Zibeline n°63 mai 2013
Zibeline n°63 mai 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°63 de mai 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 12,9 Mo

  • Dans ce numéro : la culture sans artiste, une idéal libéral.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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46 M US I Q U E L’esprit d’invention o Sur son luxueux clavecin à pédalier (copie d’un instrument italien du XVIII e siècle), sonore, conçu pour l’opéra, le 11 avril en la Salle Musicatreize, Freddy Eichelberger entame une descente chromatique qui rappelle la Chaconne illustrant la Mort de Didon de Purcell. À ce figuralisme baroque, le claveciniste superpose des arpèges qui frappent illico l’oreille… Malgré l’incongruité proposée, on reconnait une fameuse intro, d’ordinaire jouée à la guitare, celle du tube de Led Zep : Stairway to heaven ! Mais où donc veut nous conduire le musicien, à l’issue d’une heure d’improvisations virtuoses, classiques, un brin monocordes, durant laquelle il a renoué avec l’esprit d’invention de Bach, après qu’il s’est joué du contrepoint et des suspensions, de la basse continue et des marches harmoniques, d’ornements, Opéra Série A ? L’idée d’assister à trois plombes d’opéra seria, même mozartien, faisait craindre qu’Orphée cédât à… Morphée ! C’est que le livret de La Clémence de Titus n’a pas l’allant des trois grands opéras écrit par Da Ponte. Foin de la comédie dans ce testament du genre créé trois mois avant la mort de Mozart. On y trouve toutefois des ressorts, comme au final du 1er acte, quand les quiproquos nouent une situation captivante, le Capitole flambe et qu’on manque d’assassiner l’empereur… et qu’un magnifique Quintette avec chœur, aussi, fonde un sommet de l’histoire de l’Opéra. Finalement conquis, le public a cédé à la perfection de récits, aux merveilles d’arie… à une riche distribution et la direction minimale, épousant le chant, de Mark Shanahan. La mise en scène de David Mc Vicar (Festival d’Aix 2011), souligne la gémellarité de l’ouvrage avec La Flûte enchantée : car La Clemenza di Tito se nourrit aussi de symboles maçonniques. Quand Titus apparait, souverain éclairé rayonnant dans son habit des Lumières (Paolo Fanale superbe ténor), c’est le jeune Tamino qu’on imagine, après qu’il aurait remplacé Sarastro à la tête du Temple, mais étrangement protégé par une poignée de sbires aux postures (un peu ridicules) de samouraïs. Seule la blanche Servilia (Clémence Barrabé, jeune soprano française pleine d’avenir) est en mesure de suppléer sa Bérénice (Pamina ?) perdue. Sinon, Rome est en noir, en prise aux passions ! En tête, la diabolique Vittelia (héroïque Teresa Romano !) qui se démarque toutefois de la « Reine de la nuit » lorsqu’elle trouve la voie de l’Initiation. L’œuvre vire au rouge au final, celui du cœur, certes, mais aussi du sang, plaie ouverte dans l’esprit de Titus, meurtri, trahi par son ami Sesto (belle Kate Aldrich en travesti !) gagné à son tour par la confusion des sentiments qu’expriment si bien les ultimes accords syncopés de l’orchestre. JACQUES FRESCHEL La Clémence de Titus de Mozart a été présenté du 4 au 12 mai à l’Opéra de Marseille Christian Dresse Freddy Eichelberger Robin Davies modes ou chorals, pour former une espèce de vaste « Suite » baroque ? L’empilage final affiche une « collision » frappante, originale, dont les flèches s’opposent, en sens inverse… Car on ne sait s’il faut suivre la « mise au tombeau » ou « l’ascension » au Paradis ? On n’aura pas de réponse… si ce n’est un délicieux bis offert sous la forme de variations sur une mélodie entêtante, « tube » également… mais d’un autre temps : « Une jeune fillette » qu’on a « rendu nonette » et qui « n’attend que la mort » … On la fredonne à l’issue d’un programme plaisant, mais qu’on aurait pensé plus « iconoclaste », usant trop peu, hormis quelque ostinato contemporain ou tango chaloupé, de recyclages, métissages… JACQUES FRESCHEL Lucas Belhatem Pharaonique En ce début de printemps, l’Opéra de Toulon a programmé Aïda, un des immenses succès lyriques de Verdi, dans une reprise de production de l’Opéra de Nice. Commande créée en 1871 au Caire alors que le compositeur était au sommet de son art, cet ouvrage lyrique surprend par son sujet exotique mais aussi par ses proportions imposantes. Verdi prônant la libération du joug ? On aurait tort en tout cas d’y voir un simple exercice de style orientaliste destiné à mettre en évidence un talent que nul ne contestait à l’époque. En effet, le compositeur dans son souci de réalisme jetait déjà les bases de ce qu’allait devenir plus tard le vérisme, en explorant l’intimité de ses personnages avec une infinie délicatesse tout en offrant une synthèse musicale des traditions française, italienne et allemande. Fort d’un plateau vocal puissant et homogène sur le plan dynamique, et de premiers rôles vocalement convaincants malgré les graves peu sûrs du rôle titre (Mardi Byers), ce spectacle mettait en lumière cette recherche de vérité dans l’expression des sentiments. Cependant, les décors massifs et monumentaux, ainsi que la présence en nombre des chœurs auxquels s’ajoutait parfois un ballet, confinaient parfois les protagonistes dans un statisme dommageable et étouffaient une mise en scène très classique inspirée par une Égypte Antique de carte postale. Fort heureusement, la direction souple et aérienne du chef Alberto Hold-Garrido a su avec bonheur éviter l’écueil d’un style orchestral imposant et parfois pompier, tout en ménageant un espace confortable aux chanteurs. ÉMILIEN MOREAU Aïda a été présenté du 7 au 13 avril à l’Opéra de Toulon
Répertoire et création contemporains Le festival les Musiques du GMEM s’éclate entre Aperghis et Dusapin i *f 1 Donatienne Michel-Dansac Mikael Libert O Mensch Marthe Lemelle Donatienne Michel-Dansac Mikael Libert Ça redonde et bégaie le 3 mai à La Criée, s’accumule et récite… musique des mots, chant schizo, gymnastique des tocs et des maux de mémoire… chez Georges Aperghis, ce compositeur qui explore depuis quarante ans l’univers singulier du « théâtre musical » ! Inspirée du quotidien, sa langue, poétique, absurde et drôle, a trouvé son clown blond, burlesque, au visage angélique : Donnatienne Michel-Dansac. Depuis près de dix ans, elle jongle entre Tourbillons et Calmes plats (1989-92) et des textes, fragments en inserts, d’Olivier Cadiot. Au prix d’un travail scénique colossal, d’une précision métronomique, une heure durant, l’artiste joue de décalages, cassures de rythmes et de la voix, des intentions, alors que son visage projeté sur écrans en jardin et cour, guide le spectateur dans un jeu subtil de champ-contrechamps, chant-contrechants, au croisement des arts. Brava ! Un couple d’heures plus tard, alors que sur les quais du port Flammes et Flots bat son plein, l’Ensemble C Barré (dir. Sébastien Boin) livre un programme qu’on considère aujourd’hui comme classique. Pourtant, le geste créateur de Ligeti dans son Concerto pour violoncelle (1966) conserve toute sa force d’antan : un continuum sonore qui dévoile toute une palette de textures, jusqu’au silence (certes, brouillé par les flonflons de la fête extérieure) et sa cadence fantomatique (Alexis Descharmes). Xenakis aussi, et son architecture chaotique, stridente et mécanique, déshumanisée (Thalleïn, 1984), ou le masque pointilliste de Donatoni (Flag, 1987), gravitent autour d’opus de Pascal Dusapin Ces derniers mettent en jeu la voix (Françoise Kubler) dans un folklore dépouillé d’accroches géographique et temporelle (Ask, 1987), l’exclamation douloureuse (Ô Berio, 2006) ou la relation dantesque au Créateur (Comoedia, 1992). Une complexité où chacun peut trouver son chemin, suivre une voie énigmatique… au demeurant stimulante ! L’héritage allemand O Mensch est le fruit de la rencontre entre Pascal Dusapin et l’œuvre de Nietzsche. Créé le 30 avril à la Criée en 27 moments, dont 4 Interludes au piano. Nietzsche ne résume t-il pas tout l’héritage romantique germanique ? Dusapin aime ce vague, sa lumière douce, l’homme qui erre dans le brouillard, le dépouillement, le voyageur… Ces mille peintures défilent à travers O Mensch, un « opéra » pour baryton et piano appuyé par des vidéos, des jeux de lumières, des ajouts de musique concrète. Les textes proviennent de poésies de jeunesse puis d’aphorismes, et construisent un parcours, qui part du rejet de Wagner à travers le Prélude de Tristan, que Dusapin se plaît à rendre besogneux sous les doigts magiques de Vanessa Wagner ; car Nietzsche fut si déçu par Wagner tombant aux pieds de la croix (Parsifal 1883) ! Ayant découvert le Sud, Naples, l’Italie, Nietzsche souhaite une mutation du goût et Carmen le fascine. Mais comment se libérer de Wagner ? Georg Nigl représente cette puissance dans la lutte, incarnant la musique inclassable, expressive, lente ou vivace, tonale, atonale, méta tonale, habitée d’images de films expressionnistes (Fritz Lang, Murnau). Les accords lents sont entrecoupés de longues plages de silences d’une troublante lenteur : C’est la guerre qui grandit. Le baryton-acteur, impressionnant, exploite tous les registres de sa voix si souple, de la basse profonde au contre ténor, voix de tête pour les passages plus exaltés, légers ou philosophiques. En contorsions inspirées de photographies anciennes, il est tour à tour clown, acrobate, funambule, penseur. Il s’éveille au désir, convoque une soif de méchanceté. Puis bondit comme l’oiseau sur les toits : le piano devient joueur, modal. Jusqu’à ce qu’un aigle convoque la nuit, lento, voix de tête, le vent en fond. Dieu est mort, mais cette musique contemporaine est bien vivante. JACQUES FRESCHEL ET YVES BERGÉ Tradition, prolongement et fusion Philippe Boivin, compositeur, professeur au CFMI, s’est lancé dans un pari d’écriture assez fou, en mêlant les polyphonies de Musicatreize aux sonorités traditionnelles du gamelan Bintang Tiga, dirigé par Gaston Sylvestre ! La création Trio Bhuwana (identité bouddhique des trois mondes) se décline en deux parties : Swah Swara et Bhur Gong. Elle associe des poèmes sur la méditation, le savoir, et se conclut par une pièce étrange et puissante (Syllabaire des consonnes) où les basses lugubres figurent la mort. La seconde partie fait apprécier le duo des 2 soprani (Kaoli Isshiki et Claire Gouton) comme deux flûtes solistes sur des textes de Jean-Antoine de Baïf et François Villon. Les notes du gamelan étant dans une gamme non tempérée, Roland Hayrabédian a du jongler, dans sa direction et son écoute, avec des problèmes de hauteurs, rendant un ensemble parfois instable, la résonance des gongs, xylophones, métallophones, percussions brouillant, en nappes sonores et gammes pentatoniques, les échelles plus tonales des parties vocales. La musique cyclique dans l’esprit de la tradition balinaise et javanaise, où l’individu se met toujours au service du collectif, est rendue par un ensemble percussif coloré, tons rouge et or, où chacun prend sa place, attend, écoute, partage, s’efface pour laisser entrer les voix. Une énergie vibratoire pour un pari réussi, entre tradition et modernité. YVES BERGÉ Ce concert a eu lieu le 19 avril à la Salle Musicatreize, Marseille Yves Bergé i 47 M US I Q U E Voir également Siwa p 43 et Venue d’ailleurs p 40



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