Zibeline n°48 janvier 2012
Zibeline n°48 janvier 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°48 de janvier 2012

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 7 Mo

  • Dans ce numéro : 2012 en créations.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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06 POLITIQUE CULTURELLE CULTURES DU CŒUR À l’occasion de son 10 e anniversaire, Cultures du cœur 13 a tenu des Assises professionnelles du Dialogue Culturel et Social aux Archives départementales de Marseille. Une journée fructueuse d’ateliers et d’échanges, qui a soulevé bien des questions… Il est rare de les voir assis aux mêmes bancs que les médiateurs culturels, mais les travailleurs sociaux font un constat qui les rassure : la « sortie culturelle » est un facteur d’intégration irremplaçable, et favorise indéniablement la réintégration sociale des « publics fragilisés » ! Cette vertu bienfaitrice conforte donc les efforts de « démocratisation » des professionnels de la culture. D’ailleurs aujourd’hui chacun semble souhaiter que les publics soient plus nombreux, plus impliqués dans la fabrique même du « culturel », et ses pratiques. Encore faudrait-il s’entendre sur les concepts premiers, et faire une analyse historique exacte. Ce qui ne fut pas toujours le cas lors de cette journée, par ailleurs réjouissante (voir encadré). Accès ou partage ? Qu’est-ce que la culture, tout d’abord ? Visiblement les divers intervenants ne parlaient pas de la même chose ! Si certains voulaient « donner les clefs pour accéder aux grandes œuvres et aux lieux intimidants », d’autres parlaient de partager la culture de chacun, de rendre les citoyens actifs, affirmant que personne n’est éloigné de la culture, parce que tout le monde en a une. Ce qui est vrai, mais relève d’une autre acception du mot culture : de fait, si la Directrice des Archives Départementales se réjouit à juste titre qu’il soit enfin question des Harkis dans ses murs (grâce à une exposition remarquable ! voir Zib’45), renvoyer chacun à « sa » culture n’est pas sans danger, et fabrique peu d’en-commun. Quant aux œuvres d’art et de l’esprit, de quelque provenance qu’elles soient, elles sont difficilement abordables sans explications, ce que les médiateurs savent bien, et qu’ils s’attachent à proposer. Tout en faisant des choix sur ce qu’ils proposent, choix qui ne sont pas sans conséquence dans le monde culturel, qualifié de nombreuses fois, au cours de cette journée, d’« élitiste ». Du prétendu élitisme Si une grande partie de la population française ne va pas régulièrement au restau, ou à l’hôtel, on ne dira pas que c’est parce qu’ils sont élitistes, mais parce qu’ils sont chers. Quel est donc ce reproche d’élitisme, que l’on fait aux artistes et intellectuels ? Certains restent hermétiques, compliquent l’accès à leurs œuvres, et aiment les portes étroites, mais la plupart d’entre eux rêvent d’être compris, lus, vus, entendus par le plus grand nombre ! Et s’il est encore des cérémonials désastreux, dans la musique classique en particulier, les lieux culturels ne sont matériellement pas plus difficiles d’accès que les stades de foot, les codes plutôt plus simples qu’au rugby ou à l’église, nettement moins séparateurs qu’à la mosquée, et les places moins chères qu’à un standup dans un quelconque Zénith. L’élitisme n’est clairement ni dans les prix (du moins dans notre région), ni dans la pratique d’une ségrégation sociale par les acteurs culturels. Le fait que les lieux culturels ne soient fréquentés que par un faible pourcentage de la population (en accroissement constant cependant, ce qui signe est une frustration que l’on n’accepte qu’en pays plutôt une réussite, certes relative, de la démocratisation culturelle…) n’est pas dû non plus, de nos devient vite une humiliation. étranger, et qui dans sa propre langue, ou culture, jours, aux thèmes que les artistes et les intellectuels abordent : si les histoires des riches et des Simplifier ? princes s’étalent sur les journaux « people », il est Faut-il pour autant renoncer aux œuvres complexes plutôt question, sur les scènes, les écrans et dans les et, pour mettre l’art, la philosophie et les sciences conférences, des difficultés sociales, des relations à portée immédiate de tous, concevoir des œuvres économiques, des opprimés de l’histoire, des contes simples et formatées ? Si personne ne semble, sérieusement, prôner cela, la tentation affleure dans qui traversent tous les imaginaires, de nos corps, de nos psychés, de nos représentations communes. Les certains discours. Lors des assises de Cultures du bourgeois sont plus que jamais brocardés sur les Cœur le président de Banlieues d’Europe, Jean planches, sans parler des spéculateurs… Hurstel, appelait de ses vœux une culture plus proche des habitants des cités ouvrières, montrant pour Pourquoi donc le peuple, qui est représenté sur les scènes, ne vient-il pas dans les salles ? C’est qu’il y exemple des parades et des carnavals populaires, souffre toujours le même malaise, qui demeure la racontant comment il avait très tôt renoncé à attirer plus douloureuse des ségrégations symboliques : ne les ouvriers vers Shakespeare. Ulrich Fuchs, Directeur général adjoint de Marseille Provence 2013, pas comprendre ce que les autres partagent, demeurer à la porte du sens parce que l’on ne possède prônait quant à lui le tour de passe-passe, en concevant un itinéraire visant à attirer le plus grand pas les prérequis nécessaires à la compréhension d’une œuvre, voir que les autres rient ou applaudissent ou apprécient des allusions qui nous échappent, parcours d’œuvres contemporaines… Autant de nombre de façon ludique, pour pimenter ensuite leur La culture Entre deux rives YU Si Cultures du Cœur est une association nationale présente dans 47 départements, Cultures du Cœur 13, qui fêtait en novembre son dixième anniversaire, est particulièrement active. Avec ses trois centres (Marseille, Aix et Arles) elle défend un droit fondamental et propose, pour un « accès égal de tous, tout au long de la vie, à la culture », des invitations (offertes par les théâtres, les musées…) et un accompagnement aux publics « en précarité ». Comprenez aux pauvres, bénéficiaires des minimas sociaux, souvent décrochés de toute activité sociale, voire de toute relation humaine. Les bénéficiaires repérés et envoyés par des foyers, centres sociaux, centres de réinsertion et d’hébergement d’urgence… reçoivent un accompagnement particulièrement intelligent, et les groupes, peu nombreux, s’intègrent sans difficulté aux publics habituels. Ainsi, en 2011, 12 000 sorties culturelles ont eu lieu grâce à l’entremise de Cultures du Cœur 13. Une goutte d’eau pour la démocratisation culturelle, mais une œuvre colossale si l’on songe à ce que chacun a pu y vivre, et y gagner. L’association, qui est subventionnée par les collectivités territoriales, et en particulier par la région PACA, au titre de son action culturelle et/ou de la politique de la ville, compte quelques employés mais surtout des bénévoles. Elle est également « pôle de formation pour l’accès à la culture » et travaille à rapprocher professionnels des secteurs sociaux et culturels afin que les propositions faites aux personnes « en situation de précarité » correspondent à leurs besoins, et soient correctement médiatisées. Ainsi les 6 et 7 fév un stage conventionné (280 €, finançables par les OPCA) s’adressant aux médiateurs culturels et relations publiques permettra d’élaborer « une problématique sociale au cœur du projet culturel » en s’interrogeant sur la sociologie de la culture, et en apprenant à connaître le secteur social. Deux autres stages en mars et avril, finançables également par les organismes collecteurs, s’adresseront plutôt aux travailleurs sociaux pour leur permettre de « faire découvrir l’art et la culture » ou d’« élaborer un projet culturel au sein d’une structure sociale ». Autant de ponts lancés entre deux mondes qui se ressemblent mais se méconnaissent ! A.F.
POLITIQUE CULTURELLE 07 Cultures du Coeur 13 et le social démarches généreuses dont on comprend l’intérêt, mais qui aujourd’hui mettent les artistes et les écrivains dans des positions insoutenables. Car pris à la gorge par les difficultés économiques, les éditeurs de romans ou d’essais suggèrent aux auteurs de faire de l’attractif, du polar, du biographique, du pamphlet. Et producteurs de spectacles, jusque sur les scènes les plus subventionnées qui relèvent du service public, demandent aux artistes de faire du lisible, du « tout public », de l’abordable. Si certains s’y plient naturellement, parce que leur univers y correspond, d’autres ne peuvent pas simplifier leur propos, leurs concepts, ou leur langage… Les malentendus Car de nombreux glissements se sont opérés dans le monde culturel, soumis aux lois libérales, et il est urgent de reposer quelques notions de base : une œuvre d’art ou de l’esprit ne vaut pas, sauf hasard, par son impact immédiat. D’une part parce qu’elle peut déplaire à ses contemporains, ou passer inaperçue, et être « belle », d’autre part parce que même lorsque son impact est grand il ne se mesure pas au nombre de ses spectateurs ou de ses lecteurs 1. Un autre glissement provient de l’histoire sacrée de l’œuvre d’art : celle-ci, reliée plus ou moins consciemment à un objet religieux, se comprendrait dit-on par une autre voie que la raison. Par l’émotion, le ressenti, le primitif, la transe, le corps, cet héritage du sacré qui l’habite. Les plus généreux pensent donc que l’œuvre d’art, contrairement aux essais philosophiques ou scientifiques, peut être comprise par tous, qu’il suffit de donner quelques clefs, pour que chacun accède à la Révélation ! C’est oublier l’aliénation. Le public populaire est aliéné, il aime la culture industrielle de masse, parce que c’est celle qu’on a intérêt à lui vendre pour maintenir la paix sociale, et pour qu’il consomme gentiment. Comment imaginer que dans un monde où l’essentiel de l’information est dispensé par des médias privés, des écrans qui diffusent des codes formatés intrusifs, des messages attrayants qui simplifient et vident de sens et de singularité tout ce qu’ils touchent, comment imaginer que dans ce monde, où l’éducation nationale seule demeure un rempart vacillant contre un abominable formatage des esprits, comment imaginer que le monde culturel pourrait attirer un public grandissant ? E pur si muove… Et pourtant il l’attire. Parce que des enseignants courageux font magnifiquement leur boulot. Parce que les médiateurs culturels inventent chaque jour le leur, parce que des associations comme Cultures du Cœur jouent les passeurs, parce que certains décideurs politiques, aussi, des militants, se battent pour que l’esprit demeure vivant. Mais si l’on veut que l’art et la culture deviennent populaires, soient partagés et pratiqués par tous, si l’on veut renouer avec l’idéal qui anima les années 70, c’est l’aliénation de la culture de masse qu’il faut combattre, et non le prétendu élitisme d’artistes et de chercheurs, qui doivent continuer, pour notre bien commun, à travailler sur les ressorts complexes du monde. AGNÈS FRESCHEL Cultures du Cœur 13 04 91 32 64 78 www.culturesducoeur.org 1 Très peu d’Algériens (ou de Français !) ont lu Nedjma en 1956. Pourtant le roman de Kateb Yacine (voir p 74) a indéniablement concouru à l’édification de l’Algérie comme « nation », par sa complexité même, son absence de manichéisme, sa poésie, ses analogies mythologiques, les échos dialogiques qui le fondent… et sont bien loin des descriptions linéaires des romans militants.



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