Zibeline n°63 mai 2013
Zibeline n°63 mai 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°63 de mai 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 12,9 Mo

  • Dans ce numéro : la culture sans artiste, une idéal libéral.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Assez du féminis T I Q 04 P O LI U E C U LT U RE L L E Pensant ce milieu a priori cultivé, donc courtois, nous imaginions qu’ouvrir les yeux de ces gens policés suffirait à les convaincre qu’une telle inégalité n’est pas acceptable. Nous avons donc apposé notre logo en expliquant dans quelles conditions, soit sans réclamer une parité difficile à mettre en place en soulignant les qualités esthétiques ou intellectuelles de manifestations sans femmes en décidant de ne pas épingler les très nombreux solos masculins qui emplissent pourtant la plupart de nos pages conférences, livres et expos… Nous pensions que notre démarche était claire et mesurée, notre logo ne s’apposant qu’à partir de moins de 20% de femmes sur scène et/ou dans l’équipe créatrice. Tout en nous étonnant que personne n’y ait pensé avant nous, nous ne pensions pas susciter de déluge de reproches (des remerciements aussi, de la part de femmes et d’hommes). Pour préciser : nous avons reçu La mise en place du label « pas de femmes » depuis deux mois dans Zibeline a suscité des réactions que nous n’attendions pas… Intervention du collectif La Barbe durant la présentation 2012 de la saison de l'Odéon, exclusivement masculine (auteurs, metteurs en scène). Luc Bondy avait eu cette réplique culte : "il y a des femmes dans mon théâtre, à la communication" Nick Mead Manifeste du mouvement H/F (extraits) égalité femmes hommes dans l’art et la culture …Les inégalités invraisemblables qui perdurent dans ces secteurs hautement symboliques soulèvent aujourd’hui un vrai problème de démocratie : quel miroir les arts et la culture offrent-ils à notre société ? Respectent-ils les principes de partage et de libre accès voulus par le dispositif public ? Comment les œuvres et les représentations qui y sont produites peuvent-elles parler du monde, si les femmes, qui sont plus de la moitié de la population française, n’y prennent qu’une part aussi minime ? Le mouvement H/F est convaincu que les inégalités entre femmes et hommes dans le domaine des arts et de la culture sont le symptôme d’un dysfonctionnement profond éloignant nos pratiques de la réalité et des aspirations de notre pays…. www.snapcgt.org/IMG/pdf/manifeste_HF.pdf des posts, des mails et mêmes des lettres anonymes nommant nos journalistEs par leur prénom et nous reprochant un « copinage » relevant du « féminissisme » ; on nous a écrit qu’on se « trompait de combat » parce qu’une manifestation ne pouvait pas à la fois représenter les minorités sociales et les femmes, et qu’aujourd’hui l’important était le social (Ah bon ? et quid des femmes des minorités sociales ?) ; on nous a écrit « il y en a assez, des femmes incompétentes sont nommées partout parce qu’il faut des femmes » (Ah bon ? il ya un réservoir d’hommes compétents mais pas de femmes, parce que… elles sont plus bêtes ? moins diplômées ? tourmentées par leurs ovaires ? ). On nous a reproché d’être féministes, comme si l’égalité était acquise ! De poursuivre un combat « essentialiste » comme si nous avions jamais parlé d’un art féminin, ou de la spécificité d’une gouvernance féminine (nous pensons que les femmes ont tort de mettre en avant des qualités spécifiquement féminines, qui à notre sens n’existent pas). Le reproche le plus fréquent remporte la palme du paternalisme bienveillant. On en veut trop et tout de suite, « parce que quand même pour les femmes ça a bien avancé ». Ce qui est non seulement contestable dans les faits durant le dernier quart de siècle, mais de plus complètement insatisfaisant : la loi garantit l’égalité, et on ne peut pas dire à nos filles qui ont 8 fois moins de chances que nos garçons de devenir metteur en scène ou musiciennes qu’elles ont déjà plus de liberté que leurs grandmères : c’est de leurs frères qu’il faut qu’elles soient les égales. En termes d’accès aux programmations, et de rémunération. Pourquoi l’égalité dans la culture ? Une autre question, moins agressive, revient : on nous demande pourquoi nous focalisons notre « combat pour la cause féminine » (« féministe » est décidément tabou…) dans le secteur du spectacle et de la culture. En dehors d’une réponse pragmatique (nous sommes un journal culturel…), et d’une autre moins drôle (dans ce secteur-là les inégalités sont encore plus criantes qu’ailleurs), nous renvoyons au raisonnement du Parlement européen, puis 4 ans après jour pour jour du ministère de la Culture français (voir encadrés) : les inégalités des chances et des salaires dans ces secteurs se doublent d’une grande influence en terme d’image et de représentation de soi. Ne pas voir de femmes créatrices, sur les scènes et les écrans, à la tête des labos ou possédant une parole d’experte, empêche nos petites filles de se projeter dans ces rôles. Comme en politique ou dans le sport, la revendication d’égalité dans le spectacle et les médias est aussi un combat pour que change l’image des femmes… C’est pourquoi il nous semble urgent de montrer qu’un certain sexisme s’est installé dans les manifestations culturelles, et combien la mixité reste impossible, les genres étant de plus en plus séparés : nous avons reçu parmi les remerciements des mails de femmes musiciennes qui rêvent de mixité mais ont fini par créer des groupes de femmes… parce que les hommes ne veulent pas d’elles. Et des mails de comédiennes qui en ont assez de voir que les rares rôles de femmes du répertoire sont de plus en plus souvent tenus par des hommes sous prétexte de renouer avec le théâtre élisabéthain. À quand des femmes jouant des rôles d’hommes ? Mais c’est malheureusement dans le secteur des musiques actuelles, là où la revendication d’égalité devrait être la plus forte, que les femmes sont le moins nombreuses… et que notre logo, qui constate des faits, doit s’assortir souvent de commentaires agacés ! Là, c’est trop… Pour exemple, le site et le dossier de presse de This is [not] music, manifestation labellisée MP2013, jeune et branchée, où nombre de filles vont chercher une identité… Le dossier comporte deux images de musiciennes et 64 photos d’hommes musiciens. Une de ces deux images, publicitaire, fait partie de la campagne du Mouv’« Non tout n’était pas mieux avant » : la femme y joue de l’accordéon, et
me ? représente le comble du ringard. Une autre image de femme, issue d’une œuvre plastique, est assortie de ce commentaire : « de belles créatures frottant langoureusement leur corps sur des capots brûlants ornés des flammes de l’enfer ». La femme infernale, le retour ! Quant aux skateuses, elles sont absentes de la programmation, mais présentes par une exposition des moulages de leurs « bustes ». En dehors de cette partie primordiale de l’anatomie des sportives de la glisse, les 14 images de sportifs sont des hommes sauf… une qui illustre une programmation qui « décrit la capacité inépuisable de l’être humain à se rendre ridicule lors de performances sportives » ! Vous avez dit sexiste ? AGNÈS FRESCHEL Résolution du Parlement européen (extraits) A. considérant que les inégalités dans les possibilités d’emploi et les chances des femmes et des hommes sont fortement présentes et persistantes dans les arts du spectacle, F. considérant que l’objectif égalitaire dans les métiers des arts du spectacle suppose de passer par l’instauration systématique de la mixité, G. considérant que le talent n’explique pas seul la qualité artistique d’une réalisation ou la réussite d’un parcours professionnel, H. considérant en conséquence qu’il convient de modifier les situations de ségrégation actuelles qui persistent toujours dans les arts du spectacle, J. considérant que des préjugés persistants entraînent trop souvent des comportements discriminants à l’égard des femmes dans les processus de sélection et de nomination ainsi que dans les relations de travail, et que les femmes, en dépit d’un niveau de formation supérieur, d’un intérêt pour la formation continue et de réseaux plus forts, ont souvent un revenu plus faible que les hommes, 1. souligne l’ampleur et la persistance des inégalités entre les hommes et les femmes dans les arts du spectacle et l’impact que le mode d’organisation inégalitaire de ce secteur peut avoir sur l’ensemble de la société, compte tenu de la nature particulière de ses activités ; 7. souligne que la discrimination à l’égard des femmes pénalise le développement du secteur culturel en le privant de talents et de compétences et fait remarquer que les talents ont besoin de rencontres avec le public pour être reconnus ; 9. invite les acteurs du domaine culturel à améliorer la présence des créatrices et de leurs œuvres dans les programmations, les collections, les éditions ou les consultations ; 12. invite la Commission et les États membres à envisager, dès à présent, une première étape réaliste dans la lutte contre les inégalités dans les arts du spectacle, consistant à assurer la présence d’au moins un tiers de personnes du sexe minoritaire dans toutes les branches du secteur ; 14. rappelle aux institutions culturelles la nécessité absolue de traduire dans les faits la notion démocratique selon laquelle à travail égal entre un homme et une femme doit correspondre un salaire également identique, laquelle, dans le domaine artistique comme dans bien d’autres secteurs, n’est pas toujours appliquée. LE PARLEMENT EUROPÉEN, LE 10 MARS 2009 L’intégralité du texte de loi est consultable sur www.europarl.europa.eu T I Q 05 P O LI U E C U LT Déclaration du ministère de la Culture et de la Communication (extraits) Contrairement à beaucoup d’idées reçues, la réalité de la situation des femmes dans l’univers de la culture et des médias est bien peu satisfaisante. Le constat est sévère : quand elles apparaissent, les femmes ont souvent un statut secondaire, un rôle social minoré. […] La légitimité du savoir reste masculine. […] Comment les spectatrices, et en particulier les plus jeunes d’entre elles, peuvent-elles trouver les repères pour s’identifier et prendre confiance ? On sait bien que les différents modes d’expression artistique et culturelle, qu’il s’agisse du spectacle vivant, du cinéma, de la littérature..., et bien sûr les médias, véhiculent des représentations sexistes et des stéréotypes d’autant plus puissants qu’ils sont souvent peu visibles, en raison de l’autorité intellectuelle de la création et de la force de l’image, et qu’ils s’ancrent dans l’inconscient collectif. Mais cette puissance peut à rebours s’exercer pour modifier ces représentations réductrices ou erronées. Notre action dans ce domaine, comme dans celui de l’éducation, est donc déterminante. Pour que les choses bougent, pour mettre la société en mouvement, il faut de la volonté -du volontarisme peut-être- et un travail de fond. C’est pourquoi j’ai demandé que figurent dorénavant dans les lettres de mission de tous les dirigeants de nos institutions nationales, établissements culturels et médias publics, des consignes précises pour que la présence des femmes dans les postes de direction comme dans les programmations soit améliorée ; cette exigence figurera également dans les contrats (contrats de performance, contrats d’objectifs et de moyens) qu’ils signent avec le ministère ; et dans les réseaux du spectacle vivant ou les réseaux de diffusion de l’art contemporain, ou encore les FRAC, je souhaite, en concertation avec les élus locaux, qui sont comme nous garants du respect du principe d’égal accès des femmes et des hommes aux responsabilités, que nous nous engagions de façon volontariste dans un processus de respect de la parité. […] Parallèlement à toutes ces mesures incitatives, quelquefois dissuasives..., il faut aussi montrer et démontrer tout ce que les femmes font déjà, et qu’elles peuvent faire avec le même talent et les mêmes compétences que les hommes, dans tous les domaines. « Rendre visible l’invisible », c’est aussi cela. AURÉLIE FILIPPETTI, LE 10 MARS 2013 L’intégralité du discours prononcé est consultable sur le site du ministère de la Culture www.culturecommunication.gouv.fr U RE L L E agnes.freschel@wanadoo.fr 06 09 08 30 34 Mensuel gratuit paraissant le deuxième mercredi du mois Edité à 32 000 exemplaires imprimés sur papier recyclé ce Directrice de publication Rédactrice en chef Agnès Freschel Edité par Zibeline SARL 76 avenue de la Panouse n°11 13009 Marseille Dépôt légal : janvier 2008 Imprimé par Rotimpress 17181 Aiguaviva (Esp.) photo couverture Le Mucem Agnès Mellon 095 095 61 70 photographeagnesmellon.blogspot.com RetrouveZ Zibeline et vos invitations sur notre site www.journalzibeline.fr Secrétaires de rédaction Dominique Marçon journal.zibeline@gmail.com 06 23 00 65 42 Delphine Michelangeli d.michelangeli@free.fr 06 65 79 81 10 Arts Visuels Claude Lorin claudelorin@wanadoo.fr 06 25 54 42 22 Livres Fred Robert fred.robert.zibeline@free.fr 06 82 84 88 94 Musique et disques Jacques Freschel jacques.freschel@wanadoo.fr 06 20 42 40 57 Thomas Dalicante thomasdalicante@gmail.com Dan Warzy danwarzy@free.fr Cinéma Annie Gava annie.gava@laposte.net 06 86 94 70 44 Élise Padovani elise.padovani@orange.fr Philosophie Régis Vlachos regis.vlachos@free.fr Sciences Christine Montixi christne.montixi@yahoo.fr Polyvolantes Chris Bourgue chris.bourgue@wanadoo.fr 06 03 58 65 96 Maryvonne Colombani mycolombani@yahoo.fr 06 62 10 15 75 Gaëlle Cloarec ga.cloarec@gmail.com Marie-Jo Dhô dho.ramon@wanadoo.fr Marie Godfrin-Guidicelli m-g-g@wanadoo.fr 06 64 97 51 56 Anne-Lyse Renaut annelyse.renaut@gmail.com Maquettiste Philippe Perotti philippe.zibeline@gmail.com 06 19 62 03 61 Directrice commerciale Véronique Linais vlinais@yahoo.fr 06 63 70 64 18 La Régie Jean-Michel Florant laregie@gmx.fr 06 22 17 07 56 Collaborateurs réguliers : Frédéric Isoletta, Kévin Derveaux, Yves Bergé, Émilien Moreau, Christophe Floquet, Pierre-Alain Hoyet, Clarisse Guichard, Christine Rey, Edouard Barthélémy, Manon Mathieu



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