Zibeline n°63 mai 2013
Zibeline n°63 mai 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°63 de mai 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 12,9 Mo

  • Dans ce numéro : la culture sans artiste, une idéal libéral.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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38 T H É Â TR E L’art des liaisons On savait John Malkovich familier des Liaisons dangereuses : l’acteur a composé un Valmont inoubliable, parfaitement subjectif et crédible à la fois, émouvant et fidèle à la lettre du texte épistolaire… Mais l’intelligence d’un acteur et celle d’un metteur en scène sont-elles de même nature ? L’habitude de l’écran ne nuit-elle pas à la scène et John Malkovich, même s’il vit en Luberon, entend-il suffisamment la langue classique française ? Dès les premières scènes toutes les craintes sont balayées. Avec une audace sans esbroufe Malkovich propose une autre lecture du roman, une Merteuil plus masculine, un Valmont superficiel, une Tourvel engoncée, une Cécile Volange nettement violée… Surtout, tous évoluent dans un espace placé au centre de tous les regards, puisque les comédiens ne quittent pas la scène lorsqu’ils sont hors jeu, et que des regards s’échangent comme si tous manipulaient chacun. On retrouve le XVIII e dans des accessoires symboliques et la langue qui adapte les lettres en dialogue sans en gommer la saveur. Des téléphones cellulaires et des tablettes remplacent les lettres sans choquer, pour rappeler Cosimo Mirco Magliocca l’immaturité de ces personnages désœuvrés, gâtés et fin de règne. Même le féminisme de Merteuil apparait pour ce qu’il est : la volonté de domination d’un être opprimé par son « sexe », mais détruisant les autres femmes avec une infinie cruauté. Les jeunes comédiens sont l’élégance même, raffinés et vains comme des aristocrates sadiens. Seul Valmont, cabot, un brin précieux, en fait trop. Mais succéder à John Malkovich sous sa direction ne doit pas être évident… AGNÈS FRESCHEL Les Liaisons dangereuses s’est joué du 9 au 19 avril au Jeu de Paume, Aix 1:2) Jeux dangereux Seul, sur le plateau du théâtre les Argonautes, un co-médien formidable endosse tour à tour les quatre rôles du thriller Pour rire pour passer le temps de Sylvain Levey. Entouré de quatre micros, chacun représen-tant l’un des protagonistes, dans une mise en scène épurée où les jeux de lumières ont toute leur importance, Gilbert Traïna donne vie au texte avec la virtuosité d’un comédien pour qui la technique n’interdit pas l’émotion de l’incarnation. Son travail tant au niveau vocal qu’au niveau gestuel est impressionnant, et fait éclater la singularité et le caractère étouffant de la pièce. Une atmosphère pernicieuse s’installe sur son simple souffle, ce jeu de bruits et de respiration étant plus expressif encore que les mots eux-mêmes. Un effet relayé par les casques audio que portent les spectateurs, et la précision gestuelle insufflée par Thierry Escarmant, à mi-chemin de la mise en scène et de la chorégraphie. L’histoire, quant à elle, divisée en sept scènes, reste simple : un concentré de violence malsaine et de barbarie gratuite qui surgit comme un divertissement. Car dans ce huis clos se révèle une inconscience dangereuse du mal, qui s’exerce « pour passer le temps », pour le plaisir de manipuler l’un et de lyncher l’autre, sans motif apparent. Un texte saisissant qui exhibe l’omniprésence de la violence dans notre société, sinon pour en extirper les racines, au moins pour qu’on ne puisse pas l’ignorer. MANON MATHIEU S. Levey Pour rire pour passer le temps était au Théâtre Les Argonautes, Marseille, du 9 au 11 avril À venir le 17 mai Les Salins, Martigues 04 42 49 02 00 www.theatre-des-salins.fr Être ou ne pas... Cette question fondamentale à tout le moins n’a pas fini de hanter le théâtre et ce n’est pas Valère Novarina qui l’élude ou l’esquive dans l’Espace Furieux dont l’Atelier de Création de l’Université de Provence a présenté des extraits significatifs. Une fois de plus les étudiants, sous la direction de Louis Dieuzayde, nous convoquent « devant la parole », devant le Verbe fait chair. Premier texte de Novarina entré au répertoire de la Comédie Française, cette version pour la scène contient à plein les thèmes, les mots et quasiment tous les personnages constitutifs de l’univers du dramaturge. De quoi nourrir l’acte de théâtre auquel se livrent sans se ménager les seize jeunes gens qui « sont » sur le plateau et ne représentent rien. Pas facile d’explorer le « je suis » qui, en lettres de néon, griffe le mur du fond sans incarner mais en jouant, tout simplement l’un après l’autre et parfois plusieurs pour un rôle : Jean Singulier est trois qui se succèdent dans une parfaite fluidité et comble d’ironie La Figure Pauvre aussi pour énumérer dans une belle litanie cosmique la liste des herbes et des plantes ! Réglées réglo les apparitions et les disparitions, rythme impeccable scandé par la couleur des vêtements (costumes ?) : brun, rouge, orangé, une certaine chaleur dans la véhémence des paroles qui « se » racontent, vies à la diable ou énumérations de chiffres innombrables. Travail formidable qui avale les faiblesses de jeu (il y en a peu : assis en brochette sur un banc, bouche ouverte, écuelle à la main ils réussissent tous l’examen frontal) et recrée le novarimonde à l’identique, tableaux compris dans une fidèle littéralité scénographique. Novarina sans Novarina, c’est possible ! MARIE JO DHO L’Espace Furieux a été donné au Théâtre Vitez, Aix, du 23 au 27 avril
Sous le squelette Il y a chez Courteline un art du dialogue qui relève du croquis. Comme un dessinateur parvient en quelques traits appuyés et peu réalistes à rendre l’idée d’un personnage, Courteline saisit dans ses échanges verbaux l’essence des relations humaines, qu’il concentre en saynètes explosives. Monter ces huit très courtes pièces face public, en les jouant mais à distance, sans décor ni costumes, sans artifice, permet d’en faire surgir, à sec, la puissante mécanique ; la terrifiante vision d’une humanité veule et grossière Joachim Olaya aussi, petite bourgeoisie à l’idéal plat, et peuple qui la singe, artistes prétentieux et femmes acariâtres… Sans décorum Courteline apparaît sans pitié, avec toute la drôlerie de la méchanceté. Il faut dire que Michel Fau est éclatant d’intelligence du jeu : toujours hors de ses personnages, et dedans pourtant, les faisant exister d’un geste, femmes et hommes, cyniques et naïfs, puis jouant à ne plus jouer sans étonnement… Jérôme Deschamps hélas à ses côtés n’est pas à sa hauteur. Il adopte une lenteur d’élocution et une posture avachie fatigantes, systématiques, drôles un instant mais loin du tourbillon de son compagnon à mille facettes. Si bien que leurs dialogues, déséquilibrés, ne prennent que lorsque Michel Fau occupe le premier rôle, ce qui laisse avec l’impression que Jérôme Deschamps n’a pas su se mettre en scène. Ou qu’un peu plus de travail n’aurait pas nui ? AGNÈS FRESCHEL Courteline en dentelles a été joué au Théâtre Liberté, Toulon, les 10 et 11 avril C’est que du bonheur ! Longtemps complice d’Olivier Py, Olivier Balazuc s’est lancé dans la folle aventure d’adapter pour le théâtre deux textes critiques de l’anthropologue Éric Chauvier : La crise commence où finit le langage et Que du bonheur. La mince affaire ! Le résultat est une réussite totale : l’acteur-metteur en scène-scénographe, accompagné de la comédienne Valérie Kéruzoré et du musicien Benjamin Ritter, parvient à nous faire avaler termes et jugements thétiques avec la même dextérité qu’un magicien lance ses couteaux. C’est dire le talent du trio. Sous les apparences habiles d’une conférence, les voici dissertant, rugissant, s’entredéchirant, dansant même, sur la crise économique, la crise de nerfs, la crise immobilière, la crise existentielle… À l’aube d’une nouvelle ère, paraît-il… Paroles d’expert, verbiage critique, scientifique, analyses, cotations, stratégies de vente et de communication : rien n’est évacué pour nous asséner que « la crise est comme une nuit sans fin qui nous terrorise ». Bref, un règlement de comptes en bonne et due forme est en train de se jouer entre « un velléitaire, un homme théâtralement obscène » et une optimiste forcenée qui rétrécit son champ lexical au seul « c’est que du bonheur ! ». Et pour faire entendre leurs dissonances, tout est possible, comme de transformer la salle de conférence en jeu télévisuel, en ring de boxe, en salle d’interrogatoire. Comme de prendre à partie le public qui jubile. M.G.-G. La crise commence où finit le langage a été présenté les 10 et 11 avril au Théâtre liberté, Toulon JL Fernandez Dans le tourbillon de la vie Philippe Delacroix Un homme aime une femme, Marie. Ils ont l’âge de penser à la mort plus qu’à l’amour, et pourtant ils s’aiment. Malgré les corps flétris, malgré la mémoire éparse qui resurgit par bribes. Toujours dans le désordre. Parfois même ce sont des cauchemars, voire des fantasmes. La maladie ne dit pas encore son nom, et l’accouchement des souvenirs est douloureux… À sa manière très singulière d’entrecroiser la parole théâtrale (« nous élaborons une matière textuelle composée de monologues, de dialogues »), la chorégraphie aérienne (Zimmermannet De Perrot planent sur le travail des corps en apesanteur), l’acrobatie circassienne et le jeu des sons (de Vivaldi, Purcell et Bach interprétés par l’Ensemble Vocalita à la création sonore), Julie Bérès invente une fiction onirique tissée de morceaux de vie universels. Avec quelle intelligence des mots, quelle ingéniosité scénographique, quelle perfection du jeu ! Lendemains de fête est le tableau vivant d’un monde tragique, car tellement humain, habité par des fantômes, des apparitions troublantes, des disparitions comiques, des funambules de la vie désarticulés. Où les acteurs, danseurs et chanteurs remontent le cours de la vie à contre-courant, sens dessus dessous, renversés, culbutés. Où la pudeur des sentiments n’a pas à rougir de l’impudeur des corps amoureux : c’est cru, c’est beau, c’est vrai. C’est drôle et absurde aussi. C’est « une histoire de gens qui se battent mais qui ne se plaignent pas. » MARIE GODFRIN-GUIDICELLI Lendemains de fête a été joué les 3 et 4 mai au Théâtre de Grasse 39 T H É Â TR E



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