Zibeline n°46 novembre 2011
Zibeline n°46 novembre 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°46 de novembre 2011

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 8,4 Mo

  • Dans ce numéro : l'art... chantier permanent.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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88 HISTOIRE MdAA ÉCHANGE ET DIFF Le passé restitué Le Musée Bleu bourdonne comme une ruche, derniers coups de marteau, vérification des accrochages, attente de l’arrivée de la table tactile qui a pris du retard, frisson de fête… lié tant à la qualité du travail présenté qu’à la personnalité chaleureuse du maître d’œuvre, Jean- Claude Golvin. Archéologue, architecte, ancien directeur du Centre franco-égyptien d’études des temples de Karnak, directeur de recherche émérite au CNRS… Ajoutez à ce curriculum impressionnant un talent fou, une aisance qu’il exerce avec la simplicité de l’évidence : Jean-Claude Golvin sait faire ressurgir du passé des architectures enfouies, mais aussi les personnes, les attitudes… Ses aquarelles et dessins redonnent vie à l’Égypte ancienne, à la Grèce ou à la Rome antique, entre autres. Tous leurs détails proviennent du savoir savant de spécialistes du monument restitué, d’observations personnelles et de déductions logiques, liées à sa formation d’architecte. Lorsque les données fournies par les restes archéologiques sont trop maigres, il adopte la méthode d’un historien, procédant par hypothèses, étayant par les textes, les documents concernant l’époque représentée. Chaque vue peut en effet être datée. Il n’y a pas de représentation d’une antiquité vague et romancée. JC Golvin situe ses œuvres à telle ou telle période, tient compte des évolutions. Pour faire vivre les lieux, il recherche la solution la plus vraisemblable, la plus proche de la réalité possible. Ainsi, on pourra découvrir, au sol, une immense représentation d’Arelate dont toutes les rues mènent quelque part, et dont le fonctionnement est rationnel. C’est par cette méthode que Golvin arrive à la conclusion que le chemin de halage le long du Rhône se situait sur la rive gauche. C’est un cadeau formidable qu’il accorde au musée en lui léguant la plus grande partie de ses travaux (plus de 1000 dessins originaux, sans compter les dossiers, les esquisses préparatoires). Conscient de la nécessité de garder l’unité de la collection, il veut ainsi la préserver, généreux de ce savoir destiné à former les générations futures. L’exposition Un architecte au cœur de l’histoire se mêle d’ailleurs intimement aux collections permanentes : agrandissements de tableaux, tiroirs comprenant des points de comparaison, cartes (dont une unique, qui évoque l’ensemble du Le theatre vers 10 av JC aquarelle 2011 JC Golvin MDAA editions errance Vue de la ville d’Arles depuis le nord-est, 4e siècle aquarelle 1991 JC Golvin MDAA editions errance monde romain, avec les reliefs et les moyens de communication)… personnages issus de la vie quotidienne avec leurs instruments de travail, table interactive qui permet un approfondissement des connaissances sur le mode ludique… Une salle est consacrée aux mystères de l’atelier du savant, dans lequel son image commente sa méthode ! Un ouvrage remarquable accompagne cette exposition, synthétisant l’œuvre de Golvin, évoquant sa vie, sa démarche, son œuvre, avec des reproductions d’aquarelles et de dessins. Essentiel pour mieux comprendre l’importance capitale de ce travail. MARYVONNE COLOMBANI (20 À voir Jean-Claude Golvin, Un architecte au cœur de l’histoire Musée départemental de l’Arles Antique, Arles jusqu’au 6 mai 2012 04 90 18 88 88 www.arles-antique.cg13.fr À lire Jean-Claude Golvin, Un architecte au cœur de l’histoire Catalogue + DVD Éd. Errance, 29 € L’Histoir des identi Pour commencer son cycle sur « miracles et mirages de la représentation », Échange et diffusion des savoirs avait décidé, le 10 nov, d’inviter Jean-Claude Monod. La conférence, fictionnalisation de l’histoire et construction idéologique des identités collectives, voulait explorer les liens de l’histoire avec la formation de l’identité collective. Si la distinction classique entre histoire racontée, la fable, et l’Histoire comme science, a un sens dans le vocabulaire, notre conférencier refuse cette partition classique : l’histoire est un procédé de narration, une sorte de roman avéré. Il embauche, pour soutenir son propos, Michel de Certeau : l’histoire établit les faits mais sa pratique d’écriture la rapproche de la fiction. De même suit-il Paul Ricœur : l’histoire est une mise en intrigue, une synthèse de l’hétérogène. Sa particularité provient de ce qu’elle a des comptes à rendre à ses lecteurs, et à étayer ses affirmations. De fait la science histoire nait entre la fiction et le mythe. Si dans les sociétés primitives le mythe raconte le temps long et fabrique une histoire propre pour les êtres, l’histoire (enquête en grec) procède d’une ambition nouvelle : connaître le passé proche et la vérité. Pour Thucydide, il faut écarter les mythes et s’appuyer sur les témoignages pour trouver les causes des événements. Hérodote, lui aussi, veut transmettre la mémoire collective. Avec eux, l’histoire devient ce que la société raconte sur elle-même et la description de la relation à l’autre. Elle apparaît comme le constructeur du collectif. Identités collective et individuelle Bien plus tard, Jules Michelet, vrai historien, au motif que la France aurait pour destinée d’apporter la liberté au
QUINSON HISTOIRE 89 Thrillers préhistoriques, ciment tés 111 L+'Jean-Claude Monod X-D.R monde, se retrouve à fonder une mythologie nationale. C’est que l’histoire, même lorsqu’elle devient une discipline scientifique, est occasion d’exaltation. Elle produit le récit national. Elle participe à la construction idéologique des identités collectives. L’identité devient l’appropriation d’une narration du présent par rapport à un passé dont on a privilégié certains moments. L’identité individuelle peut alors se dégager car, comme le souligne Jacques Derrida, il n’existe pas d’identité sans l’autre : tout soi est construit par intégration de la composante étrangère ; tout pays se fabrique à partir d’emprunts aux autres cultures. L’autre n’est pas le même que moi mais un semblable, il n’est pas un absolu mais il entre dans la construction individuelle ou collective. L’identité personnelle, hybride et relationnelle, passe par l’identification partielle avec d’autres : famille, village, le groupe religieux… Cela signifie que l’identité personnelle et l’identité collective sont toujours imbriquées. L’exploration de l’identité personnelle dévoile alors une histoire collective. L’histoire-science, en ce qu’elle met en scène un passé, produit une fiction vraie qui assemble les individus épars dans l’histoire collective. Que conclure ? Que supprimer l’histoire en terminale S permettra sûrement de renforcer le projet d’une société hyper individualiste ! RENÉ DIAZ Si le terme « histoire » vient du mot grec qui signifie enquête, et institue le savant en détective, à l’instar d’un Hérodote, le spécialiste de préhistoire, lui, prend des allures de super Sherlock Holmes : les documents, les indices par leur rareté, leur difficulté d’interprétation constituent un jeu de pistes complexe et délicat. Une aventure bien éloignée de celles d’Indiana Jones à qui il suffit de trouver un vestige pour en déterminer la fonction et l’époque sourit Caroline Luzi, commissaire de l’exposition qui marque les dix ans du Musée de la Préhistoire des Gorges du Verdon : D’Homo Georgicus à Ötzi, l’homme des glaces. Une exposition particulière, qui rend aussi hommage au premier directeur du Musée, Jean Gagnepain, disparu trop tôt, sous forme d’une sélection des expositions marquantes : l’ancêtre sapiens, l’art et l’apparition de la métallurgie qui clôt les temps préhistoriques avec l’homme d’Ötzi, objet de la première exposition en 2001 et dont on fête les 20 ans de la découverte. Un musée grotte Le premier pan de l’exposition est consacré à l’histoire du musée, sa conception par Lord Norman Foster. Parfaitement intégré au paysage, jouant entre les courbes et les contre courbes, avec son atmosphère de grotte, le musée est d’abord celui d’un territoire : les habitants se sont impliqués dans les fouilles bien avant les années 50 (en 1946, Bernard Bottet effectue des sondages archéologiques sur le site de la Baume Bonne). Un maillage s’est tissé entre la commune, le département le conseil général et EDF. En effet, la création des barrages sur le Verdon fut déterminante : en prévision des travaux une campagne de repérage des grottes en aval des futures retenues d’eau est lancée par EDF… plus de 60 gisements préhistoriques sont découverts et fouillés. En rappel, les maquettes des barrages avec leurs étonnantes fondations… Reconstitutions Consacrée au remodelage des traits perdus, la dermoplastie s’appuie sur l’observation anatomique, l’étude des muscles, l’établissement de mesures moyennes. Recherche de l’exactitude scientifique et objet esthétique à la fois, cette discipline est de fait marquée par son époque : ainsi, on peut comparer la représentation de l’homme de Néandertal de 1927, lourd, bestial, avec une connotation raciste, à celle d’aujourd’hui, aux traits « saisissants d’humanité » ! Imaginaire et représentations du passé se liguent parfois contre l’objectivité scientifique. Actuellement, la subjectivité reste attachée à ce que l’on ne peut démontrer, comme la couleur des yeux. Sculpteur-reconstructeur en anthropologie, Elisabeth Daynès propose un travail qui a pour but de « réhabiliter les Hommes préhistoriques ». Jamais ils n’ont été aussi proches ! Par leurs activités également : l’art est une des manifestations spécifiquement humaines. L’exposition des instruments de musique, avec interprétations de fragments, reconstitution d’objets, expérimentation et comparaison avec des musiques traditionnelles, est troublante. Les sons créés, l’étaient-ils pour des rites, des appels, avaient-ils une fonction esthétique ? Flûtes, rhombe, grattoirs, lithophone (les pierres chantent, les stalactites ont été les premières orgues !) ne répondent pas à ces questions, mais la préhistoire acquiert des sons… Iceman L’homme venu du froid, ce corps congelé trouvé en 1991, a émergé d’un glacier alpin. Quelle mine d’informations ! Sa hache « high tech » avec sa lame de cuivre, sa cape, ses bottes fourrées de paille, ses vêtements, son nécessaire à feu, son « sac à dos », les traces des derniers repas esquissent une nouvelle représenation des premiers temps de la métallurgie… Quelle capacité d’invention que celle de nos lointains ancêtres ! Inquiétante, une pointe de flèche logée sous la clavicule laisse à penser à une mort violente, et les scénarios s’échafaudent autour des conditions de sa momification…. Prolongeant cette exceptionnelle exposition, le catalogue, avec des textes d’une remarquable clarté. MARYVONNE COLOMBANI D’Homo Georgicus à Ötzi, l’homme des glaces Récits d’enquêtes en Préhistoire jusqu’au 15 déc Musée de Préhistoire des Gorges du Verdon, Quinson 04 92 74 09 59 www.museeprehistoire.com Hominidés P.PLailly-E.Daynes-Eurelios



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