Zibeline n°62 avril 2013
Zibeline n°62 avril 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°62 de avril 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 8,4 Mo

  • Dans ce numéro : des modèles en crise.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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32 M US I Q U E Textures, ironie et airs à boire ! Dans le cadre de la programmation Matins Sonnants, Musicatreize présentait les œuvres de compositeurs vivants : le libanais Zad Moultaka et le grec Alexandros Markeas. Ikhtifa (disparition) et Cadavres exquis de Moultaka. Ikhtifa évoque deux tableaux (Ubac et De Staël) sur des poèmes d’Al-Maari, en deux parties, lisse puis striée, et une désintégration progressive. Le chœur alterne silences et mots fractionnés dans une boucle sonore, sur un dispositif électroacoustique puissant. Dans Cadavres exquis, clin d’œil aux joutes surréalistes, le son l’emporte sur le sens, en une texture harmonique insolite où chaque mouvement est le souvenir tuilé du précédent. Travail extrême sur la résonance des sons sur laquelle se posent des mots épars… Le grec Markeas nous ramène, avec Wall Street Lullaby, aux financiers agressifs qui nous bercent d’illusions, puis à la mère grecque qui endort son enfant pour mieux le protéger « dors, chut… ». Les voix explorent des registres extrêmes, crescendi subits ou allongements des sons sur le souffle, et l’ironie est désabusée : « ami, fais confiance à tes désirs ! ». Dionysos, le vin, le sang propose Alexandros Markeas X-D.R en une variété de tableaux tout l’univers de la littérature bachique, vin gai ou tragique, mélodies traditionnelles, des terrifiantes bacchantes aux airs à boire. Sur des enregistrements très évocateurs, électro et concrets, et voix traitées numériquement, Roland Hayrabedian semble le maître des couleurs…. Une belle invitation croisée, initiée par le Gmem, pour un matin sonnant… si bien. YVES BERGÉ Ce matin sonnant a eu lieu le 10 mars à l’Opéra de Marseille Pierre Gondard Aux portes de l’Enfer… Le « théâtre musical » pose un concept : le « musical » commande et justifie le « théâtral ». Mauricio Kagel (1931-2008) fut l’un de ses principaux artisans. Il envisageait l’idée d’une « théâtralisation » du geste instrumental, pensait l’expression corporelle du musicien comme un véritable « jeu » d’acteur. Dans La Trahison Orale (1981-83), sa « geste » originale est portée par une suite de textes populaires évoquant le Diable. L’opus propose un espace de liberté aux interprètes, au scénographe, quant à la répartition des voix instrumentales et des textes parlés… Du coup, chaque production invente sa propre forme. Sur la scène du Gymnase, le GRIM (scène musicale de Montévidéo) et Hubert Colas, ont fait le choix, hormis quelques interventions parlées (mais malhabiles) des musiciens, d’un mélodrame à une voix. Bernard Bloch (au faciès diabolique !) enchaîne, avec une verve certaine, les textes, récits et contes sur les figures du Démon ; un tapis instrumental se tisse autour de lui, composé de violon, cymbalum, guitare électrique, harpe ou saxophone… On aurait pu adhérer à ce bastringue de cirque triste, fanfare macabre, réminiscence sarcastique de Kurt Weill, aux cloches en percussions pour messe noire, à quelque violon rappelant le pacte démoniaque de l’Histoire du soldat de Stravinsky, à la course à l’abime, au songe de Sabbat… Mais on est resté aux portes de cet Enfer auquel il a manqué, outre du public, un lien organique entre les impulsions théâtrale et instrumentale, peu endiablée… et un brin de flamme musicale ! JACQUES FRESCHEL A La Trahison orale a été jouée au Gymnase, Marseille, les 14 et 15 mars Comprovisations… Au piano, ça tourne autour de quelques sons : mode andalou, « cante jondo » orné qui s’entête, secondes mineures et augmentées qui s’emmaillent, avant qu’un clavier additif, électro-synthétique, cloche et décroche, siffle, persiffle… Le compositeur Alexandros Markeos aime « tous les pianos » … il y passe : fouille dans le ventre de la caisse, sonde le silence, tombe dans les cordes en mémoire de John Cage, s’accroche aux double-cordes qui grondent, s’accorde aux double-croches qui claquent, au tempo d’une habanera déglinguée… aux triples qui s’étripent... Alors son piano-orchestre s’imagine en gamelan préparé ! Le filetage crisse et crie, lance des miaulements liquides… Le discours se construit, au fil de l’impro ; les résonances se brouillent... hasard prémédité ?... pour une heure de poésie sonore ! JACQUES FRESCHEL Piano caméléon, un récital d’Alexandros Markeas donné le 13 mars Salle Musicatreize, Marseille Elodie Hercouet
De l’intime à l’épique… Le festival Les Musiques s’éclate en 2013… dans l’espace, le temps et par sa programmation plurielle ! En deux jours, on passe du laboratoire intime de création que constitue, encore aujourd’hui, le quatuor à cordes, à une fresque sonore frôlant la démesure. Éternel quatuor… Le 4 avril à La Friche, avec Jonathan Harvey (2003), on plonge aux origines du son, quand le frottement de l’archet n’est encore qu’un souffle, avant qu’il ne se fonde en fréquences qu’un dispositif électronique, étendant le rôle traditionnel du quatuor en superpositions et boucles, projette dans l’espace. Chez Saed Haddad et sa création Mirage, Mémoire, Mystère, le violon supérieur assume son leadership, chante, murmure par bribes au-dessus d’une palette homogène, soignée, où l’émotion trouve sa place. Défendu par les Quatuors Tana et Ictus String, le double programme jette un regard rétrospectif vers deux chefs-d’œuvre de Bartok (4 e Quatuor) et Janacek (Lettres intimes) : leur modernisme intrinsèque pose des bases, dès 1928, pour une littérature à venir. Même l’électron libre John Cage cèdera en 1949 à la tentation d’une forme statuaire qui réinvente obsessionnellement ses codes… Oratorio homérique ! Les 6 et 7 avril, le vaisseau du Merlan est prêt pour L’Odyssée 2013 mise en musique par Oscar Stranoy sur un livret d’Alberto Manguel. Ce projet, porté au long cours par Musicatreize, trouve son aboutissement en l’année Capitale ! Impressionnant : des choristes partout ! Près de 250 chanteurs encadrent le dispositif instrumental original (orgues/synthés, bois, timbales, wood-blocks), le public, jusque dans son dos… Tout est millimétré dans la mise en espace de Jeanne Roth, le travail accompli, sur une partition difficile pour des amateurs, par la pléiade de chefs de chœur qui relayent les gestes de Roland Hayrabedian. L’œuvre est bâtie sur une structure antique alternant solistes et chœurs, une narration portée par un récitatif moderne et l’universalité des langues. Tout y est d’Homère : de la guerre de Troie à l’interminable retour, du Cyclope à Calypso et Circé, Pénélope ou Télémaque, autant de rôles assumés avec brio par les solistes de Musicatreize. Seul, le héros maudit manque à la distribution, s’échappe sans cesse, errant, regretté… Les tableaux sonores évitent l’effet facile, s’emboitent par taches étales qui dévoilent l’épopée, en tuilages chorals spatialisés, parlés/chantés, dont le chœur des Sirènes et sa touche française constituent un sommet. JACQUES FRESCHEL Le Festival les Musiques se poursuit jusqu’au 15 mai (voir p 51) L'odyssee 2013 Frederic Demesure Parfait luth ! Le luth est, à la Renaissance, considéré comme un symbole de perfection lié à la Création : harmonie du monde réduite dans l’arrondi de sa caisse, la consonance de ses doubles-cordes… un jeu mystérieux de Nombres dont les maîtres-luthiers étaient dépositaires ! C’est sur ce principe, pimenté de « résonances orientales » (La clé de Grenade par Saïd Chraïbi à La Criée), que s’appuient les récitals (Paul O’Dette dans Dowland) et la conférence (Du oud au luth de Dinko Fabris) prévus autour de l’instrument, par Jean-Marc Aymes, au cœur du festival Mars en Baroque. En remplacement d’Eugène Ferré, indisponible pour raisons de santé, c’est au pied levé que Pascale Boquet a assumé l’ouverture du cycle Cousins de Méditerranée au Temple Grignan le 21 mars. La musicienne a offert un beau moment de douce intimité autour Du mignard luth et de la guitare renaissance, une « cousine » un peu « pincée », mais à la sonorité mordante. Au gré de chansons harmonisées, ornées de délicates diminutions du tempo, de danses ternaires ou binaires venues de France et d’Italie, on a songé au plaisir (au martyr ?) de l’attente amoureuse, aux regrets de l’abandon, comme à son délice… Tout un voyage vers les origines de l’art instrumental européen, à la source d’une exquise poétique ! J.F. Joel Suhubiette Francois Passerini Sacrés affects ! « Heu mihi ! filia mea » … le chef-d’œuvre de Carissimi se fige dans ces mots : ceux d’un père au supplice ! Victorieux des Ammonites, Jephté doit, au nom d’un pacte passé avec Yahvé, sacrifier la première personne qu’il rencontre à son retour : mais c’est sa fille unique, dansant au son du tambour, qui s’approche ! « Pater mi » … avec quelle innocence, en trois notes candides, elle accepte son destin ! On n’est pas loin du théâtre avec cet oratorio qui fixe un modèle au cœur du XVII e siècle : les solistes alternent récits et airs, reliés au chœur par un narrateur… le tout soutenu par le continuo. C’est cet art baroque de la représentation et des passions qu’ont prodigué avec talent, sobriété et subtilité, l’Ensemble Jacques Moderne (dir. Joël Suhubiette) et Concerto Soave (dir. Jean-Marc Aymes) le 26 mars aux Salins à Martigues pour la clôture du festival Mars en baroque. Portée par de magnifiques solistes, Furio Zanasi, ténor au timbre clair et à la déclamation experte (formidable Orphée par ailleurs), Maria-Christina Kiehr, si singulière et émouvante, cet opéra spirituel a révélé ses couleurs originelles. Les solos tirés du chœur de chambre, comme les fabuleuses déplorations finales ont fait vibrer le public. En première partie, on a découvert également quelques Histoires sacrées de Domenico Mazzocchi, continuateur du style de Monteverdi. Bourrées de figuralismes, expressions en musique du sommeil, des pleurs ou de la paix (superbe trio avec tenue), les œuvres offraient de surcroit quelques pertinentes contiguïtés avec le temps pascal, la mort et la Résurrection, les figures de Lazare ou Marie-Madeleine. JACQUES FRESCHEL 33 M US I Q U E



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