Zibeline n°62 avril 2013
Zibeline n°62 avril 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°62 de avril 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 8,4 Mo

  • Dans ce numéro : des modèles en crise.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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L I V 72 R ES Conscience humaniste On ne classe pas Montaigne parmi les penseurs politiques. On sait qu’il fut maire de Bordeaux pendant 4 ans, qu’il avait ses entrées à la cour de Paris et qu’il servit souvent de négociateur entre elle et le futur Henri IV dont il était proche ; mais on le perçoit davantage comme un sceptique, réfugié le plus souvent dans sa tour, précurseur en cela du romantique Vigny. Mais elle n’est pas d’ivoire pour Montaigne ! Elle est faite de livres, de sentences gravées sur les poutres de sa « librairie ». Et son étude de soi tend à l’universel puisque « chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition ». Biancamaria Fontana apporte un regard nouveau sur l’auteur des Essais, en la passant au crible de l’histoire, en contextualisant l’écriture dans une étude précise et érudite. S’appuyant sur l’évolution des textes, elle montre à quel point la pensée de Montaigne est impliquée dans l’histoire de son temps, bouleversée par les guerres de Le récit de Furukawa Hideo, magnifiquement traduit chez Picquier par Patrick Honnoré, approche avec une immense subtilité du cœur de la catastrophe. Né dans la province de Fukushima, absent lorsqu’elle a été ravagée, le romancier figé dans un présent incompréhensible raconte comment il est retourné quelques jours après dans son pays dévasté, comment il s’est irradié de son réel, pour comprendre ce qui était advenu. Sa démarche est telle que pas à pas on le suit, on s’imprègne à son rythme de cette mort absolue, sans s’y engloutir, parce que son récit est fait d’allers retours entre ses propres romans et le présent, entre souvenir et brusques surgissements du réel, entre ce qu’il s’attend à découvrir et ce qui est, brut, et qui nous fait comprendre chaque fois, comme autant d’épiphanies, l’insondable. Une tranchée dans le béton explosé comme un château de sable. Un arrêt dans le paysage brisé. Un silence absolu, religion qui servent les intérêts de chefs de guerre sans scrupules. On sent, à relire les additions successives des essais, la corruption grandissante du discours public, la distorsion de la vérité, la confiance abolie. Par la fréquentation intime des textes de l’antiquité et de ses contemporains, par ses engagements et sa constante réflexion sur son temps, Montaigne est bien un penseur politique : il n’érige pas de système, semble préférer la République, mais réfléchit sur les pratiques politiques et le pouvoir royal, souligne l’imbrication des responsabilités individuelles et des vertus. Son travail s’attache à démonter les mécanismes du principe d’autorité ainsi que ceux qui régissent l’opinion. Ainsi Fontana voit en Montaigne et son indépendance de pensée, sa conscience individuelle qui est aussi politique, une préfiguration des Lumières, plutôt que d’isolement romantique ! Elle nous incite à revenir aux textes de Montaigne, qui s’avèrent Au cœur nucléaire de nos actes comme si le son avait été coupé, parce que les animaux ne sont plus. Des chevaux que l’on ne peut plus approcher, symboles d’une cette province oubliée, domptée puis rendue à la sauvagerie. Des bateaux entassés loin des côtes comme par une main géante. Des corbeaux, infiniment. Et, partout, lorsqu’ils restent, des hommes hagards, vidés par la disparition absolue de tout ce qui avait fait leur réel. Pour les habitants de Fukushima le souvenir d’avant est impossible, sans réalité, sans appui géographique, physique, parce tout a disparu jusqu’aux êtres, jusqu’aux murs, jusqu’au tracé même des paysages. Le roman peut-il encore s’écrire se demande Furukawa au long de sa traversée ? La fiction même, les mythes emportés par la vague ? Ô Chevaux, la lumière est pourtant innocente. Des ferments de révolte sont là. Parce que cette province oubliée, qui a toujours fourni nourriture et énergie au reste d’un pays riche, doit trouver La prétérition de Cassandre La lecture de KarlKraus fait l’effet d’un coup de poing ; parce que, à la suite de l’annonce programmatique en forme de prétérition Je n’ai aucune idée sur Hitler, sont annoncés les prémices de l’apocalypse que déclenche le IIIe Reich. Quelle impitoyable lucidité de ce texte, écrit en 1933 ! Agone édite ici la version abrégée, adaptée à la scène par José Lillo (voir Zib’28), de La Troisième nuit de Walpurgis (Agone 2005) écrite en référence au Second Faust de Goethe. Ce véritable pamphlet pratique une cinglante ironie. Écrivain et journaliste, Kraus oppose la presse qui apparaît comme un organe de propagande, mensonger, abrutissant, à la solde d’un pouvoir qui va d’ailleurs l’écraser et la littérature, seule forme d’expression libre, visionnaire, capable d’analyse. Il entrelace ses propos d’extraits du Faust de Goethe ou du Macbeth de Shakespeare. Terribles sont les renversements immondes, où le bourreau se pose en victime et la victime en bourreau, la destruction systématique des intellectuels, la volonté d’abrutissement de la population par un lavage de cerveau à grande échelle (temps de cerveau disponible ?), enfin, la capacité incroyable d’aveuglement alors que les premiers camps fonctionnent, que les commerces tenus par des Juifs sont détruits, que les jeunes filles allemandes qui sortent avec un Juif ont la tête rasée… tout ceci, déjà, en 33. Comment oser dire que l’on ne savait pas ! Les mécanismes de l’installation de la dictature et de la terreur sont démontés, les exactions dénoncées… À lire absolument, pour apprendre à être attentifs aux signes. M.C. d’une stupéfiante actualité, dans leur description de la conscience individuelle en prise avec une société en crise… MARYVONNE COLOMBANI Montaigne en politique Biancamaria Fontana traduit de l’anglais par Françoise Stonborough Agone, coll. Banc d’essais, 24 € une voix. Mais celle-ci est aussi brisée que le récit, qui ne peut envisager la moindre bribe de linéarité, entre l’impuissance de l’imprécation contre la vague, et la révolte impossible contre un état lointain qui remettra les centrales en route. AGNÈS FRESCHEL RI Hideo etk-vaux, In lumière est pourtant Innocente Ô chevaux, la lumière est pourtant innocente Furukawa Hideo Philippe Picquier, 17,50 € Je n’ai aucune idée sur Hitler KarlKraus Agone, 10 €
Arrêt sur images Le dernier livre de Michèle Lesbre commence par un drame : à la station de métro un vieil homme, « anonyme et fugace », sourit à la narratrice puis se jette sous le métro qui arrive. Celle-ci, au lieu de se rendre à la gare, part alors à la dérive dans les rues de Paris. Pourtant son amant l’attend à l’hôtel des Embruns, au bord de la mer où ils se retrouvent régulièrement. Une nuit de déambulation, de doutes, entrecoupée des fulgurances de souvenirs d’enfance ou d’amours passées, commence pour elle qui nous entraîne à sa suite. Dans un bar argentin elle danse le tango aux sons voluptueux du bandonéon, boit un café au petit matin et se perd sous l’orage dans les rues. C’est Promenades littéraires Le GR 2013 vient d’être inauguré (voir p.12). De nombreuses associations proposent des balades urbaines, souvent littéraires. On peut aussi choisir, en cette année capitale, d’arpenter la ville seul sur la trace de ses passants (plus ou moins) célèbres. Pour ce faire, il suffit de se laisser entraîner par « le piéton de Marseille », Michéa Jacobi. Auteur d’un « carnet de promenades » illustré, paru en 2011 sous le titre Le piéton chronique, et plus récemment d’un délicieux éloge des Walking class heroes (voir Zib’58), ce marcheur invétéré persiste et signe aujourd’hui Marseille en toutes lettres, une anthologie qu’il voit plutôt comme « un guide littéraire » à destination de « personnes qui aiment à marcher et à se souvenir Trop de mémoire On ne peut s’empêcher en lisant le premier roman d’un traducteur reconnu -Khaled Osman a été récompensé à plusieurs reprises pour ses traductions de Naguib Mahfouz ou Gamal Ghitany- de guetter l’imprégnation de la langue des « autres », ceux dont il est le passeur talentueux. Pour contrer cette lecture un brin perverse, l’auteur qui semble avoir tout prévu (ce n’est pas le moindre défaut de ce récit suréquipé) construit une narration trouée de réminiscences littéraires et cinématographiques qui sont autant de fragments non dissous, flottant parfois maladroitement à la surface de l’amnésie partielle du personnage central. Victime d’un malaise dans le taxi qui le ramène au centre du Caire sa ville d’origine, l’homme venu de France pour se retrouver, perd tout et surtout son identité ; il à son amant qu’elle s’adresse, comme une répétition de ce qu’elle lui dira, peut-être, le lendemain au téléphone. Lui l’a attendue en vain à la gare, s’est endormi. Soucieux ou fâché ? Elle sait que sa défection peut provoquer un virage dans leur relation ; cependant elle ne peut agir autrement. L’accident la met dans une situation de suspension et de turbulences, provoquant une épreuve qu’elle qualifie de « salutaire ou fatale ». On retrouve dans ce court roman la voix et le rythme de Michèle Lesbre qui nous font naviguer entre passé et présent, traçant à l’aquarelle paysages et personnages sur les bords de mer ou l’Italie, évoquant des photographies, notamment celles que plusieurs écrivains les ont précédées, ont regardé ce qu’elles voient et ont tâché de l’écrire ». Aux « touristes littéraires » ce fin connaisseur des spectacles grandioses ou dérisoires de la ville, de ses beaux quartiers comme de ses zones propose donc quatorze promenades qui toutes reviennent en son cœur, le Vieux-Port. Des promenades guidées par les mots des innombrables écrivains qui, depuis l’Antiquité, ont parcouru la ville, les bords de mer et les collines alentour ; par ses mots à lui également, qui donnent à ces déambulations leur fil directeur. Cela en fait des tours, cela en fait du monde ! Évidemment, impossible de les faire figurer tous. Certains sont à peine cités, d’autres sont évoqués en apostille, le but n’étant pas d’être devient Nassi « l’Oublieux » pour la chaleureuse compagnie (tous formidables, pas de traitre à signaler) de la pension de famille qui le recueille généreusement ; galerie de portraits couronnée par la mère de substitution Sett Baheya, figure si souvent approchée dans les arrière-boutiques des maîtres cités plus haut. Panorama de la grande culture égyptienne et heureusement loin des nouveaux clichés déployés à partir de la place Tahrir, Le Caire à corps perdu peine à sortir de l’écriture « littérature de jeunesse » avec ses dialogues appliqués et ses bons mauvais sentiments. Trop apprêté, empesé pour l’examen de passage... Vite comme le héros toujours sans nom à la fin du roman, il faut donner « un vigoureux coup de pieds dans la couche de joncs et de lichens qui tapissent le lit du fleuve » pour reprendre un peu de l’amant photographe qui préfère les images aux mots qu’il ne trouve pas toujours « à la hauteur ». CHRIS BOURGUE rzioma AC* 1111112121[1111 Écoute la pluie Michèle Lesbre Sabine Wespieser, 14 € In.u...mumsalialr Mama} exhaustif mais d’inciter les lecteurs à lâcher cette anthologie pour se frayer leur propre passage vers les œuvres. FRED ROBERT MAR5EILLE Marseille en toutes lettres, une anthologie littéraire Michéa Jacobi avec 30 photographies originales de Henryk Vierny Parenthèses, 22 € d’air frais, comme nous y invite la collection Vents d’ailleurs aux si belles jaquettes. MARIE JO DHO Le Caire à corps perdu Khaled Osman Vents d’ailleurs, 18 € Le romancier/traducteur est invité du 24 au 30 avril dans le cadre de la manifestation CoLibriS « littérature latino-arabe » à La Friche (voir p.66) 73 RL EI NV CR O ES N TR E S RetrouveZ nos chroniques livres, cd, rencontres et conférences et découvreZ les autres ! -Comprendre l’art moderne de Sam Phillips -Empreintes de Céline Boyer -Mappamundi, art et cartographie de Guillaume Monsaingeon -DVD Jacques Hérold -CD/DVD Mediterraneo de Christina Pluhar -CD Alkan œuvres pour piano de Pascal Amoyel -CD/livret VDE Gallo Musiques sacrées -CD Verdi de Placido Domingo -BD Un printemps à Tchernobyl d’Emmanuel Lepage -La Vengeance du Roi-Soleil de Jean Contrucci -Western Girl d’Anne Percin -Rencontre « la transition énergétique » aux ABD www.journalzibeline.fr



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