Zibeline n°6 avril 2008
Zibeline n°6 avril 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°6 de avril 2008

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 72

  • Taille du fichier PDF : 10,0 Mo

  • Dans ce numéro : ouverture de la Biennale.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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14 THÉÂTRE MERLAN MASSALIA LES ATELIERS (AIX) La rage au corps ! Le Merlan a accueilli Pippo Delbono avec son spectacle La Rabbia, créé en 1995 et sa dernière création Questo buio feroce La Rabbia Philippe Charbonniere La Rabbia commence par de la sciure répandue d’un geste régulier jusqu’à recouvrir totalement le sol. Puis l’espace est parcouru à légers pas glissés qui tracent un grand cercle. Alors Pippo Delbono s’adresse à nous dans un micro : le spectacle est un hommage à Pasolini, et à ses rêves, les nôtres, à la soif d’amour de tous, avec des textes de Pasolini, de Genet et Rimbaud. S’enchaînent alors une série de tableaux : évocation de Chaplin et son Charlot dérisoire, avec ses petits gestes timides, une mariée ensevelie sous son voile (linceul ?), « Dimmi che mi ami ! », une scène de torture évoque les geôles argentines sur fond de chanson à la mode de cette époque-là. La fin du spectacle réunit les acteurs dans une ronde enfantine, certains, dont Bobò l’acteur sourd-muet, avec de grandes ailes de papier blanc dans le dos. L’ensemble, traité volontairement de façon minimaliste, manque un peu de structure même si l’on comprend le désir de Pippo Burlesque contemporain Le duo burlesque formé par Stratis Vouyoucas et Alexis Moati est réjouissant à plusieurs titres : parce que les gags visuels retrouvent le rythme, l’allant, les enchaînements fous et les accumulations exponentielles des meilleurs les films muets, ceux de Buster Keaton ou des courts de Chaplin ; et parce que tout en reprenant cette tradition les deux clowns parviennent à parler sans mots de ce « monde moderne », et de ses maux : la solitude, l’overdose de bruit, d’information, le manque d’espace, de rêve, et le ridicule déplacé du désir. À voir dès huit ans, mais à tout âge. Il y a quelque chose de très satisfaisant dans le monde moderne Cie Vol Plané du 25 au 29 mars Théâtre Massalia 04 95 04 95 70 A.F. de jouer sur la spontanéité. Il en va bien différemment avec Questo buio feroce (Cette obscurité féroce) qui présente une scénographie épurée : l’espace est entièrement blanc, les déplacements sont réglés avec rigueur, les costumes recherchés. Les comédiens sont superbes et souvent émouvants –Pippo Delbono travaille depuis longtemps avec des exclus de la société, handicapés, marginaux, à mille lieux des normes. Une bande son fait défiler airs populaires ou musique romantique, des scènes violentes et muettes alternent avec des moments où un texte est murmuré par la voix de Pippo en italien, avec des traductions qui apparaissent sur le fond blanc du plateau : des interrogations sur le sens de la vie, de la maladie et de la souffrance, de la mort. « Lasciatemi morire ». Des scènes semblent surgir de notre enfance ou de l’univers obscur des mondes perdus. L’émotion nous prend à la gorge devant la solitude de celui qui doit partir. La salle explose en applaudissements, debout, reconnaissante : nous avons assisté à une ronde de la vie, de la naissance à la mort, avec des rencontres, des amours, de la violence : l’univers de Pippo. CHRIS BOURGUE La Rabbia a été joué les 11 et 12 mars, Questo buio feroce les 14 et 15 mars au Merlan Au Merlan : Thierry Thieû Niang poursuit son travail subtil et si humain sur le vieillissement, soutenu depuis deux ans par le théâtre du Merlan. Le 21 mars le chorégraphe invite le Cie Vol Plané Patrick Gherdoussi public à assister à son atelier qui confronte des artistes avec des seniors, autour des expressions « en avoir plein le dos », ou « perdre la tête ». Au programme des duos, une conférence, des projections… Renaud Cojo présente quant à lui son opéra pop sur ceux qu’on désigne comme des monstres : Elephant people (les 27 et 28 mars) Le spectacle met en scène Vincent Mc Doom, le travesti médiatique, et d’autres comédiens au corps singulier, interrogeant ainsi la notion de norme. À voir également en avril : Gaff aff (voir page 25) 04 91 11 19 30 www.merlan.org'.11.4, ; ‘ + y w ♦`l'+ v 4 Paysage burlesque ? Monter Paysage sous surveillance d’Heiner Müller avec un clown peut paraître surprenant. Mais il s’agit justement de ces étonnements qui vous donnent envie d’aller voir : le texte d’Heiner Muller, fragmentaire, contemplatif, traversé d’images morbides et de souvenirs de guerre, de réminiscences littéraires toutes tragiques, n’a vraiment rien de drôle. Alain Simon met en scène Alain Reynaud, qui nous a tant fait rire avec les Nouveaux nez… (C’était Félix Tampon, inénarrable…). Mais les paysages déserts d’Heiner Muller ne sont-ils pas la quintessence de l’univers de Beckett, peuplé justement de clowns désespérants, mais drôles ? A.F. Paysage sous surveillance Heiner Muller mes Alain Simon du 25 mars au 2 avril théâtre des Ateliers, Aix 04 42 38 10 45 www.theatre-des-ateliers-aix.com Questo Buio Compagnie Pippo Del Bono
MARTIGUES THÉÂTRE 15 Raison d’amour Brian est amoureux de Betty, la sœur de son meilleur ami, depuis l’âge de sept ans. Secrètement amoureux, et incapable de le lui dire. Bien sûr, quand il apprend qu’elle va se marier, son univers s’écroule… Va-t-il alors réussir à lui déclarer ses sentiments ? On est aux États-Unis, dans les années soixante-dix, et Brian va se remémorer vingt ans de faux-pas, de sa rencontre avec Betty à ses dernières hésitations de grand sentimental. Entre valse hésitation et radioscopie ironique de la société américaine, Arthur Jugnot et Cécilia Cara traversent avec légèreté cette comédie tendre. L’amour et le pouvoir seront au cœur de Bérénice, mis en scène par Jean-Louis Martinelli. Tragique et impossible passion amoureuse que se portent Titus et Bérénice, confrontés à leur devoir. Titus ne peut mettre en péril la raison d’État. Il se doit de refuser l’amour de Bérénice et la renvoie chez elle sous les yeux d’Antiochus, silencieux amoureux de la belle et par ailleurs compagnon de route de Titus. La mise en scène rend compte de l’impossible combinaison, de cette Au cœur du drame Ils entrent, traversent la salle et montent sur scène. La procession progresse lentement, puis Nina, portée par deux de ses frères, est posée sur le sol. Dans sa robe de mariée, heureuse, elle va attendre son mari. Que font-ils là ? Pourquoi ses frères tentent-ils de partir sans elle ? Des photos de famille qu’elle portait avec elle vont déclencher des disputes, mettant en lumière les fêlures enfouies depuis l’enfance. Progressivement l’inquiétude gagne les regards, le malaise s’installe qui ne quittera pas les spectateurs pris au piège du jeu terrible des acteurs italiens – le dialecte palermitain rajoute même de la tension-, jusqu’à la scène finale, sordide mais sublime. La Carnezzeria (boucherie) aura lieu. Dans MPalermu, où il est question du regard de l’autre, la famille qui s’apprête à sortir n’est pas mieux lotie. Des préparatifs badins vont surgir des situations cocasses (on rit beaucoup) mais aussi embarrassantes : ils ne pourront sortir que lorsque tout sera parfait, des chaussures au pantalon. Ça dégénère forcément, les comédiens se retrouvent nus, comme pour forcer encore plus le regard mi-atterré, miamusé du public à qui l’on demande finalement : « qu’est-ce que tu as à me regarder comme ça ? ». Tout se termine dans un cri silencieux, assourdissant. Car le théâtre d’Emma Dante (voir également page 17) est sans concession, physique et Une condition de femme EvelynnRaymonde Elle est poignante Momone/Odette Simonneau. Son Amédé est mort, son Barbe Bleue comme elle l’appelait. Le coupe chou dans une main, les clefs dans l’autre. Elle a caché sa gorge ouverte, lui a fait la toilette et l’a habillé. Tout en faisant son lit, et alors qu’elle vient de l’enterrer, Momone soliloque, et tout y passe : sa vie de femme soumise (de femme, quoi !), puis soumise et battue, à cause de l’alcool de son ouvrier communiste de mari, sa colère et son détachement quand elle apprend « tristesse majestueuse » qui s’empare de chacun et ne le quitte plus. SARA LYNCH La sœur de Jerry King Jack Neary du 27 au 29 mars Bérénice mes Jean-Louis Martinelli les 24 et 25 avril 04 42 49 02 00 www.theatre-des-salins.fr Mpalermu Giuseppe Distefano violent, toujours au bord de l’explosion, à l’image d’une société enfermée dans des carcans qu’il faut dynamiter pour les vaincre. S.L. Carnezzeria et MPalermu ont été jouées au Théâtre des Salins le 7 mars qu’il la trompe (avec la planche à pain du syndicat !), sa jalousie face à sa bicyclette qu’il monte au lieu de la satisfaire, et sa douleur quand elle l’a trouvé mort… Parce qu’elle l’aimait son homme, malgré tout. Maintenant elle voudrait juste être heureuse… Il y a beaucoup de tendresse dans son récit, beaucoup de sensualité aussi –il est souvent question de toucher, de caresse, même si ce ne sont pas ou plus des corps dont on parle. Odette Simonneau porte ce texte depuis une Bonsoir chez vous On avait l’impression ce soir-là, d’entrer dans la cuisine d’Erri de Luca. Oui, c’est bien ça, l’auteur de Montededio, de Trois Chevaux, était là, sur scène, à discuter avec son copain Gianmaria Testa (luimême) en écoutant la sublime clarinette du troisième larron, muet, Gabriele Mirabassi. Au fond, ils n’ont pas fait grand-chose d’autre que refaire le monde comme chacun le fait parfois entre amis, en chantant quelques beaux textes, en rappelant quelques luttes, et en sublimant quelques figures littéraires, Don Quichotte en tête, qui toujours se relève. Cette étrange intimité qu’ils recréent parce qu’ils sont visiblement amis dans la vie, le grincheux du nord, le têtu du Sud, et le muet dont la musique sait tout dire, cette étrange intimité, rehaussée par l’étonnement amusé de dire en français un dialogue qu’ils ont partout tourné en italien, cette intimité n’est jamais factice, et donne l’espoir que partout encore on chante des chansons qui résistent, en buvant du vin, et en refaisant le monde avec la lucidité des utopies tenaces. A.F. Quichotte et les invisibles a été joué aux Salins le 8 mars, et à la Passerelle (Gap) le 18 mars dizaine d’années, calque des gestes lents de vieille dame épuisée sur des mots qui font mouche, sert le texte et l’habille : c’est parfaitement à sa taille. S.L. Je me suis tue a été joué du 13 au 15 mars au Théâtre des Salins Marco Caselli Nirmal



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