Zibeline n°6 avril 2008
Zibeline n°6 avril 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°6 de avril 2008

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 72

  • Taille du fichier PDF : 10,0 Mo

  • Dans ce numéro : ouverture de la Biennale.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 12 - 13  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
12 13
12 THÉÂTRE LES BERNARDINES C’est où, chez toi ? D Métisse, Eva Doumbia place cette interrogation au cœur de ses créations théâtrales. Sa Tétralogie des migrants a été proposée dans son intégralité par le théâtre des Bernardines en escale au Merlan. Des entrées diverses, transdisciplinaires, pour poser la question de l’identité et de l’appartenance à un lieu, à une culture Au mitan de cette version intégrale, Exils 4, d’après un texte d’Aristide Tarnagda. La séquence initiale, une vidéo où Eva Doumbia interroge son père sur son pays, installe la réflexion dans un vécu concret. La suite n’en prend que plus de force symbolique : la diagonale de la chaise à la valise, si longue à parcourir même lorsqu’on la danse, figure le difficile mais nécessaire cheminement vers leurs origines des enfants d’émigrés. Le retour au pays doit s’accomplir au mépris de la peur et des habitudes. Trois actrices et une danseuse formidables de présence pour un spectacle rythmé, où le hip-hop devient transe tribale, et où la jeune Occidentale accepte de redevenir un petit enfant noir. À travers des extraits documentaires, des passages dansés, des scènes émouvantes ou comiques, souvent les deux à la fois, c’est son itinéraire personnel vers l’identité qu’Eva Doumbia a ici mis en scène, elle qui déclare n’avoir pu se sentir vraiment française qu’après être allée se plonger dans ses racines africaines. Les trois autres spectacles font aussi une large part à la musique de Lionel Elian, mêlent la parole dite, martelée, scandée, souvent amplifiée par des micros, au mime, au geste pur. Dans des décors de sacs plastique, bidons, caddies renversés, cuvettes, l’exil se parle à plusieurs voix. Salim Jay fait entendre la véhémence des candidats à l’immigration clandestine, des « enfants d’un présent suffoqué » qui veulent « redevenir des oiseaux migrateurs », puisque leurs pays les condamnent à chercher ailleurs un travail. Son Tu ne traverseras pas le détroit ne sonne-t-il pas comme un onzième commandement, que les jeunes migrants s’empressent d’enfreindre ? Les larmes du ciel d’août d’Aristide Tarnagda donnent la parole, dans une sorte de litanie, à celle qui attend son homme, parti chercher ailleurs de l’argent pour sa famille. Quant à Dieudonné Niangouna, il livre avec Attitude clando le monologue de celui qui refuse d’être « dossifié », de celui qui ne sera jamais « réglo ». Tous disent la violence d’aujourd’hui, celle qui s’exerce à l’encontre de qui revendique sa différence. Tous ne sont pas également réussis. On regrette en particulier qu’un débit trop rapide n’ait pas permis de mieux entendre la prose poétique de Salim Jay ; même impression pour la jeune actrice des Larmes du ciel d’août, qui perd de l’énergie à lire du coin de l’œil son texte… On est parfois déçu par des promesses mal tenues. Heureusement, Attitude clando ressuscite l’enthousiasme : dissimulé sous sa capuche, Sériba Doumbia campe un clando convaincant, entre slam et murmure, tandis que Madalina Constantin promène sa beauté troublante et glacée. Autres voies D’autres dénoncent également la violence sociale de l’exil : la Tétralogie a permis de les rencontrer, lors de conférences, débats, lectures et projections organisés durant toute la semaine de la manifestation. On a ainsi pu se familiariser avec les pratiques de l’ethnopsychanalyste Marie-Rose Moro, dont les travaux sur les Enfants d’ici venus d’ailleurs ont nourri la genèse d’Exils et entendre le Doumbia, Attitude clando François Colonna, 2008 captivant Miguel Benasayag rappeler que « la société, c’est tout le monde » et qu’« il est impossible d’intégrer quelqu’un en lui demandant de se désintégrer ». FRED ROBERT La Tétralogie des migrants a été présentée par le Théâtre des Bernardines, du 13 au 23 février. La dernière escale des Bernardines aura lieu à Montévidéo : Thomas Fourneau y mettra en scène et en vidéo une pièce de Bond, Early Morning, interdite en son temps (1969) par la censure royale… les 1er et 2 avril. 9.ire 04 91 24 30 40 www.theatre-bernardines.org
LENCHE GYMNASE THÉÂTRE 13 Triple filiation Ce spectacle intimiste met en abyme son propos : Marcel Maréchal témoigne de son amitié et de son admiration quasi filiale pour Jacques Audiberti (1899- 1965), dialogue avec son propre fils Mathias, et les textes proposés relatent les relations difficiles mais parfois fusionnelles d’un père avec son fils ! François Bourgeat, complice de toujours de Maréchal, a effectué un choix varié dans des écrits poétiques, théâtraux, ou des essais d’Audiberti, proposant un parcours au sein d’une œuvre intense et méconnue. Marcel Maréchal s’y est intéressé très tôt, puisque dès 1963 il créait à Lyon Le Cavalier seul, qu’il a ensuite repris au Festival d’Avignon et à La Criée. Dans un décor sobre évoquant l’écrivain au travail, fauteuil et table, et un espace simplement découpé par les lumières de Jean-Luc Chanonat, nous assistons à des conversations père/fils, sur les thèmes de l’enfance, des apprentissages, de la volupté. Une interview d’Audiberti par un jeune journaliste évoque le conflit entre l’âme et le corps, le bien et le mal, menant à une réflexion sur la vie, la mort, la souffrance, la création. La langue est incisive, parfois crue, mêlant burlesque et noirceur, interrogations du poète et banalité du quotidien. Une œuvre forte, qui n’hésite pas à parler de blessures. CHRIS BOURGUE Audiberti et fils a été joué au Théâtre de Lenche du 25 février au 1er mars D Au théâtre de Lenche Un des monologues les plus virtuoses de Serge Valletti, Monsieur Armand dit Garrincha, où la folie du foot prend une couleur toute particulière (du 1er au 5 avril, avec Roland Peyron Audibierti et fils Laurencine Lot mis en scène par Eric Louviot dans la salle très intime de la Friche du Panier) Quelques récits de Tchekhov mis en œuvre par la cie parisienne Lily Briscœ, dit par Valérie Bezançon accompagnée par la contrebasse de Jean Bardy (du 15 au 19 avril) 04 91 91 52 22 www.theatredelenche.info Entre classiques et arts décoratifs Deux « classiques » vont se succéder au Gymnase : La Seconde Surprise de l’amour, une valeur sûre, sera mise en scène par Luc Bondy. Cette comédie douceamère décrit à la perfection la naissance et la progression du sentiment amoureux, pas si aveugle, et jamais totalement contraire aux intérêts sociaux des personnages : on n’aime jamais tout à fait en dehors de sa classe sociale et, si l’amour ne se commande pas, il suit des chemins inconsciemment balisés… La Cantatrice Chauve serait-elle aussi devenue un classique ? Mis en scène par Daniel Benoin, avec Fanny Cottençon et Sophie Duez, dans un décor blanc et sage, la parodie de théâtre naturaliste bourgeois sonnera-t-elle de ses accents féroces, ceux qui pour la première fois, avec cette pièce, portèrent la tragédie contemporaine au cœur même du Verbe, c’est-à-dire du primordial ? Plus globalement, Ionesco reste-t-il subversif ? En tous les cas on honore moins sa mémoire que celle de Cloclo, et sa mort en 1994 passa bien plus inaperçue que celle d’Henri Salvador aujourd’hui. Est-ce à ce prix-là qu’on devient si rapidement un « classique » ? À tout le moins, cette programmation d’un théâtre de texte saura sans doute faire oublier un Cabaret des hommes perdus un peu lourdingue (voir Zibeline n°3), ainsi que le duo de jeunes stars intitulé sobrement Blanc. Si le texte d’Emmanuelle Marie est, par moments, intéressant dans sa forme, le sujet est d’une banalité étonnante et factice, et la mise en scène de Zabou Breitman, avec tapis roulant, gerbes de paille, projection de girafes lumineuses et ciel étoilé au-dessus du linge étendu qui descend des cintres, et des nappes à carreaux qui recouvrent les meubles, accumule les clichés et superpose des strates de laideur bobo, version campagnard. Dans ce contexte le charme d’Isabelle Carré et de Léa La seconde surprise Pascal Victor - ArtComArt Drucker parvient tout juste à pointer le nez par endroits ; le clou du spectacle étant une violoncelliste hautement décorative qui apparaît ça et là dans le décor, mais peine à faire un démanché juste : il y a des arts qui nécessitent des années d’apprentissage, et pour lesquelles un joli minois ne suffit pas… AGNÈS FRESCHEL Blanc a été joué du 26 fév au 1er mars. O Le Cabaret des hommes perdus du 18 au 22 mars. La Seconde Surprise de l’amour Marivaux mes Luc Bondy du 31 mars au 5 avril La Cantatrice Chauve Ionesco mes Daniel Benoin du 22 au 26 avril Théâtre du Gymnase 0 820 000 422 www.lestheatres.net



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :