Zibeline n°47 6 sep 2019
Zibeline n°47 6 sep 2019
  • Prix facial : 2,50 €

  • Parution : n°47 de 6 sep 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (200 x 280) mm

  • Nombre de pages : 64

  • Taille du fichier PDF : 11,0 Mo

  • Dans ce numéro : PMA, enfin !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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56 littérature Rentrée en livres Quelques auteurs de la rentrée littéraire seront présents à Manosque (voir p 16-17), et nous vous conseillons La rentrée littéraire est soumise depuis 15 ans à l’étrange paradoxe d’afficher de plus en plus de titres, et de réaliser de moins en moins de ventes. Responsable de ce changement des usages ? Le numérique, qui attire vers d’autres loisirs, mais permet aussi la baisse des coûts et délais de fabrication de la chaîne du livre. Une facilitation d’impression qui a produit aussi une génération épatante d’écrivains aussi divers Roman fleuve que soit l’embarcation, navire ou barcasse, « Quelle pirogue ou sampan, il me semblait vivre mieux sur quelque chose qui flotte », écrit Patrick Deville au début d’Amazonia. Alors bienvenue à bord d’un texte étrange et envoûtant, pour une navigation dans l’espace mais aussi (et surtout ?) dans le temps. Le principe en est le récit d’une remontée de l’Amazone, d’est en ouest, de Belém sur l’Atlantique à Santa Elena sur le Pacifique. Une traversée du sous-continent latino-américain que le narrateur, passionné d’histoires de paternité et de filiation, de successions et d’écarts, entreprend avec son fils Pierre pour « reprendre cette chaîne des pères et des fils ». Est-ce un récit de voyage ? Une autobiographie ? La couverture annonce un « roman », ce que le texte, fourmillant de dates, de références, de descriptions de lieux et d’espèces, de biographies de personnages célèbres, semble réfuter. Il y a pourtant bien une dimension romanesque dans Amazonia puisqu’« on peut imaginer ces milliers de rivières qui, depuis les deux hémisphères, aussi d’autres lectures... que remarquables...mais qui peine à trouver ses lecteurs. Militante de la lecture littéraire, Zibeline a lu pour vous. Elle vous invite à vous plonger dans ce plaisir subtil, accessible à tous ceux qui refusent le rythme imposé et préfèrent ce qui vous appelle à soi plutôt que ce qui, en s’imposant, fait écran. Des voyages au bout du monde ou au bout de soi, irremplaçables. se rejoignent dans le lit du fleuve quelques degrés sous l’Equateur comme des milliers d’histoires ». Au lecteur d’accepter de se couler dans les méandres du récit comme dans ceux du fleuve et de ses affluents. Car au voyage actuel se mêlent les nombreux vagabondages antérieurs de l’écrivain voyageur, avec leur lot de rencontres, d’anecdotes et de souvenirs, et aussi les périples de tous les autres personnages dont il évoque le destin. Hommes de lettres et savants, explorateurs, aventuriers, cangaceiros et grands libérateurs, ils sont nombreux à prendre place dans ce foisonnant récit qui remonte parfois aux prémices de la colonisation. Un récit vif, « à sauts et à gambades » (le narrateur a d’ailleurs emporté comme viatique une édition complète des Essais de Montaigne), d’un bref chapitre à l’autre, d’une histoire à la suivante comme par association d’idées. Et puis il y a la magie des noms – Manaus, Guayaquil…-, le charme puissant des arbres immenses et des grands fleuves, que Deville communique admirablement, comme il transmet ses inquiétudes face à la disparition de certaines espèces, à la déforestation… Une réflexion on ne peut plus actuelle à l’heure où brûle la forêt amazonienne. FRED ROBERT Patrick Deville sera présent aux Correspondances de Manosque Amazonia Patrick Deville éditions du Seuil 19 €
À peine polar René Frégni a longtemps vécu à Marseille et écrit des polars ironiques, comme habités du regret de ne pas être ailleurs que dans cette ville devenue un enfer. Il en est donc parti. Vers Manosque, vers l’honorable collection « Blanche » de Gallimard, vers des descriptions plus bucoliques et des introspections touchantes où il a pu donner une ampleur différente à son style. Forcément empreint de Giono, celui de Jean Le Bleu, sensuel, attentif aux couleurs et aux formes des choses, des collines, des arbres et des pierres, des hommes aussi, et leurs sourires. Dans Dernier arrêt avant l’automne il renoue pourtant, à peine, avec le noir. Re-naissance Ce sont les épreuves du 100 mètres dos masculin des Jeux paralympiques de 2016 et la médaille d’Or du chinois Tao Zheng qui ont déclenché l’admiration puis la réflexion de Valentine Goby sur le handicap et notre rapport à la norme. Il n’en fallait pas moins à sa perspicacité pour se lancer dans des recherches auprès de spécialistes et à son talent pour imaginer le personnage de François Sandre, ceux de sa famille et ses amis, et nous plonger dans un récit captivant et émouvant. François, beau garçon de 22 ans, un mètre quatre-vingtdix, est électrocuté sur une caténaire au cœur des Ardennes au cours du glacial et catastrophique hiver 56. Grand brulé, sauvé par miracle, il est amputé des deux bras au-dessus de l’épaule, ce qui est presque impossible à appareiller dans ces années cinquante où les techniques ne sont pas encore très avancées. Rétabli mais sans avenir, et souffrant d’une amnésie des derniers mois précédent l’accident, François est tenté par le suicide. Cependant une infirmière l’aide à survivre, puis ses parents, et sa Avec l’isolement d’un monastère abandonné, un cadavre, une jambe arrachée, une nuit de terreur, un interrogatoire. Mais il est évident que l’intérêt n’est pas là  : rien n’importe moins au narrateur, et au lecteur juste un instant tenu en haleine, que la résolution de l’énigme. Qui viendra pas hasard, et ne conclura rien. C’est le rapport à la nature, à l’histoire d’un lieu, à la solitude, à l’amour perçu dans le regard des autres, qui sont la trame d’un roman qui chemine comme un itinéraire vers l’écriture. Il n’est question, au fond, que de cela, et le cadavre découvert dans un cimetière de moine, l’étrange indien artisan, jeune sœur. C’est une visite à l’aquarium de Paris qui éclaircit son horizon  : une murène le regarde de l’autre côté de la vitre. Il décide de nager comme elle et commence des cours à la piscine le soir quand elle est vide. Reprenant peu à peu confiance il fait preuve d’imagination les doux libraires de Riez, le mystérieux propriétaire du monastère, les gitans inquiétants et pragmatiques, sont les ressorts nécessaires qui permettront à l’écrivain de remplir à nouveau ses cahiers longtemps restés vides. Quant au chat, Solex, on entend, basse continue du roman, son ronron permanent, et la chaleur soyeuse de son poil semble prendre corps lorsqu’on tourne les pages. Seul rescapé de l’affaire, l’écrivain l’emmènera avec lui vers un nouveau voyage, l’océan, les gilets jaunes, les ronds-points... un autre rapport, sans doute, à lui-même. AGNÈS FRESCHEL René Frégni sera présent aux Correspondances de Manosque Dernier arrêt avant l’automne René Frégni Gallimard, 16,5 € pour trouver un peu d’autonomie, s’inventer une nouvelle vie grâce à des outils astucieux, des vêtements adaptés et ses contacts avec d’autres handicapés. Valentine Goby nous a habitués déjà à ces personnages résistant aux épreuves, en quête de reconstruction, animés d’un bel amour de la vie. Elle se lance à corps perdu dans ce récit et nous la suivons, haletants. Car le rythme des phrases est celui d’un souffle court, celui de l’urgence. Les mots sont ceux de l’amour d’une mère, de la tendresse d’une sœur, de l’affection d’un père. Elle alterne dialogues incisifs et monologues intérieurs, intervient quelquefois dans le récit pour expliquer sa démarche  : « J’écris sur le pari de vivre », dit-elle. Un bel exemple de résilience. CHRIS BOURGUE Valentine Goby sera présente aux Correspondances de Manosque Murène Valentine Goby Actes Sud, 21,80 € 57



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