Zibeline n°63 mai 2013
Zibeline n°63 mai 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°63 de mai 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 12,9 Mo

  • Dans ce numéro : la culture sans artiste, une idéal libéral.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 12 - 13  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
12 13
La Villa qui ouvre, qui ou 12 V IL L A M ÉD I T E R R A N ÉE L’ouverture au public de la Villa Méditerranée se fait par étapes ! Après un colloque des présidents des parlements européens en avril (voir Zib 62), un Forum du quotidien Libération a fait bruisser le dialogue… avant un concert puis un docu. Le programme se poursuit et s’intensifie en juin (voir p14), avec l’ouverture des expositions et pléthore de spectacles, films et concerts. Pour nous habituer peu à peu à l’abondance ? Gaelle Cloarec Agir aujourd'hui en N1editerranée... S,aalir I]il011, mt.. siret.,nixlrn Ilc5 dmits dr l'h ini nr. et de Id Justice transuflwinrllk 13Imltrl5 Kourknul:tR, k, i lair : d'r,tit grrr aux hflair4.r ir.rsu géPex Mifhd Vauzelle, Nic..irt.l dr'.. charel de miss1on eur la ikdürii.wer l'ai Ir l' ; r I.r,l.I. : lirind ! : iyi11 ! Madrcrepar lib}i Atlpll t 1-4a1 To B}i MA TA PI C A Libé retrouve son nom En pleine crise de la presse Libération, qui n’est parfois pas le dernier à jeter de l’huile sur des feux inutiles (voir Zib 61), a voulu à Marseille jouer un rôle fédérateur en invitant intellectuels, journalistes, politiques et citoyens à faire débat autour de l’actualité méditerranéenne. Huit tables rondes très ouvertes à la parole du public ont permis de faire un tour des points chauds du bassin. Intitulée Agir aujourd’hui en Méditerranée, la table ronde inaugurale réunissait autour d’Alexandra Schwartzbrod le président de la Région PACA Michel Vauzelle, Samir Dilou, ministre tunisien des droits de l’homme et de la justice transitionnelle, et Dimitris Kourkoulas, secrétaire d’État grec aux affaires étrangères. Pour ce dernier, « la Grèce se trouve plus près de la sortie de crise que du début, mais cela dépend beaucoup de ce qui va se passer autour ». Pour Samir Dilou, « on ne peut pas demander aux peuples qui ont souffert pendant des décennies d’attendre encore, pourtant la régulation demande du temps ». Pour Michel Vauzelle enfin, la solution apportée par les élus locaux peut être celle du dialogue avec la société civile : « Sans attendre que nos gouvernements prennent des décisions, nous pouvons réfléchir ensemble, car les jeunes ont les mêmes préoccupations à Alger ou à Marseille : emploi, drogue, tentations extrémistes... » Tous s’inquiètent du devenir de la Syrie, des conséquences de cette crise humanitaire énorme, et s’interrogent sur le fait d’armer les rebelles au risque de voir ces armes se retourner contre la population. La Grèce a vu augmenter de 400% le nombre de réfugiés syriens cette année. Dans notre monde globalisé, une économie détruite pèse sur tous les voisins... Une révolution aussi ! un débat s’interrogeait : Jeunes du Caire de Madrid et d’Athènes, même combat ? Les trois jeunesses révoltées et indignées sont différentes, mais ont des points communs troublants. Encadrés par le correspondant de Libération François Musseau, les jeunes racontent leurs engagements et leurs espérances : « Nous devons réagir, trouver des solutions. » Une meilleure communication entre les élus et le public, entre le Nord et le Sud, et grâce aux réseaux sociaux permettrait selon eux une meilleure mobilisation citoyenne. Pour évoluer, pourquoi pas ?, « vers une nouvelle Europe plus solidaire ». Car l’essentiel pour eux est de voir se dessiner un avenir qui les prenne en compte, enfin. Une exigence plus criante encore lorsque les regards se concentrent sur Alger Nouvelle Génération : en 6 courts métrages, on découvre 6 regards différents sur Alger rassemblés par les deux journalistes Aurélie Charon et Caroline Gillet dans un documentaire. L’objectif, comme celui de la table ronde qui suit, est de faire entendre la voix des jeunes Algériens en ce cinquantenaire de l’Indépendance. Une jeunesse qui ressent le vide, l’ennui et l’immobilisme mais aussi, comme le fait remarquer Amina Zoubir, l’une des six cinéastes, le manque d’espace laissé à l’individu. Dans cette Algérie « en quête d’une autre histoire », la sociologue Fatma Oussedic rappelle l’importance de la lutte féministe, puisque l’assujettissement à l’homme reste ancré dans le mode de vie, sans réel changement générationnel. Presse et libération Mais c’est sans doute lorsque les débats ont abordé l’information qu’ils ont eu le plus de sincère acuité. Ainsi, pour parler d’AL-Jazzera au-delà des clichés, Mathieu Guidère, professeur d’Islamologie à l’université de Toulouse, retraça brièvement l’histoire de la chaîne d’information atypique de sa création en 1996 jusqu’à son rôle dans le Printemps Arabe. La perception de la chaîne a fortement changé depuis que, sans être actrice des révolutions elle en a permis la diffusion, et a donné un visage et une parole à l’opposition. Mais c’est aujourd’hui qu’elle se banalise : fortement concurrencée dans les pays où la parole s’est libérée, Al Jazzera est en perte d’audience… et se recentre sur le sport, une branche considérable qui impacte majoritairement les jeunes. Le débat sur le traitement de l’information dans la presse méditerranéenne a su se préserver des évitements habituels et Nicolas Demorand a d’emblée précisé les enjeux : « les voies et moyens du journalisme de qualité sont en érosion constante. Et si la presse écrite disparait, les médias dominants, audiovisuels, ne feront pas le travail démocratique. » Ignacio Cembrero chiffra précisément le problème : El Païs avait en 2006 420 journalistes et vendait 430 000 exemplaires. Aujourd’hui les ventes ont chuté à 310 000 exemplaires, et les recettes publicitaires ont diminué de 60%. Le journal autrefois largement bénéficiaire est aujourd’hui en déficit, les journalistes sont moins de 300, et font le même travail qu’avant, augmenté de celui pour les éditions numériques… Le traitement de l’information, forcément, s’en ressent, le travail d’investigation est devenu trop rarement possible, les sources sont moins vérifiées, on cherche des sujets qui se vendent, et ce qui coûte cher, enquête au long cours ou à l’étranger, présence
vre… au parlement européen ou couverture régionale, tout cela se réduit… Avirama Golan, journaliste israélienne, répondit à une spectatrice qui l’interpellait sur le traitement d’un fait divers à Aubagne, qui avait été présenté dans Ha’aretz comme une agression à caractère antisémite alors qu’il s’agissait d’une simple altercation : elle avoua, impuissante, que les faits divers internationaux ne pouvaient plus être traités sérieusement, vérifiés, les témoignages confrontés, et que son journal s’en remettait comme les autres à des relais pas toujours fiables : « Aujourd’hui on sait tout dans l’instant, c’est magnifique, mais les fausses nouvelles aussi se multiplient. » Yannis Pretenderis, éditorialiste pour les quotidiens To Vima et Ta Nea, fut encore plus amer : « La presse grecque n’a pas vu venir la crise, et le peuple le lui reproche, nous traversons une véritable crise de confiance parce que nous n’avons pas été assez bons, et ne le sommes toujours pas. » Quant au traitement de la question européenne il est « à côté de la plaque, la presse se focalise sur Merkel petit Satan, et n’enquête pas. » Et Yannis Pretenderis de conclure : « Nous devons inventer un nouveau type de journalisme, qui sache traiter des problèmes européens, qui intervienne dans la vie publique, qui dise pourquoi la Grèce est en faillite, qui voit venir les choses et les analyse. Qui cherche à savoir à qui est la faute et comment en sortir. » Redonner de la crédibilité et de la force démocratique à la presse, débattre de son avenir et de ses formes, est sans doute le meilleur moyen pour retrouver des lecteurs. Le Forum Libération a su ouvrir à la fois un débat sur cet avenir, et brillamment inaugurer l’esprit démocratique de cette nouvelle maison de la Méditerranée. AGNÈS FRESCHEL, GAËLLE CLOAREC ET MANON MATHIEU Ces débats ont eu lieu les 19 et 20 avril Souleyman, fouteur de oaï magnifique L’icône syrienne de la dabhka a électrisé l’inauguration musicale de la Villa Méditerranée La fête sera de courte durée et aura mal commencé (des problèmes techniques ont plombé le démarrage du concert). Pourtant, entre la star syrienne des mariages et le public marseillais venu découvrir le nouvel édifice régional, la nuit de noces est explosive. Omar Souleyman, en dépit d’une allure austère rappelant un récent dictateur irakien, sait déclencher la liesse. L’homme aux moustaches, keffieh rouge et lunettes noires ne s’encombre pas d’instruments traditionnels. Sur fond de synthétiseurs stridents qui reproduisent avec frénésie des sonorités orientales (luths, violons, percussions) entortillées dans une électro primaire, Souleyman chante son désir pour les femmes. Celles qu’il a connues autant que celles qui lui ont échappé, comme le montrent les sous-titres de ses textes, projetés pour l’occasion en fond de scène. Aujourd’hui réfugié en Turquie, il est la voix d’une dabhka renouvelée, musique festive traditionnelle liée à une danse folklorique du Moyen-Orient qui a fini par entraîner l’auditorium Omar Souleyman Copyright Alex Woodward Crimson Glow Photography Omar Souleyman Copyright Alex Woodward Crimson Glow Photography de la Villa Méditerranée. Comme il a su séduire l’Islandaise Björk et le Britannique Damon Albarn. Après une heure de concert dans une ambiance exaltée, Omar quitte la scène, sans rappel. Beaucoup plus chaleureux, Rayess Bek partage avec son prédécesseur des origines orientales -lui est Libanais- et un goût certain pour la musique électronique qu’il distille dans un hip hop proche du slam au propos assez finement engagé, reprenant Brassens et Vian. Mais l’apport le plus intéressant est la présence d’un joueur de oud qui anoblit une rythmique plutôt conventionnelle. THOMAS DALICANTE Rayess Bek et Omar Souleyman ont joué le 3 mai à la Villa Méditerranée, à Marseille 13 V I L L A M ÉD I T E R R A N ÉE Voyage au bout de la nuit Pour son premier rendez-vous cinéma du cycle intitulé Les yeux dans les yeux, la Villa Méditerranée nous a proposé un voyage au bout de la nuit avec le film de Yolande Zauberman : Would you have sex with an arab ?, succession des témoignages de juifs et palestiniens israéliens dans la nuit festive de Tel Aviv. Ils sont jeunes, écoutent la même musique, se ressemblent, se croisent dans les bars, les boîtes et dansent au bord du même précipice creusé par leur Histoire de haine et de sang. Des Romeo et Juliette potentiels à qui la réalisatrice, au moment où faiblissent les inhibitions, demande s’ils feraient l’amour ensemble. Question simple, frontale, fermée. La caméra guette la surprise, la Would you have sex with an arab de Yolande Zauberman gêne, la nervosité des interviewés. Avant les mots, les visages en gros plan révèlent le conflit intime. Car qu’ils l’aient déjà fait, le feraient peutêtre, ou ne le feraient jamais, les réponses montrent que l’identité de l’autre conditionne le désir. Qu’on ignore « l’ennemi » considéré comme in-envisageable ou qu’on couche avec lui par conviction pacifiste, on a peur de tomber amoureux, peur des conséquences. La mixité chantée par les poètes est réservée aux courageux qui acceptent d’être des « électrons libres » ou à ceux qui ont cru un jour à la paix. « Ce n’est pas au lit qu’on mettra fin à la guerre » dit en substance Juliano Mer-Khamis, metteur en scène né d’un mariage mixte, assassiné à Jenine et auquel le film est dédié. On ne construit pourtant que sur le désir, affirme Yolande Zauberman qui croit en la puissance des marges. La traversée de la nuit qui suit dans sa dernière séquence la traîne rouge de la fiancée palestinienne, transsexuel à l’identité liquide, s’achève dans la lumière crue du jour sur les barbes et les schtreimels des orthodoxes comme une gueule de bois après l’ivresse. E.P



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 1Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 2-3Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 4-5Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 6-7Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 8-9Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 10-11Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 12-13Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 14-15Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 16-17Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 18-19Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 20-21Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 22-23Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 24-25Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 26-27Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 28-29Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 30-31Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 32-33Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 34-35Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 36-37Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 38-39Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 40-41Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 42-43Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 44-45Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 46-47Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 48-49Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 50-51Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 52-53Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 54-55Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 56-57Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 58-59Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 60-61Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 62-63Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 64-65Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 66-67Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 68-69Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 70-71Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 72-73Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 74-75Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 76-77Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 78-79Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 80-81Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 82-83Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 84-85Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 86-87Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 88-89Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 90-91Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 92-93Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 94-95Zibeline numéro 63 mai 2013 Page 96