Zibeline n°46 novembre 2011
Zibeline n°46 novembre 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°46 de novembre 2011

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 8,4 Mo

  • Dans ce numéro : l'art... chantier permanent.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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84 RENCONTRES MEXIQUE « Nos classiques sont vivants » Les Écritures Croisées ont su préserver leur âme, une façon de travailler conjuguant l’exigence de qualité et l’ouverture au public, toujours débordant... Annie Terrier, maître d’œuvre, rappelle que cette fête particulière permet la découverte, la reconnaissance d’écrivains, auxquels toute la parole est donnée : ils vivent trois jours pleinement, établissant des liens privilégiés avec leurs lecteurs, et entre eux. Grâce à cette fidélité à son engagement éthique, esthétique, intellectuel, politique, Annie Terrier, merveilleuse « monolinguiste » (dixit Fuentes), donne une empreinte unique à cette célébration de la création littéraire mondiale. Les auteurs lui en savent gré et répondent présent à chaque invitation ! Cette année, la 28 e édition, malgré l’annulation de l’année du Mexique, recevait Carlos Fuentes. Autour de lui, ses invités… Le public des Écritures Croisées eut ainsi le privilège de voir et entendre la fine fleur de la littérature d’Amérique Latine et d’Espagne, avec des spécialistes, des traducteurs, des journalistes internationaux. Lectures superbes et inspirées, que ce soit celle d’Anne Alvaro (Aura) ou d’Alain Simon et JM Broucaret aux Ateliers (L’instinct d’Inez) en marathon complice ; tables rondes thématiques ; films présentés par Fuentes, exposition, concert… une passionnante émulation où les arts et les mots se « croisent » comme la manifestation le désire, pour que les analyses s’aiguisent, les textes s’orchestrent et se diaprent de sens nouveaux, cherchant à cerner la nature du génie « fuentésien » … Celui-ci, avec un regard à la fois sombre et pétillant, mexicain de fait, se plie au jeu, apporte précisions et anecdotes, évoque avec son complice, le peintre Valerio Adami ce bateau espagnol décoré de tableaux de naufrages (sic !), les danses, les fêtes… « J’aimerais dessiner la carte du tendre de tous les moments vécus avec Carlos. On dansait beaucoup » … Mais la désinvolture du dandy n’est que le masque pudique d’une culture encyclopédique, d’une véritable approche historique de l’art romanesque, judicieuse, documentée, engagée… Sa vision politique clairvoyante s’assombrit d’ailleurs dans ses dernières œuvres - le Mexique s’enfonçant dans les problèmes de drogue et de mafia. « Comment écrire sur les narcos sans écrire un pamphlet ? J’emploie l’humour comme réalité… J’espère que l’humour se retrouve dans toute mon œuvre ». Sa relecture à chaque printemps n’est-elle pas Don Quichotte ? Juan Goytisolo rappelle leur demi-siècle d’amitié sous le signe cervantin. Il évoque la passion littéraire omnivore qui anime Fuentes à l’instar de Borges ; son œuvre, véritable encyclopédie de l’espèce humaine, comparable à celle de Balzac, se forgeant dans la tension permanente entre les deux pôles opposés que sont le Mexique - pays de passions, de violences et de diversité extrême - et l’aspiration à la modernité. C’est à la lecture de Fuentes que, selon lui, l’on devient un vrai lecteur, l’œuvre s’élevant contre la tradition racornie du roman de mœurs. « Toute œuvre qui veut se projeter dans le futur doit retrouver ses racines multiples. La diversité, le métissage contre l’obscurantisme ! ». Ignacio Padilla insiste sur le génie créateur, sur cet art du récit qui se coule comme le djinnde la lampe merveilleuse pour rendre la fiction réelle et lier intimement action et réflexion. Fuentes compose de nouvelles cartes du monde et des villes qui deviennent réalité… Carmen Iglesias, spécialiste d’histoire moderne européenne et espagnole, Présidente du Groupe Unidad Editorial S.A., livre une étude fine et brillante de Fete des morts,Mariachi Juliette Luck/Zibeline 31 octobre. Dia de Los Muertos aux Grandes Tables de La Friche. Dans une ambiance de fête mexicaine (papeles picados multicolores, autel à Frida Kalho, bougies, spécialités culinaires et mariachi), Juan Manuel Villalobos est venu dire quelques mots de sa résidence à La Marelle qui vient de s’achever. Une expérience heureuse qui lui a permis d’achever un roman commencé à Madrid, Los secretos de la luz, dont il a lu quelques lignes et dont on espère la prochaine traduction… F.R. Carlos Fuentes, Fete du livre 2011 Lusetti l’œuvre de ce « classique » qui sait transmuter par son écriture les faits, les personnes, atteignant la grâce d’une profondeur universelle. Elle évoque la bouffée d’oxygène, l’enthousiasme suscité par les œuvres de Fuentes dans l’Espagne étouffée par des années de franquisme, cette écriture kaléidoscopique, loin de tout manichéisme, ses personnages issus du réel mais avec une dimension tragique, sophocléenne, empreints d’un pessimisme existentiel. Chacun évoque la fascinante manière d’écrire de Fuentes, « d’un illusionniste » pour Palou Garcia, écriture « protéiforme » pour Rios. Sa traductrice, Céline Zins - qui restitue à la perfection la fluidité d’une narration éminemment complexe - explique ses recherches pour rendre au mieux le mouvement de l’écrivain, la difficulté de la structure, « les télescopages du temps » dira Scarpetta qui souligne la liaison profonde éros/thanatos dans une certaine volupté de la cruauté. Cette liberté du langage, Gamboa remercie Fuentes de la lui avoir transmise... Lors d’une autre table ronde, Carlos Fuentes rappelle les grands principes du roman : il ne décrit pas la réalité, il nous en montre une nouvelle. On n’écrit pas pour reproduire ce que nous voyons, mais pour construire une réalité qui n’existe que dans notre roman. C’est cette réalité nouvelle qui est intéressante, pas la mimesis du réel. Chance de l’Amérique Latine, sourit Volpi, « nous avons nos classiques vivants ! ». « La patrie d’un écrivain c’est sa bibliothèque », dit Padilla. Leçon d’universalité… dont les auditeurs assidus garderont certainement l’empreinte émerveillée. MARYVONNE COLOMBANI La fête du Livre s’est déroulée à la Cité du livre, Aix, du 13 au 16 oct e
RENCONTRES LIVRES 79 85 De bronze et de feu Les Écritures croisées présentent également à la galerie Zola une sélection d’œuvres de quatre plasticiens mexicains enveloppées d’une lumière diffuse. Des bronzes massifs de Juan Soriano aux formes géométriques (Oiseau XIII aux ailes déployées), ramassées et épineuses (Vagues), arrondies et évidées (Escargot, Daphné II). Un vocabulaire formel développé par un artiste autodidacte qui fut au centre de l’activité artistique et intellectuelle mexicaine des années 50, et permit à l’art mexicain d’être reconnu - loin des arts premiers ! - aux côtés des avant-gardes européennes. En comparaison les grès de Saül Kaminer semblent frêles, pourtant ses personnages géométrisés se dressent fièrement, fruits d’un puzzle complexe… De facture plus classique, les dessins de José Luis Cuevas cherchent une intimité, une finesse que l’on devine en approchant… mais qu’on aurait aimée plus éclairée ! La touche flamboyante, épique et monumentale, à la manière de la figure nationale Diego Rivera, est incarnée par Camilla Adami dont la voix off nous accompagne à travers un texte de son ami Edouard Glissant. La vidéo Retroscena permet d’embrasser plus largement une œuvre dont l’exposition révèle un bestiaire peint en 2010-2011, Héritage, frise exubérante évocatrice d’un Eden panthéiste et romantique où, « nous sommes inconsciemment les héros, c’est nous le tigre, le monstre, le vent et le feu, la peur et la fureur » … Une œuvre « magique » par ses multiples codes Flûte et chuchotements Sànchez-Verdù, Carlos Fuentes : quel plaisir de voir réunis sur scène compositeur et librettiste à l’orée d’une création ! L’émotion était visiblement partagée par les musiciens et les spectateurs, une communion à laquelle chacun fut sensible ce soir-là, avec une qualité d’écoute rare pour un concert « chuchoté », un accès délicat aux frontières du son et du silence, dans un amphithéâtre pourtant bondé, débordant sur ses hauteurs jusqu’aux deux écrans vidéo qui restituaient par leurs gros plans serrés la concentration extrême de chacun… Murmures, Paradis perdu Le jardin dévasté de Jorge Volpi se constitue en parabole éclatée du paradis perdu. Fragmentation des chapitres parfois réduits à une phrase, ellipse de récits, formes lapidaires, aphorismes étranges, (ainsi page 38, le chapitre intitulé Deux, en fait le 21 ème) « Où l’on est deux, il y a un abîme. » … On est invité à naviguer dans le temps et l’espace, entre l’Irak, pays du paradis perdu avec l’histoire tragique de Leïla, et les tribulations d’un narrateur du Mexique à L’Europe ou aux États-Unis, avec ses hésitations, ses aventures amoureuses énigmatiques. Le lecteur s’égare parmi ces mondes qui se juxtaposent, dont le rapprochement ne prend de sens que pour un regard extérieur. Confusion volontaire des discours, basculement permanent des genres, apparition du Djinndes Mille et une nuits dans un de représentation et de lecture, et qui entre en résonance profonde, par sa sauvagerie, son érotisme et la complexité de sa composition, avec l’œuvre de Fuentes, dont elle parlait avec une admiration émue... MARIE GODFRIN-GUIDICELLI Dafne, Juan Soriano X-D.R souffles infimes, infinis frémissements de l’air, de l’être, confusion des signes et des sens… les bustes des spectateurs s’inclinent, attentifs, et la magie opère… Entre Aura et sa tante, Consuelo, le jeune historien Felipe se perd : les personnages féminins, incarnés par les deux flûtes, jouent en écho, se rejoignent lorsque les barrières du temps s’affaissent ; les mirages passent, laissent une atmosphère trouble où les époques se catapultent, où Eros et Thanatos se transcendent. L’Ensemble Télémaque interprète avec délicatesse la partition précise, qui évoque sensuellement le texte de Fuentes. Les instruments jouent sur la trame, racontent l’indicible en une dentelle minutieuse de rythmes complexes et d’intervalles infimes. La fêlure entre réalité et fiction s’insinue au cœur même de la composition. L’étrangeté se retrouve aussi dans l’apparition d’une flûte basse, à bec, qui ressemble à un Giacometti cubiste ou une statue aztèque, jouée avec virtuosité, souffle et claquements par Antje Hensel. Puis il y a la voix de Brigitte Peyré, dramatique et sensuelle, ses incroyables pianissimi, contexte d’horreur guerrière, métaphysique de la quête ici, qui se heurte aux non-sens d’autres univers là-bas, narration fluide ici, forme poétique syncopée ailleurs… Dislocation du monde, effarement devant les impossibles violences qui pourtant sont, comme celle des avions fous de septembre, des martyrs qui explosent, alors que celle déjà naturelle du scandale de la mort « prive le monde de sa syntaxe » … Un travail d’écriture à la fois dépouillé et érudit, par les multiples échos littéraires qu’il évoque. Une simplicité où la révolte et le désespoir se mêlent, dans une exploration des limites auxquelles les différents personnages sont confrontés. Solitude de l’être, avec une conscience d’un bonheur possible, mais sans cesse éloigné : un romantisme contemporain déchiré. M.C. Jusqu’au 3 déc Galerie Zola, Cité du livre, Aix 04 42 26 16 85 www.citedulivre-aix.com Le jardin dévasté Jorge Volpi Traduit par Gabriel Iaculli Seuil, 18 € Ptak o dwoch twarzach, Juan Soriano X-D.R ses éclats, les modulations de son timbre, et sa présence scénique toute de tension tragique. Là-dessus, la direction fine, complice et volontaire de Raoul Lay… Un moment rare de partage sensible ! M.C. Les trois extraits de l’opéra Aura ont été donnés le 13 oct dans l’amphithéâtre de la Verrière, lors des Écritures Croisées La Jardin d4nraW



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