Zibeline n°49 fév/mar 2012
Zibeline n°49 fév/mar 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°49 de fév/mar 2012

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 7,9 Mo

  • Dans ce numéro : la culture pour tous et partout.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 68 - 69  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
68 69
68 LIVRES LITTÉRATURE Fuites à l’est À l’origine, il y a eu, au printemps 2010, la route vers Vladivostok, à bord du mythique Transsibérien. 16 écrivains français étaient du voyage, invités dans le cadre de l’année France-Russie. Certains, Dominique Fernandez, Danielle Sallenave, en ont rapporté un journal de bord. Maylis de Kerangal a choisi la fiction. Radiophonique d’abord, et aujourd’hui reprise sous la forme d’un bref mais intense roman, sa Prose du Transsibérien à elle. Une façon détournée de donner corps à son expérience intime du long périple ferroviaire ; une manière personnelle d’aborder la littérature de voyage et de renouveler le thème classique de la rencontre dans le train. Avec toujours cette captivante langue frontale, en prise avec le mouvement et l’espace, Des lendemains qui déchantent Née à Dacca en 1975, Tahmima Anam vit aujourd’hui à Londres mais son pays natal constitue la toile de fond de ses romans. Le 1 er, Une vie de choix (paru en 2009 aux Éditions des Deux Terres pour l’édition française), mettait en scène une mère de famille, Rehana Haque, et ses 2 enfants, Sohail et Maya, dans une chronique à la fois familiale et historique de la guerre d’indépendance du Bangladesh, en 1971. Le 2 ème, Un bon musulman, a été récompensé par le Commonwealth Writer’s Prize en 2008 et traduit en une vingtaine de langues ; Actes Sud vient tout juste d’en éditer la version française. On y retrouve la famille Haque dont on suit l’évolution dans un aller retour constant entre la fin de la guerre (1971-1977) et les années 80. La guerre a radicalement changé Sohail le fils aîné. Sa sœur Chute de l’ange Décharges, le dernier roman de Virginie Lou-Nony, s’empare du quotidien dans un récit poignant et désespéré. Il s’agit de l’histoire d’un lent et inexorable naufrage, vécu à la première personne. Ce « je » semble s’anesthésier progressivement, devenir autre sans retour possible, s’aliène, épuisé par les pertes successives d’emploi, les renoncements, les déménagements, le travail épuisant d’aide-soignante. Cette dépersonnalisation s’accentue tragiquement avec la rencontre d’un être au nom faussement salvateur, Gabriel, tétraplégique à la beauté d’archange. L’amour qu’Eva éprouve alors, parenthèse lumineuse, l’éjecte hors de la réalité, de la vie même. Ce livre sur l’échec, les échecs Livraisons La galerie L‘Ollave, dirigée par Jean de Breyne et sise à Rustrel rue du Moulin à Vent (beau comme du moderne non ?) édite Préoccupations, une revue d’art au titre bien campé et, sous le même label soucieux, une série d‘essais dont les titres où se côtoient ombre, lumière offusquée et reflet sont autant d’invitations à converser avec le fragile et l’essentiel ; les auteurs sont poètes, peintres, plasticiens : des artistes. Au gré des parutions, deux ouvrages choisis pour la belle modestie de leur couverture qui justement n’arrête pas l’œil. Deux titres qui s’abordent dans une disparité absolue : brouillage sémantique chez Joël Frémiot avec Aura : sa peau peinture face à la grâce suspendue de Martina Kramer pour Un morceau d’air, trois dialogues sur l’invisible. Lui, brosse dans une cavalcade de syntagmes juxtaposés, des tableaux successifs du bouillonnement créatif et jette, dans la variété de la les bruits et la fureur de la réalité la plus contemporaine. Une langue sensible, qui appréhende le monde et sonde les esprits. Sur « les rails irréversibles qui déplient le pays », Aliocha a peur. Coincé dans un compartiment de 3 ème classe, il est en route avec d’autres appelés sous la férule hargneuse du sergent Letchov. Prendre la tangente, voilà ce qu’il veut. Montée à Krasnoïarsk, Hélène, une Française, fuit aussi. Entre ces deux êtres que tout sépare, l’âge, la langue, le milieu, se tisse un lien étrange, mi tendre mi agressif. Et la longue traversée du territoire immense, « livré au noir amniotique des origines » la nuit, toujours soumis au « même déploiement lent et massif du paysage » le jour, cristallise leur soif d’ailleurs. FRED ROBERT Maya peine à reconnaître le charismatique leader étudiant dans ce « bon musulman » qu’il est devenu. Elle-même, médecin de campagne, s’est engagée dans un combat difficile pour les femmes. Deux conceptions de la vie diamétralement opposées et une incompréhension grandissante. Au-delà de la fiction romanesque, des lieux et des personnages attachants, cette histoire d’une famille dans le tout jeune Bangladesh indépendant intéresse par l’approche intime qu’elle propose de la montée et des répercussions du fondamentalisme. À travers les épisodes les plus quotidiens, elle en montre sans complaisance le prosélytisme, les dérives sectaires, et surtout l’inhumanité. Elle en révèle aussi, et c’est le plus touchant, les tentations. F.R de la société contemporaine, l’incurie des dirigeants aussi bien que des syndicats, ne laisse aucune place à l’espoir. Subsistent les égoïsmes, la loi des incapables auxquels la moindre parcelle de pouvoir accorde une mentalité de kapo. Au passé des espoirs, répond le présent, phrases souvent courtes, mécaniques, privilégiant la juxtaposition. Le bonheur se limite aux interstices où l’on échappe à la vue, aux autres. Il n’y a de salut nulle part, ni collectif, ni individuel. En cela, et pour cette voix narrative particulière qui peu à peu se distant de son propre émetteur, ce roman est d’une inquiétante modernité. MARYVONNE COLOMBANI typographie ou l’infranchissable du sens, une réflexion sur l’origine et la propriété du geste pictural conférant à la surface du texte la densité de l’œuvre peinte. Des premières pages tramées serré aux portées de blanc de la fin, l’artiste griffe un art poétique stimulant pour l’œil comme pour la pensée. Martina Kramer, elle, manie subtilement la transparence avec constance dans ses rapports avec ses interlocuteurs (le physicien Jean-Marc Lévy-Leblond et deux plasticiens de l’invisible : Iva Patarcec et Ludovic Lignon) ou sur les pages qui reproduisent ses lavis de « lumière en soi ». S’élabore au fil du dialogue à voix mesurées un drôle « d’objet » immatériel, mouvant, fait d’éclats d’expériences sensibles. En lisière de la science, de la philosophie, de la cosmogonie, et au cœur même de la poésie. MARIE JO DHÔ ? aH N I4d. ANAM Un bon musulman Tangente vers l’est Maylis de Kerangal Verticales, 11,50 € À lire Naissance d’un pont (prix Médicis 2010), récemment paru en poche Un bon musulman Tahmima Anam traduit de l’anglais (Bangladesh) par Sophie Bastide-Foltz Actes Sud, 22,50 € Décharges Virginie Lou-Nony Actes Sud, 18 € Ouvrages disponibles aux Éditions de l’Ollave, Rustrel http://artistes.rustrel.net
r Par une nuit d’hiver… Une nuit de décembre, le 22 plus exactement, un TGV, le 175, bondé, la neige, la panne, les passagers à gérer, banalité d’hiver… et puis il y a ces six jeunes gens qui ne se connaissaient pas et qui se retrouvent face à leurs démons, en danger de mort… Vampire, ancien SS… un enfant a dessiné ce personnage inquiétant. Quel est le lien ? Le roman de Jo Witek, Peur Express, s’articule en deux parties, l’une consacrée au récit de la nuit d’épouvante, la seconde à l’enquête menée par un policier et un professeur spécialisé dans l’étude de la psychologie et des phénomènes paranormaux. Un thriller remarquablement construit et mené avec vivacité. Un bon polar ado, aux limites du fantastique. Attention cependant, le chapitre 12 s’emballe dans une scène de rituel satanique avec cérémonie anthropophagique assez limite pour des enfants. MARYVONNE COLOMBANI Peur express Jo Witek Actes Sud Ado, 14,50 € JEUNESSE LIVRES 69 i Un regard plus clair Quelques mois de la vie d’un ado pas très bien dans sa peau. Marius, 15 ans, en 3ème au collège, se retrouve seul avec ses parents après le départ de son frère aîné. Daphné, son amoureuse, est dingue de lui, mais il n’est pas très sûr d’en être vraiment amoureux ! Son rêve c’est d’aller au pôle Sud, sur la mer de Weddel, parmi les empereurs et les baleines ; alors il s’invente un igloo dans le garage et rêve de départ et d’étendues glacées. Il ne supporte ni les soirées devant la télé avec ses parents, ni les dimanches avec le grand-père. Un court séjour chez son frère et un deuil marqueront le début d’une prise de conscience et d’une réconciliation familiale. Écrit à la première personne et plein d’humour, le texte d’Arnaud Tiercelin permet de se mettre totalement dans la peau de Marius, de vibrer à ses révoltes. Et l’émotion surgit aussi quand la vie toute simple s’impose et permet de regarder plus sereinement le présent et l’avenir. CHRIS BOURGUE Moi et la mer de Weddel Arnaud Tiercelin Le Rouergue, 12,20 € r De feu ou de glace Plongée dans l’univers des Petites Antilles qui ne sont pas un paradis pour tous ! Un 1er roman d’Amanda Smyth y met en scène Célia, dans un récit à la 1ère personne, aux dialogues incisifs, qui accroche son lecteur dès les premières pages. Ellemême fille d’un père irlandais et d’une mère originaire de Trinitad, l’auteure raconte la vie d’une jeune métisse de 1955 à 1958. Trois ans qui la font passer d’une adolescence pauvre et tranquille, dans le foyer de la tante qui l’a élevée, à une vie de domestique au service des blancs dans la grande ville. À 16 ans le viol qu’elle subit la contraint à fuir. Elle se retrouve au service d’un médecin et de sa famille, et ce dernier ne tarde pas à la rejoindre le soir dans sa chambre... Rien d’inattendu dans tout cela. Mais la narration est attachante, de même que les personnages, leur passé chargé de non-dits et d’inavouable, l’environnement à la fois exotique et rude pour ceux qui doivent y gagner leur vie et changer leur destin. Le roman de Audur Ava Ólafstóttir se déroule au début dans des régions gelées et volcaniques, puis sur le continent, sans aucune précision géographique. La mère du narrateur lui a légué sa passion des roses ; aussi Arnljótur, jeune rouquin immature, quitte-t-il son île pour aller restaurer la roseraie d’un monastère improbable auprès de moines dont il ignore la langue, et de leur abbé, cinéphile, qui lui montre un film par soirée, comme une initiation aux mystères de la vie, de la mort et des corps. Peu à peu il se révèle à lui-même, se construit et s’ouvre sur les autres. Roman étrange, au rythme lent de 77 petits chapitres qui s’épanouissent comme les huit pétales de la Rosa candida, et les sourires d’une petite Flóra Sól de 9 mois…C.B Black Rock, traduit de l’anglais Amanda Smyth Phébus, 22 € Rosa candida, traduit de l’islandais Audur Ava Ólafstóttir Zulma, 20 € Sélection du Prix littéraire des lycéens et des apprentis de la Région PACA -)



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Zibeline numéro 49 fév/mar 2012 Page 1Zibeline numéro 49 fév/mar 2012 Page 2-3Zibeline numéro 49 fév/mar 2012 Page 4-5Zibeline numéro 49 fév/mar 2012 Page 6-7Zibeline numéro 49 fév/mar 2012 Page 8-9Zibeline numéro 49 fév/mar 2012 Page 10-11Zibeline numéro 49 fév/mar 2012 Page 12-13Zibeline numéro 49 fév/mar 2012 Page 14-15Zibeline numéro 49 fév/mar 2012 Page 16-17Zibeline numéro 49 fév/mar 2012 Page 18-19Zibeline numéro 49 fév/mar 2012 Page 20-21Zibeline numéro 49 fév/mar 2012 Page 22-23Zibeline numéro 49 fév/mar 2012 Page 24-25Zibeline numéro 49 fév/mar 2012 Page 26-27Zibeline numéro 49 fév/mar 2012 Page 28-29Zibeline numéro 49 fév/mar 2012 Page 30-31Zibeline numéro 49 fév/mar 2012 Page 32-33Zibeline numéro 49 fév/mar 2012 Page 34-35Zibeline numéro 49 fév/mar 2012 Page 36-37Zibeline numéro 49 fév/mar 2012 Page 38-39Zibeline numéro 49 fév/mar 2012 Page 40-41Zibeline numéro 49 fév/mar 2012 Page 42-43Zibeline numéro 49 fév/mar 2012 Page 44-45Zibeline numéro 49 fév/mar 2012 Page 46-47Zibeline numéro 49 fév/mar 2012 Page 48-49Zibeline numéro 49 fév/mar 2012 Page 50-51Zibeline numéro 49 fév/mar 2012 Page 52-53Zibeline numéro 49 fév/mar 2012 Page 54-55Zibeline numéro 49 fév/mar 2012 Page 56-57Zibeline numéro 49 fév/mar 2012 Page 58-59Zibeline numéro 49 fév/mar 2012 Page 60-61Zibeline numéro 49 fév/mar 2012 Page 62-63Zibeline numéro 49 fév/mar 2012 Page 64-65Zibeline numéro 49 fév/mar 2012 Page 66-67Zibeline numéro 49 fév/mar 2012 Page 68-69Zibeline numéro 49 fév/mar 2012 Page 70-71Zibeline numéro 49 fév/mar 2012 Page 72-73Zibeline numéro 49 fév/mar 2012 Page 74-75Zibeline numéro 49 fév/mar 2012 Page 76-77Zibeline numéro 49 fév/mar 2012 Page 78-79Zibeline numéro 49 fév/mar 2012 Page 80