Zibeline n°50 avril 2012
Zibeline n°50 avril 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°50 de avril 2012

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 9,7 Mo

  • Dans ce numéro : la culture... tout le monde s'en fout !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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86 HISTOIRE AUSCHWITZ LES MILLES Racisme, antisémitisme et discriminations de tous ordres mènent au crime, de petite ou grande envergure, parce qu’ils procèdent de la même négation de l’humain. La riposte réside-t-elle dans le savoir, l’éducation ? C’est le pari que font nombre de collectivités et d’enseignants : la Région PACA sélectionne, sur la pertinence des projets pédagogiques annuels, 20 classes de lycéens de 1 ère et de terminale. Travaux en cours, recherches, visites du Mémorial de la Shoah à Paris, du Camp des Milles en Provence, voyage d’étude à Auschwitz, la restitution de l’ensemble étant prévue le 26 mai… À Auschwitz Le voyage est éprouvant. Le 16 février les lycéens décollent au petit matin accompagnés de leurs professeurs, de journalistes, de représentants du rectorat et d’élus de la Région, ainsi que du conseil régional des jeunes. Ensemble nous sommes guidés par Olivier Lalieu, historien, ainsi que de jeunes spécialistes attachés au Mémorial de la Shoah, et une survivante d’Auschwitz, Ginette Kolinka, qui nous accueille à l’aéroport de Cracovie. « Je n’ai plus de haine, la haine n’apporte que de la souffrance, mais j’aimerais me trouver devant un antisémite, le regarder dans les yeux et lui demander pourquoi… » Un sourire énorme, une énergie incroyable et des yeux qui ne peuvent plus pleurer. « Au printemps, nulle part l’herbe n’est aussi verte… » dit-elle dans le car qui nous emmène aux camps. Mais en février la neige recouvre tout, morne plaine… sauf les cris d’un voisin qui ouvre sa fenêtre, insulte les jeunes gens, refusant la proximité de ce qui jouxte sa maison. Premier arrêt du car, à la « Juden rampe », là où les convois arrivaient. 80% des personnes en moyenne n’allaient pas plus loin, triées : au-dessous de 15 ans et au-dessus de 45 ans, on était envoyé à la mort. « Comment ai-je pu croire que nous allions partir dans un camp de travail ! » s’exclame Ginette Kolinka. Les dates, les chiffres, inexorables, tout est expliqué, montré, sans pathos inutile tant l’émotion naturellement vous étreint… Non, ce n’est pas une sortie anodine : les lycéens remarquablement préparés ne jouent pas aux boules de neige, ne se font pas photographier avec les doigts de la victoire : un engagement moral a été signé par les élèves, qui se recueillent avec gravité lors de la minute de silence devant le monument international érigé entre les fours crématoires II et III. Dignité, intérêt, étonnement devant l’immensité de Birkenau, toutes ces cheminées qui marquent l’emplacement des baraquements de bois… Ginette insiste : « Vous êtes mes témoins : vous devez devenir les témoins des témoins. La transmission est essentielle : seule la conscience et le savoir peuvent nous sauver ! ». Plus d’un million de touristes visitent Auschwitz chaque année, plus ou moins préparés, emmenés par des guides plus ou moins pertinents qui n’ont sans doute pas toujours conscience de ce qu’ils foulent. Mais les conditions d’accueil de nos lycéens n’ont rien à voir avec le tourisme de masse qui choque et interroge parfois, dans un tel lieu. « Revenir ici, c’est aussi égoïste, je rends hommage et mémoire à ceux qui ne sont plus là, peut-être que je Témoins des témoins Au printemps nulle part l’herbe n’est aussi verte Voyage d’étude à Auschwitz MC foule leurs cendres… » Malgré les lieux, les détails, il est impossible d’imaginer. Nous portons des vêtements chauds, le voyage en avion a été bref et sans histoire, nous n’avons pas faim, aucun épuisement… Les arbres ont poussé, le paysage serait beau si l’on pouvait oublier les clôtures de barbelés à perte de vue… En 44 il y avait la boue, (Auschwitz est implanté sur d’anciens marécages), les cris, le froid, la puanteur, la faim, la peur… « Pensez à ce que ces pierres, ces briques savent et que tous ignorent ! Seuls les survivants peuvent le dire. On ne peut pas imaginer, n’essayez pas d’imaginer, on ne peut qu’essayer de savoir. » Il y a les cheveux, fondus dans la même couleur filasse que MC MC
MUSÉE D’HISTOIRE DE MARSEILLE I HISTOIRE 87 donne l’acide cyanhydrique (base du Zyklon B), les lunettes, les chaussures, d’adultes, d’enfants, des vitrines immenses. On a l’âme au bord des lèvres. Et puis ces photos, ces regards, qui savent, au-delà du désespoir, ces dates qui scandent la mort, ces énumérations de convois, les arrivées, les survivants, les traces des ongles sur les murs de la chambre à gaz d’Auschwitz1… Olivier Lalieu reprend, il faut faire appel à l’histoire, remettre en perspective la Shoah : l’extermination, l’assassinat de masse tenait une place centrale pour les Nazis. Auschwitz, véritable complexe (autour des 3 camps principaux il y avait des dizaines de « souscamps »), endossait plusieurs fonctions, camp de concentration, pour les travaux forcés, destinés à la rééducation et la répression des opposants du IIIème Reich, et principal centre d’extermination des Juifs d’Europe. « Nous étions de la vermine » rappelle Ginette, « et traités comme tels » … En quelques heures, le processus de dépersonnalisation était accompli. Au procès de Nuremberg il n’y a pas eu de regret exprimé, seule la conscience d’un devoir accompli : les juifs n’étaient pas des hommes, mais des chiffres. La taylorisation de la mort, efficace, monstrueuse, ne se comprend vraiment qu’en retournant sur les lieux du plus grand cimetière de l’humanité, inlassablement. Pour renverser la fonction de ces lieux où l’humanité a été niée absolument : ici s’effectue désormais le travail de prise de conscience. Le savoir implique d’envisager le passé avec objectivité, de transmettre, et d’établir une vigilance scrupuleuse face à tous les principes même lointains qui conduisent à l’inexorable enchaînement de l’horreur. Et ici Nécessaire aussi la relation avec le Camp des Milles, lieu témoin, mais aussi lieu d’éducation qui propose un wagon souvenir, la visite de la tuilerie, des ateliers pédagogiques, des conférences, des débats, un centre de ressources et de formation, des évènements culturels… L’ancienne Tuilerie, devenue entre 1939-1942 un camp d’internement d’abord, de résistants, d’antifascistes, d’étrangers (27 nationalités) a été institué en juillet 1942 comme antichambre de la mort : 2 500 Juifs de la France Libre furent raflés, parqués puis envoyés à Drancy puis Auschwitz avant même l’occupation allemande de la région. Le projet de réhabilitation totale, qui entre au cœur de Marseille Provence 2013, proposera un parcours documentaire fondé sur le choc des vastes espaces d’internement, ou encore, la surprise esthétique des créations des artistes et intellectuels qui ont transité par ce camp, comme Max Ernst. Saisissants témoignages de la volonté humaine de laisser une empreinte, lorsque ce camp d’internement français n’était pas encore devenu l’antichambre inéluctable de la mort, et restait parfois une porte vers l’exil… Le projet d’éducation du Camp des Milles repose sur trois éléments indissociables : le savoir scientifique, avec le volet historique, la confrontation aux traces, avec le volet mémoriel, et la réflexion sur la responsabilité individuelle, collective, la relation à l’autorité : un espace est dédié aux actes de résistance et de sauvetage. L’éducation citoyenne commence peut-être par là… MARYVONNE COLOMBANI Métamorphose historique ! Le nouveau musée d'histoire de Marseille depuis le site archéologique de la Bourse C+Architectures Jean-Claude Gaudin semblait particulièrement fier de lancer la rénovation du Musée : on sait qu’il enseigna l’histoire, et qu’elle lui tient à cœur. Mais ce n’est pas la seule raison : le Musée d’Histoire de Marseille, au sous-sol du centre commercial de la Bourse, possède des fonds véritablement extraordinaires, qui n’ont jamais été mis en valeur. Après la restauration du Jardin des Vestiges attenant, c’est donc un ambitieux projet muséal que la Ville concocte pour 2013. Le futur bâtiment se déploiera sur deux étages, et le « chaland, Marseillais ou touriste, pourra y entrer par le jardin ou par le centre commercial, parce que ce musée doit attirer tout le monde. » Soit 15 500 m² de surface dont les 9 000 m² du port antique, un centre de documentation, un cabinet d’arts graphiques, un auditorium de 200 places et une salle d’exposition temporaire… Mais l’essentiel de « cet équipement majeur » sera l’exposition permanente « de référence » : soit 13 séquences historiques. L’ensemble se veut vivant, chronologique, multimédia, peuplé d’animations et d’interactivité, organisé autour de personnages emblématiques et d’objets phare : l’ensemble des six navires grecs et Épave du navire romain de la Bourse C+Architectures romains est effectivement unique au monde, les épaves étant de très grande taille et très anciens (6 ème siècle avant JC) ; la nécropole de Malaval constitue un témoignage précieux de la vie des premiers chrétiens… Plus inattendus, Marseille Renaissante, et les liens avec Louis XIV… Les dernières séquences seront orientées vers la Révolution, le commerce maritime moderne, la porte des suds… Ainsi 3 000 pièces majeures seront exposées en permanence, et d’autres se relaieront : le Musée possédant un fonds de 45 000 pièces, ce parcours permanent sera évolutif. Et, bien sûr, un itinéraire spécifique sera conçu pour les enfants. Ce nouvel espace, dont la rénovation et l’extension coûteront 35 millions d’euros, est financé essentiellement par la Ville (28,6 M d’ €, 3 M d’ € de la Société des Eaux de Marseille, 2,34 M d’ € du Conseil régional et 1 M d’ € de l’État). Le projet architectural est mené par Stéphane Beaumeige, et la scénographie d’exposition à Adeline Rispal. AGNÈS FRESCHEL www.marseille.fr www.campdesmilles.org www.memorialdelashoah.org UDA, Union des Déportés d’Auschwitz www.cercleshoah.org



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