Zibeline n°50 avril 2012
Zibeline n°50 avril 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°50 de avril 2012

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 9,7 Mo

  • Dans ce numéro : la culture... tout le monde s'en fout !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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14 THÉÂTRE BOIS DE L’AUNE SIMIANE TRETS VITEZ Opus magnum Cette fois-ci on y est ; avec Onzième le cœur est atteint -pour ne pas dire l’âme- et pas seulement les yeux et les oreilles ; on les entrevoit ces mondes « situés derrière le tombeau » chers au poète, par le saisissement de tous les sens mais aussi grâce à une pause salutaire dans la splendide insignifiance qui a parfois marqué certains spectacles du Théâtre du Radeau. En grand alchimiste, François Tanguy parvient comme jamais à doser, à unir et à transcender les matériaux premiers que l’on sait être l’essence même de ce théâtre de plateau : le bric-àbrac du temps qui passe à travers les héritages, le hangar des rêves à l’infini, les oripeaux de la représentation ou simplement de la condition de nous autres, hommes et femmes, et bien sûr les panneaux coulissants, en fuite, superposés, occultant ou démultipliant les espaces par l’addition des transparences. Éclats, fragments, figures envolées : la cantate de Bach adoucit le quatuor de Lutoslawski, le rouge d’une robe embrase le regard, le tragique absolu d’un Princesses en détresse En route X-D.R. La compagnie la Naïve, basée à Pertuis, revisite les grands récits de voyage en évoquant quelquesuns des grands noms qui leur sont associés. Patrick Henry, Hervé Pezière et Jean-Charles Raymond proposaient ainsi une lecture animée, sur la trame d’une émission radiophonique ponctuée de sketches, de jingles et de florilèges musicaux. La formule est connue, mais les morceaux choisis sont originaux et portés par la sympathique énergie des trois compères. Départ : le débat imaginé entre Christophe Grands voyageurs Laurence Hebrard dialogue des Démons de Dostoïevski côtoie le burlesque raffiné... des Bucoliques de Virgile ; la carabine posée sur la table au premier plan avec le vase de fleurs séchées rappelle sans cesse qu’on nous parle d’amour et de mort. Dames à chapeaux vues en rêve, silhouette d’homme en tutu, voix à frissonner de Paul Celan tout autant que l’allègre siffleur des montagnes convoquent les fantômes de la culture européenne, celle qui n’a pas empêché la catastrophe ou pire l’a accompagnée. Murmurez trois fois le titre du spectacle à voix très basse et comme par magie vous accéderez à une expérience sensible supérieure ; onzième, c’est le rang du quatuor à cordes op.95 de Beethoven sous-titré Serioso. Tendrement déchirant. MARIE-JO DHO Onzième, création du théâtre du Radeau a été présenté au Théâtre du Bois de L’Aune du lundi 20 au jeudi 23 février Valérie Hernandez, Michel Ducros et la Cie La Variante proposent des variations sur les princesses des contes, sans magie : des êtres cassés, emprise de la pomme empoisonnée pour Blanche Neige, difficultés à s’extraire d’un sommeil bien trop long pour la Belle au Bois Dormant… un travail sur le décalage, la déconstruction de l’être. Plus de rêves de petite fille dans ces personnages, mais des tâtonnements, une tendance à se déliter, à s’interroger. Détours par la psychanalyse, l’analyse sociale… Le texte d’Elfreide Jelinek, prix Nobel de littérature, joue sur les épaisseurs. D’où le délicat problème d’en faire percevoir les finesses en échappant à la lourdeur didactique. Le spectacle est en gestation, et une première étape a été présentée avec deux des trois variations prévues. On en est encore à la mise en place, les acteurs se cherchent, essaient de trouver le ton. L’esquisse est intéressante... M.C. Drames de Princesses a été joué le 14 février au Vitez, Aix Collombet Americo Vespucci, celui qui explore et celui qui baptise un Nouveau Monde qu’on a mis si longtemps à prendre pour un vrai monde. Un rapide embarquement pour un polar gentiment suranné dans l’orient-express. Puis voici Rustichello, le scribe émerveillé par les fictions vraies de son compagnon de cellule Marco Polo. À l’arrivée, une biographie de Youri Gagarine en forme de compte à rebours et de finale en feu d’artifice. L’ensemble est sans prétention, hétéroclite, mélangeant les blagues potaches et les échappées vers des lointains mystérieux aux noms évocateurs. La formule séduit les petits et les grands, et la citation inaugurale -Lire c’est voyager, voyager c’est lire– ne peut qu’être confirmée en cette soirée passée au milieu des rayonnages de la bibliothèque de Simiane. AUDE FANLO Grands voyageurs a été joué le 21 février à la Bibliothèque de Simiane et le 7 mars au cinéma Casino à Trets Didier Grappe Jean-Marc Lobbecc Règlements de comptes o Les Fidèles d’Anna Nozière, qui est aussi metteur en scène de la pièce, c’est avant tout, dans le bal de l’hypocrisie, un vaste règlement de comptes avec une famille insupportable, la mère hystérique, violente, versatile, avec des airs de fausse innocence, l’oncle libidineux, le curé superstitieux digne de la comédie italienne… Il est question de violence, celle de l’inceste, du silence, celle impuissante du rêve insatisfait de vengeance. Tout cela dans la litanie morbide de la généalogie familiale. Tout commence par un texte, dit en voix off, celle d’Annie Rozier, le personnage principal, proche encore de l’enfance, légèrement acidulée. Pour héritage, des ancêtres sans destin sinon d’être tous morts ou presque de la tuberculose, d’une jambe de bois, d’un bébé momifié, « à moitié mort dans le ventre de sa mère et à moitié mort après sa naissance » … L’humour, le sarcasme, l’hyperbole, la folie servent d’exutoire à ce bal où les fantômes du passé valsent avec les terreurs du présent. Comment se construire si ce n’est en déconstruisant cet équilibre factice ? On rit beaucoup dans cet univers noir tissé de références. Effets de lumière sobres, oscillant entre clair-obscur et mises en abîme, dans le jeu des ouvertures sur le fond rouge du placard… La musique utilisée avec une juste parcimonie apporte souffle lyrique ou démence. Le spectacle s’autorise des longueurs, mais soulève des interrogations et témoigne d’une réelle recherche esthétique. M.C. Les Fidèles a été joué le 15 mars au théâtre Antoine Vitez, Aix, dans le cadre de la programmation des ATP. Histoire d’Annie Rozier est édité aux Solitaires intempestifs (11euros)
L’intérieur des filles Son Projet Cochon, qu’elle a décliné en plusieurs formes depuis le groin exposé en vitrine jusqu’au spectacle surprenant de mise en boudins -scatologie drôle, d’une impudeur féminine tapageuse toute naturellelaissait entrevoir une de ces artistes rares qui savent vous mettre des claques bénéfiques dans des endroits inattendus. Avec Tube, Mathilde Monfreux est plus convaincante encore : la jeune artiste a nettement gagné en présence scénique, en virtuosité physique de danseuse et acrobate, transcendée par le talent de plasticienne d’Elizabeth Saint Jalme qui a su créer un terrain de jeu à son échelle. Le résultat est un petit bijou. Pas très taillé ni raffiné, brut, longuet par endroits, mais regorgeant d’idées scéniques, et de propos. Il est question de digestion, de merde et de sexe, de façon très féminine, de naissance aussi vue de l’intérieur fœtal, de l’extérieur maternel (peu), de lien au sein, au giron, au pet, à l’ingestion, à la 3BISF PORT-SAINT-LOUIS ARLES NÎMES THÉÂTRE 15 déjection… Le corps féminin expose sa matière sans honte et sans exhibition non plus, jamais fier de sa merde, mais constatant. Parfois béat, souvent hilare, X-D.R. jamais représentant : pas de matière fécale réelle ici, les pets sont des bruits de bouche, le crochet de boucher sert à l’acrobatie et le magnifique cocon de tissu se traverse « comme » en un sublime accouchement. Et la langue aussi poétise, pleine de fracas et de néologismes, évoquant sexualité, onanisme, digestion et enfance avec la même inventivité langagière… qu’on aimerait entendre plus clairement ! AGNÈS FRESCHEL Tube a été créé à l’issue d’une résidence au 3bisf, Aix, les 24 et 25 février À noter Le 29 mars à 18h30 Le Citron Jaune, Port-Saint-Louis 04 42 48 40 04 www.ilotopie.com Le sens de la vie L’Argentin Claudio Tolcachir n’en finit plus de décortiquer la famille, de la sonder sous tous les angles, de la malaxer pour mieux la réinventer. Avec sa compagnie Timbre 4 (quels comédiens épatants !), il renouvelle encore une fois les fondements de la structure familiale, avec ce style si reconnaissable mêlé de causticité et d’un brin de folie maitrisé. Deux familles, cousins proches des Coleman découverts l’année dernière sur cette même scène, vont se retrouver liées par une histoire fantasque. Amantes, Léna et Céleste veulent un enfant et se mettent donc en quête d’un géniteur. Le hasard leur fera rencontrer Dario, étudiant attardé, en pleine thérapie loufoque et sous l’influence de sa mère trop aimante et très fortunée. La rencontre tourne au quasi viol du jeune homme, forcé de répondre au désir maternel des jeunes femmes. Le résultat de cet acte aura de part et d’autre une résonnance D particulière, la mère de Dario essayant de se persuader de la normalité de son fils, tout en s’écriant que « la vie n’a aucun sens », la mère de Céleste cachant à sa fille la maladie grave dont elle est atteinte et qui peut l’emporter n’importe quand. On retrouve le canapé, le lit, la table où l’on mange et où l’on s’engueule, unités de temps éclatées en autant d’espaces de jeu qui figurent l’une ou l’autre des familles avant qu’elles ne se réunissent par l’intelligence d’un texte qui nous aura mené jusqu’au bout par le bout du nez. Sous une apparente légèreté de ton, Claudio Tolcachir clame son attachement à une liberté qui s’affranchit des règles, des conventions sociales, et à l’amour, valeur salvatrice face à l’absurdité de la vie. DOMINIQUE MARÇON El viento en un violin a été joué au Théâtre d’Arles le 14 février X-D.R. Actes et conséquences Howard Barker aime semer le trouble parmi les spectateurs. Avec son théâtre de « la catastrophe », comme il le nomme lui-même, le dramaturge anglais place le spectateur face à ses certitudes pour mieux les ébranler, pour lui infliger « ces dégâts subtils causés à une vie bien construite ». Les Possibilités, recueil d’une dizaine de courtes pièces, illustre bien cet état de fait ; décrivant un monde résolument en crise, en guerre, en proie à une violence qui n’a d’égal que la volonté de pouvoir. Elles racontent l’empereur Alexandre dérouté face à son champ de bataille, un tortionnaire polonais qui évolue dans un monde où la torture est un mal nécessaire, l’humiliation d’une femme venue témoigner dans un talk-show, un bouquiniste qui ne peut se résoudre à vendre ses livres… La mise en scène très dynamique de Stefan Delon Marc Gaillet -cofondateur avec Mathias Beylet de U-Structure- Nouvelle basée à Montpellier- laisse prendre aux textes toutes les directions possibles, et permet aux cinq comédiens, qui alternent les rôles féminins et masculins avec un plaisir visible, de choisir une option ou l’autre, et laisser de fait le spectateur souvent perdu, ses pensées se télescopant au gré des époques traversées, et de ses idées bousculées entre le rationnel et l’irrationnel, le raisonnable et le pulsionnel. Fraîchement dérangeant. DO.M. Les Possibilités a été joué au Périscope, à Nîmes, du 6 au 8 mars



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