Zibeline n°50 avril 2012
Zibeline n°50 avril 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°50 de avril 2012

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 9,7 Mo

  • Dans ce numéro : la culture... tout le monde s'en fout !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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88 HISTOIRE MUCEM Après l’Algérie, les Mardis du MuCEM ont poursuivi leur interrogation sur Méditerranée, un nouvel ordre du monde en parcourant l’histoire récente de l’Espagne, puis de la Grèce L’Espagne indignée Nous sommes tous d’Athène en ce point, écrivait La Fontaine, déplorant le Pouvoir des fables. Aujourd’hui c’est l’amnésie historique qui fait des ravages en Europe. A-t-on oublié que l’Espagne, le Portugal, la Grèce sortaient à peine de longues dictatures lorsqu’elles sont entrées dans la communauté européenne ? C’est par une archive émouvante, Jorge Semprun commentant la mort de Franco, que la rencontre avec Josep Ramoneda s’est ouverte. Bon moyen de lutter contre l’amnésie qui, en Espagne comme en Algérie, pèse sur la conscience historique après l’amnistie « inéluctable », qui a « épargné les responsables des crimes du Franquisme ». 37 ans après, quel est l’état de la démocratie ? De 1982 à 1996 les socialistes au pouvoir « n’ont pas eu le courage de franchir ce tabou ». Plus de 100 000 disparus : Isnard a essayé de blanchir le Franquisme, Zapatero a fait voter une loi mais ne l’a jamais appliquée, le juge Baltasar Garzón, qui s’était attaché à poursuivre les criminels, est aujourd’hui suspendu… Est-ce que ces vieilles histoires entravent la démocratie aujourd’hui, demande Thierry Fabre ? Si le lien direct est difficile à établir, « ne pas pouvoir toucher la mémoire n’est pas un signe de bonne santé ». Qu’en est-il aujourd’hui ? Les Basques et les Catalans se sont véritablement constitués en Nations, se forgeant une autre mémoire, antérieure à la guerre. Les mouvements d’Indignation ont traversé un pays qui régresse à grands pas, gagné par un chômage record (2 fois plus qu’en France), désespérant toute une génération sacrifiée qui La mémoire et la crise regarde, stupéfaite, les chantiers arrêtés (depuis 2007 l’Espagne a construit plus de logement que la France, l’Allemagne et l’Angleterre réunis !), et vit en moyenne jusqu’à 30 ans chez ses parents faute de travail… Mais cette indignation générale n’a pas de traduction politique : l’explosion, morale, reste confuse, pose des questions importantes mais non fondatrices (logement, listes électorales ouvertes) et n’empêche pas le populisme de gagner, alimenté par une « culpabilisation des citoyens du type : la fête est Manifestacion Puerta del sol, Madrid Furilo terminée, on doit payer les excès ». « Il y a un risque sérieux de solution technocratique imposée par l’Europe comme en Grèce ou en Italie. Un risque sérieux pour la démocratie en Espagne », conclut Josep Ramoneda le 14 février. La Grèce ravagée Takis Théodoropoulos, éditorialiste et éditeur, se penchait un mois après, le 13 mars, sur la situation en Grèce. En hors d’œuvre, les archives de l’INA évoquaient Grégoire Seféris, prix Nobel de littérature en 1963. L’occasion d’évoquer, au sortir de la Grande Guerre, le conflit avec la Turquie ses conséquences : l’incendie de Smyrne puis le traité de Lausanne avec l’exode 1,3 millions de Grecs et de 400 000 Turcs. Selon Théodoropoulos, Séféris entretient un rapport privilégié à la langue, le Démotique. Créé presque artificiellement au XIXe siècle d’un composé de dialectes et de grec ancien, il accompagne la résurgence du Panthéon sur l’horizon européen et la promotion d’Athènes, devenue capitale du pays. Cette Grèce émancipée en 1830, n’a jamais tout à fait disparu de la pensée européenne : c’est par sensibilité à la plastique grecque que Dumont d’Urville et Boutier achètent, ingénument, à Milo, une Venus promise à la célébrité. Avec la deuxième archive INA, le retour de la Grèce dans l’histoire ouest-européenne s’accentue. Konstantin Karamenlis revient au pouvoir, en 1974, après la dictature des Colonels et la disparition de la monarchie. Le pays sort de l’OTAN, adhère à la CEE. Le PASOK (socialiste) s’empare bientôt du gouvernement mais la corruption fait scandale. L’analyse de Théodoropoulos rend hommage à Karamenlis car il a mené à bien son projet d’adhésion européenne. Pourtant le pays, et les partenaires européens le savaient, n’était pas en mesure d’intégrer la communauté. Les crédits affluèrent en guise de captation d’héritage. Cet argent facile encouragea les dérives : les réformes fiscales furent oubliées, tout comme les privilèges de l’Église. Le troisième extrait vidéo sonna comme une conclusion. En 2008, les manifestations contre la corruption et les scandales politiques, marquées par la mort d’un jeune lycéen, sanctionnaient l’échec de la gestion économique et sociale. Théodoropoulos tint à préciser que la génération des 600 € avait usurpé le malaise social : ces fils et des filles de la bourgeoisie se révoltaient de ne pouvoir poursuivre la vie facile de leurs parents. Ils claironnaient tout de même le drame grec. Dans un pays où la consommation l’avait emporté sur les investissements productifs, notamment dans l’éducation, la crise jetait à bas les dernières illusions sociales : l’heure du sacrifice amenait sur l’autel les classes moyennes et populaires. Pire : les politiques, totalement discrédités, ne portent plus de projet d’avenir. La seule issue, selon Théodoropoulos, consiste à éradiquer la corruption et choisir la frugalité face à la consommation. Les réformes ne peuvent se contenter de diminuer les salaires, les finances doivent être reprises en mains, l’administration désintégrée doit être reconstruite. La purge peut encore sauver le malade. Reste que la violence refoulée risque de déboucher sur un nationalisme dévastateur et sur le rejet d’une Europe vécue, pour l’heure, comme une punition. AGNÈS FRESCHEL ET RENÉ DIAZ Les Mardis du MuCEM entament un nouveau cycle de trois conférences, consacré à la lecture des images. Le 10 avril à 18h30 à la BMVR Alcazar, conférence du philosophe, esthéticien et historien de l’art Michel Guérin : Croyons-nous aux images ? www.mucem.org
DANSE À DAKAR HORIZONS 89 À 50 km de Dakar, la chorégraphe sénégalaise Germaine Acogny fait vivre l’École des Sables, Centre international de formation en danses traditionnelles et contemporaines d’Afrique inauguré en 2004. Un havre de paix au bord de la lagune… L’école de la vie En ce début d’année, l’École est en pleine effervescence. Le Kër Aloopho au sol de sable de 400 m², la salle Henriette de 280 m² équipée de gradins ouverts sur la mer, la salle de conférence rouge brique, les bungalows, la cantine collective et les bureaux ne désemplissent pas ! Dans ce vaste domaine en lisière du village de Toubab Dialaw, Germaine Acogny accueille une dizaine de danseurs professionnels pour la troisième phase de son programme de transmission ; des jeunes de toutes nationalités chargés d’essaimer à leur tour sa technique, ses principes et modes de composition chorégraphique. Mais surtout « l’esprit » de l’École des Sables… Quelques dunes plus bas sa compagnie masculine Jant-Bi (« le soleil » en wolof) répète sans relâche Waxtaan 1 en prévision d’une représentation à Dakar : avec trois nouveaux percussionnistes, ils recomposent une partition dansée de 25 mn qui devra ensuite obtenir le feu vert de Germaine et Patrick Acogny, chorégraphes de la pièce originelle. Patrick Acogny qui s’apprête à recevoir les clefs du « royaume » en devenant co-directeur artistique de l’École, en plus de la direction de la nouvelle compagnie de filles Jigeen... Un nouveau défi qui n’effraie pas celui qui « ne voulait pas être un clone de sa mère » et combine l’art d’être danseur, chorégraphe et docteur en arts chorégraphiques à Paris 8. À l’écart des répétitions deux jeunes chorégraphes togolaises, Nadège Amétogbé Kossiwa et Estelle Foli, finalisent leur création Allou (« femme » en Kotokoli) avant de la présenter à l’équipe en février puis à l’Institut français et au Goethe Institut de Lomé en mars. Une pièce militante « sur ce que subit la femme africaine » et qu’elles souhaitent jouer dans les villages du Togo. Dans des bungalows en dur le staff permanent s’attelle aux tâches les plus diverses : administration, comptabilité, logistique et communication, mais aussi cuisine, entretien et jardinage… Tout ce monde s’agite avec une joie collée aux semelles, conscient d’être au cœur d’une « enclave » dirigée par une femme d’exception où rigueur rime avec bonheur, discipline avec dialogue, ponctualité avec convivialité. Où les maîtres mots sont création, formation, et transmission… hors de toute idée « d’héritage » ! Classe à Aloopho X-D.R De Fanghoumé au Pavillon Noir ! Car Germaine Acogny ne veut pas « transmettre son répertoire », et développe une méthode atypique, mélange de fermeté et de tendresse, d’images et de démonstrations, de stimulations et d’expérimentations puisées dans ses expériences d’hier et d’aujourd’hui. Du temps où elle dirigeait Mudra Afrique créée par Maurice Béjart et Léopold Senghor à Dakar. De ses projets à Bruxelles, à Fanghoumé en Casamance (préfiguration de l’École des Sables) ou à Toulouse où elle fonda le Studio du 3 e Monde. De ses tournées internationales avec Ye’Ou (L’Eveil) qui obtient en 1991 le London Dance and Performance Award jusqu’au solo Songook Yaaka 2 en 2010… Une vie riche de rencontres qu’elle transfère avec ferveur à ces jeunes danseurs et chorégraphes fiers d’être les dépositaires de sa manière de penser son art, entre métaphores et mouvements. Avec Christine Roquet 3 qui l’accompagne depuis trois ans, elle alterne séances vidéo et exercices, décrypte sa technique à grand renfort d’évocations africaines : elle dit « piler » avec le dos droit et les poings fermés, ce qui symbolise la force et allie souplesse et flexibilité, parle de la position du « cerf dansant », évoque le « tir à l’arc » où il faut balayer puis tirer avec le buste en insistant sur le regard. Elle donne les outils pour affiner sa technique, certes, mais aussi les clefs pour nourrir l’imaginaire... Les stagiaires ne s’attendent pas à parcourir la brousse pour comprendre le déplacement des animaux ! Pourtant, grâce à sa pédagogie, à la fois stricte et généreuse, c’est l’art de regarder et de vivre autrement, ensemble, qu’elle leur transmet : une fois les pieds ancrés dans le sable, il leur sera difficile de danser comme avant ! La danse, et au-delà Un nouveau jour se lève sur l’École des Sables. Tous ont fait table commune avant de se retrouver sous le dôme de Kër Aloopho. Un rite qui débute par des embrassades et se poursuit par une série d’échauffements au rythme des djembés. Une petite heure à vivre en harmonie avec la terre, le vent, la mer, les roches et le soleil dans une communion du corps avec les éléments : de quoi puiser l’énergie nécessaire à la danse... Mais pas seulement, car ce rendez-vous quotidien des artistes est ouvert aux hôtes de passage qui ont ensuite bien du mal à redescendre de la dune, vers les révoltes d’un Sénégal en lutte qui cherche aussi sa liberté. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI 1 et 2 Pièces accueillies au Pavillon Noir à Aix en 2009 et 2011 3 Maître de conférences au Département Danse Paris 8 www.jantbi.org



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