Zibeline n°49 fév/mar 2012
Zibeline n°49 fév/mar 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°49 de fév/mar 2012

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 7,9 Mo

  • Dans ce numéro : la culture pour tous et partout.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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18 THÉÂTRE JEU DE PAUME BOIS DE L’AUNE NÎMES ATP AIX PAVILLON NOIR Séquestration L’écriture d’Arne Lygre est singulière. L’univers de l’auteur norvégien, dont les œuvres traduites circulent sur les scènes françaises depuis quatre ans, désarçonne par sa langue simple et sa dramaturgie complexe : Jours souterrains progresse en décalant les attentes, et se conclue sans résoudre, tranchant les nœuds de l’intrigue, jouant d’ellipses, de retournements escamotés, de répétitions qui bifurquent, d’asymétries. La situation de départ elle-même, ressemblant à un fait divers cruel, mais aussi à un huis clos classique, s’appuie sur une réalité sociale familière, réaliste, pour installer des relations et des péripéties presque oniriques. Car ce « propriétaire » qui enlève et séquestre trois paumés pour les sauver a tout d’un père abusif, d’un maniaque sadique, mais aussi d’un dieu rédempteur. Les séquestrés euxmêmes se soumettent, puis torturent, sans pour cela devenir des symboles, métaphores qui effleurent des mythes vagues sans les toucher. Et parlent de séquestration et d’emprise sans dissimuler ce qu’elles Schnitzler tout neuf Tim Wouters Solitaires, les personnages de la pièce chorale d’Arthur Schnitzler le sont tous, avec leurs secrets, leurs passions inavouées, leurs mensonges, leurs lâchetés, leurs peurs, leurs échecs, leurs déceptions, leurs désillusions. Le peintre Julian Fichtner revient dans sa ville. Il y avait aimé son modèle, Gabriele, et l’avait abandonnée. Le professeur Wegrat a épousé la jeune femme et élevé son enfant comme son propre fils. À la mort de Gabriele, les secrets se révèlent, ceux de la douce Irène, ancienne maîtresse du peintre, de Von Sala, l’écrivain… Plongée dans le passé doublée par le projet d’un voyage archéologique, plongée en soi, douloureuse introspection où le tragique se teinte d’humour… la quête incessante d’un sens à leur destinée enferme les personnages dans un maillage où ils s’engluent. Le collectif tg STAN (ah ! quel superbe accent néerlandais !) s’empare de la pièce avec une inventivité réjouissante, peuvent avoir de volontaire, et rassurant. La mise en scène de Jacques Vincey, d’une épure reposante, s’attache elle aussi à ne rien nommer, à laisser les spectateurs inventer et rêver leurs espaces. Dessous, le bunker, en face, le vide, derrière, le mur, et puis les portes closes, le monte-plat où on s’immisce, une piscine tracée sur le sol : un huis clos où la sensation d’enfermement vient non du resserrement, mais du vide. Sensation spatiale qu’il communique aussi aux acteurs, qui jouent peu, évacuent tous les gestes de violence extrême que le texte évoque pourtant, incarnent des vivants à peine animés de vie, comme éteints. Procédés un peu systématique qui lasse l’attention par endroits, mais dont Anne Sée et Frédéric Girotrou s’éloignent parfois avec de beaux fracas. Trop peu nombreux, sans doute. AGNÈS FRESCHEL Jours souterrains a été joué au Pavillon Noir dans le cadre de la programmation des ATP d’Aix Pierre Grosbois en la sortant définitivement du théâtre psychologique qui l’a vue naître. Le décor multiplie les objets du quotidien disséminés sur le sol nu de la scène, machine à café, toaster (on respire d’ailleurs l’odeur du pain grillé), robot mixer… Toujours en décalage, les comédiens instaurent une circulation dynamique du texte, les rôles passent de l’un à l’autre avec une virtuosité jubilatoire. Le lyrisme du texte original est visité avec une bienfaisante dérision, un second sens qui réactive la pièce, instaure une vraie complicité avec le public, grâce à une escalade vertigineuse du jeu. Un régal, dans lequel la finesse du propos de Schnitzler est parfaitement rendue. M.C. Le Chemin solitaire s’est joué les 24 et 25 janvier au Théâtre de Nîmes, et les 2 et 3 février au Bois de l’Aune, Aix Pas si banal Si la haine renvoie à un sentiment extrême de détestation de l’autre au point de se réjouir de ses malheurs (difficile à vivre tous les jours !), l’ordinaire lui instaure la banalité. Rien de banal cependant dans le spectacle Chroniques d’une haine ordinaire. Christine Murillo et Dominique Valadié s’emparent avec une belle verve des textes de Pierre Desproges, dans une mise en scène judicieuse de Michel Didym. On retrouve la causticité subtile des textes d’un auteur qui n’était pas qu’un humoriste. Les deux actrices savent jongler avec les mots, les situations, la cruauté, le désespoir. Ou plutôt son absence, ce sentiment-là manquant Eric Didym d’élégance pour celui qui n’épargne rien ni personne, ni son cancer, ni la mort. Il n’y a plus de limites dans ce passage au crible, cette esthétique du défi. Rire ainsi de tout, même si certains éclats prêtent à des interprétations de mauvais goût… La haine ordinaire est un art difficile, mais sa surenchère outrée se dresse en repart ultime contre le malheur, et le « bonheur est fait des malheurs que l’on n’a pas ». Profondément humain, et étonnant non ? M.C. Chronique d’une haine ordinaire s’est joué du 24 au 28 janvier au Jeu de Paume, Aix
ARLES NÎMES MARTIGUES THÉÂTRE 19 Jean-Louis Fernadez Regards croisés Madeleine est une révoltée, c’est ainsi depuis qu’elle est toute petite. Aussi lorsque son attention est attirée par un entrefilet aperçu sur Internet, l’envie d’en savoir plus va rythmer sa vie sans la quitter un instant. L’info relate la libération de trois jeunes Chinois après 17 ans d’incarcération pour avoir lancé de la peinture rouge sur le portrait de Mao durant les événements de Tian’anmen. Et parmi eux Yu Dongyue, le Yu du titre, rendu fou par l’enfermement et les tortures. Dans sa quête quasi policière de la vérité, pour laquelle elle se replonge dans les 17 dernières années de sa vie, Madeleine (sublime et émouvante Marianne Basler) sera rejointe par Jérémie (Pascal Bongard), un voisin dont la vie a basculé lorsque sa femme l’a quitté, et Lin (Yilin Yang), jeune immigrée chinoise à qui elle donne des leçons de français. Rencontre improbable et fragile que celle de ces trois personnages qui vont développer une relation d’affection et d’antagonisme, chacun se confrontant à ses propres démons, aux possibilités de ses révoltes. Écrite en 2006, la pièce de Carole Frechette précède les révoltes et indignations de tous bords vécus dans le monde ces derniers mois. Mais les questions qu’elle soulève sont intemporelles, et renvoient chacun, sans didactisme aucun, à cette prise de conscience lancinante, cœur de la pièce : la révolte est-elle nécessaire, légitime, salutaire ? La mise en scène très dynamique de Jean-Claude Berutti, artiste associé aux Salins pour deux saisons, fait de l’appartement de Madeleine un espace-temps mouvant qui parcourt les pays et les époques et préserve les moments d’introspection et d’explosion des trois personnages, au fil des pensées de Madeleine. Pour aller à l’essentiel d’un théâtre qui interroge le réel et l’intelligence. DOMINIQUE MARÇON Je pense à Yu a été créé aux Théâtre des Salins, Martigues, les 3 et 4 février Printemps ou hiver ? Deuxième volet du dyptique créé par Antoine Lemaire, Vivre est devenu difficile mais souhaitable est un hymne à la vie délivré par cinq danseurs et comédiens, deux femmes et trois hommes âgés de plus de 70 ans. S’ils comptent leurs printemps (ou hivers, ils ne sont pas tous d’accord) c’est pour mieux clamer leur amour de la vie, de l’art, leur volonté de mourir d’épuisement plutôt que de mourir d’ennui. Ils se dévoilent tour à tour, par vidéo ou sur scène directement, croisent leurs paroles lors d’anecdotes crues, drôles, sensées et toujours percutantes. De dégénérescence il est question, celle du corps et celle de l’esprit, mais mise à distance par un discours énergique et enthousiaste sur la nécessité de créer toujours, de le dire et de le danser. Car tous sont là pour célébrer une jeunesse passée, pas forcément perdue pour autant, le temps d’une danse qui débute sur les notes du Sacre du printemps de Stravinski. Une danse lente qui dit les souffrances d’un corps vieilli, instinctive, sincère, bouleversante. Mais qui dit aussi cette insatiable envie de continuer à faire partie de cette société, malgré elle. DO.M. Vivre est devenu difficile mais souhaitable a été donné le 24 janvier au Théâtre d’Arles X-D.R. ! fk4111 : Figai Névroses en huis clos Bullet Park, banlieue pavillonnaire américaine verdoyante où vivent tranquillement les Nailles, Elliot, Nelly et leur fils adolescent Tony, ainsi que leurs Pierre Grosbois voisins, les Hammer, Paul et Marietta. Mais la tranquillité ne va pas durer. Car Tony, un matin, ne se lève pas pour aller à l’école. La dégringolade est rude pour ces représentants archétypiques de la middleclass américaine de la fin des années 60 qui avaient tout pour être heureux, du gazon sur la pelouse aux appareils électroménagers que la société de consommation balbutiante leur intimait l’ordre de détenir. Mais voilà, ce conformisme rassurant Tony le rejette et sombre dans une profonde dépression. Les voisins, pas mieux lotis, sont animés par la haine. Jusqu’au projet fou fomenté par Paul de « crucifier le rêve américain » sur l’autel du seigneur… De l’univers du roman de John Cheever dont la pièce est adaptée, le collectif Les Possédés retient l’humanité et la fragilité de ces humains traversés par une crise matérialo-existentielle, situations très universelles et intemporelles. La mise en scène de Rodolphe Dana, très rythmée, avec des enchaînements fluides qui font alterner les scènes, laisse libre cours au jeu des comédiens, avec une mention spéciale pour Marie- Hélène Roig, épouse Nailles déjantée et hystérique, et Katja Hunsinger, épouse Hammer désespérée puis enragée. DO.M. Bullet Park a été joué les 8 et 9 février à l’Odéon, Nîmes



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