Zibeline n°48 janvier 2012
Zibeline n°48 janvier 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°48 de janvier 2012

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 7 Mo

  • Dans ce numéro : 2012 en créations.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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72 LIVRES LITTÉRATURE Verroterie Scintillation est un ouvrage étrange, au titre particulièrement bien choisi. Il évoque l’éclat d’une verroterie chapardée par une pie, quelque chose de vain et de précieux à la fois... La vie sur une presqu’île empoisonnée par les relents d’une usine chimique désaffectée, la démission lamentable des adultes, l’errance affective des jeunes, et un mystérieux serial killer qui exécute presque tendrement son rituel malade. John Burnside est un poète reconnu en Écosse, il distille à merveille le malaise contemporain de la résignation : dans son univers pourtant non dénué de chaleur et d’intelligence, les fantômes, la cruauté et l’absence l’emportent sur l’humanité. On peut y voir une parabole de notre triste façon de crever en charentaises, hypnotisés par la télévision, léguant à nos enfants un monde désenchanté et brutal car ce contexte de mafia locale, de policiers complices, de population rongée autant par les pathologies chimiques que par la lâcheté n’est pas si éloigné du nôtre... On peut y voir aussi quelque chose qui n’est pas tout à fait là, une menace, un abîme au bord duquel nous retiennent encore les livres, et un amour puissant de la beauté. GAËLLE CLOAREC Scintillation John Burnside Métailié, 20 € Candide au Cameroun Pauvre Marc ou « Mike », léger strabisme vocal qui permet à l’auteur de n’être ni tout à fait le personnage, ni vraiment un autre... Le voilà prêt à en découdre virilement avec les charmes tant vantés de l’Afrique éternelle : à lui les petites anglophones (sans capote/full contact) à peau noire, à lui la pacification culturelle à la tête de l’Alliance Française de Buea (capitale économique endormie au pied du volcanique Mt Cameroun) à lui le frisson de l’Homme Blanc au cœur des ténèbres... L’épreuve de la première de couverture passée, la moitié du roman lu narines pincées apporte son lot d’irritations et sa dose de malaise : qui parle et que dit ce quinquagénaire sur un pays vu par le petit bout de la braguette qui n’ait déjà alimenté la bourse aux lamentations sur le choc des cultures et le continent en perdition ? Et puis le poison de l’écriture dense et nerveuse agit ; la moisissure de la salle de lecture aux six étudiants inscrits ; la barge échouée sur les rochers, antre sonore des ensorceleuses mamiwatas (sorcières de la mer) ; le tragi-comique chemin de croix du petit homme caracolant sur sa moto aux fesses de la flamboyante Gloria aux lunettes Dior de facture chinoise tel un Des Grieux cédant encore et encore aux sortilèges de sa Manon ; sa lucidité effarée sur son rôle de « sponsor » ou de « papa sucre » , sa fragilité de représentant d’une époque révolue ou d’une culture vaine (très drôles, les ruses du paternalisme éclairé pour amener la bombe sexuelle à la lecture) et surtout la chronique simplement journalistique d’une semaine d’émeutes ou de la violence des rapports quotidiens, font de cette épopée minable un récit initiatique aigredoux coupant la route à toute forme, même mineure, d’angélisme... MARIE-JO DHÔ Les Mamiwatas Marc Trillard Actes Sud, 21 € HARC rwuaula Les mamiwalas Ligne claire La nouvelle c’est court et pas bavard ; ça vous balade vers l’essentiel et vous conduit très vite vers la chute ou la sortie ; pas chez Mingarelli qui dans cette forme narrative semble encore ralentir le temps et suspendre le sens comme pour créer des trappes à émotions, déjà explorées dans ses précédents romans, encore plus efficaces ici. L’air de rien, ils ne font que passer, chargés de leur petite averse : l’auteur se déleste avec lenteur et précision de son orage menu, de plus en plus ténu et fugace, mais dont les gouttes mouillent durablement. Pratiquer sans trop de façons la phrase d’une demiligne et laisser proliférer le sujet/verbe/complément sans affectation n’est pas donné à tout le monde ; la manière Mingarelli est connue : tous ces « il » et ces « je », hommes sans femme, garçons sans mère, souvent sans nom, perdus entre nulle part et ailleurs, en quête d’un peu de beauté, d’amour ou de paix sont autant de figures autour desquelles se noue ou plutôt flotte le récit ; fables qui captent un moment (La beauté des choses) un sentiment inavouable (l’enfant saisi d’horreur au contact de l’ami dont la mère vient de mourir) ou une quête énigmatique (pourquoi le personnage central de Pas d’homme, pas d’ours s’isolet-il dans la neige et dans le froid ?). La nouvelle éponyme, la plus longue, ouvre sur d’autres horizons et d’autres temps à partir de la mort en pleine rue d’un inconnu et surtout de ses dernières paroles. Plus banalement pathétique, ce dernier récit écorne le pacte d’écriture suspendu entre deux silences si subtilement illustré par La Plume, sommet du recueil. Le regard d’une souris mélancolique ou un peu de sciure de mélèze oubliée au fond d’une poche sont autant de signes qu’Hubert Mingarelli nous fait parvenir de son monde poignant et tendre... mais chut ! ! pas trop d’adjectifs ! ! M-J.D La lettre de Buenos Aires (nouvelles) Hubert Mingarelli Buchet Chastel, 15 € HUBERT MINGARELLI ir - rar QE BUENOS. IRES a,
SOFIANE HADJADJ RENCONTRES 73 Un éditeur algérois à Marseille Fondateur avec Selma Hellal des éditions Barzakh en 2000, Sofiane Hadjadj (voir p.74) est aujourd’hui un éditeur heureux : plus de 120 titres au catalogue, des partenariats en France, au Liban, en Afrique… Ce qui lui manque, c’est le temps. Voilà pourquoi il a accepté avec joie de venir en résidence d’écriture à La Marelle. Zibeline : Comment vous définiriez-vous ? Comme un éditeur ? Un écrivain ? Sofiane Hadjadj : Comme un éditeur qui écrit à temps perdu, c’est-à-dire pas beaucoup, car je n’ai pas beaucoup de temps perdu ! L’éditeur est plongé toute la journée dans le travail des autres, parasité par tout ce qu’il lit, ce qui ne facilite pas l’écriture. J’aimerais être comme François Maspero, mon idéal d’éditeur-écrivain. Quel genre de textes éditez-vous chez Barzakh ? Nous éditons environ 15 titres par an ; pour les 2/3, de littérature algérienne contemporaine, en privilégiant les auteurs qui témoignent de l’esprit d’une époque, ceux qui reviennent sur les traumatismes, avec du recul et une exigence formelle. Ces écrivains travaillent à la déconstruction de l’histoire officielle et à l’exploration des recoins, même les plus sombres, de l’identité algérienne. Quels auteurs nous conseillez-vous particulièrement ? J’ai un vrai coup de cœur pour Kamel Daoud, son travail me semble un bon reflet de ce qu’on essaie de faire à Barzakh. Je conseillerais aussi Chawki Amari et Mustapha Benfodil, dont l’Archéologie du chaos amoureux est éditée en français ce moisci chez Al Dante. Pourquoi cette résidence à La Marelle ? Pour fuir un quotidien qui m’étouffe ! Grâce à ces 3 temps (août, novembre-décembre, puis janvier,ndlr), je peux enfin avancer mon « roman méditerranéen ». Il y sera question des tribulations d’un diplomate entre Alger, Tunis et Istanbul ; une évocation sur le mode burlesque des enjeux géopolitiques contemporains. Je profite aussi de ces séjours à Marseille pour participer à des rencontres littéraires. Avez-vous encore le temps de lire ? Bien sûr ; je suis super dépendant et lis beaucoup la nuit. Les Sofiane Hadjadj X-D.R romans d’espionnage, avec leurs questions de trahison et de loyauté, d’identité double voire triple, me passionnent : Le Carré, Littell (le père), Porter, je lis tout… Notre agent à La Havane de Greene est mon modèle pour le roman que je suis en train d’écrire. Si vous voulez, j’écris une chronique pour Zibeline. Pourquoi pas ! PROPOS RECUEILLIS PAR FRED ROBERT Échanges de haute volée C’est à un bien beau set qu’on a assisté à la librairie Histoire de l’œil. Sofiane Hadjadj y animait une rencontre avec Arno Bertina, autour de son dernier roman Je suis une aventure (voir p.71). Et comme Fédérère dans le livre, le jeune écrivain a brillamment prouvé qu’une partie se construit dans l’échange ; qu’il s’agisse de tennis ou d’entretien sur la littérature, le jeu se fait avec l’autre. D’où l’impression délicieuse que chaque question d’Hadjadj permettait à Bertina d’approfondir les enjeux littéraires de son roman. Ainsi la littérature estelle pour lui, comme le tennis ou la moto, comme le jazz aussi, une « pratique érotique », une manière de « se gorger de corps » et de sensations ; et la langue « comme un corps en face de vous » auquel il s’agit de donner vie. Ainsi le livre s’offre-t-il comme un jeu (le tennis encore !) qu’il faut accepter de jouer, qu’on en soit l’auteur ou le lecteur, afin de vivre intensément l’aventure qu’il propose. FRED ROBERT Arno Bertina était le 11 janv l’invité des Escales en Librairies proposées par l’association Libraires à Marseille, en partenariat avec La Marelle Trahison Né en 1935, Robert Littell, ancien journaliste, spécialiste du Proche-Orient et de l’Union soviétique est certainement, avec John Le Carré, le plus grand auteur de romans d’espionnage vivant. Son œuvre fouille inlassablement, depuis près de quarante ans, les arcanes de la guerre froide qui vit proliférer tant de personnages troubles et ambigus dont le credo aura été le double jeu et la trahison. Il était inévitable alors que Robert Littell s’attache à la figure extraordinaire d’Harold Adrian Russell Philby (1912-1988), connu sous le nom de Kim Philby, dont on dit qu’il est le plus grand agent double du 20 e siècle et qui aura été trente ans durant LA « taupe » soviétique nichée au cœur des services secrets anglais. Mais ce qui intéresse ici Littell est de sonder le mystère qui est à l’origine de la « trahison » de Philby. Comment et pourquoi dans l’Europe tourmentée du début des années trente, un jeune homme -pur produit de l’aristocratie britannique, formé dans la prestigieuse Cambridge- est-il recruté par les services secrets soviétiques ? Comment décide-t-on de trahir sa patrie ? De la lutte contre le fascisme et le nazisme jusqu’à la guerre d’Espagne, le roman, à l’image du « travail de renseignement (qui) ressemble beaucoup à l’assemblage d’un puzzle » s’attache à (re)construire la personnalité du jeune Philby en convoquant tour à tour sa maîtresse, son recruteur soviétique, son père -St John Philby, figure s’il en est de la trahison, rival de Lawrence d’Arabie, converti à l’Islam et devenu conseiller du Roi Ibn Seoud d’Arabie-, autant de voix qui, prenant la parole, dessinent en creux le portrait de la personnalité tortueuse du jeune espion en devenir. Mais comme un pied de nez au lecteur, au final Robert Littell d’avancer l’hypothèse : et si la trahison de Philby n’avait été qu’un immense stratagème destiné à berner les soviétiques ? SOFIANE HADJADJ Philby, portrait de l’espion en jeune homme Robert Littell BakerStreet, 21 €



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