Zibeline n°62 avril 2013
Zibeline n°62 avril 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°62 de avril 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 8,4 Mo

  • Dans ce numéro : des modèles en crise.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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22 T H É Â TR E Tri sélectif o V. Arbelet Au diable la philosophie dans le boudoir et bienvenue au bonheur, toujours une idée neuve dans ce monde sans Lumières. On se prend à rêver à la scène d’après, celle qui suivrait la dernière de Que Faire ? le retour qui nous promet de sacrés illuminations et surtout un Boum en avant plus radical que celui de Charles Trenet ! En voilà une soirée qui relance la machine -façon nostalgie c’est vrai mais avec des trucs de théâtre pas grippés– à bricoler son monde de vigueur, de rigueur et de fantaisie ! Si Lénine est dans son mausolée, sa question court encore sur les jambes de François Chattot et Martine Schambacher dont l’immense talent consiste à littéralement rajeunir sur scène dans la liberté suprême de leurs corps : mais que font-ils donc justement dans cette cuisine de vieux couple ? Elle ramène du marché les Méditations métaphysiques de Descartes pendant qu’il démonte un réveil ; du fond du cabas, l’injonction à détruire les anciennes opinions que Benoît Lambert dans une mise en scène époustouflante prend au pied de la lettre : les livres valsent au gré de « on garde » « on jette » et les grands textes dans la bouche de nos deux héros dansants retrouvent une saveur oubliée. Mickeymousing ou music-hall à paillettes façon Nina Hagen, performances conceptuelles parodiques (Semiotics in the Kitchen et son alphabet décapant ; Joseph Beuys, son feutre et son coyotte) chansons tendres de nos années, tout est bon pour dire et provoquer le plaisir de penser ensemble à deux ou à dix mille. Traiter les idées avec tendresse et les spectateurs avec respect est donc encore possible : merci de l’avoir rappelé avec un tel brio ! MARIE JO DHO Que faire ? le retour a été présenté par les ATP d’Aix-en-Provence et joué au Théâtre Antoine Vitez les 2 et 3 avril Tout l’art du théâtre Le Costume, tiré d’une nouvelle de Can Themba écrite juste avant l’Apartheid, et de quelques textes des années 70 qui impriment le recul historique nécessaire, dit l’oppression sans y toucher, par la misère. Car la ségrégation est déjà à l’œuvre dans cette Afrique du sud des années 50, mais prend ici la forme d’un drame bourgeois : un mari trompé, une femme qui subit sans mot dire sa vengeance, et en meurt. Peter Brook reprend ce texte, qu’il avait monté en français 1999, en anglais cette fois, avec des acteurs sud africains, une splendide chanteuse, divine actrice, et trois musiciens. La simplicité de la scénographie, fondée sur deux chaises, une petite table, trois portants qui délimitent l’espace, tient de l’épure miraculeuse. Sophiatown est là, pas encore township mais déjà misérable, et l’espace privé d’un couple, un bar clandestin, un arrêt de bus, un club culturel où l’esprit un instant croit s’échapper d’un réel qui court vers une omniprésente catastrophe. Pris au piège d’une cruauté qu’il subit et fait subir le mari désespéré se transforme en bourreau de sa femme. L’Apartheid est là, en filigrane, dans ce bonheur bourgeois désiré et impossible. Les comédiens sont d’une justesse rarement atteinte. D’un geste, un cou qui s’affaisse, d’une position dans un bus imaginaire, d’un silence juste un peu trop pesant ils parviennent à communiquer littéralement au public, qui l’éprouve, l’effondrement des rêves, l’angoisse, la noirceur, puis la mort qui happe. Une subtilité constante achemine chaque spectateur vers une émotion Johan Persson intense, tout en ménageant des temps délicieux de détente, de rire, de complicité, de chants et de musique… À 87 ans, Peter Brook est au sommet de son art, immense. AGNÈS FRESCHEL The Suit, créé en 2012, était au Jeu de Paume, Aix, du 19 au 23 mars L’auberge italienne Pascal Victor Elle a le verbe haut et la robe froufroutante, sourire aux lèvres et idée dans la tête… Car si Mirandolina est courtisée par tous les hommes qui logent dans son auberge, c’est surtout celui qui résiste à son charme, un chevalier misogyne qui s’est juré de ne jamais donner son cœur à une femme, qu’elle cherchera à mettre à genou. Un piège brillamment orchestré dans lequel elle tombera aussi, victime des sentiments avec lesquels elle aura imprudemment joué. La mise en scène simple et efficace de Marc Paquien laisse libre cours au jeu des comédiens qui évoluent dans une scénographie réduite à l’essentiel, quelques meubles déplacés par les comédiens eux-mêmes transformant la salle commune en chambre ou buanderie, par simple transposition d’actions. Dans les rôles-titres, Dominique Blanc, éblouissante de malice et rouerie, et André Marcon, touchant dans le doute, sont implacables de précision, s’affrontent tandis qu’autour virevoltent le marquis et le comte, cocasses amoureux transis, mais ignorés. La supplique ultime du Chevalier amoureux ne saura faire basculer la raison de cette femme libre, en apparence seulement... DOMINIQUE MARÇON La Locandiera a été joué le 12 mars à L’Olivier, Istres, du 25 au 27 mars au Théâtre de Nîmes À venir le 30 avril Palais des Congrès, Saint-Raphaël 04 98 11 89 00 www.aggloscenes.com les 21 et 22 mai Théâtre de Grasse 04 93 40 53 00 www.theatredegrasse.com les 30 et 31 mai Théâtre Liberté, Toulon 04 98 00 56 76 www.theatre-liberte.fr
Émoi picard Le Théâtre Durance a eu la bonne idée de faire venir en Provence ce spectacle à l’accent d’ailleurs : ce monologue écrit et interprété par Bernard Crombey, salué partout où il a été représenté, a peu tourné par ici. Il repose sur un fait divers transposé au cinéma par Doillon dans la Drôlesse, adapté dans le roman Le Ravisseur de Paul Savatin, et porté ici par le talent d’un comédien hors du commun. Le monologue retrace par anamnèses successives l’histoire de cet homme simple, sans sexualité, qui avait abrité une petite fille maltraitée dans son grenier durant un mois, sans abuser d’elle, mais en l’enlevant. Depuis sa prison il raconte, bouleversant, et nous plongeons dans sa psyché d’homme ému, impuissant à résister aux demandes d’Amandine, envahi d’angoisse et d’affects jamais exprimés. L’acteur, emprisonné comme son personnage dans un espace de 9m 2, devant sa Motobécane suspendue comme un souvenir, incarne son personnage avec une vérité désarmante, dans un parler picard recréé, marqué mais toujours compréhensible. Une performance d‘écriture et de jeu impressionnante, par son humanité sensible, ses choix dramatiques, et l’inventivité langagière de ce dialogue intérieur, transcription d’un parler qui sonne vrai… AGNÈS FRESCHEL Motobécane s’est joué le 29 mars au Théâtre Durance, Château-Arnoux Candidature imposée Un flash. Le son d’un générateur en recharge. Dos au mur, la comédienne (Lena Chambouleyron), l’impétrante, se prépare à la mise à nu de l’audition. Un passage en chambre obscure pour combler le désir d’un réalisateur, puis le sien, démultiplié dans un larsen de reflets. « Ce que je veux c’est ce que je suis dans ma tête mais ce que je ne suis pas encore dans la vie. » Danse de la mort pour avoir le rôle, l’angoisse, l’affolement. Puis la chute et la pellicule qui brûle. Jouer, est-ce se donner corps et âme ? Devant elle, assise, l’autre figure féminine (Sharmila Naudou), l’alter ego, qui écoute l’actrice « par où passe le monde » avant de lui opposer ses questionnements existentiels, dans un monologue à la déclinaison alphabétique. Gueule du rôle, physique de l’emploi, profil type ? Chacune coincée dans sa posture et son rapport au monde, sa réalité ou sa fiction, entre nondits et solitude. Mise en scène par Olivier Barrere et en scénographie par Erick Priano, pour la Cie Art 27, la pièce d’Enzo Cormanntente une définition du désir et des limites de l’intime. « Qui voudrait tourner un film sur une fille qui voudrait tourner dans un film ? » … épineuse question qui reste suspendue aux fils de l’expérience des protagonistes. DELPHINE MICHELANGELI Le dit de l’impétrance s’est joué du 28 au 31 mars au théâtre des Carmes, Avignon X-D.R E.P Déplacé Shakespeare ne se doutait certainement pas qu’en terminant Othello, le Maure de Venise il avait écrit un vaudeville ! Car c’est un (mauvais) vaudeville que Razerka Ben Sadia-Lavant et Manuel Piolat-Soleymat ont commis en adaptant l’une de ses plus remarquables tragédies ! À croire qu’ils n’ont retenu de la pièce qu’une banale intrigue amoureuse, minimisant les ambitions déçues, l’imposture, la lâcheté, l’échec. La chute du héros et sa descente aux enfers. Bien sûr, chez Shakespeare la farce n’est jamais totalement absente, et ses héros tragiques ont la faiblesse des hommes simples. Leur âme se noie dans de viles bassesses… Mais fallait-il pour autant affubler les acteurs de déguisements criards (au croisement d’une pièce du répertoire et du cabaret), intégrer des saynètes dansées absconses, confier à Sapho les intermèdes musicaux et faire vociférer Othello du début à la fin ? Poussif et sans modulation, Disiz demeure brut de forme, dégrossi comme un bloc de marbre. Sans oublier l’intrusion bruyante d’un groupe d’amateurs qui viennent gonfler les allées du marché nocturne et de la fête : parfois, l’évocation plutôt que l’illustration est le meilleur des choix… Il manque à cet Othello la finesse et l’ironie que requiert cette farce politique, et l’interprétation de Denis Lavant n’y change rien : il faut des nerfs solides pour endurer le spectacle pendant 2h45... MARIE GODFRIN-GUIDICELLI Les amours vulnérables de Desdémone et Othello fut joué les 26 et 27 mars au Théâtre Liberté, Toulon lean-Claude Azria Jean-Claude Azria 23 T H É Â TR E



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