Zibeline n°6 avril 2008
Zibeline n°6 avril 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°6 de avril 2008

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 72

  • Taille du fichier PDF : 10,0 Mo

  • Dans ce numéro : ouverture de la Biennale.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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56 LIVRES LITTÉRATURE Là où le temps se pose « Arrêtée sur le bord de la route brûlante, je capte les vies en mouvement, (….) Je prends tout ce que l’on me donne, ce que l’on me tend, les doutes, les questions, les joies comme les silences. (…) Je pourrais rester là des jours entiers, à attendre de n’être plus qu’un brin d’herbe de cette terre d’amour. » Sur les rives du Mékong, au Cambodge, en février 2006, Sophie Gallo Geider a été quelque temps cette passante arrêtée. Et de son voyage au « pays des songes », elle a rapporté ce « carnet d’émotions », témoignage du choc esthétique, culturel, mais surtout affectif et humain qu’elle y a vécu. Il aura fallu deux ans pour que les textes, poèmes en prose, évocations en libres associations, viennent répondre, sur les pages de ce joli carnet à spirales, aux photographies prises durant le périple cambodgien. La splendeur d’Angkor bien sûr, et les fanions des temples, et les moines safran, et les autels familiaux devant les maisons. Mais aussi et surtout les gens, les personnes, grandes et petites, le plus souvent petites, rencontrées au cours du voyage ; les autres, quoi. Ceux que les tour-operateurs permettent à peine d’entrevoir, boo ; CAMBODGE La pays des songea SOPHIE 1 _6IPF.R mais que le voyage en solitaire -à ce propos, l’épigraphe du recueil est tirée d’une autre chanson de Manset– met sur le chemin de celui qui accepte de s’asseoir, de regarder, de sourire, de tendre la main. Sophie Gallo Geider a dédié ce carnet de route à ses trois enfants. Rien d’étonnant à cela, les enfants en peuplent les pages, que la photographe a su saisir. Souriants, cocasses parfois, graves ou rêveurs souvent, ils semblent avoir accompagné la voyageuse dans son expérience de l’ailleurs, mais aussi dans ce qui apparaît, au fil des pages, comme d’intimes retrouvailles avec un moi lointain, enfoui, presque perdu, que le voyage a ressuscité. En beauté… FRED ROBERT Cambodge, le pays des songes Sophie Gallo Geider Éditions Un rêve au Sud, 29 euros Foisonnante incertitude Ce qui est sûr, c’est qu’il s’agit d’un livre érudit ; un de ceux que l’on referme avec l’agréable sentiment d’avoir appris. Dans le plaisir d’une belle écriture, ce qui est le rare privilège de quelques bons professeurs ! Difficile de rendre compte du foisonnement de l’ouvrage, pourtant ordonné comme une démonstration discrète : en première partie, une fresque de la période baroque, dans sa plus large acception, « entre deux grandes secousses, la Révolution française en aval (…) et la Renaissance et ses grandes découvertes en amont ». Une vraie merveille de parcourir un aussi vaste panorama qui englobe l’histoire, la littérature, les sciences, les arts, la politique…. et de se faire ainsi une idée de la dynamique d’une période. Car, au-delà des connaissances littéraires et historiques rappelées dans ces pages, cette partie donne une idée plus nette du temps, des enjeux et des forces vives et souvent cachées qui ont forgé la période dite baroque. Dans ce voyage, on croise aussi bien Copernic et Bruno Giordano que Pascal, Kant et Descartes et on comprend mieux leurs doutes, leurs convictions et leurs luttes. Ces grands esprits retrouvent un peu du sang et de la chair qui leur font parfois défaut dans la sèche vision de l’histoire. Et c’est justement sur les égarements de la chair que s’ouvre la seconde partie du livre, avec pour guide le maître es fantasmes qu’est Don Juan. Personnage baroque flamboyant, vision d’un monde qui vacille et jette ses derniers feux avant de sombrer… dans la modernité ? C’est là l’ultime artifice, magistral, de Benito Pelegrin : tout en nous entretenant aimablement du Baroque, il ne manque pas de le relier à notre temps, en petites références assassines : « comme les États-Unis aujourd’hui, l’Espagne fait moins la politique que la police du monde » ou de comparer les travestis de la cour du Roi Soleil à l’univers d’un PedroAlmodovar… Alors, baroque notre temps ? Ce qui est certain, c’est que ce livre montre la gestation des chimères qui, devenues grandes, nous tiennent encore compagnie aujourd’hui. SYLVIA GOURION D'UN TEMPS D'INCERTITUDE aEN ro PELEGe1N D’un temps d’incertitude Benito Pelegrin Edition Sulliver, 26 euros
57 La vie de ma mère François Cervantes n’est pas seulement metteur en scène de théâtre, il est aussi auteur. Une île, présenté à La Friche Belle de Mai jusqu’au 15 mars dernier (lire Zibeline n°5), a mis une fois de plus en évidence les talents littéraires du directeur de L’Entreprise, qui déplore d’ailleurs que le théâtre contemporain ait souvent mis les auteurs à la porte, pourconsacrerlesseulsmetteursenscène. On peut depuis 2006 lire certains de ses textes aux Editions Maison, nouvel organe de diffusion de la compagnie. Parmi les titres, j’ai sélectionné, un peu par hasard, La vie de Mado, un monologue d’une cinquantaine de pages. Je l’ai avalé d’une traite. Puis j’ai relu à petites gorgées, en les savourant, ces courts paragraphes qui s’enchaînent pour former une évocation d’une grande justesse, d’une poésie poignante, loin de toute mièvrerie. Ici, la parole se déroule comme une conversation à mivoix entre une mère, qui a toujours préféré vivre et se taire, la vie plutôt que l’écriture, et son fils, « ce fils errant », « cet enfant des théâtres », toujours armé d’un cahier et d’un crayon, auquel, au crépuscule de son existence, elle a enfin accepté de se confier, car « ce qu’il y a à écrire, c’est ce qui est sauvé de l’oubli par un autre que soi ». Le texte avance donc par allers-retours entre un autrefois, qui revient par bribes plus ou moins longues, peu soucieuses de chronologie, mais sous-tendues par la logique du souvenir et par des liens thématiques (les enfants, l’ennui, la fuite, la jalousie, l’amour des livres et des études…), et l’aujourd’hui de la confidence en cours, du texte en gestation. Comme si le fils, ici, donnait naissance à la figure maternelle. Car, pour rendre hommage à sa mère, François Cervantes choisit de lui céder la parole, de lui faire dire enfin ce qu’elle a toujours tu, de ses déceptions de femme, de ses espoirs de mère, de sa quête d’un bonheur impossible. La parole accordée à la mère, au-delà de l’émouvant portrait de femme moderne, libre et forte, qu’elle trace, c’est, en filigrane, l’image du fils qu’elle inscrit. Dans une prose musicale fondée sur la répétition, qui vrille toujours plus profondément, jusqu’au cœur des mots, jusqu’au cœur du lien qui unit ces deux êtres. FRED ROBERT Z La vie de Mado F François C Cervantes Editions E n Maison, 101 euros Un esprit libre Russell Banks La Réserve Prr Plan Fwiii La Réserve Russell Banks Editions Actes Sud, 23 euros La réserve. La Tamarack Wilderness Reserve, dans les Adirondacks au Nord Est des États-Unis. C’est le décor du dernier roman de Russell Banks, l’un de ses personnages principaux aussi. Une nature préservée, habitée par de riches propriétaires qui, l’été, se retrouvent entre eux pour savourer des instants de grâce loin de l’agitation du monde. Nous sommes en juillet 1936, et le contexte historique va peser sur les personnages de ce petit coin de paradis. La guerre civile fait des ravages en Espagne, et si Russell Banks se défend d’avoir voulu écrire sur ces événements, il va néanmoins utiliser ce contexte historique pour faire évoluer ses personnages. Et les histoires d’amour qui découlent des rencontres, parfois bizarres, qui émaillent le roman. Qui parle également de politique et de conscience de classe, thèmes récurrents chez l’auteur américain, car dans les années qui ont suivi la crise de 29, aux Etats-Unis, le fossé entre riches et pauvres était saisissant. Il est question aussi de Bien et de Mal, et surtout des responsabilités de chacun face à des choix qui peuvent avoir de lourdes conséquences. Des préoccupations sociales que nous sommes habitués à retrouver dans les romans de Banks mais qui, là, ne nous captivent pas. Si le style est toujours aussi agréable, Banks nous avait habitués à des personnages plus solides, plus crédibles aussi, en marge toujours mais moins superficiels. Ils finissent effectivement par faire le deuil d’une vie tranquille et d’amours paisibles, se tournent vers un avenir sans doute pas meilleur, souvent tragique. Les choix pèsent, mais l’écrivain sombre et contestataire de American Darling, Affliction ou Pourfendeur des nuages nous manque. SARA LYNCH Douce fleur et herbe folle Du haut de ses 15 ans et avec toute la largesse de ses rondeurs, Margherita porte sur sa campagne banlieusarde un regard doux, chaleureux et encore très enfantin. C’est avec un humour tendre mais sans complaisance qu’elle décrit son univers familial : un père, sorte de Gepetto des objets usés, une mère droguée aux cigarettes virtuelles, et larmaccro, un grand-père fou des yaourts périmés et fondateur de la théorie du chocolat ; et son frère aîné ado « à donf », un petit frère « casse-couilles surdoué » et un chien « catalogue ». Mais l’existence légère et colorée de cette famille singulière est soudain bouleversée par l’installation de nouveaux voisins dans une maison en forme de « cube noir opaque ». Émissaires d’une nouvelle modernité, ils veulent imposer un monde « biohygiénisé », « botoxisé », normalisé… et aseptisé. À travers le combat initiatique de son intrépide héroïne, proche d’un personnage à la Queneau, Stefano Benni fait acte de résistance. Défendons l’univers et le regard de notre enfance, demeurons insoumis, libres et créatifs, notre élan vital en dépend. « Seuls les poissons morts suivent le courant » clame d’ailleurs le grand-père Socrate. Si la forme choisie par l’auteur, la fable, ne permet pas toujours pour autant de justifier certains personnages un peu trop stéréotypés ou une intrigue plutôt conventionnelle, l’humour poétique et décapant de Stefano Benni est néanmoins vivement conseillé. Il réinvente le quotidien, le rhabille de couleurs chaudes et permet de mieux accepter les rugosités et les creux de la vie. Une jolie leçon de légèreté et d’indulgence, à conseiller également aux adolescent(e)s ! GENEVIÈVE SOURRISllun_iurit n ira h Margherita L Dolcevita s Stefano Benni éditions A Actes Sud, 21 20,50 euros



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