Zibeline n°50 avril 2012
Zibeline n°50 avril 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°50 de avril 2012

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 9,7 Mo

  • Dans ce numéro : la culture... tout le monde s'en fout !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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64 CINÉMA MANOSQUE Manosque ne ment pas ! Cette année encore, Les rencontres de Manosque -25 ème édition- ont offert à leur public une multiplicité de regards sur le monde. Documentaires, fictions, films de tous formats et de tous styles posant chacun à sa manière la lancinante question « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? » Dans le grand souffle de l’histoire sur la place publique avec le Tahrir de Savona, dans le combat quotidien pour le travail et la survie à Tanger avec Sur la planche de Kilani ou dans l’Europe des délocalisations, de la xénophobie, des doutes avec Entrée du personnel de Manuela Fresil ou la Désintégration de Philippe Faucon (Zib’46). En Italie ou en Finlande… « Le cinéma peut s’emparer de tout » a affirmé Stan Neuman en présentant deux de ses défis cinématographiques. Le premier, de 2004, totalement réussi, La langue ne ment pas met en scène le journal secret de Victor Klemperer, philologue juif qui, de 33 à 45, a montré comment les discours nazis vident les mots de leur sens et court-circuitent la pensée. Documentaire tourné en studio, la chronique historique jouant sur les échelles de plans, s’attache à un concret bouleversant et donne à la pensée abstraite de Klemperer une matérialité sensible. Le deuxième, de 2011, L’œil del’astronome,retrouve Johannes Kepler, à Prague, en 1610. L’astronome de Rodolphe II observe les étoiles grâce au télescope prêté par Galilée. Euphorie de l’expérimentation scientifique qui bouleverse la façon de voir, de penser dans une époque mystique de chasse aux sorcières et de troubles politiques. Un nocturne historique didactique peu convaincant. Le Fossé de Wang Bing Un monde sans femmes de Guillaume Brach Loin de la pesanteur théorique, Un monde sans femmes, moyen-métrage de Guillaume Brach, imagine un quadrille rohmérien : le timide, le gendarme, l’allumeuse et la jeune fille. Il y capte l’essentiel, la maladresse des solitudes, les balbutiements des désirs, par l’utilisation de l’arrière-plan, le sens des détails, la simplicité du découpage. Cette comédie du réel douce-amère rappelant Rozier, semble faussement légère au regard de la brutalité des œuvres chinoises de la sélection. Chine People mountain people sea (traduction extravagante d’un mot désignant la force de la multitude) de Caï Shangjun s’inspire d’un fait divers. Un héros misérable se trouve une raison de vivre en traquant l’assassin de son frère, encore plus misérable que lui. Prétexte narratif pour parcourir l’immensité d’un pays mutant, du blanc crayeux des carrières du sud à la noirceur charbon des mines illégales du nord, et découvrir les ravages du libéralisme sauvage sacrifiant des millions de paysans déclassés. Traverser Le Fossé de Wang Bing soumet le corps du spectateur à rude épreuve, une immersion sensorielle totale. Car dans ce film âpre, on partage durant deux heures et demie la survie -ou non- d’hommes ravalés au rang de bêtes par le régime de Mao au moment de la réforme agraire, en 1960. Morts en sursis dans des camps de travail, ils doivent défricher sans fin 4 000 ha dans le désert de Gobi, affrontant le froid, le vent, le sable, attendant, sans espoir, la relève de 20 000 hommes au printemps. Logés dans des dortoirs tombeaux creusés dans les anfractuosités du sol, ils doivent aussi trouver leur nourriture : graines, rats bouillis, chair humaine parfois. Ce sont des intellectuels, ingénieurs, cadres du parti, des hommes qui ont continué à penser, autrement, qui ont été dénoncés. Le parti pris de Wang Bingdans cette fiction inspirée du réel est radical : faire partager au spectateur impressions et sensations de ces morts vivants dans la promiscuité : on sent l’odeur des corps en train de mourir, attendant qu’on leur vole leur couverturelinceul, qu’on les mutile même pour les dévorer parfois ; l’odeur du vomi réingurgité par l’autre, affamé. La peau ressent les morsures du vent, du sable ou de la neige. Les cris de désespoir de l’unique femme du film, venue de Shanghai rendre visite à son mari, mort 8 jours avant, qui ne se résigne pas à repartir sans avoir retrouvé le corps du défunt, sans lui avoir rendu un dernier hommage, donnant la force à deux « prisonniers » de tenter de refuser l’inacceptable, résonnent longtemps dans les oreilles… Le Fossé nous donne une vraie claque ! Continuons à penser et à résister ! ANNELISE Le Fossé de Wang Bing a été projeté à L’Alhambra Cinémarseille le 17 mars Sur la planche de Leïla Kilani o Sur la planche (2) Nous avons rencontré Leïla Kilani dont le dernier film, Sur la Planche a été présenté aux Rencontres de Manosque (voir Zib’49). Suite ! Zibeline : Comment s’est passé le tournage ? Leïla Kilani : Cela a été compliqué : l’industrie de la crevette a craint un Cauchemar de Darwin et a interdit l’accès aux usines. Mais grâce à un fonctionnaire du Ministère de la pêche, on a pu faire des repérages avec les filles ; on a pu avoir un local pour construire notre décor. Dans les rues de Tanger, j’ai tourné comme dans le documentaire, sans crainte. Et la mise en scène ? Le choix des couleurs, le rythme ? C’est un film noir ; j’ai joué avec le noir et le blanc en alternant les scènes très éclairées dans l’usine et les scènes nocturnes dans les rues. Au niveau du rythme, le film est une syncope. La voix off était-elle prévue au départ ? Oui, j’adore les voix off ! Mais seul le prologue de Badia « Je ne vole pas : je me rembourse. Je ne cambriole pas : je récupère. Je ne trafique pas : je commerce. Je ne me prostitue pas : je m’invite. Je ne mens pas : je suis déjà ce que je serai. Je suis juste en avance sur la vérité : la mienne » était écrit avant le tournage. 90% de la voix off a été écrit après. Est-ce que le film a été difficile à monter ? Avec le budget dont on disposait, si on n’inventait pas de nouvelles manières de tourner, on ne pouvait pas faire de film. On a produit en pensant à des plans de travail très graduels. C’est un film avec de nombreux figurants, des décors, la pluie -car je voulais la pluie ! Et je suis allée jusqu’au bout contre vents et marées. Maintenant c’est un état de grâce… Des projets en cours ? Oui, un documentaire sur les procès politiques avec l’INA. Une fiction dans la bourgeoisie de Rabah pendant un mariage et un road movie… Si vous deviez résumer Sur la planche en une phrase ? C’est l’histoire de quatre filles en course. PROPOS RECUEILLIS PAR ANNIE GAVA
IMAGE DE VILLE INSTITUT DE L’IMAGE CINÉMA 65 Histoires d’eaux Que d’eau ! Que d’eau ! En ce mois communauté. Un film burlesque de mars où Marseille a accueilli le presque muet aux personnages hors FAME (6ème Forum Alternatif Mondial de l’Eau) et le PMJE (Parlement rica et de Fellini, tiré d’un fait divers normes, proches de ceux de Kustu- Mondial de la Jeunesse pour l’Eau), turc, tourné en Azerbaïdjan, s’achevant en une apothéose sexuelle et de nombreux événements cinématographiques ont été proposés : les cosmique. Conte joyeux sur l’héroïsme et la force de la jeunesse, dont 3èmes Rencontres internationales Eau et Cinéma (RIEC), les documentaires scientifiques de Let’s Talk nu est, selon certains, un pâle plagiat. La Source des femmes de Mihailea- About Water, et les 7èmes Journées du Film sur l’Environnement mexicains résistant à la construction Même énergie vitale chez les paysans organisées par Image de Ville, dont du barrage qui les anéantirait dans le titre Eau claire, Eau trouble mettait en évidence l’ambivalence de Roja projeté en clôture, à Marseille. Et le fleuve coule encore de Perez l’eau, source de vie et de tensions, Dispositif original, les trois « fontaines documentaires » en accès libre de rêves et de cauchemars, filant les métaphores dans toutes les langues, dans la cité Méjanes ont diffusé en thème poétique et enjeu géopolitique capital pour l’avenir de la planète spots à messages citoyens des RIEC, continu 60 films de 1 à 109 minutes : bleue. docs didactiques comme le Nom de En ouverture, Pascal Privet directeur des rencontres de Manosque et sur les fèces, docs historiques com- la rose de Berrod qui nous dit tout le réalisateur allemand Veit Helmer me le Dédié à Craponne de Chartier, ont présenté à la Cité du livre d’Aix, enquêtes-reportages sur la pollution Absurdistan qui raconte la grève du des eaux par l’arsenic au Bengladesh ou par fracturation hydraulique sexe de vaillantes villageoises pour que leurs fainéants de maris réparent une canalisation rompue et Arham, Gasland de Josh Fox, en- aux USA L’eau du diable d‘Amirul remédient au manque d’eau de la quête sur le déclin de la mer d’Aral o Absurdistan de Veit Helmer (Aral, mer de la soif d’Afanassieff), dénonciations de la spoliation de l’eau à Guarani ou en Cisjordanie (Main basse sur l’eau de Lugones, Courants interrompus de Goetschmannet Davidi), films d’animation pour enfants, rêveries poétiques comme celle en noir et blanc d’Un bateau ivre d’Olivier Grossetête qui nous entraîne avec malice dans un navire de papier à taille humaine de La Nuit du chasseur à Délivrance. Un flot de films pour « éveiller » les consciences et émerveiller les yeux. ÉLISE PADOVANI Téhéran et les femmes Heureuse initiative de l’Institut de l’Image (Aix) de l’école. Tenace et imprévisible, elle tient tête que ce cycle Iran, une révolution cinématographique. Outre les nombreux films projetés, le 10 déroulement du film, en refusant d’obéir aux di- aux adultes qu’elle croise et finit par changer le mars une table ronde animée par Caroline Renard, rectives du metteur en scène, Jafar Panahi universitaire, a réuni les cinéastes Sepideh Farsi, lui-même. Une critique des films sur l’enfance Nader Omayoun et le chercheur Bamchade Pourvali pour faire le point sur ce cinéma, ses enjeux, ses caractéristiques, ses modes de production et de diffusion : deux heures passionnantes ! Avant cet échange, Nader Omayoun a présenté son 1er long, Téhéran, tour-né avant les élections, en 18 jours et un petit budget. Un polar à critique sociale, un film qu’il a voulu « haletant pour éviter l’ennui ! », portrait de la ville de Téhéran, bonne introduction à l’analyse du tournant de ces dernières années : le passage aux films « urbains ». Car avant les années 90, les cinéastes tournaient à l’extérieur, films de désert, de campagne. Le cinéma de Jafar Panahi résume l’évolution de cette tendance : assistant de Kiarostami, figure « tutélaire », il tourne Le Ballon d’or à Téhéran et son pement Intellectuel des Enfants et des Jeunes initiés par le Kanun, Institut pour le Dévelop- personnage principal, une fille, préfigure le rôle Adultes ? des femmes dans les films. Son 2 ème film, réalisé Le Cercle, Lion d’or à Venise, est emblématique en 1997, Léopard d’or au Festival de Locarno, sera de ces films qui traitent de la situation des femmes. Dans À propos d’Elly d’Asghar Farhadi, qui le dernier avec un enfant : Mina (excellente Mina Mohamad-Khani) décide de rentrer seule à la évoque les relations entre hommes et femmes et maison plutôt que d’attendre sa mère à la sortie l’omniprésence du mensonge, la figure dominante du groupe d’amis partis passer 3 jours au bord de mer est une femme, Sepi-deh (Golshifteh Farahani) ; ce qu’on retrouve dans La Séparation qui, com-me les précédents, mettent l’accent sur la middle class de Tehéran, autre tendance du cinéma actuel. Avec l’Oscar du meilleur film étranger pour Une Séparation d’Asghar Farhadi, d’après le gouvernement de Téhéran, le cinéma iranien est entré dans l’histoire ! Mais quels films voit-on en Iran ? L’état choisit et diffuse des films étrangers dans 200 salles environ. Une centaine de films sont tournés par an dont une soixantaine sortent en salle, ceux qui ont franchi les diverses commissions : un vrai parcours du combattant ! La censure est féroce : nul n’ignore les déboires de Jafar Panahi qui prenant au pied de la lettre l’interdiction de tourner, la détourne et met en scène l’angoisse, le désœu-vrement et son refus de la résignation en filmant malgré tout en compagnie de son ami, Mojtaba Mirtahmasb. Magnifique leçon de cinéma et de courage ! ANNIE GAVA Téhéran de Nader Omayoun Le cycle Iran, une révolution cinématographique s’est tenu du 7 au 20 mars à l’Institut de l’image, Aix



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