régionales : le Gymnase/Jeu de paume les a cantonnées cette année au jeune public, la Criée se contente d’accueillir dans sa petite salle un cycle clown de François Cervantes ; et le Merlan préfère nettement le cirque, la danse et les balades. Le tableau n’est pas plus riant ailleurs : partout les pôles fusionnent en « mutualisant les moyens », belle périphrase pour désigner des économies forcées, et des victoires de directeurs qu’on a transformés en compétiteurs. Le théâtre Liberté à Toulon, qui ne désemplit pas quelles que soient ses propositions, voit son budget amputé tandis que Châteauvallon est dans le flou et que le théâtre de Draguignan a dû définitivement renoncer à rester un pôle de création. La Scène nationale de Cavaillon bat de l’aile, abandonnée par la ville. Celle de Martigues peine à se trouver un directeur, l’État et la Ville n’étant pas d’accord sur le projet, si bien qu’aucune production n’est prévisible. La Passerelle à Gap produit moins de théâtre, le Théâtre Durance n’a les moyens que de petites formes, le Sémaphore de Port-de-Bouc est poussé à « mutualiser » avec les Salins, Ouest Provence depuis la mutualisation programme surtout du
jeune public… Qui va donc proposer du théâtre de création en 2014 ? Et qui va financer les compagnies régionales ? Plus de subventions Parallèlement à cette limitation des capacités de productions des lieux, les compagnies indépendantes subissent de plein fouet une diminution importante de leurs moyens propres. Les aides à la création se réduisent chaque année, et l’on demande à des compagnies de monter des spectacles parfois avec 2000 € … tout en leur reprochant de ne pas avoir un fonctionnement professionnel (entendez : payer les répétitions… mais avec quoi ?) ou en leur disant qu’ils tournent peu (qui les achète ?) ou qu’ils coûtent cher dès qu’ils ont un projet à plus de trois personnes, ou avec un petit décor. Pour les quelques compagnies conventionnées (qui ne sont pas financées au projet, mais reçoivent des subventions régulières…), les enveloppes se réduisent, les cahiers des charges s’alourdissent tandis que tous les coûts augmentent. L’essentiel de leur énergie se perd dans des recherches de financement, et une nécessaire médiation avec des publics nouveaux puisque les collectivités exigent désormais que les artistes, à moyens au mieux constants, s’occupent de colmater la désagrégation sociale en marche… Concrètement : les crédits décentralisés de l’État sont en forte baisse, avalés au trois quart par quelques grosses structures (Centres Dramatiques, Chorégraphiques et d’Art de la rue nationaux, et dans une moindre mesure Scènes nationales et Centres de Création musicale) qui en ont besoin pour fonctionner. Ne pouvant amputer les moyens de ces structures nationales, l’État se désengage sur celles qui déjà ne se partageaient que leurs miettes. À ces réductions au long cours vient s’ajouter une diminution sans précédent du financement culturel de la Région Paca, qui ne sait à quoi vont désormais se limiter ses compétences, puisque sa dotation d’État est en forte baisse. La diminution de 6% annoncée en 2013 se traduit plutôt par 10%, et on murmure que cela atteindra 25% de plus en 2014… Les conseils généraux baissent aussi fortement leurs subventions aux compagnies indépendantes (10 à 15% dans les BdR, jusqu’à 50% dans le Var….). Dans ces conditions non seulement aucun talent nouveau ne peut éclore, ce qui est déjà le cas depuis 15 ans (d’où l’affreuse tendance des jeunes artistes à vouloir flinguer les anciens), mais bon nombre de compagnies ont disparu. D’autres vont suivre, malgré les départs à la retraite de la génération des pionniers de nos théâtres : les collectivités ne redistribueront pas leurs moyens aux plus jeunes, en profitant pour économiser. Prenez-nous la tête Conséquence immédiate ? Elle est déjà sensible, atténuée par la capitale culturelle qui nourrit les corps, les yeux et aussi les esprits. Révélée par elle aussi : il est difficile de programmer du bon théâtre né dans ce territoire. Les compagnies d’ici ne manquent pas de talent, mais d’argent : sans répétitions, sans décors, sans possibilité de commander des textes à un auteur, sans capacité d’aller au-delà du duo ou trio d’acteurs, elles produisent des œuvres d’une qualité insatisfaisante. Ce qui permet de justifier des déconventionnements, autre technique de « gestion des ressources humaines » bien connue des entreprises. Leur seul moyen de survivre est de se tourner vers les arts de la rue, qui ont ici des moyens de production, de faire du jeune public pas cher, de proposer des relectures light du répertoire. Ou encore : de faire des lectures, de présenter des étapes de travail. Bref des formes pauvres, qui de surcroît éloignent le public. Est-ce la fin du théâtre ? Si nous ne construisons que des musées et des boîtes à programmer ce qui tourne ailleurs, nous aurons droit à de la culture en conserve, et deviendrons un territoire sans parole. À l’heure où Marseille Provence veut constituer une jonction entre Méditerranée et Europe, ce serait une catastrophe… Quant à la volonté plus ou moins consciente d’étouffer le genre dramatique, de le remplacer peu à peu par les arts du corps, des yeux et du son (celui qui fait bouger les corps), il relève certes d’une volonté nécessaire d’affirmer l’importance de la chair et de la libérer, mais aussi d’une méfiance politique envers la force subversive de cette pratique millénaire née avec la cité. On sait comment Jean Louis Barrault définissait l’art, c’est à dire pour lui le théâtre : « L’art, dans son essence, est contestation, contestation de la mort, contestation contre les pharisiens de tous poils, contestation de soi-même. » Depuis 68 l’histoire lui a donné tort et nombre de spectacles consensuels sont venus conforter l’action de Coca-Cola sur nos cerveaux disponibles. Mais cette utopie française d’un art révolutionnaire financé par l’État et les collectivités qui en dépendent reste possible, à peu de frais : il suffit d’une volonté politique, c’est-à-dire d’une prise de conscience de la force de l’art, qui permette une réorientation vers la création des crédits culturels, et refasse une place aux artistes. Un pôle théâtre qui aurait pour mission de produire, avec des moyens et sans véto esthétique, toutes les compagnies régionales ? Une obligation pour toutes ces structures sorties de terre de les accueillir dans des conditions décentes ? Un réexamen des enveloppes attribuées aux compagnies indépendantes ? Tout cela est plus que jamais nécessaire, et nettement moins coûteux qu’un stade vélodrome, une Villa Méditerranée ou les ors du Festival de Cannes. Sans doute moins rentable (quoique, le Palais de la Glace ou la Buzine…), mais cela s’appelle justement, dans notre monde libéral, l’exception culturelle. AGNÈS FRESCHEL LA MORT MARRAINE Un tonte en musique de Raoul Lay d"aprésGrimm A partir de 6 ans ! Au antre. Gyptis I MARSEILLE Le 16 mai 14h30 et 19h15 Réservatians 04, 91 11 00 9 NOUVELLE PRODUCTION Avec Agnis Audiffren et les musiciens de l'ensemble Télémaque



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