Zibeline n°47 6 sep 2019
Zibeline n°47 6 sep 2019
  • Prix facial : 2,50 €

  • Parution : n°47 de 6 sep 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (200 x 280) mm

  • Nombre de pages : 64

  • Taille du fichier PDF : 11,0 Mo

  • Dans ce numéro : PMA, enfin !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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10 actualité culturelle lgbt du sud-est PMA, vers un droit stigmatisant ? Cité Queer Jusqu’au 13 septembre, en amont du débat parlementaire, la commission spéciale sur la loi sur la bioéthique, qui comprend l’ouverture de la procréation médicalement assistée pour toutes les femmes, auditionne. Si le principe semble acquis, la question de la filiation reste discriminante Une famille ordinaire À 31 ans, Annie* et Julie* vont être mères pour la deuxième fois grâce à une procédure d’assistance médicale à la procréation, réalisée en Belgique. Rencontre La nouvelle vient de tomber. Ce sera un garçon. Le deuxième. Le foyer d’Annie et Julie s’agrandit. Un projet de vie devenu évident assez rapidement. « Quand nous avons vu que c’était sérieux entre nous, nous avons voulu fonder une famille. Puis on attendu le bon moment, le confort matériel... » Entre les futures épouses, l’une originaire de Toulouse et l’autre de La Rochelle, la rencontre a lieu de manière assez banale  : sur les bancs de l’université, en master de communication et ressources humaines, à Paris, en 2009. Il y a deux ans naissait Jules*, après une première insémination qui n’a pas fonctionné. À l’origine, Annie et Julie auraient souhaité un donneur de leur entourage qui serait devenu une sorte de parrain de leur progéniture. En vain. C’est donc vers un autre mode de conception et la Belgique que se tourne le couple. Le premier rendez-vous avec la gynécologue a lieu dans une clinique en janvier 2016. « Elle nous a tout simplement demandé ce qui nous amenait », témoigne Annie qui portera le premier enfant. Dès le départ, les futures mamans font le choix d’un donneur unique et se procurent 6 « paillettes » provenant d’un Danois. « La sélection se fait à partir d’un profil psychologique, d’une interview audio et de photos d’enfance du donneur. Il nous a semblé correspondre à nos valeurs. À leur majorité, nos enfants pourront obtenir son adresse si elle est toujours valide. » Pour leur deuxième conception, c’est Julie qui a le ventre rond. Enceinte de quatre mois, elle rejoint son épouse dans une pizzeria du quartier où elle travaille comme responsable de la formation. Des collègues la saluent. Toutes deux membres de l’Association des parents gays et lesbiens (APGL), Annie et JulieL.T elles ne courent pas les manifs et préfèrent « un militantisme du quotidien », alliant transparence et vigilance. « On n’en fait pas un sujet de revendications mais on est aux aguets en cas de situation de sexisme et d’homophobie », résume Annie, qui avoue avoir un portrait de Simone de Beauvoir au bureau. C’est, pour elles, le meilleur moyen de faire évoluer les regards et les comportements, particulièrement dans le monde de l’entreprise. « C’est de l’intérieur qu’on peut changer les mentalités. En montrant que tout est normal », glisse Julie. Quand j’ai demandé à quels jours de congés j’aurai droit quand ma femme accoucherait, mon responsable n’a pas su me répondre. Pourtant, il y a 150 000 salariés dans l’entreprise, je ne dois pas être la première dans ce cas », sourit Annie, chef d’agence comptable. Dans la famille aussi, il a parfois fallu faire preuve de patience et de pédagogie. « Mes parents voulaient juste que je sois heureuse. La pilule est passée à chaque étape. Quand on leur a expliqué que tout était pareil que pour un couple hétéro, ils étaient rassurés. Aujourd’hui, ils sont super fiers », témoigne Julie. Pas si pareil pourtant, quand on y regarde de plus près. « L’officier d’état civil a refusé d’inscrire notre fils sur le livret de famille. Il a donc fallu attendre que la procédure d’adoption effectuée par Julie aboutisse. Pendant un an, ma femme n’était personne et l’enfant n’avait qu’un parent légal », rappelle Annie. La future loi française incluant l’ouverture de la PMA à toutes les femmes devrait régler ce problème. Mais pas tous. « Si le projet passe en l’état, c’est-à-dire avec une mention sur l’acte de naissance qui revient à renseigner sur le mode conception, on continuera de passer par l’adoption sans faire cas de la nouvelle loi », préviennent-elles de concert, pointant « un système patriarcal hétérocentré ». Et d’estimer qu’une telle discrimination (lire ci-contre notre entretien avec le député Pierre Dharréville) devra être portée devant la Cour européenne des droits de l’homme. LUDOVIC TOMAS * Les prénoms ont été changés
« La recherche de réponses collectives et sociales » Entretien avec Pierre Dharréville, député (PCF) des Bouches-du-Rhône, membre de la commission spéciale Zibeline  : 75% des Français sont favorables à l’ouverture de la PMA à toutes les femmes. Votre groupe parlementaire et vous-même êtes-vous d’accord avec eux ? Pierre Dharréville  : L’assistance médicale à la procréation a évolué et s’est développée. Cela nous amène à la repenser, et dans ce cadre nous sommes favorables à l’ouverture de la PMA à toutes les femmes. C’est un débat sensible et nécessaire. La principale association de familles homoparentales revendique la double filiation maternelle dès la conception sans mention du recours à un tiers donneur sur l’acte de naissance. Quelle est votre position ? Avec l’ouverture de la PMA à toutes les femmes, le Gouvernement propose de créer un nouveau mécanisme d’établissement de filiation pour les couples de femmes. Le couple établira devant notaire avant l’accouchement une « déclaration anticipée de volonté » qui serait alors présentée à l’officier d’état civil pour l’établissement de l’acte de naissance sur lequel cet acte serait mentionné. Il y a ainsi deux régimes distincts de la filiation qui sont créés, l’un pour les couples hétérosexuels et les femmes célibataires, fondé sur la vraisemblance biologique, et l’autre réservé aux couples de femmes reposant sur « le rôle accru de la volonté ». Je ne comprends pas cette proposition qui apparaît discriminante. Soutenez-vous la demande de prise en charge par la Sécurité sociale dans les mêmes conditions que pour les couples hétérosexuels ? Je rappelle l’importance d’une prise en charge à 100% par la sécurité sociale pour garantir un égal accès au droit à la santé. Lorsque la Sécurité sociale est fondée, elle a pour objet d’accompagner les personnes tout au long de leur vie et dans les grands évènements qu’elles et ils rencontreront. La conception et la naissance d’un enfant en sont un ! Toutes les femmes, en couples ou célibataires, ont donc droit à cet accompagnement. Pierre Dharréville X-D.R. La parole des enfants nés ou élevés dans ces familles est rarement entendue. Les parlementaires doivent-ils mieux la considérer ? Dans le cadre des auditions menées par la commission, la parole a été donnée à des personnes nées de PMA, des enfants ayant grandi au sein de familles homoparentales, aux associations. Elles et ils ont aussi pu s’exprimer au cours des États généraux de la bioéthique ou au cours de la mission d’évaluation parlementaire qui a eu lieu en 2018. Les témoignages sont éclairants sur la manière dont les choses sont concrètement vécues. Nous devons faire la loi avec tout cela à l’esprit et avec la préoccupation cependant de n’être pas simplement dans des réponses à des volontés individuelles mais bien dans la recherche de réponses collectives, sociales, dont la portée doit toujours être interrogée au regard de l’intérêt général et même, peut-être, de l’idée qu’on peut se faire du processus d’humanisation à l’œuvre. Avec quelle visée et sur quelles valeurs humaines et éthiques votre groupe va tenter d’orienter les débats et le vote final ? La PMA et la filiation focalisent bien sûr une grande partie des débats, mais il y a bien d’autres enjeux. Les progrès techniques et scientifiques vont très vite et impactent fortement notre société, c’est important de les traiter avec le recul nécessaire. Il faut regarder ces enjeux en face et avec prudence, en liberté et responsabilité. En démocratie, ce n’est pas une tâche qui revient aux seuls scientifiques ou praticiens, mais bien à toute la société. C’est important que les citoyennes et les citoyens s’emparent de ces questions. Il est urgent pour nous de penser et construire les nécessaires transformations de la société plutôt que de nous les voir imposer par le capital. La société libérale galvanise la création d’espaces de profit, parfois jusqu’à essayer de formater et d’instrumentaliser les désirs. « Quelle humanité voulons-nous être ? » est la question qui ne cesse de nous accompagner. ENTRETIEN REALISÉ PAR LUDOVIC TOMAS 11



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