Zibeline n°62 avril 2013
Zibeline n°62 avril 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°62 de avril 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 8,4 Mo

  • Dans ce numéro : des modèles en crise.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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T I Q 04 P O LI U E C U LT U RE L L E Faut-il -boycotter boycotter les artistes Israéliens ? À la suite de la publication par le consulat d’Israël à Marseille d’une saison Israël en scènes, sorte de catalogue d’une quarantaine d’artistes Israéliens présents dans les événements de MP2013, un collectif s’est créé pour s’opposer à ce qui est apparu comme une récupération. Pas en notre nom, qui a recueilli plus de 300 signatures d’artistes, s’émeut du « Culture washing » que pratique l’État d’Israël : pour faire oublier une politique colonialiste internationalement impopulaire l’État hébreu montre qu’il subventionne les arts et mène une véritable politique culturelle, message allant de pair avec celui qu’il est « la seule démocratie de cette région du globe ». C’est oublier qu’une démocratie ne se mesure pas seulement à l’exercice d’élections libres, mais qu’un régime qui occupe des territoires en dépit des résolutions internationales, qui n’assure pas une citoyenneté égale, qui exerce la force à l’encontre d’hommes maintenus prisonniers sur leurs terres ne peut se prétendre une démocratie. Faut-il pour autant boycotter ses artistes ? La vigilance est de rigueur pour contrecarrer l’opération de culture washing, mais nombre d’artistes Israéliens ne sont pas en accord avec la politique menée par l’État où ils vivent. Il n’y a qu’à regarder leurs œuvres : la création de Guy Carrara dans le cadre de cirque en capitales avec la Cie Orit Nevo (voir Zib’61) mettait en scène l’horreur du mur de Gaza, par la danse d’hommes se heurtant à des portes fermées, par de longs plans vidéos du mur. Cette œuvre-là, même si elle est subventionnée par Israël, ne pourrait que desservir toute tentative de propagande. Pourtant le collectif Pas en notre nom a raison de prôner la vigilance : visiblement des structures associées par le consulat au programme Israël en scène n’ont pas été mises au courant ! Ainsi la Friche a demandé le retrait de son logo, le photographe Patrick Zachmann, qui sera exposé au MuCEM, refuse de faire partie de cette « saison » où il s’est retrouvé associé sans son avis. De fait, cette « programmation » regroupe des artistes subventionnés par l’État d’Israël, d’autres à qui il a simplement payé les billets d’avion, d’autres encore qui sont citoyens israéliens mais n’ont pas perçu d’aides financières, d’autres encore comme Zachmannqui sont Français mais ont simplement travaillé sur la mémoire juive. Qui n’appartient pas à l’État d’Israël. Quant à Absalon, il est certes Franco Israélien, mais est mort depuis 20 ans. Difficile donc de savoir s’il aurait aimé figurer dans ce programme. Israël en scène est donc une opération de communication menée étrangement… Pas en notre nom a su souligner la récupération, il ne faudrait pas que sa vigilance ne s’exerce qu’à l’égard de l’État hébreu, et qu’il oublie de regarder comment est financé le Festival russe (la politique de la Russie en Tchétchénie est-elle plus acceptable ?), le Cirque de Pékin (au Tibet ?), et dans tous les régimes plus ou moins dictatoriaux du monde. Les artistes qui vivent dans ces pays-là doivent ils refuser l’argent de leur gouvernement et ne plus exercer leur art sur les scènes internationales ? Et ne peut-on leur faire crédit, tout en restant attentif au message politique de leurs œuvres, sur leur capacité à représenter un contre-pouvoir ? AGNÈS FRESCHEL Qu’ils crèvent les artistes… C’est par ces mots de Tadeus Kantor que le SYNDEAC PACA (Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles) commence son communiqué de presse du 2 avril. Qui passe en revue les baisses de budget des collectivités en 2013 : de 6 à 12% pour la Région, 12% pour le CG des Hautes-Alpes, de 10 à 50% pour les compagnies varoises, de 10% pour le CG 13 (en dehors de l’opéra de Marseille), et de 4.3% pour le ministère de la Culture. Les artistes de notre région ne sont plus seulement menacés : la catastrophe est là, ils ne pourront plus vivre. Le SYNDEAC rappelle qu’on ne peut demander à un secteur exsangue, qui va de baisses alarmantes en sabrages successifs depuis des années, de participer à un effort demandé à chacun à cause de la crise. Il a raison : on ne prive pas de pain ceux qui meurent de faim, et les artistes, hors quelques-uns qui raflent toute la mise, sont devenus par des politiques d’exclusion successives les derniers bénéficiaires des dépenses culturelles, qui vont aux festivals et événements prestigieux, puis aux bâtiments, puis au fonctionnement matériel des lieux, puis à la diffusion, puis à la création si il reste quelque chose. Les artistes ont au mieux des salaires de misère, la plupart du temps le RSA ou de maigres indemnités, ou vivent d’autre chose… En tous les cas ils n’ont depuis plusieurs années déjà plus les moyens de produire. Priver aujourd’hui les entreprises culturelles de 10 à 15% de leurs subventions reviendrait à assécher totalement la part que celles-ci peuvent encore consacrer à la production. Sans artistes, les théâtres seront-ils amenés à ne produire que des conférences, les cinémas à ne projeter que du répertoire ou des blockbusters, les musées à vivre de leurs fonds sans pratiquer la commande publique, les salles de concert à diffuser de la musique enregistrée ? Est-ce la fin de la culture VIVANTE ? Combien de temps tiendrons-nous avec des conserves, quand les artistes seront morts ? Tenez vos engagements ! Toutes les collectivités de la Région s’étaient engagées à ne pas baisser leurs subventions à la culture durant l’année Capitale. Toutes les ont sabrées. Pas par plaisir, mais parce que leurs ressources diminuent… Non seulement elles ont financé leur participation en puisant sur leur budget courant sans l’augmenter, ce qu’elles avaient toutes promis, très officiellement, de ne pas faire, mais encore aujourd’hui elles tranchent avec une brutalité jamais égalée dans les subventions 2013. Alors même que chacun sait que la culture est un facteur de développement économique, ce qui prouve que, en plus de trahir leurs engagements, elles sont capables d’agir dans l’affolement immédiat contre leur intérêt à moyen terme. Ces coupes dans les budgets de la culture ne sont pas une fatalité : les (vraies) dépenses culturelles sont une goutte d’eau dans l’océan des dépenses publiques, et il suffirait d’une volonté politique pour décréter que ces secteurs sont préservés. Aurélie Filippetti a courageusement coupé dans des dépenses concentrées à Paris et sur de grands projets, pour « sanctuariser » la création. Il faut désormais se battre pour que nos collectivités territoriales, qui voient leurs budgets généraux sabrés, conservent les moyens de mener d’une politique culturelle qui compense un peu l’insupportable centralisation des dépenses publiques, qui va contre les principes d’égalité de notre république. A.F. www.syndeac.org
Les nanos à la lupe… Depuis quinze ans déjà, une révolution est en marche : les nanotechnologies et les nanosciences partent à la conquête de l’infiniment petit en étudiant, fabriquant et manipulant des structures à l’échelle de quelques nanomètres (soit un millionième de millimètre). Les techniques se perfectionnent à grande vitesse dans des domaines scientifiques variés (électronique, mécanique, chimie, optique, biologie) et promettent de bouleverser notre quotidien par l’apport de nouveaux matériaux, de nouveaux procédés industriels, de nouveaux traitements médicaux… Ce qui n’est pas sans soulever de nombreuses questions éthiques dans un espace normatif encore à définir. Mais quel est donc cet étrange « nanomonde » ? D’un point de vue économique la réponse est simple : un immense réservoir de profit. En effet la technologie des nanoparticules manufacturées a généré 147 milliards de dollars sur l’année 2008 avec des prévisions à court terme tablant sur 3000 milliards de dollars. Autant dire que l’industrie a vite intégré cette discipline de l’infiniment petit, les avancées très sensibles des moyens actuels de communication constituant la partie visible d’un iceberg dont la partie immergée reste à étudier et à développer industriellement, notamment en nanomédecine. On peut dès lors se demander, comme toujours lorsque de tels volumes économiques sont en jeu, si les intérêts de l’homme et de la société conditionnent seuls le transfert entre recherche et développement ou si les profits industriels exercent une pression majeure sur les choix opérés. Ainsi ces nanotechnologies pourraient profiter à des secteurs entiers de l’économie avant d’envahir notre quotidien… Pourtant ils constituent une réelle rupture technologique, comme le fut la microtechnologie avec les microprocesseurs dans les années 1970-1980, ce qui n’est pas sans conséquences : les nanoproduits font débat, suscitant des craintes légitimes et soulevant également des questions éthiques. Un haut risque multiple, pour tous Comme toute activité humaine, les nanotechnologies comportent des risques ; la difficulté, pour mesurer ces risques et s’en prémunir, réside d’abord dans la capacité à recenser les nanoparticules manufacturées, à développer des méthodes de mesure de ces particules aujourd’hui difficilement détectables par des moyens simples, vu leur taille. Ce qui complique l’évaluation du rapport bénéfices/risques engendré par leur développement : peu de données sont aujourd’hui disponibles quant à leurs effets sur l’homme ou les écosystèmes. Or leur rapport surface/volume et leur taille permettent un dépassement des barrières biologiques par une diffusivité augmentée à très petite échelle. Les risques « classiques » de la chimie du vivant seraient donc accrus. C’est bien ce qui inquiète les associations de citoyens. De plus, au-delà de ces risques physiologiques, des problèmes sociétaux se posent, en particulier celui du non-respect de la liberté individuelle : est-il tolérable d’être soumis à notre insu à ces particules invisibles, en l’absence d’une maîtrise fiable de la filière de production, d’études sérieuses sur leurs effets biologiques, en l’état actuel des connaissances parcellaires ? Il est en effet crucial que face à cette révolution des nanosciences, poussant la matière dans ses derniers retranchements, les scientifiques et les décideurs poursuivent leurs travaux dans le respect de la personne. Ici, le rôle du débat citoyen prend tout son sens, car permettre une plus grande couverture médiatique doit faciliter la mise en œuvre d’un cadre réglementaire, même s’il ne faut pas tout attendre de la réglementation : une fois les risques sur la santé humaine contenus (et ceux-ci ne le sont pas), le risque pour l’Homme n’en sera pas pour autant maîtrisé. Les progrès opérés grâce à la miniaturisation dans le domaine des biotechnologies sont un exemple flagrant à cet égard : les « laboratoires sur puce » (lab on chip) permettent, même si leur développement reste du domaine de la recherche, un diagnostic génétique beaucoup plus rapide et moins coûteux qu’avec les outils actuels. Quelle maîtrise aura-t-on sur l’utilisation de cette information génétique rendue facilement accessible ? Les fichages les plus complets seront possibles, et la tentation d’un eugénisme correctif. En débattre ne s’improvise pas ! À l’heure où la culture scientifique et technique va devenir une compétence obligatoire des conseils régionaux, il semble urgent que tous les partenaires (éducatifs, politiques) s’emparent de la question de la formation à l’éthique pour que le débat dépasse les peurs irraisonnées. Le premier forum les nanos dans la peau qui a été proposé aux citoyens le 19 mars à l’Hôtel de région constitue bien un engagement dans ce sens. Il s’agit aujourd’hui de faire entendre à tous qu’une révolution technologique à hauts risques est en route. CHRISTINE MONTIXI T I Q 05 P O LI U E C U LT U RE L L E ☝ Extraits du rapport du ministère de l’Écologie et du Développement durable, 2006 Les perspectives économiques justifient les considérables efforts de recherche et développement sur les nanotechnologies. Le contraste n’en est que plus frappant avec le caractère encore très limité des études d’impact sanitaire des nanotechnologies, de leur production à leur destin final (déchets) et la proposition très insuffisante des enveloppes budgétaires destinées à ce type d’investigation. Cet impact peut être de nature strictement sanitaire, mais aussi social et éthique. […] Les conséquences possibles de la mise en œuvre des nanotechnologies sont pour l’essentiel imprévisibles […]. Néanmoins, certaines applications ou usages devraient susciter une particulière vigilance : ainsi les processus de séparation isotopique de radioéléments pourraient être grandement facilités par les nanotechnologies. Une interprétation possible est que la fabrication d’armes nucléaires va s’en trouver simplifiée. […] La population professionnelle exposée par la fabrication, la mise en œuvre et l’usage des nanoparticules va croître rapidement, de façon dispersée et peu identifiable. L’exposition des consommateurs croîtra également rapidement, soit par utilisation explicite et contrôlée des nanoparticules (cosmétiques, nouveaux médicaments), soit par relargage de celles-ci à partir de substances dont elles visent à modifier les propriétés, sans que le consommateur soit averti de leur présence. De même, l’exposition des riverains d’installations productrices ou utilisatrices… […] Il existe de multiples arguments convergents obtenus à partir des diverses approches expérimentales (études cellulaires, tissulaires chez l’animal, mais aussi études chez l’homme) pour affirmer l’existence d’une réactivité biologique particulière des nanoparticules. Les nanoparticules peuvent donc représenter un danger pour l’homme. Néanmoins il n’existe pas actuellement suffisamment de données ni de méthodologies adaptées pour évaluer les risques pour la santé de l’homme. Rapport complet disponible : www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/16-3.pdf



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