Zibeline n°62 avril 2013
Zibeline n°62 avril 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°62 de avril 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 8,4 Mo

  • Dans ce numéro : des modèles en crise.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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L I V 74 On the road rengaine « Voilà ce que c’est de voyager : offrir des histoires dans une cuisine inconnue très loin de chez soi. » Alexandre, jeune parisien, écrit des histoires dans un magazine pour enfants. Sa compagne est partie vivre avec un autre, à Marseille. Alors, pour fuir la douleur insupportable de la séparation, il quitte tout : ville, travail, amis, téléphone, et part rejoindre celle qu’il aime à Marseille, à pieds. Le roman tient dans le récit de ce parcours, où la direction est plus importante que le but : fatigue de la marche, forêts profondes ou autoroutes longeant les tracés de TGV, nuits d’hôtels ou dortoirs, rencontres de fortune, d’où se détachent les visages solitaires de Nina, la jeune mère célibataire et Giovanni, solide compagnon de route truculent comme un clown triste et insouciant. Le randonneur devient vagabond, et la solitude est traversée par la spontanéité de ces rencontres éphémères. Puis l’espace se rétrécit au centre-ville de Marseille, où il débusque la jeune fille sans l’aborder. La reconquête amoureuse se double d’une quête initiatique, d’une expérience intérieure de détachement et de dénuement offerte à celle qu’il aime. C’est un récit simple, qui évite avec bonheur les considérations philosophiques ou touristiques sur l’errance, même s’il en retrouve tous les clichés, et qui préfère à l’expression de la douleur amoureuse celle de la ferveur d’un don de soi total. Mais à force d’être simple, l’argument est mince, pour ne pas dire inconsistant, et le paysage bien plat. AUDE FANLO Aürclicn Miin4L LE TEMPS D`ARRIVER Le temps temvs d’arriver d'arriver Aurélien Manya Gallimard/L’Arpenteur, 17,50 € R ES Entre Lilith et la cryptozoologie La BD de Lionel Richerand nous entraîne mine de rien dans les mythes fondateurs. Le récit est nourri d’imaginaires qui nous hantent, la forêt obscure, dévoratrice et protectrice tout à la fois, les êtres hybrides, les crapauds avides de baisers, la poupée qui parle, le grand cerf des bois, l’enfant-loup, les vœux exaucés, les promesses qui enchaînent… Cette fable initiatique nous narre l’histoire d’une petite fille Anna, qui vit dans un grand domaine perdu au milieu des bois. Alors qu’un nouveau régisseur fait son apparition et cherche à accaparer la propriété par les moyens les plus retors, l’enfant est appelée une nuit par sa poupée enlevée par une bande de crapauds. Elle sera confrontée au secret de sa naissance, devra choisir sa voie… les objets de l’enfance qui l’entourent prendront alors leur véritable signification. La nature face à la rapacité humaine et ses forces de destruction trouve dans sa révolte une puissance supérieure capable de surmonter les petitesses. La BD qui commence comme un roman de mœurs, est irriguée de fantastique, jonglant entre l’onirisme et l’exploitation des mythes. Les terreurs enfantines sont portées par les images de Lilith ou de la « Grande Boueuse ». Le graphisme d’une grande finesse oscille entre réalisme et fantastique, usant d’une subtile palette d’ocres et de sépias. Un bestiaire fantastique complète l’ouvrage, lui apportant de nouvelles clés. Pendant le festival de BD d’Aix-en-Provence, cette collection investit le Muséum d’Histoire Naturelle (voir Zib’61)… Avec de telles planches de bestiaire, la rencontre s’annonce palpitante ! MARYVONNE COLOMBANI Dans la forêt Lionel Richerand Soleil, collection Métamorphose, 17,95 € Comme on fait son lit Dans le cadre d’une résidence d’écriture, Joy Sorman a passé plusieurs mois dans une entreprise de literie de Seine-Saint-Denis. Celle-ci a également ouvert ses portes au regard fureteur de Frédéric Lecloux. Aujourd’hui paraît, fruit de ces deux expériences, Lit national (du nom de l’entreprise), un émouvant récit en images et en mots. Une histoire de lits, de sommeil et de mort. Dans la chambre où repose Louise, sa grand-mère, qui vient de mourir à quatre-vingt neuf ans dans son lit et dans son sommeil (un exploit de nos jours !), la narratrice laisse filer ses pensées. Le lien est fort qui les unissait. Or, quand sa mère lui annonce qu’elle héritera du lit de la défunte, un lit extraordinaire, 160 par 190, matelas en laine, garanti à vie, c’est la panique… S’ensuit une méditation effilochée en apparence -bribes de la vie saine et organisée de Louise, fragments plus chaotiques de celle de la narratrice, réflexions sur l’insomnie, sur les divers lits possibles, les chambres, la nuit et les rêves, les multiples postures des dormeurs, évocation de contes célèbres…- qui tisse pourtant adroitement le fil narratif. Car de ce legs, que faire ? Comment dormir dans le lit d’une morte ? Comment faire le deuil d’une grand-mère chérie ? À l’introspection intimiste de Joy Sorman répondent les photographies. Dans la grande entreprise de literie où l’on coud encore à la main l’étiquette de la marque sur les matelas finis, Frédéric Lecloux semble traquer les détails (bobines de fil, amas de laine, ressorts abandonnés) ; des humains qui travaillent ici ne restent que les mains, ou des uniformes sur des cintres. Comme si elle aussi était sur son lit de mort. Saisissant. FRED ROBERT Lit national Lit national Joy Sorman (texte), Frédéric Lecloux (photographies) Le bec en l’air, coll. Collatéral, 14,90 €
Marseille, ouvre-toi ! Connu pour être l’un des pionniers de la vogue du polar marseillais des années 90, François Thomazeau est aussi éditeur (L’Écailler), libraire, journaliste sportif, rédacteur de guides « bistronomiques » et du Guide du Marseille insolite. Était-il possible de réunir toutes ces passions ? L’entreprise est réussie pour celui qui rêvait d’écrire « LE livre sur Marseille ». On y retrouve l’intrigue du polar, son amour pour la ville phocéenne et l’attention aux faits du journaliste. Persuadé que Marseille possède une âme, l’écrivain invite son lecteur à le suivre dans ses investigations. Tout commence lors une promenade improvisée avec son amie Martha, dans le Vieux Saint-Marcel. C’est entre les collines du massif de Saint-Cyr et les contreforts du massif du Garlaban qu’une étrange apparition se produit. Puis disparaît. Qu’est ce que c’était ? Qui, de quelle époque, quelle religion ? Il retourne sur la butte des Baous de Saint-Marcel… Sur son chemin, il croisera le « vicomte » Brémond, le vieux pêcheur Michel, Pierre l’ouvrier italien, d’autres encore… Des gardiens de l’histoire qui réveillent par leurs récits les fantômes qui ont vécu sur cette « frontière » marseillaise. Des Ségobriges à la riche famille Forbin en passant par Marie Deluil-Martiny et même Éric Cantona, tous ces personnages deviennent des clefs secrètes pour comprendre le mystère de cette ville partagée entre terre et mer, aussi protectrice qu’insoumise. ANNE-LYSE RENAUT Cerveau et marketing Qui a dit que la science n’intéresse pas le grand public ? Le 12 mars dernier, l’auditorium de l’Alcazar était archicomble lors de la conférence d’Olivier Oullier intitulée Émotion et prise de décision. Précisons que cet orateur est familier des grands rassemblements, ayant été désigné Young global leader au Forum de Davos en 2011. Enseignant-Chercheur à l’Université d’Aix- Marseille, son travail consiste à étudier les liens entre les caractéristiques du cerveau et le comportement des individus. À comprendre « comment l’émotion et la rationalité jouent l’une contre l’autre, la distinction entre les deux étant de plus en plus difficile à établir, car les décisions sont biaisées par la subjectivité ». Tout est question de contexte : devant un dilemme moral, on ne réagit pas de la même manière lorsqu’on est impliqué affectivement (si votre amoureux est dans un avion détourné par des terroristes, que l’on vous demande d’abattre pour éviter qu’il ne s’écrase sur une ville, par exemple) ou à distance (les réactions des soldats manipulant des drones sont attentivement analysées). Les applications de ce type d’études ? Olivier Oullier donne « moins de deux ans » à la justice pour s’appuyer sur des tests de neuropsychologie et l’imagerie cérébrale avant de rendre ses décisions ! Évidemment, « les experts vont se battre sur la question de la fiabilité ». Mais le fonctionnement du cerveau passionne avant tout le marketing, qui base ses profits sur l’exploitation du circuit de la récompense, et cherche son Graal : la prédictibilité comportementale. Le jeune homme explique en souriant que les progrès de la technologie peuvent être utilisés aussi bien pour soigner que pour vendre, et il pose la question : « Le privé paye ses chercheurs énormément plus que le secteur Conférence Olivier Oullier G.C public… devinez qui se consacre à quoi ? » On commence à avoir des doutes sur sa position dès l’interrogation suivante : « Pourquoi donc les marchands de soda nous vendent-ils un monde meilleur, et la santé publique du cholestérol ? » Peut-être parce que les uns vendent un produit, alors que le storytelling ne fait pas vraiment partie des missions de l’autre ? Sa conclusion, qui nous ramène vers la psychologie constructiviste, laisse dubitatif : être intelligent, c’est être adapté à son environnement. Voilà une affirmation qui se discute aujourd’hui, dans un environnement saturé de signes manifestement pathogènes. GAËLLE CLOAREC La conférence du 12 mars était organisée par l’association Cerveau Point Comm dans le cadre de la Semaine du Cerveau, sous l’égide de la Société Française des Neurosciences Marseille, une biographie François Thomazeau Stock, 19,75 € Le terreau de la religion Dans le cadre des Grandes rencontres de l’Université, le site de la Canebière accueillait le 19 mars Raphaël Liogier, directeur de l’Observatoire du religieux. Sa conférence intitulée Identités et religions dans un monde sans frontières portait principalement sur un constat : loin de connaître le « rouleau compresseur de rationalité » prédit jadis par certains sociologues, notre monde globalisé est traversé par de forts courants religieux. Trois phénomènes majeurs se développent, que l’on peut étudier de manière intéressante sous l’angle social et économique : sectes et spiritualités apparues essentiellement après la 2 de guerre mondiale dans les sociétés les plus riches, mouvements évangéliques en très forte progression dans les pays pauvres, et fondamentalisme réactionnel des populations ayant subi une grave blessure narcissique (colonisation, déportation...). On constate alors « que les différences entre ces tendances croisent de très importants points communs » : elles sont toutes globalisées (à l’échelle continentale a minima, d’Al Qaïda à la Scientologie), extrêmement adaptables, et difficilement maîtrisables par les États-Nations. Cette grille théorique souple présente l’avantage de mettre en évidence les stratégies plus géopolitiques que spirituelles qui permettent aux religions de se déployer, et aussi de saisir plus finement les raisons pour lesquelles un catholique pourrait se sentir plus proche d’un bouddhiste que d’un chrétien charismatique, ou un protestant préférer dialoguer avec un adepte du soufisme plutôt qu’un pentecôtiste… G.C. "'pi.s./'À lire Souci de soi, conscience du monde. Vers une religion globale ? Armand Colin, 2012 75 RC O E N C FÉ O NR ETR N CE S ES



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