Zibeline n°50 avril 2012
Zibeline n°50 avril 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°50 de avril 2012

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 9,7 Mo

  • Dans ce numéro : la culture... tout le monde s'en fout !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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08 ÉVÉNEMENTS ENTRETIEN AVEC RAOUL LAY Ce mois-ci la musique de Raoul Lay, avec ou sans son ensemble Télémaque, est sur sept scènes de la région, qui programment cinq de ses œuvres Zibeline : Comment qualifieriez-vous votre musique ? Pouvez-vous préciser quelles sont vos influences, et ce qu’est selon vous un compositeur contemporain ? Raoul Lay : Il est délicat de se pencher sur ses propres influences ! Les artistes ne sont pas les meilleurs connaisseurs de leurs œuvres. Quant à la figure du compositeur… Les classiques fondateurs, Haydn Mozart et Beethoven, pensaient puiser la musique à une source de vie de laquelle elle coulait à flots. Il s’agissait de parvenir à l’endroit d’où elle jaillissait et d’être relié aux autres par l’expression totale du beau, forme même du cosmos. Les choses ont changé à partir de Beethoven qui se pensa architecte et véritablement « créateur ». Jusqu’à la fin du XIX e siècle le compositeur devint un poète marginal, un visionnaire exacerbé, puis un théoricien exalté. Tout cela pour déboucher sur le XX e siècle avec ses chefs de partis, ses grands individualistes, ses écoles en « isme » et ses utopies scientifiques : IRCAM, temps réel, percussion virtuelle, nouvelles technologies du son… L’endroit que j’occupe là-dedans ? Je ne crois pas possible de créer une œuvre en même temps que son analyse, de déterminer un pedigree musicologique… à usage de qui d’ailleurs ? Qui s’intéresse au combat idéologique Schönberg-Stravinsky, à la mort de la musique sérielle ou à la place de Berio dans l’histoire de la musique ? Mais je peux tout de même vous dire que je puise mes mondes sonores hors de mon ego. Que je ne souhaite pas contrôler mon discours musical pour qu’il fasse « musique contemporaine ». D’ailleurs si ma musique est souvent jouée, elle n’est pas vraiment reconnue par mes pairs, qui trouvent suspect qu’elle s’agrège à des formes théâtrales innovantes, jeune public, qu’elle se mâtine de cirque et s’ouvre aux amateurs. Souvent votre musique est narrative, s’appuyant sur des contes ou des romans. Pourquoi ? Je compose aussi de la musique non théâtrale comme l’Ode à Victor pour Hautbois, Basson, Cor et Accordéon qui vient d’être créée au Conservatoire de Thionville. Mais il s’agit en fait de mon théâtre personnel, affectif. J’ai effectivement une tentation théâtrale permanente. Autre problème pour mes détracteurs, qui s’horrifient de me voir en scène aux détours des rêves de Catherine Marnas, Olivier Pauls ou Renaud-Marie Leblanc… J’en profite d’ailleurs pour remercier mes camarades du théâtre qui sont si loin des usages sclérosés de ma planète Agnès Mellon Compositeur contemporain musicale, loin de la démonstration de supériorité : ils s’attachent à parler au public ! Heureusement il y a des exceptions dans le monde musical, comme Mauricio Kagel, mais aussi comme les interprètes de Télémaque qui sont à la fois doués, travailleurs et imaginatifs… De nombreux jeunes viennent à vos concerts, et participent aussi aux spectacles sous forme de chœurs, pour La Jeune Fille aux mains d’argent ou plus récemment Jekyll. Peut-on parler d’œuvre engagée ? Ce qui est « engagé », au sens strict, c’est cette invitation à partager. Cette demande d’engagement de l’autre a un côté très impudique, elle dit : venez visiter mes mondes personnels, promenez-vous dans ma noirceur sonore et ma tristesse, chantez pour moi… Mais un flot passe entre les sujets : mes rêves musicaux sont partagés sur un plateau par les professionnels mais aussi des personnes jeunes, adultes, âgées, dont l’implication réchauffe le cœur. Un spectacle est toujours un moment suspendu où nous rêvons, impudiquement, devant une assemblée qui se repait de nos songes. Un moment de partage, à l’inverse d’une compétition ou d’une performance… En ce sens je me différencie d’une musique « savante avant tout », raffinement suprême d’une élite intellectuelle qui cherche à distinguer, non à partager. C’est pourquoi je travaille à réduire les abîmes qui existent entre la musique contemporaine et le public. Pour le coup il ne s’agit pas de ma musique mais des compositeurs phares du XX e siècle ou d’aujourd’hui. Télémaque est un acteur culturel qui travaille sans cesse avec les écoles, les bibliothèques, les conservatoires… C’est effectivement un engagement. Vous écrivez pour de nombreuses formations. Quel type d’écriture préférez-vous ? Je viens d’être immergé pendant un mois dans l’écriture symphonique, l’Orchestre National de Bordeaux Aquitaine m’ayant commandé une œuvre d’une heure que je dirigerai en mai sur le Fantômas de Feuillade. Un ciné-concert, comme Télémaque en fera en 2013 à l’Alhambra de William Benedetto, notre très sympathique voisin à l’Estaque… Il se trouve que je n’avais plus écrit pour orchestre depuis près de 10 ans. Cette commande est tombée à pic ! Mais au fond je suis un compositeur d’opéras. La voix, le théâtre, le plateau et le pathos ! Télémaque est indissociable de votre parcours. Vous écrivez vos partitions en connaissant les possibilités de vos solistes. Qu’est-ce que cela apporte à votre création ? Télémaque m’a permis de sonder, année après année, l’équilibre sonore d’une formation de chambre pour en acquérir la poétique. Avec les musiciens, en accord profond, dans un long travail de 18 ans, nous avons bâti un espace sonore où chacun trouve son équilibre dans la justesse générale. Nous y tenons beaucoup, nous savons que cet espace sonore, très privilégié, repose sur des milliers d’heures de travail et des centaines d’heures de concert. Tout le contraire d’une idée de performance individuelle dans laquelle un instrumentiste pourrait être remplacé par un autre. Je leur dois beaucoup, comme à la soprano Brigitte Peyré qui atteint actuellement sur scène un niveau de présence et d’incarnation vocale rares. Elle transcende les partitions que
GRASSE BABEL MED ÉVÉNEMENTS 09 j’écris pour elle, les faisant siennes au-delà de toute espérance. Vous vous installez à l’Estaque. Avec ce Pôle Instrumental Contemporain, nouveau défi, peut-on parler de reconnais-sance des collectivités territoriales ? La ville de Marseille en tête, le conseil régional et le conseil général sont d’importants soutiens. Financiers, mais aussi des appuis solides, qui connaissent vraiment notre travail, nos musiciens, mes œuvres et mon parcours. En revanche l’État, après s’être engagé oralement, n’a pas soutenu notre installation à l’Estaque. Il reste notre principal financeur, mais n’imagine pas un lieu pour nous car nous ne ressemblons pas à un ensemble « typique » de musique contemporaine, nous n’entrons pas dans ses cadres. C’est ainsi ! Mais il faudrait changer ce monde pour qu’on cesse de penser les structures avant les œuvres, et la forme avant le vivant… ENTRETIEN RÉALISÉ PAR MARYVONNE COLOMBANI Jekyll Le 23 mars à 19h30 Pôle Jeune Public, Le Revest (83) 04 94 98 12 10 www.polejeunepublic.fr La jeune fille aux mains d’argent Du 3 au 5 avril La Criée, Marseille 04 91 54 70 54 www.theatre-lacriee.com Le 25 mai à 19h Forum, Berre L’étang 04 42 10 23 60 www.forumdeberre.com La mort marraine Le 13 avril Salle des fêtes, Venelles 04 42 54 93 10 www.venelles.fr Le 17 avril à 19h Théâtre Durance, Château-Arnoux 04 92 64 27 34 www.theatredurance.fr La toute petite tétralogie Du 3 au 7 avril Le Gymnase, Marseille 0820 000 422 www.lestheatres.net Nokto Le 24 avril à 17h30 Scène Nationale de Cavaillon 04 90 78 64 64 www.theatredecavaillon.com 04 91 39 29 13 www.ensemble-telemaque.com Musiques Sacrées du Monde Du 30 mars au 4 avril, la ville et le Théâtre de Grasse organisent la 2 e édition des Rencontres de Musiques Sacrées du Monde pour un dialogue interculturel de l’Iran au Mexique, de la Tunisie à l’Italie, de la Syrie à la France et la Chine. Ouverture vertigineuse et invitation au ravissement avec les chants soufis de la Confrérie Qaderi d’Alep et l’Ensemble Al-Kindi, l’une des meilleures formations de musique classique arabe, accompagné par Sheikh Habboush et trois Derviches Tourneurs. Wang Li, virtuose de la guimbarde et de la flûte à calebasse, ouvrira les portes de son monde intérieur (le 31 mars) au théâtre tandis qu’à la Cathédrale de Grasse sera joué Le Messie d’Haendel par l’Ensemble Orchestral Baroque, l’Ensemble Vocalita et 4 solistes, dirigés par Jacques Maes. Dans Wissal, Dorsaf Hamdani nous invite à découvrir la sagesse universelle contenue dans la littérature mystique soufie (le 1er avril) dans une approche contemporaine de cette musique millénaire. L’Iranien Ali Reza Ghorbani interprétera Les chants brûlés dans un hommage à Rûmi (inspirateur des derviches tourneurs) et une maîtrise vertigineuse du chant classique persan (le 1er avril). Le 3 avril, musique baroque d’Amérique latine avec Une fête en l’honneur de la vierge de Guadalupe par les 27 musiciens de l’ensemble Elyma dirigé par l’Argentin Gabriel Garrido. L’ensemble baroque de Nice clôturera ces Rencontres à la Cathédrale, avec un concert composé d’œuvres de Pergolesi, Bach et Corelli. DELPHINE MICHELANGELI Du 30 mars au 4 avril Théâtre de Grasse 04 93 40 53 00 www.theatredegrasse.com Ali Reza Ghorbani X-D.R. Belle Babel La 8 e édition du salon-festival des musiques du monde s’installe au Dock des Suds, à Marseille, du 29 au 31 mars Babel Med Music s’est imposé, au fil des ans, dans l’agenda international des musiques du monde. Rendez-vous autant culturel qu’économique, le Babel associe un marché professionnel en journée et une succession de mini-concerts pour le public, le soir. Ce forum, qui attire 15 000 spectateurs et 2500 professionnels (artistes, programmateurs, tourneurs, producteurs, institutions, réseaux, médias et diffuseurs) représentant quelque 230 structures, attribue également cinq prix. À Babel Med, on ne court pas seulement après les contrats. On échange et on réfléchit aussi grâce à une vingtaine de conférences balayant les enjeux auxquels est confronté un secteur en mouvement. Ces musiques connaissent une vitalité enviée : leur public s’élargit, de même que leur programmation en salles. Pour contourner la crise de l’industrie du disque, les acteurs de la world music tentent d’innover, de privilégier un fonctionnement plus solidaire par réseaux et, bien entendu, de favoriser la diffusion des œuvres via le spectacle vivant. L’événement correspond bien à la ville-monde Marseille où s’exprime une grande diversité de cultures, particulièrement celles ancrées dans l’espace méditerranéen. À travers sa trentaine de concerts sur trois soirées, en collaborant cette année avec le Jazz des cinq continents, Babel Med Music accueille 22 pays des cinq continents pour dessiner une cartographie musicale de la création mondiale. Donnant tout aussi bien à voir et entendre les traditions séculaires que les approches nouvelles, les artistes émergeants que des grands noms de la world, la programmation reflète une mondialisation généreuse et émancipatrice qui se moque des identités figées. Et d’accepter, au final, que le terme de musiques du monde n’a de sens que s’il intègre la contemporanéité. THOMAS DALICANTE Au programme Amira & Bojan Z (Bosnie/France) ; Cobla Catalana dels Sons Essencials (Catalogne/Espagne) ; Mazal (France) ; Dudu Tassa (Israël) ; Flavia Coelho (Brésil) ; Emel Mathlouthi (Tunisie) ; Mi Nor Syndicate (France/Arménie) ; Sibongile Mbambo (Paca/Afrique du Sud) ; Saboï (Paca) ; Yiddish Twist Orchestra (Royaume-Uni) ; Abduvali Abdura Shidov & Badakhshan (Tadjikistan) ; Boogie Balagan (France/Israël/Palestine) ; Forabandit (Paca/Turquie/Iran) ; Bo Houss (Mayotte/France) ; Electro Bamako (France/Mali) ; Mory Kanté (Guinée) ; Ba Cissoko (Paca/Guinée) ; Carla Pires (Portugal) ; Rocio Marquez (Andalousie/Espagne) ; Temenik Electric (Paca/Algérie) ; cheka (Cap-Vert) ; Chico Correa (Brésil) ; Dj Soumnakaï (France/Balkans/Turquie) ; Badume’s band, Selamnesh Zemene & Zenash Tsegaye (France/Ethiopie) ; Tyeri Abmon (La Réunion/France) ; Bonga (Angola) ; Kayhan Kalhor & Erdal Erzincan (Iran/Turquie) ; King Kapisi (Nouvelle Zélande) ; Imhotep (Paca/France) ; Matilde Politi (Italie)…



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