Zibeline n°49 fév/mar 2012
Zibeline n°49 fév/mar 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°49 de fév/mar 2012

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 7,9 Mo

  • Dans ce numéro : la culture pour tous et partout.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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26 MUSIQUE OPÉRA De Stendhal à Sauguet Consécration Absent depuis plusieurs saisons de la programmation lyrique, le répertoire wagnérien a opéré en ce début d’année un retour en force sur la scène de l’Opéra de Toulon avec Lohengrin. Cette œuvre, symptomatique de l’univers musical et littéraire du compositeur, est d’une écriture vocale exigeante et, avec un orchestre puissant, affirme d’une identité germanique triomphante. Cette nouvelle production a bénéficié d’un plateau vocal digne d’éloges : le ténor Stefan Vinke au timbre tranchant (Lohengrin) incarnait avec force les certitudes de son personnage donnant la réplique à Ricarda Merbeth, parfaite en Elsa fragilisée. Saluons également l’immense prestation de Janice Baird à la puissance vocale tout aussi diabolique que son personnage (Ortrud). Le reste de la distribution était Christian Dresse o Le dixième et dernier tableau débute à l’orchestre par un ostinato énigmatique alors que se développe, en contrepoint mélodique, une espèce de déphasage rythmique. La polyphonie est sombre, comme la scénographie funèbre traitée en final d’oratorio sacré. Une grande croix domine la foule en noir. Sauguet enterre définitivement les espoirs de Fabrice et Clélia, fidèles à leurs vœux et devoirs. Le héros de Stendhal rejoindra la Chartreuse de Parme au désespoir de son amante, la Conti devenue Marquise, et de la Sanseverina, mariée et Duchesse par dépit. Quelle science du dialogue choral développait l’auteur du ballet Les Forains à la fin des années 30 ! Tout converge dans cette ultime scène : les lumières sont gagnées par l’ombre et les espoirs entrevus se referment définitivement. L’écriture scénique de Renée Auphan, tout en jeux de lumières, de hauteurs et perspectives, champs-contrechamps, souligne la mutation progressive d’une musique claire, festive où la mélodie domine, cristalline, vers des pâtes plus noires, des dissonances blessantes, des récurrences obsédantes, au gré de glissements finement articulés. On a cru un moment qu’au bout de trois heures de musique, de l’œuvre de sa vie, Sauguet finirait par une suspension, sans tambours ni trompette. Il n’en fut rien ! La Chartreuse de Parme s’achève dans un pathos céleste, les chœurs à pleins poumons, lors d’un crescendo qui se mue, à l’ultime accord, en un bloc majeur. Ça décoiffe, comme dans les opéras romantiques dont le compositeur reconquiert l’effluve. Quelle bonne idée a eu la direction artistique de l’Opéra de Marseille de donner un nouveau souffle à cette fresque quasiment perdue depuis sept décennies ! Elle manquait à l’histoire du genre au XX e siècle. De lui donner aussi une distribution vocale à la hauteur de l’enjeu : Nathalie Manfrino et Sébastien Guèze, utopiques amants, Marie-Ange Todorovitch, Nicolas Cavalier, Sophie Pondjiclis, Jean-Philippe Lafont, Eric Huchet. Et une baguette magique : Lawrence Foster, futur Directeur artistique de l’Orchestre de l’Opéra ! JACQUES FRESCHEL La Chartreuse de Parme a été recréée à l’Opéra de Marseille du 8 au 14 février à l’avenant, porté par un orchestre impeccable et des chœurs puissants, qu’on aurait préféré ne pas voir partitions à la main : un choix sans doute à l’origine de quelques départs hasardeux dans le deuxième acte. S’invitant dans un répertoire qu’il n’a pas coutume de diriger, le chef Giuliano Carella a offert aux mélomanes une lecture lumineuse, fidèle et efficace de l’œuvre, confirmant au passage la bonne santé de l’ensemble toulonnais. Minimaliste et de bon aloi, une sobre mise en espace de Frédéric Andrau, rehaussée de lumières idoines et d’une scénographie épurée de Luc Londiveau ont célébré le mythe de la musique de Wagner de fort belle manière. ÉMILIEN MOREAU Cedric Delestrade ACM-Studio Elian Cachini Success story 4 Créé en janvier 1853 à Rome, Il Trovatore fait partie, avec La Traviata et Rigoletto de la Trilogie populaire, et témoigne de la période heureuse que traverse le compositeur : à Paris, partageant sa vie avec Guiseppina Strepponi, ses œuvres ont un succès incomparable. C’est en 1857 dans la capitale française qu’est donné Il Trovatore, cependant transformé : Verdi ajoute un ballet (de rigueur à cette époque en France) et réintroduit le Miserere qu’il avait supprimé. Sur fond de toile politique, la Guerre pour le trône d’Aragon en 1410, et dépeint par des chœurs populaires -celui du second tableau avec les enclumeset des airs célèbres, se dessine une histoire effroyable, celle d’une bohémienne ayant jeté au bucher un nourrisson qu’elle pense être l’enfant de son ennemi, le sien en réalité. L’histoire de cet infanticide et des histoires d’amour s’entremêlant trouve son origine dans le drame littéraire espagnol de Guitierrez. Pour cette mise en scène, Charles Roubaud a déplacé l’histoire dans le cadre de la Guerre de Sécession, qui présente des analogies intéressantes. Pas moins de huit panneaux de décors différents ont été créés par Jean-Noël Lavesque : la scène du camp de bohémiens, illuminée par un brasier immense, ou celle du duo entre Azucena (merveilleuse Mzia Nioradze) et Manrico, dans laquelle un long rideau en demi-teinte rouge et ocre semble venir du ciel pour draper une partie du sol… Ferrando, superbe baryton (Ugo Guagliardo), narre au début du spectacle l’histoire tragique du frère du Comte Di Luna, joué par le ténor Guiseppe Gipali : les faiblesses vocales de ce dernier ont permis de mettre doublement en valeur la voix magnifique d’Adina Aaron, extraordinaire Leonora, dont la tenue, longue robe noire rehaussée uniquement par une coiffure sertie de fines perles blanches, annonce le destin funeste du personnage. Applaudissons également la direction musicale de Roberto Rizzi- Brinoli, qui a fait sonner l’orchestre ! CHRISTINE REY Il Trovatore a été créé à l’Opéra-théâtre d’Avignon du 5 au 7 février
Agnès Mellon CONTEMPORAINE MUSIQUE 27 Purcell contempo ? Après Le Retour créé au Festival d’Aix (voir’Zib 43), Oscar Strasnoy a réorchestré Didon et Enée, gardé les parties vocales et ajouté sa plume contemporaine avec le même dispositif instrumental : deux pianos, les très présents Victoria Harmandjeiva et Antoine Alerini, un ensemble de percussions tenus remarquablement par Christian Hamouy et Jonathan Faralli ; la trompette discrète de Matthias Champon et le trombone aux belles couleurs de Thierry Comte. Roland Hayrabédian imprime une pâte baroque en maîtrisant les plus beaux effets de Strasnoy. Au début, l’ensemble semble manquer de cohésion compositionnelle : on écoute, désorienté, tentant d’occulter Strasnoy pour entrer dans l’univers sublime de Purcell, puis on oublie ses entrées fuguées céder à la riche palette du compositeur argentin. Croisements et surprises abondent alors. L’Ensemble est vocalement captivant : Marianna Rewerski, mezzo-soprano, est une Didon puissante, aimante, résignée. Job Tomé, campe un Enée valeureux, au timbre chaud, délaissant sa Reine aimée. Retenons aussi le timbre velouté de la magicienne Mareike Schellenberger, les sombres interventions de l’Esprit Jean-Manuel Candenot et le grain caustique du ténor Xavier de Lignerolles en sorcière ! L’air final de Didon (When I am laid…) avec basse obstinée, est assez magique avec la descente sol, fa#, fa… qui passe du piano, à la trompette, au trombone, soutenus par des accents discrets des percussions. Un Rembrandt sur une toile de De Kooning, ou l’adaptation d’un expressionniste abstrait qui veut affirmer la modernité fantasmée du baroque ? YVES BERGÉ Kill l’obscur Unir la scène et les replis de la réflexion… Il est des éclosions discrètes où de nouveaux genres apparaissent. Jekyll opéra philosophique et terrifiant tient de l’opéra et de la musique de chambre, du théâtre et de la danse, de la causerie philosophique et du conte pour enfants. Un quatrième mur de tulle installe des halos particuliers, jouant de clairs-obscurs et de brouillards londoniens (éclairage exquis de Mathieu Pons), et permet la projection des apartés du philosophe François Flahault, qui se livre à une interprétation analytique de l’histoire en des termes clairs, sur le mode de la conversation. Ainsi se dessine, dans une intimité complice, un propos sur le Mal intérieur accessible à tous. La mise en scène de Catherine Marnas, très épurée, installe dès le départ dans l’espace tous les éléments constitutifs de l’œuvre, musiciens et choristes noyés dans la pénombre, chef (Raoul Lay) alchimiste des méandres de l’âme torturée du protagoniste, dont la dualité se matérialise par son dédoublement entre l’acteur, Franck Manzoni, face obscure qui progressivement prend le pas sur Jekyll, exceptionnel Yannis François. Le danseur baryton basse, raffiné dans ses moindres gestes, incarne avec une élégance pure le dandy terrifié par ses propres élans. La sublime soprano Brigitte Peyré représente tous les autres personnages, les femmes assassinées, la mère, l’épouse, le diable lors d’un intermède baroque masqué… Les chœurs qui unissent adultes et enfants font masse et foule, contrepoint polyphonique de l’homme dédoublé. Car chaque scène a son écho, dans lequel je-kill devient l’autre terrifiant, le hyde caché, sur une partition tout en chromatismes descendants. Mais qu’a donc voulu enfouir Raoul Lay avec cette image sonore, cette chute obstinée vers le grave qui parcourt Jekyll, comme l’histoire musicale, de la Déploration sur la Mort d’Ockeghem (Josquin Desprez) à la sarabande funèbre rythmant les ultimes soupirs de Didon (Purcell), jusqu’au Cantus in memory of Benjamin Britten (Arvo Pärt), avec ce chœur à l’antique qui enfante l’Opéra, ce « Magnum Opus » que le musicien initie dans son œuvre au noir flirtant avec un Requiem ? Peut-être notre archaïque « moi », assourdissant, témoin oculaire qui interroge Caïn… MARYVONNE COLOMBANI ET JACQUES FRESCHEL Les Siècles Ansgar KlostermannCe concert a eu lieu le 10 février aux ABD Gaston Defferre, Marseille Faune Home… Le 31 janvier, au Théâtre de Nîmes, l’Orchestre Les Siècles de François- Xavier Roth rendait un hommage appuyé à la modernité de Claude Debussy, selon leur principe qui consiste à jouer sur les instruments contemporains d’une œuvre. C’était donc sur un Pleyel de la fin du XIX e siècle qu’Alain Planès interprétait la Fantaisie pour piano (et orchestre) de 1890 qui comble partiellement l’absence (malheureuse) de Concerto pour piano chez Debussy. François-Xavier Roth soulignait d’ailleurs l’uniformisation de la facture instrumentale depuis plus d’un siècle (400 facteurs d’instruments à vent dans la seule ville de Paris au début du XX e siècle !) pour arriver à la production actuelle et mondiale de quelques marques… De quoi souligner la standardisation de l’acoustique musicale et une richesse moindre dans la diversité des timbres orchestraux, dans un monde de technologie accélérée. C’est d’ailleurs en hommage à ce sens de la couleur initiée par notre Claude de France qu’était donné Phonus ou La voix du faune composé par Philippe Hurel en 2004. En référence récurrente à la célèbre phrase introductive du Prélude éponyme joué ce même soir, Marion Ralincourt nous offrait un festival de solos virtuoses et contemporains au sein du langage spectral de Hurel. En avant-première, l’orchestre créait alors la Première suite récemment retrouvée dans son orchestration originale et complétée par Philippe Manoury. Une soirée qui remontait à l’origine Wagnérienne et nous rappelait les sonorités uniques d’un inspirateur de génie. PIERRE-ALAIN HOYET Jekylla été créé les 20 et 21 janvier aux Salins, Martigues et le 31 janvier à la Passerelle, Gap w



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