Zibeline n°46 novembre 2011
Zibeline n°46 novembre 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°46 de novembre 2011

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 8,4 Mo

  • Dans ce numéro : l'art... chantier permanent.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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90 SCIENCES ET TECHNIQUES LA CHIMIE 2011 année internationale de la chimie… science nourricière, fêtée un an, exploitée toujours ! comme le disait un slogan soixantehuitard à propos du jour des mères… a Bo. i II L f at.u.. elapela/2011 iStockphoto Équations et images C’est à la fin du 17 ème siècle qu’émerge, de l’ensemble des écrits et de la multitude des recettes alchimiques, un regard nouveau mécaniste sur la substantialité du monde. Mais ce n’est qu’au milieu du 18 ème siècle qu’Antoine Lavoisier « comprend » et décrit le phénomène de combustion et donc du transfert de masse dans le processus d’oxydation. Le classement des substances devient possible par ce nouveau regard sur ce qui ne se voit pas mais qui peut s’écrire en équations chimiques. Sur cette base, la chimie se fonde sur une nomenclature strictement écrite du monde. Aujourd’hui, bien que les microscopes Damnée chimie Même si l’étymologie du mot chimie est controversée, ses racines plongent toutes dans la noirceur inquiétante de terres calcinées et de magie… noire. Passé sulfureux L’arabe al kemi viendrait de l’ancien égyptien Khemet, la terre noire. Ce qui trouve écho dans le mot copte chame signifiant « noire » couleur de la terre de la vallée du Nil. Ainsi les usages magiques de la kemi pourraient être, à l’origine imaginaire, de la « magie noire ». Tandis que le grec ancien évoque l’élément liquide, χυμεία, khumeia, « mélange de liquides » (de χυμός, khumos, « suc, jus ») comme eau mère de la science chimique, l’arabe kemi teinterait donc de « magie noire » la future science des substances, en plongeant dans les profondeurs de l’égyptien ancien kem qui désignait aussi la couleur noire. De fait la connaissance se nourrit depuis toujours des opérations de séparation, de différenciation, de distinction des perceptions sensorielles, ceci afin de classer pour mémoriser, et transmettre. Rien d’étonnant donc si ce processus, fondateur d’une logique cognitive, s’est teinté de caractère magique, sinon de religion du moins de fortes superstitions. Déjà les ocres et autres charbons de bois qui teintaient les gravures rupestres étaient les traces de faits de chasse, mais aussi les témoins de la connaissance archaïque des substances colorantes, de leur séparation et de leur purification. Le caractère magique de la gravure rupestre résulte de ce compromis complexe entre le message scriptural et la substance dont il est fait, son tracé, sa persistance. Séparation et écriture L’alchimie naît de cette volonté séparatrice de la connaissance humaine et part de la différenciation des formes perceptibles : l’état solide ou « terre » ; l’état liquide ou « eau » et sa fluidité analogue à la vie elle-même (ce qui fait du mercure métallique le « vif argent », couleur et éclat de l’argent métal et fluidité vivante de l’eau) ; l’état gazeux ou « air » et le « feu » qui constituent les troisième et quatrième Éléments alchimiques. L’utilisation de substances volatiles dans des processus de distillation et de sublimation, permet d’extraire l’« esprit » d’un corps et de l’y réintroduire. Il est médiateur du transfert des substances. Le jeune Aristote et Philippe d’Oponte (l’auteur de l’Épinomis) ajouteront un cinquième Élément, qui est donc la quinte essence (future quintessence) ou Éther ; ce dernier Élément, qui constitue le substrat des corps célestes, n’est pas soumis à la génération et à la corruption, aux changements de qualité ou de dimension. Il se déplace, non en ligne droite comme les autres, mais en cercle. De cette séparation des éléments, à l’origine de toute analyse (littéralement ana-, en retour, -lyse, coupure), naît aussi l’écritureésotérique de transmission de ce savoir-faire. Car l’alchimie est une pratique sans théorie rationnelle, un mélange admirable entre la logique séparatrice humaine, et l’invention poétique d’une méthode et de son écriture. Transcription de ce qui ne se voit pas mais se fait, écriture de « recettes » - au sens de recevoir un don de la nature - dans une langue spécifique qui contient en elle-même son propre développement logique… son propre pouvoir (c’est d’ailleurs exactement ce que l’on retrouve aujourd’hui dans les écrits et les prédicats des gourous de l’économie dite scientifique. Nouvelle magie noire ?) électroniques les plus puissants permettent de « voir » des macromolécules (très gros enchaînements d’atomes) et certains très gros atomes dans des structures cristallines, la connaissance de la structure intime de la matière reste essentiellement scripturale : nous formons nos représentations au travers de médiateurs technologiques complexes qui ne nous permettent que de percevoir puis d’écrire une image instantanée d’un état de l’objet étudié. Spectrométrie de Résonance Magnétique, Spectrométrie de Masse, Raman, Absorption Atomique, Rayons X… nous livrent leurs courbes et autres spectres auxquels nous associons les images des « propriétés » qu’ils nous révèlent. La somme colossale des « publications » scientifiques, digne de la bibliothèque de Babel des Fictions de Borgès, donne une peinture rupestre de l’univers substantiel. Mais qui peut lire cette somme ? Qui peut avoir l’image totale de la substantialité du monde ? Reste à le rêver. Et au travers de nos démarches scientifiques, notre œuvre de fourmi est de dévoiler l’immensité du réel par ce minuscule trou dans le rideau de scène. YVES BERCHADSKY
LIBRE ARBITRE PHILOSOPHIE 91 Élections pièges à con ? Comment comprendre cette phrase ? Est-ce un constat, un projet politique ? Peut-on en imaginer une société politique sans élections ? Pourquoi critiquer les élections ? Sans élections auxquelles tous les citoyens sont conviés, sans suffrage universel quel régime aurions-nous ? Une dictature ou une aristocratie. Vraiment ? D’ailleurs s’il s’agissait vraiment d’aristocratie ce ne serait peut-être pas si mal, puisque les meilleurs (aristos en grec) seraient élus. N’est-ce pas ce qu’on cherche ? En s’entendant sur qui sont les meilleurs, en rajoutant qu’ils doivent penser au bien commun et non au leur ou à celui de leur caste, en précisant encore que les meilleurs ne sont pas des techniciens ou des hommes d’argent, mais des politiques sachant conjuguer la réalité technique et financière en vue du bien social… bref avec toutes ces précautions on pourrait imaginer qu’une aristocratie serait apte à soumettre la technocratie et la ploutocratie (ploutos : la richesse en grec), et agir pour le bien de tous. Pouvoir de l’apparence, apparence de représentation Le problème de nos formes de gouvernement est que ce ne sont pas des aristocraties mais des « eïdocraties » (eïdos : l’image ou l’apparence en grec). C’est là-dessus que les hommes politiques se font élire, sur des programmes dont l’effectivité n’est que d’apparence ; ensuite ils gouvernent en donnant l’apparence de résoudre les problèmes, et en soignant leur image. En fait les prétendues démocraties ont reconduit les aristocraties par le biais d’élections libres. Car nos démocraties modernes ne sont pas au sens propre des démocraties : le peuple n’y est pas représenté. Les exemples de désaccord total entre le peuple et ses représentants sont nombreux, depuis le référendum de 2005 où le peuple s’est prononcé à 55% pour le non quand la représentation parlementaire y adhérait à 90%, jusqu’au peuple grec dont on redoutait qu’il s’exprimât par référendum. Précisément le peuple vote pour des hommes et des femmes qui ne les représentent pas mais qui donnent l’apparence de le faire : des ouvriers, des pauvres votent massivement pour des grands bourgeois qui leur font croire qu’ils les représentent. Comment est-ce possible ? Le sujet est traversé par un imaginaire qu’il pense réel, un système de représentation auquel il est aliéné. Ainsi les sujets citoyens ne votent pas pour leurs pairs ; des ouvriers n’ont pas confiance en des ouvriers pour les représenter ; les femmes n’ont pas confiance ALiJA/2011 iStockphoto en des femmes pour les représenter. On le sait : la domination n’est possible qu’avec la complicité des dominés. Cette aliénation-domination remonte d’ailleurs aux origines du suffrage universel : elle fut bien comprise par les élites politiques de l’époque qui savaient qu’ils pouvaient conserver leur pouvoir avec la confiance du peuple ; ce qui leur conférait plus de légitimité. Historiquement, l’élection par la masse n’a pas souvent modifié la classe politique : elle en a assis et conforté le pouvoir. L’illusion du choix Cette croyance en des élections libres a en fait son fondement (et non son origine) dans l’invention du libre arbitre ; cette idée que le sujet seul peut décider A ou B et manifester une terrible puissance de sa volonté : Il n’y a que la seule volonté, que j’expérimente en moi être si grande, que je ne conçois point l’idée d’aucune autre plus ample et plus étendue : en sorte que c’est elle principalement qui me fait connaître que je porte l’image et la ressemblance de Dieu écrit Descartes dans ses Méditations Métaphysiques. Où il ne parle pas d’élections bien sûr, mais vise simplement à rendre compte de l’erreur humaine : notre intelligence est finie, notre volonté infinie, donc on se trompe, pense Descartes. Son erreur à lui, profonde, est de croire en des facultés distinctes de l’esprit : la volonté est-elle vraiment distincte de l’intelligence comme le pense le philosophe des Méditations ? Et est-elle distincte du choix ? Lorsque j’ai choisi j’ai l’impression d’avoir eu le choix : ce que l’on pourra qualifier d’illusion rétrospective. Ainsi quelques années plus tard Spinoza nous apprend que cette affaire de choix n’est qu’une supercherie : nous faisons des choses parce que des raisons que nous ne connaissons pas nous ont poussés à les faire ; et comme nous ne connaissons pas ces raisons, nous nous inventons une faculté imaginaire, la volonté, comme cause de ce choix : Telle est cette liberté humaine, que tous les hommes se vantent d’avoir, et qui consiste en cela seul que les hommes sont conscients de leurs désirs, et ignorants des causes qui les déterminent, explique-t-il dans la Lettre à Schuller. Donc, notre conscience n’est pas du tout une connaissance de nous-mêmes et du monde : elle n’est qu’un coup de projecteur sur un instant ; elle éclaire l’action, qui n’est en fait qu’un effet. Mais la conscience croit voir, et savoir : ce que je choisis, comme je ne connais pas les causes réelles qui me l’ont fait choisir, je crois que c’est ma volonté qui en est à l’origine. Alors, élections pièges à cons ? Non, mais pièges à consciences, d’autant plus que nous vivons dans une société du spectacle qui falsifie nos désirs, et piège les alternatives. À ce sujet on peut reprendre ce que déclarait Noam Chomsky lors de la publication de La Fabrication du consentement. De la propagande médiatique en démocratie. (Agone 2008, voir Zib’14) : Les élections sont conduites par l’industrie des relations publiques qui marquète les candidats à la manière des spots télés. Le but du marketing est de créer des consommateurs non informés faisant des choix irrationnels. Les mêmes techniques sont utilisées pour saper la démocratie. RÉGIS VLACHOS



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