Zibeline n°48 janvier 2012
Zibeline n°48 janvier 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°48 de janvier 2012

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 7 Mo

  • Dans ce numéro : 2012 en créations.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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74 HISTOIRE MUCEM MONTMAJOUR Regards croisés sur l’Algérie du MuCEFL'1'e[rLmS< de memalYes, gLCCStICYLs tlQ front féTf APv'NIF A1[IQull, } [lAP[[CIIAI..f.5tL'+,*'McjrFlXrImr'Gry..fi. ; [r 4'5,5". Pour cet entretien, Thierry Fabre avait invité Alexis Jenni, dernier prix Goncourt pour son Art français de la guerre, et Sofiane Hadjadj, fondateur de la maison d’édition algérienne Barzakh (voir p.73). Le propos liminaire précisait qu’ici, il s’agissait de visiter l’histoire de la guerre d’Algérie au prisme de la littérature, en commençant grâce au concours de l’INA par le témoignage de Kateb Yacine lors de l’émission « Lecture pour tous » en 1956 : il existait alors une littérature algérienne au son français, dont le plus célèbre représentant était Camus, et une prise de conscience avait lieu, avec des auteurs nouveaux qui ont écrit une Algérie différente, plus réelle. Sofiane Hadjadj, prenant la parole, témoigna de l’impact de Nedjma, le roman de Kateb Yacine. Ni pamphlet, ni histoire, il explore les fondations de la nation, en pleine guerre. Prise de conscience, il fait émerger la complexité des origines et la volonté de faire résonner une voix autre que celle, propagandiste, du FLN. De fait, la littérature introduit à la compréhension de la guerre. Alexis Jenni pour sa part précise son absence de lien personnel avec les événements algériens : il se situe comme un personnage décalé qui regarde un conflit important, violent, dont la marque est encore très vive dans le vécu des Français. Ce « pas de côté » fait selon lui l’intérêt de l’œuvre romanesque : L’art français de la guerre veut montrer la grandeur et le ridicule du moment. La littérature est également essentielle dans la composition du personnage historique central, côté Français : De Gaulle ! Selon lui il a agi comme Adrien Joly un romancier, a créé la France d’après 1940, l’a emmenée à Londres, puis l’a ramenée, devenant ainsi incontournable. Complexité Selon Sofiane Hadjadj, le personnage central de L’Art français de la guerre, Victorin Salognon, rend compte de la contradiction de cette France gaulliste et de ses rapports avec l’Algérie. Résistant puis oppresseur, il pose la question du sens du combat : doit-on trahir ses amis (les harkis) ou son pays ? Le roman évoque des acteurs comme Hélie Denoix de Saint-Marc qui refuse l’abandon et se plonge contre l’autorité, contre De Gaulle dans le putsch des Généraux, en 1961. Toute autre est l’attitude du général la Bollardière : son refus de la torture et des atrocités l’amène à prendre ses distances, à démissionner de l’armée, à s’engager enfin sur la voie de l’antimilitarisme et de la non-violence. Pour Alexis Jenni, chacun doit se détacher du groupe, le quitter, ce qui n’est jamais simple ! Il insiste aussi sur la « pourriture coloniale », l’attitude qui consiste à séparer les hommes en races, à utiliser la violence pour entériner les faits. Le « fait colonial » est un cadavre qui pue dans les placards de la France. Mais ce fait a longtemps donné l’occasion de décrire un peuple algérien martyr et résistant, une envolée manichéenne d’opprimés et de libérateurs. La littérature algérienne actuelle, souffle Sofiane Hadjadj, a rompu ce mythe, elle a réintroduit de la complexité. L’Algérie ne se réduit pas à une définition arabo-musulmane, ni à l’unité du combat anticolonialiste. Des berbères aux romains, des luttes et des meurtres fratricides pendant la guerre d’indépendance, l’Algérie est un mélange complexe. La compréhension de ces influences diverses, essentielle pour le pays, s’exprime bien dans l’acceptation, comme patrimoine national, du bâti colonial par exemple : Hadjadj raconte, mutin, que l’architecture urbaine coloniale, omniprésente en Algérie, n’était pas enseignée jusqu’à peu à l’école d’architecture d’Alger ! Kateb Yacine ne considérait-il pas la langue française comme un « butin de guerre », et ne défendait-il pas d’arrache pied la langue berbère ? L’enjeu actuel, pour la littérature algérienne et pour l’Algérie, est bien de renouer avec la complexité, et de tirer tous les fils qui donneront une nouvelle forme au roman national. La reconnaissance officielle de la langue berbère dans la constitution montre qu’elle est sur le bon chemin. RENÉ DIAZ Simplifications Si le roman d’Alexis Jenni ne manque ni de souffle ni d’intérêt, quelques simplifications dans son discours étonnent : débarquant à Marseille il en loue le caractère pittoresque et différent, image d’Epinal qui ne cesse de coller aux semelles d’une ville embourbée dans sa pauvreté qu’on lui brandit à la face comme un prétendu atout… Présentant de Gaulle comme celui qui seul a sauvé l’honneur de la France occupée, il omet les Résistants… Affirmant qu’il faut mettre au jour les fantômes enfouis de l’histoire, pour laisser s’évanouir les non-dits, il oublie que certains servent aussi de porte-drapeaux, que les spectres aussi rôdent qui ravivent les guerres pour peu qu’on les exhume sans précaution. Enfin, présentant la littérature comme celle qui fait « un pas de côté » et permet ainsi de comprendre le réel, il passe sous silence le recul constitutif des historiens, et fait mine d’ignorer à quel point le fait littéraire est ancré, plus profondément que l’histoire, dans le réel de la chair, du vécu et de la langue. Simplifications étonnantes, qui n’enlèvent rien à son talent de romancier ! A.F. Écrire l’Algérie, entre littérature et histoire a eu lieu le 13 déc à l’Alcazar, Marseille dans le cadre des Mardis du MuCEM Pastoralisme S’interrogeant sur la relation entre activités humaines et paysage, les auteurs de Pastreja, Paysage et Pastoralisme présentent des vues de la Camargue, des Alpilles, de la Crau, du Comtat, de la Montagnette en les mettant en relation avec l’élevage, le pastoralisme, la transhumance… Ils montrent combien le travail des bergers a modelé le paysage lui accordant son originale beauté. Ils insistent sur la nécessité vitale de la conservation d’un tel type d’exploitations afin de préserver le caractère de ces paysages. Les photographies de Lionel Roux, spécialisé dans la photographie des peuples nomades, composent avec les textes de Jean-Claude Duclos, conservateur en chef du patrimoine honoraire et de Patrick Fabre, ingénieur agricole de la chambre d’agriculture des Bouches du Rhône et directeur du musée de la transhumance de Saint- Martin de Crau éclairent avec justesse le propos, alliant commentaire savant et beauté des vues. Une grande partie des photographies de l’ouvrage et leurs textes sont exposés dans le bel Leader Pays d'Arles Lionel Roux Maison de la Transhumance écrin de l’Abbaye de Montmajour. On ne regarde plus les paysages de la même manière au retour ! MARYVONNE COLOMBANI Exposition Pastreja jusqu’au 18 mars Abbaye de Montmajour, Arles 04 90 54 64 17 http://montmajour.monumentsnationaux.fr Pastreja paysages et pastoralisme en pays d’Arles Images en Manœuvre, Maison de la Transhumance, 35 €
I ÉCHANGE ET DIFFUSION HISTOIRE 75 Histoire Nicolas Offenstadt David Balicki et Vérité Pour le médiéviste Nicolas Offenstadt, il n’existe pas de Vérité mais des questions sur la vérité ! Mais si chaque époque produit sa vérité, celle-ci est-elle une fiction ? L’historien en est-il réduit au rôle de romancier du passé ? Peut-il être objectif ? Depuis longtemps débattues par les historiens, ces interrogations sur la place de l’histoire et la qualité du savoir produit se fondent sur le fait qu’un ensemble d’obstacles théoriques empêchent l’établissement de la vérité du passé. En effet, il est impossible de connaître avec certitude la réalité qui se cache derrière les mots : la vigne du Moyen-âge n’est en rien la nôtre et pire, on ignore ce qu’elle est ! Impossible aussi de combler l’absence de documents ou de comprendre des phrases trop complexes. Les récits d’un événement peuvent être multiples et contradictoires. Dans son Arnaud de Brescia, Arsenio Frugoni superpose les récits pour fournir autant de points de vue légitimes. Nouvel obstacle, formulé par Foucault : il n’est pas de discours qui ne soit un reflet du pouvoir. L’historien, otage, produit une vérité compromise. Partialité encore avec les oubliés de l’histoire : les classes populaires ne surgissent que dans les années 60 ; les femmes, encore après ! Enfin, pour certains, notamment anglo-saxons, l’histoire n’est qu’un récit : elle appartient au genre littéraire et ne peut être regardée comme science. Le passé, connu par toutes sortes de fictions, ne peut engendrer une histoire supérieure à ses fictions. C’est donc un bilan très sombre que l’on pouvait faire avec notre conférencier : tout se vaut et rien ne peut être attesté. Dans un cadre privé, cela n’aurait guère d’importance mais dans l’espace public ? Peut-on estimer que le négationnisme a la même valeur que les témoignages des déportés ? À poursuivre dans cette voie, la raison vacille. Comment déterminer des valeurs, juger des comportements, établir des faits ? Heureusement, Nicolas Offenstadt ne s’en tint pas au constat et proposa une alternative : il existe une vérité historienne ! On peut lever les doutes sur les morts du métro Charonne, le 8 février 1962. Alain de Werth a montré, au cours d’une enquête approfondie, que les neuf morts étaient victimes de la répression de la police. L’historien, s’il veut faire son métier, doit administrer la preuve de ce qu’il soutient ! En citant ses sources, il donne les moyens d’une contradiction. L’erreur peut être décelée ! Le travail historien est régi par des règles, par un cadre. En rupture avec son passé, l’histoire doit désormais abandonner l’idée de formules générales définitives : « le féodalisme c’est... ». Modeste, elle se contentera d’énoncés plus restreints : « le féodalisme méditerranéen c’est... ». Ces vérités produites restent toutefois le consensus de ceux, comme le dit Gérard Noiriel, « qui construisent la vérité de la même manière ». Si une vérité est possible comment peut-on en user ? L’obligation, faite aux professeurs d’histoire, d’une célébration normée de la mort de Guy Moquet fait réfléchir ! Nicolas Sarkozy a voulu en faire un symbole du patriotisme et du sacrifice mais il a volontairement oblitéré ce qui déterminait l’existence du jeune résistant : son engagement communiste. En usant de Guy Moquet à sa convenance, en le dépouillant de sa réalité historique, Sarkozy participe aux usages délétères de l’histoire. L’historien ne peut s’aventurer sur ce terrain. Son rôle doit se borner à fournir un cadre de lecture et de compréhension, non à fournir un point de vue. Il doit décoder, par exemple, le contexte de la condamnation des mutins de 1917, pas les juger positivement ou négativement. Ainsi, sa place n’est pas dans le prétoire : expert, il deviendrait caution, sa présence étant le résultat d’une demande du pouvoir, pas l’aboutissement d’un questionnement scientifique. L’histoire doit-elle disparaître de l’espace public ? Nicolas Offenstadt ne le croit pas ! L’historien doit donner les armes de la critique aux citoyens. Il doit rendre ses travaux accessibles. Il doit s’efforcer de livrer toutes les lectures possibles et affirmer les faits tels que les archives les attestent. Histoire scientifique et citoyenne ? À entendre Nicolas Offenstadt, on comprend mal pourquoi elle est devenue optionnelle pour les élèves de terminale scientifique ! RENÉ DIAZ L’historien produit-il la vérité du passé ? par Nicolas Offenstadt a eu lieu le 15 déc à l’Hôtel du département, Marseille dans le cadre d’Échange et Diffusion des Savoirs



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