Zibeline n°48 janvier 2012
Zibeline n°48 janvier 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°48 de janvier 2012

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 7 Mo

  • Dans ce numéro : 2012 en créations.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 76 - 77  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
76 77
76 PHILOSOPHIE PROMÉTHÉE L’homme et la nature : histoire philosophique d’un combat La nature peut être la plus grande ennemie de l’homme ! Aujourd’hui notre relation avec elle révèle surtout notre impuissance à réguler nos modes de production. L’écologie est en effet ce qui permet de produire -même industriellement- sans atteinte à l’environnement, c’est-à-dire au milieu dans lequel vit l’humain. Laisser, un tant soit peu, de bonne santé à la planète, est donc une question d’intérêt. Mais, plus philosophiquement, la nature est aussi cet envers indispensable qui permet à l’homme de penser son humanité ; il y a humanité quand il n’y a plus nature. Il semble que le défi prométhéen ait toujours été ce qui a permis à l’homme de se sentir humain. Car l’homme, c’est la culture. C‘est à dire l’effort, même minime, pour s’arracher du naturel : crier est naturel, parler est culturel ; casser une branche est naturel, fabriquer un outil est culturel ; gratter une paroi est naturel, la peindre est culturel ; mourir d’une blessure est naturel, la médecine est culturelle ; et enfin, comme ça on aura fait le tour, la co-sanguinité est naturelle, l’interdit de l’inceste est culturel. Ainsi ce qui fait l’homme ce sont ces trois dépassements nécessaires et suffisants de la nature : le mot, le geste Léviathan Hobbes X-D.R (art-technique-travail) et l’interdit en général, dont celui de l’inceste est le seul commun à toute l’humanité. Le défi Il n’y a qu’un pas pour que ce dépassement soit assimilé à un combat, et pour que tout ce qui est naturel apparaisse comme devant être défié : la nature devient une tare à combattre, on ne fait pas d’humanité ou d’omelette sans casser les œufs, et pas d’agriculture sans déforestation, pas de villes sans rasage des campagnes, pas d’électricité sans éolienne… bref sans défiguration du naturel. En fait, la Nature a toujours été glorifiée et moralisée pour de mauvaises raisons, comme un état antérieur à l’homme qui serait régulé par le jeu de forces spontanées et innocentes, et existerait préalablement à toute dégradation du fait de l’artifice humain. Un Paradis perdu, en quelque sorte, antérieur au péché originel. Et le grand Rousseau (le paranoïaque, pas le Douanier) n’y est pas pour rien : « Tout est bien sortant des mains de l’auteur des choses, tout dégénère entre les mains de l’homme. » Ceci dit il s’agit pour lui de rendre hommage à la nature pour prouver que l’inégalité entre les hommes n’est pas naturelle mais culturelle et sociale. Dans le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, Rousseau réussit le tour de force d’inscrire à jamais ce fait dans la pensée humaine. Pour cela il remonte à un temps présocial, pour voir ce qu’il se passait. D’où le fameux « état de nature » qui est en fait une hypothèse de travail. Car Hobbes, un siècle avant Rousseau, avait montré qu’avant la société c’était la guerre de tous contre tous : il n’aurait pas fait bon vivre dans cet état naturel puisque, sans loi, les hommes se volent et s’entre-tuent. L’homme étant violent par nature, Hobbes mettait en place le Léviathan, ce monstre froid pour calmer tout le monde : l’État. Le génie de Rousseau fut de revisiter Prométhée à Tchernobyl X-D.R cette nature violente de l’homme. D’abord, en affirmant que dans l’état de nature il n’y a pas de propriété donc que les hommes ne peuvent se voler : si je vois un pommier avec des pommes et que j’ai faim je prends une pomme et je la mange, je ne vais pas dire « ce pommier est à moi » … Ensuite en avançant que les hommes sont par nature solitaires, et que c’est la société qui les rend sociables : la famille n’est pas naturelle, à commencer par l’idée de rester avec quelqu’un toute sa vie. Ainsi la nature de Hobbes est déconstruite. Les hommes sont par nature libres, bons et heureux, c’est la société qui les rend méchants. Si « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit » c’est que par nature ils le sont, puisque le mot vient du latin nascor, naître. On comprend alors que politiquement la nature soit une référence. Mais elle n’est pas pour Rousseau une finalité. C’est le méchant Voltaire qui dira de lui : « On n’a jamais mis autant d’esprit à rendre les gens bêtes et à vous lire il nous prend l’envie de marcher à quatre pattes. » Pour Rousseau il faut repenser un système social afin d’empêcher toute inégalité : hors de question de rester des « bons sauvages ». Art ou hasard Mais le vrai problème de la nature pour l’homme est en fait son artificialisation à la même époque. Les philosophes du 18e siècle vont tous voir de l’art dans la nature, plus perfectionné que l’art humain : « Si tu considères seulement la formation d’un insecte, d’un épi de blé, tout te paraitra de l’art » (Voltaire, Dictionnaire philosophique). Un regard anthropomorphique s’empare de la nature, y projetant des intentions humaines. Mais voilà, la nature n’est pas bien faite parce qu’elle n’est pas faite du tout ; il faudra attendre le 20e siècle et les progrès de la biologie pour comprendre la nature et le vivant en particulier comme le fruit d’un immense hasard : plus besoin d’architecte et de créateur comme le croyait même le grand Newton. Si des espèces vivantes existent qui semblent si bien faites (« le miracle de la vie » !) c’est quelle sont chanceuses : 99% de ce qu’a fait la nature depuis le départ de la vie a disparu. Parce que la nature fait mal, qu’elle gaspille, que c’est une immense loterie à perdre. Et la si belle perle n’est qu’une horrible maladie de l’huître ! RÉGIS VLACHOS PS : Dans le prochain numéro nous nous intéresserons à l’écologie politique chez Marx…
DOMINATION MASCULINE PHILOSOPHIE 77 La sociologie à l’épreuve des planches Lorsqu’un metteur en scène de théâtre s’empare des sciences humaines pour en « redistribuer les outils » à son public, on s’attend à le voir dégainer l’artillerie lourde de la sociologie et de l’histoire. Or la stratégie pédagogique de Jérémy Beschon tient plutôt du couteau suisse : un petit format pour ne pas rebuter l’esprit, mais efficace et multifonction, sans sacrifier la rigueur. Aussi quand il s’est mis en tête d’adapter La Domination Masculine de Pierre Bourdieu, c’est à l’une de ses disciples, Tassadit Yacine-Titouh, qu’il a fait appel. Directrice d’études à l’EHESS, cette anthropologue travaillant sur les sociétés berbères s’est prêtée à nos questions après la représentation du 8 octobre à l’Alcazar. Zibeline : Vous-même, en tant que femme et chercheuse, avez-vous été confrontée à la domination masculine ? Tassadit Yacine-Titouh : Toute ma vie, et cela continue. Même si on peut dire aujourd’hui que j’ai atteint une position dominante, j’ai été freinée tout au long de mon parcours, j’ai continuellement bataillé. Il s’agit d’une attitude déterminée par l’enfance, ce que Bourdieu appelait un habitus. Originaire d’Algérie, j’ai grandi pendant la guerre, et lorsqu’on lutte pour sa survie au jour le jour, la combativité vient naturellement. On le voit bien dans l’ouvrage : les femmes qui ont du pouvoir ont dû l’extorquer 1. Qu’est-ce qui vous a amenée à participer à une pièce de théâtre ? À travers Bourdieu, Jérémy Beschon a La Domination Masculine Francois Fogel découvert mes travaux sur la socioanthropologie des affects et les relations hommes/femmes. Je m’intéresse aux sentiments, pas seulement à la domination, car il y a d’autres éléments forts qui interviennent dans les rapports humains. Les exemples choisis par l’actrice (Virginie Aimonendlr) sont parlants, compréhensibles ; c’est important car le socle théorique est complexe, et si on ne connaît pas bien l’œuvre de Bourdieu on risque de passer à côté. Nous allons poursuivre notre collaboration en travaillant sur les mythes kabyles, notamment le bestiaire qui illustre la complexité du pouvoir, des hiérarchies : la force du lion ne peut rien faire sans l’intelligence du chacal, par exemple, il est bon de se le rappeler ! Le pouvoir est-il masculin ? Indéniablement. Même lorsque les femmes prennent le pouvoir, elles s’inspirent du modèle masculin. Pour trouver un modèle féminin, il faudrait reformater complètement la société actuelle, effacer la culture existante et lui en substituer une autre, réfléchir à grande échelle à notre vision de la compétitivité, de la mixité, du maternage, du paternage... Dans ce domaine nous sommes tributaires des médias, de la publicité et de la pornographie, qui véhiculent une image des femmes réifiée, chosifiée. Mettre Bourdieu en scène réveille un grand nombre de questions essentielles. ENTRETIEN RÉALISÉ PAR GAËLLE CLOAREC Manifeste Rien 1 Définition du Petit Robert pour « extorquer » : obtenir quelque chose sans le libre consentement du détenteur (par la force, la menace ou la ruse) À voir La Domination Masculine Collectif Manifeste Rien d’après Bourdieu le 5 mars Une histoire populaire des États-Unis Collectif Manifeste Rien d’après Howard Zinn, ed Agone (voir Zib’15) le 6 fév Friche du Panier, Théâtre de Lenche, Marseille 04 91 91 52 22 www.theatredelenche.info SURABAYA SOLANGE TRIGER Peintures Du samedi 18 février au samedi 28 avril 2012 Espace d'art Le Moulin 6, avenue Aristide Briand - 83160 La Va lette-du-Var Dit mardi au vendredi de 15 h à 16h, Samedi de10h 12hetde15ha1$h- Entre lihre 04 44 23 36 49 - LerrlouLinFOlaMalalté83,Fr Affaires CuLtureLlFs 0494 23 6Z 06 111 cuLtu refdLavatette83.fr - nww. LauaLetle83_ir



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Zibeline numéro 48 janvier 2012 Page 1Zibeline numéro 48 janvier 2012 Page 2-3Zibeline numéro 48 janvier 2012 Page 4-5Zibeline numéro 48 janvier 2012 Page 6-7Zibeline numéro 48 janvier 2012 Page 8-9Zibeline numéro 48 janvier 2012 Page 10-11Zibeline numéro 48 janvier 2012 Page 12-13Zibeline numéro 48 janvier 2012 Page 14-15Zibeline numéro 48 janvier 2012 Page 16-17Zibeline numéro 48 janvier 2012 Page 18-19Zibeline numéro 48 janvier 2012 Page 20-21Zibeline numéro 48 janvier 2012 Page 22-23Zibeline numéro 48 janvier 2012 Page 24-25Zibeline numéro 48 janvier 2012 Page 26-27Zibeline numéro 48 janvier 2012 Page 28-29Zibeline numéro 48 janvier 2012 Page 30-31Zibeline numéro 48 janvier 2012 Page 32-33Zibeline numéro 48 janvier 2012 Page 34-35Zibeline numéro 48 janvier 2012 Page 36-37Zibeline numéro 48 janvier 2012 Page 38-39Zibeline numéro 48 janvier 2012 Page 40-41Zibeline numéro 48 janvier 2012 Page 42-43Zibeline numéro 48 janvier 2012 Page 44-45Zibeline numéro 48 janvier 2012 Page 46-47Zibeline numéro 48 janvier 2012 Page 48-49Zibeline numéro 48 janvier 2012 Page 50-51Zibeline numéro 48 janvier 2012 Page 52-53Zibeline numéro 48 janvier 2012 Page 54-55Zibeline numéro 48 janvier 2012 Page 56-57Zibeline numéro 48 janvier 2012 Page 58-59Zibeline numéro 48 janvier 2012 Page 60-61Zibeline numéro 48 janvier 2012 Page 62-63Zibeline numéro 48 janvier 2012 Page 64-65Zibeline numéro 48 janvier 2012 Page 66-67Zibeline numéro 48 janvier 2012 Page 68-69Zibeline numéro 48 janvier 2012 Page 70-71Zibeline numéro 48 janvier 2012 Page 72-73Zibeline numéro 48 janvier 2012 Page 74-75Zibeline numéro 48 janvier 2012 Page 76-77Zibeline numéro 48 janvier 2012 Page 78-79Zibeline numéro 48 janvier 2012 Page 80