Zibeline n°6 avril 2008
Zibeline n°6 avril 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°6 de avril 2008

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 72

  • Taille du fichier PDF : 10,0 Mo

  • Dans ce numéro : ouverture de la Biennale.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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44 CINÉMA ABÉCÉDAIRE GUÉDIGUIAN Annie Gava GUEDIGUIAN DE A à Z Le 26 janvier dernier, à la Fnac-Marseille, une centaine de personnes ont assisté à une conversation chaleureuse, entre Robert Guédigian et Isabelle Danel, journaliste de cinéma qui le connaît bien. Elle l’a rencontré en 1995 au moment de la sortie de son sixième film, À la vie, à la mort, un des plus beaux, celui qui a fait connaître le cinéaste. Une série de longs entretiens réguliers ont donné naissance en janvier 2008 à un livre, Conversations avec Robert Guédigian, qui permet à tous ceux qui apprécient ce cinéaste « populaire » de revisiter son œuvre et aux autres de le découvrir. Un livre qui se lit comme un roman, et qui m’a donné le désir de vous offrir un ABÉCÉDAIRE Comme Amour, Amitié et Ariane Ascaride : « J’adore les histoires d’amour » En 1974, Robert connaissait déjà ses amis de toujours, Gérard Meylan et Malek Hamzaoui, quand il rencontre sa Muse, son Amour, son actrice fétiche, Ariane, à Aix. Il la rejoint à Paris et il la dirige, seule professionnelle, dans son premier film, Dernier été, co-réalisé avec Franck Le Witta. « Dernier été raconte, en les transposant, tous les événements de ma vie à ce moment-là (…) C’était bel et bien la fin de l’adolescence. » Comme Agat-Film, la société de production fondée avec les amis : « Je suis très fier des films que nous produisons, de la manière dont nous fonctionnons, de la politique de salaires et du partage des richesses à Agat (…) Faire la preuve que l’idée de la communauté n’est pas définitivement rayée de l’humanité me plaît énormément. » À l’Attaque, le troisième « conte », où Guédigian a réinvesti les genres qu’il aime, comédie musicale, roman-photo, BD, Guignol : « des genres populaires par excellence ! » Comme Bonheur « Nous NC.- st sommes tous possédés par une conception molle et confortable plltprf" du bonheur. Et pour reprendre une belle citation de cinéma dans Le Plaisir d’Ophuls, adapté de Maupassant : Le Bonheur n’est pas gai. » L’Argent fait le bonheur, en 1992, dont la morale serait : « Ne soyons pas mendiants, soyons voleurs ! » Comme Brecht : « Il m’aide à penser moi-même. » CommeBaldwin James, un écrivain noir américain dont le roman, Si Beale Street pouvait parler a inspiré Robert pour son huitième film, À la place du cœur, mal perçu par la critique mais que le cinéaste défend : « Certes, glorifier des personnages populaires est, du point de vue des bourgeois, inacceptable. » Comme Conscience de Classe : « J’ai grandi dans un monde de solidarité, à travers des luttes, avec des gens qui avaient une conscience de classe qui, de spontanée, est devenue consciente plus tard. J’ai toujours été concerné par ce qui se passe autour de nous. Je regarde le monde d’où je suis né. » Comme ; a—n, Dada, Jean-Pierre Darroussin, rencontré par Ariane riE au Conservatoire : « C’est un acteur large, puissant, qui, i peut absolument tout jouer. C’est pour lui que j’ai écrit le personnage de Dada, dans Ki lo sa ? » (1985), dont deux photogrammes se retrouvent dans Mon Père est ingénieur (2003) Dieu vomit les tièdes, tourné à Martigues en 1989. La tribu logeait dans des foyers Sonacotra et mangeait à la cantine municipale. Comme Dedans/Dehors : « Je suis dedans/dehors tout le temps ! (…) Dedans, il y a des tas de cinéastes que j’aime comme les Frères Dardenne et Ken Loach ou que je n’aime pas, comme Wong Kar Wai et Tarentino. Je ne suis pas QUE dans le cinéma (…) Je me préoccupe du public à mort ! C’est même surtout pour ça que je fais des films : pour parler aux gens, pas pour que ça reste entre nous. » Comme, Omr Estaque, capitale de la géographie « guédiguienne » ; ueaig connue du monde entier depuis Marius et Jeannette en 1996. Qui a oublié la mappemonde du générique, flottant audessus du port, emblématique de l’universalité de ce conte ? Comme Engagement : ayant adhéré au PC en 1968, il l’a quitté en 1980, en désaccord avec la ligne de rupture de l’union de la gauche. « Jamais sans ce désir de changer le monde, je n’aurais fait des études d’abord, du cinéma ensuite (…) Je ne vois pourquoi ni comment j’en serais là sans le PC. Il faut forcer les gensà s’éduquer. Si on n’oblige pas un enfant d’ouvrier à aller à l’école, il n’ira jamais. » Comme 0 Figurants : ce sont souvent des membres de la famille et de son équipe, au début par nécessité financière, puis IS par volonté affective : « Une façon d’inscrire les corps et l’âge des gens qui m’entourent (…) Lorsque je dirige une scène de foule, comme la distribution des manteaux de fourrure lors de l’ouverture de Lady Jane, je les connais toutes, je les appelle par leur prénom ! » Comme, Orr Guédigian, Grégoire, le père, électromécanicien, lé niOΠ! dont les beaux bras noueux fascinaient Robert, enfant.'ant.comme Gérard Meylan, l’ami d’enfance, son « jumeau », son condisciple au lycée Victor Hugo, son camarade de militantisme, secrétaire et « orateur » de la cellule de PC de l’Estaque, un des témoins de sonmariage en 1975. « Gérard a un physique d’acteur ; il est très beau au sens où je l’entends ; sans qu’il « fasse rien », son visage, son corps racontent déjà
45 une histoire. » Gérard qui a tourné dans tous ses films à l’exception du Promeneur du Champ de Mars Comme) 1 1E Malek Hamzaoui, le troisième larron, deuxième témoin nain de mariage, le directeur de production de six de ses films : is « Malek, ah nous l’avons « attaqué » au baby foot, dans le bar où j’ai filmé la scène demariage de Lady Jane. » Comme ni Impressions « J’ai l’impression que le paysage disparaît rai avec moi. L’image exacte, c’est la « peau de chagrin » : à chaque q fois que je retourne à Marseille, je m’aperçois que Comme 1m le Notre-Dame de la Garde, le scénario d’une certains décors que j’ai filmés ont disparu. Je suis heureux farce te macabre, na ta dont personne ne voulait entendre parler en d’avoir filmé ça, mais le temps passant, il est normal que tout 1984, f4 qui ti n’a r jamais été tourné, et qui voulait montrer un cela disparaisse et moi avec ! » Comme lr Jean-Louis Milési, co-scénariste de neuf des quinze ?.1 films, jusqu’au dernier, Lady Jane, rencontré pour L’Argent fait le bonheur. « Il a plein d’idées, c’est une mine, il rebondit iner sans arrêt. Il possède une verve que je n’ai pas. » Comme n nr Ki lo sa ?, troisième film, né de ses amertumes politiques ticur : et cinématographiques, écrit en quinze jours, tourné -rn dans iai, la villa d’une cousine en dix-huit jours, son film le moins cher. Durant le tournage, l’équipe a mangé des tomates, du jambon et des pêches, et s’entassait dans une 4L. Film qui n’a pas eu de distributeur et qui n’a été projeté que dans des rétrospectives. Comme Lady Jane, un polar très noir : « Je ne savais pas quoi faire, quoi dire, comment démarrer. Je me suis tourné vers les invariants : revenir à Marseille (après deux films tournés ailleurs) et partir d’un genre précis, pour me rendre compte de ce que pensais au moment où je faisais le film. On y voit une parabole du monde actuel (…) Pour Ariane, je voulais aller au bout du côté « Electre », une silhouette noire, à la fois vengeresse et victime. Lady Jane parle de vengeance, sentiment qui produit des choses négatives et dont on doit se protéger. » Comme Langue : « Marseille est ma langue. On fait des films avec une lumière, des décors, des corps. Quand je tourne ailleurs, j’ai l’impression de parler une langue étrangère. Le cinéma, c’est « piquer » le réel et ça me gênait au début ; à Marseille, je me sentais autorisé. » Commerme Marseille, « une ville-monde, peuplée de gens divers ar e etuE variés, ld de riches, de pauvres, de noirs, de blancs… malgré l’évolution rui urbaine qui chasse les pauvres du centre-ville (…) Marseille reste une ville où le monde entier est présent » Comme Marius et Jeannette qui décrit la renaissance de la capacité de deux « cabossés » de la vie à être heureux. « Cette romance populaire se terminera bien car il le faut ». « Il faut ré- enchanter le monde », telle est la morale que Robert Guédigian voulut faire passer à la terre entière en 1997 ! 2 millions 700 000 spectateurs ont vu ce film qui dit que « tout est possible, non seulement politiquement, mais amoureusement, sexuellement, à tout âge, à tout moment et dans tout milieu social. C’est encourageant ! Plus encourageant, je ne vois que La Vie est belle de Franck Capra, véritable antidépresseur ! » Comme Marie-Jo et ses deux amours dont le parti pris est de montrer les corps tels qu’ils sont. « J’ai voulu dénoncer la manière dont nos sociétés exploitent le corps humain et la sexualité » Comme Morale qu’on pourrait dégager de chacun de ses films, à la manière des Fables de La Fontaine ; ainsi dans À la Vie, à la Mort : « Aimons-nous les uns les autres » ou dans Lady Jane, « La Vengeance ne sert à rien, ni à ceux qui l’assouvissent, ni à ceux qui la subissent. » monde où les valeurs d’amour, amitié et de solidarité n’existaient plus du tout. Comme Nostalgie, sentiment du temps qui passe sans regret du « paradis perdu » « Revisiter, filmer au même endroit, monter un plan tourné en 1980 et un autre des mêmes acteurs en 2004,juxtaposer deux photos, faire l’inventaire de ce qui a changé, c’est une activité intellectuelle, ludique, excitante » CommeOuvrier n'it : « Je clame haut et fort q’un fils d’ouvrier DOIT'T, faire 31 du cinéma ou de la littérature et qu’il faudrait qu’il y en'itobr ait plus, afin que cette parole soit présente et représentée dans le monde dans lequel nous vivons. » Comme ne Pasolini dont Robert a vu tous les films au cinéma na IPR, leBreteuil avant sa fermeture, et lu tous les livres, un vrai coup toi de foudre ! Comme Perroquet Bleu, bar à matelots, le lieu de tous les fantasmes de l’adolescent dont il a enfin poussé la porte en écrivant le scénario de À la Vie, à la Mort ! Comme Promeneur du Champ de Mars, adapté du livre de Georges-Marc Benamou, proposé par Frank le Wita, avec Michel Bouquet interprétant Mitterrand : « Je voulais un acteur qui soit le théâtre incarné, et Bouquet est naturellement théâtral ! » Commem e Quinze films réalisés en 27 ans dont treize tournés Tit dans,nf le Midi. Comme n^le Rouge Midi, son deuxième film, co-écrit avec Frank c le Wita, dont la plupart des personnages sont inspirés de personnes nrk qu’il a connues, et dont la projection à Cannes, en mai 1984, lui a laissé un souvenir horrible, des spectateurs ricanant et échangeant des commentaires sur le physique des comédiens. Comme n^e Seul ? « Je n’ai jamais rien fait seul… j’aime être 4tre seul. avec du monde ! » Comme Toni de Jean Renoir, vu à la télé, qui a touché Guédigian lai et lui a révélé que le cinéma pouvait parler des gens qu’il connaissait. « Pour moi, aujourd’hui encore, le film le plus marseillais du monde c’est Toni. Il n’est pas besoin d’être marseillais pour faire des films marseillais ! (..)Seules les qualitésd’unregardfontquelesfilmssontvrais, bonsetbeaux. » Comme Tribu et Troupe : « Lorsque nous nous retrouvons, se met en place en un clin d’œil une communauté étonnante, un moment d’Utopie, où nous allons à nouveau confronter notre histoire à l’Histoire, c’est-à-dire continuer à vivre » Comme 1 UN plan : « un des plus beaux que j’aie tourné, le dernier plan de À la Vie, à la Mort ! Le film vient de parler de l’homme nouveau à naître, et le point passe de Marie-Sol qui est enceinte, à la ville entière vue de la Bonne Mère : c’est quand même… gonflé ! Et en plus, la phrase du patron, « C’est tous ensemble que nous fabriquerons un bel avenir à nos enfants ! » est indispensable d’un point de vue militant : car je pense, moi, que c’est tous ensemble entre pauvres, mais pas avec ce type-là ! Tout ce que j’ai appris de Brecht est dans ce plan… » V Comme Voyage en Arménie (Le) « Je suis allé en Arménie pour la réouverture d’un cinéma à Erevan et j’ai été touché par le fait qu’on était connu là-bas : on était, sans le savoir, ambassadeurs de ce pays. Autant assumer ce rôle ! Belle pression : on a fait ce film. » Comme la Ville est tranquille un des films les plus noirs, où le cinéaste voulu parler de ce qui lui faisait le plus peur, en ce début de siècle : le chômage, la misère, la drogue, la corruption politique, toutes les « mauvaises choses qui grouillent ». W X Y Zibeline ! ANNIE GAVA Conversation avec Robert Guédigulan Conversations avec Robert Guédigian Isabelle Danel Editions Les Carnets de l’Info, 19 euros « le n'ai jamais rien fait seuls



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