Zibeline n°63 mai 2013
Zibeline n°63 mai 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°63 de mai 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 12,9 Mo

  • Dans ce numéro : la culture sans artiste, une idéal libéral.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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34 T H É Â TR E Radical ? François-Michel Pesenti a la réputation d’être un metteur en scène « difficile », qui n’hésite pas à prendre le spectateur à rebrousse-poil et les acteurs de front, loin de toute complaisance et davantage dans la « transaction secrète » que dans le « donnant donnant » du spectaculaire. Mais s’entretenir avec l’homme relève -on ose à peine le dire sous cette forme- de la partie de plaisir, tant la parole cisèle, définit et dresse les contours fermes d’un travail d’artiste. À bâtons rompus la cohérence de l’œuvre, passée et en cours, se dessine à partir de quelques mots tout simples : le « retour » par exemple, terme avec lequel la presse accueille (Zibeline aussi !) quasiment chaque proposition nouvelle. C’est que la Compagnie du Point Aveugle -tout un programme- revient souvent de loin. François Michel Pesenti rappelle combien sa collaboration avec les pays asiatiques (Chine, Taïwan, Japon en particulier) a été déterminante dans son approche de la scène et du traitement de la langue, toujours finalement étrangère comme un territoire à traverser ; pas d’exotisme dans cette démarche mais la même logique que celle qui pousse à s’engager dans les grands textes - « haute langue » dit-il- aussi bien Duras ou Koltès que Racine et Kleist avec toute la distance à parcourir pour le spectateur d’aujourd’hui. Il parle encore de la nécessité absolue du « travail d’oreille » et de la perception fine de l’autre, l’acteur, matériau émotionnel fondamental du 01.11i Francois-Michel Pesanti X-D R 1 Francois-Michel Pesanti X-D.R théâtre : c’est sa manière de faire, la nature propre de chaque acteur qui construit la dramaturgie bien davantage qu’une mise en scène menée de l’extérieur. C’est justement cette « dramaturgie sauvage » qui constituait le fond et la forme du spectacle précédent A sec, tentative de point final sinon de « liquidation » d’une expérience collective, quasi « familiale », menée depuis des années ; le metteur en scène présent au plateau y mettait à mal sa fonction dont la mort était montrée comme une composante subtile... Pas de cruauté pourtant dans le sourire de Pesenti mais de la malice, forme première de l’intelligence et avec le Solaris de Stanislas Lem présenté aux Bernardines en une version personnelle sinon allégée, le « retour » est total : ce texte, nous dit-il, est déjà matière sous-jacente de bon nombre de ses spectacles et revient ici sous forme de lecture-performance dont il est l’acteur, accompagné de Marcelle Basso, survivante du dernier opus. Science-fiction métaphysique, histoire d’amour désincarnée, fantasmes et interrogations sur l’identité et le réel que traduit parallèlement le trajet stylisé de la lune et du soleil dans les images de deux plasticiens brésiliens auteurs d’une installation au protocole rigoureux. Expérience forte pour le spectateur, rencontre avec sa propre vie et voyage jusqu’au « seuil noir que tout œuvre suppose » (Point Aveugle, encore) et que tout homme porte en lui, c’est le souhait du metteur en scène. Radicalité bien honnête donc, au sens noble du terme que F.-M. Pesenti cerne en trois formules qui, l’air de rien, trament tout l’entretien « ne rien dire de moi », « croire en quelque chose », « montrer ce en quoi je crois ». Radical ? Limpide ! MARIE JO DHO Solaris d’après Stanislas Lem/lecture et mise en espace de F.-M. Pesenti dans une installation de Rafael Lain et Angelica Detanico a été présenté au théâtre des Bernardines, Marseille, le 19 et 20 avril Tête de Maure et Fleur Rouge Pour la Corse et pour le Parti : si la mort a un sens, celle du résistant Jean Nicoli décapité par un soldat italien le 30 août 1943 convoque tout un monde de passion et de fidélité, de trahison aussi peut-être… ce sont en tout cas les images fortes que dessinent sobrement le texte et la mise en scène de Noël Casale pour (ô combien pour) l’actrice Edith Mérieau quasiment seule en salle, tout près des spectateurs. C’est d’abord Jeanne l’épouse qui raconte simplement la vie d’un instituteur qui respire large : départ pour l’Afrique, le Soudan, les rives du Niger et les premières prises de conscience communes des ravages de la colonisation ; retour au pays et organisation du maquis qui en Corse relève aussi de la poésie. Voix posée et mains expressives la grande jeune femme se déplace doucement en une présence apaisante dont on réalise soudain qu’elle est celle d’une revenante extralucide puisque, morte huit ans avant son mari, elle porte douloureusement le récit de son supplice. L’estrade à claire-voie qu’elle emprunte parfois laisse filtrer une étrange lumière, seul artifice avec quelques échos de Webern pour accompagner la légende en train de se construire. Puis, comme toujours dans le théâtre de Noël Casale, se lèvent les autres, le fasciste athlétique qui de sa foulée impériale occupe la région et pourchasse le communiste ou l’impayable administrateur colonial en grand singe dont les gestes ne sont pas moins monstrueux que les discours : inaltérable sur la durée, toujours juste y compris dans l’excès et la caricature, Edith Mérieau les incarne tous formidablement ! À tel point que la venue sur scène de Moustapha Mboup qui entonne un chant de deuil après lecture des lettres Eric Rondepierre ultimes de celui qui va mourir semble superflue… Quant au soleil sur l’Alta Rocca nul doute qu’il continue à éclairer la vie de Noël Casale ! M.J.D Vie de Jean Nicoli (texte et mise en scène de Noël Casale) a été présenté aux Bernardines, Marseille, du 29 avril au 4 mai
Ni pute ni soumise Une création de la Comédie Française à Marseille, d’un texte contemporain traduit de l’arabe, est assurément un symbole fort. D’autant que Rituel pour une métamorphose, du Syrien Saadallah Wannous, n’est pas anodin : brossant le tableau d’une société orientale (Damas, fin XIX e) soumettant les femmes ou les prostituant, minée par les conflits politiques et sombrant dans la folie du mysticisme ou un extrémisme religieux fondé sur la répression sexuelle, le texte s’attache aux racines historiques des Islams fondamentalistes, tout en prônant la libération du désir dans des élans de pureté ou des vertiges qui font penser aux contrastes de Genêt. La scène centrale de la métamorphose, dans laquelle Julie Sicard brûle d’une flamme intérieure fascinante, est un très beau sommet dramatique. Hélas le reste n’est pas à cette hauteur. Les comédiens du Français semblent engoncés dans des costumes orientalisants qui brident leurs gestes, même Denis Podalydès n’est pas toujours juste, et Thierry Hancisse, en dehors de la scène où il se dévoile, semble inspiré par Iznogoud : gestes psychologiques, petits yeux qui se froncent, raideur… les techniques de jeu sont anciennes (je me déplace je parle je fais un geste je parle je barytone et articule) dans cette vieille maison lorsqu’un metteur en scène inspiré ne les bouscule pas… Pourtant la scénographie, riche, est belle, jouant de transparence, d’arabesques subtiles et d’une belle surprise. Et les allusions à Guantanamo, un peu lourdes, rappellent avec pertinence que l’usage de la torture perdure. Peut être que dans un espace moins restreint, avec le travail du temps, la subtilité du texte passera mieux ? Car si la religion n’est pas remise en cause les fous de dieu en prennent pour leur grade, et le sort réservé aux femmes et aux homosexuels dans une société qui meurt de tuer le désir. AGNÈS FRESCHEL Cosimo Mirco Magliocca Rituel pour une métamorphose a été créé au Gymnase, Marseille, du 29 avril au 7 mai Il sera repris à la Comédie Française, Paris, du 18 mai au 11 juillet www.comedie-francaise.fr festival de marseI l le DANSE et ARTS MULTIPLES 19 juin > 12 juillet 2013 0401 Y90'2 50 fe st ival dernarsei I Ie.com 1E1=== kitiOLIs,. luAL uraifi = A10UYE0*1 4p. £4NSEIL N31AL] 3l4C'i]h0 : r 9_IFa NNE' : f rY.e.nL.'. I>r.MA7 LE



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