Zibeline n°46 novembre 2011
Zibeline n°46 novembre 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°46 de novembre 2011

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 8,4 Mo

  • Dans ce numéro : l'art... chantier permanent.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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72 LIVRES LITTÉRATURE Parenthèse italienne La trame n’est pas nouvelle : un jeune auteur est invité en résidence en Italie, dans une villa viscontienne aux hôtes cosmopolites. Déjà, dans La secrète mélancolie des marionnettes (voir Zib’41), Denis Grozdanovitch situait son narrateur près de Florence, mais prenait prétexte de ce déracinement pour fourbir débats d’idées, références littéraires, religieuses et historiques et jeux de séduction. Srdjan Valjarevic préfère, lui, les rives sombres du lac de Côme et le mont San Primo comme terre d’exil pour ce novice jamais sorti de sa Serbie natale. Si le premier est un homme brillant, jamais à cours d’idées et de citations, naviguant dans les hautes sphères de l’intelligentsia internationale, le second est en panne d’inspiration et versé à boire plus que de raison… L’alcool étant ici un personnage à part entière ! Ignorant les us et coutumes en vigueur dans ce milieu feutré d’universitaires, de chercheurs de haut vol et autres historiens prestigieux ; engourdi par son changement de vie, de cadre (trois villas au charme bourgeois sur les hauteurs de Côme, inconnues des villageois) ; anesthésié par la bonne chère et les vins exquis (au point de se lier d’amitié avec deux serveurs et deux cafetiers du hameau), il vit sa vie en spectateur. Et nous en complice amusé de son décalage permanent, son humour et sa légèreté, l’indolence de son improductivité. Tout lui est source de jouissance contemplative ! Mais deux micros électrochocs viendront fissurer son ravissement béat et lui faire entrevoir son retour au pays comme une possible renaissance. Un roman attachant, déstabilisant par sa relative inaction, dont on se surprend à tourner les pages de plus en plus lentement au rythme des ascensions solitaires du héros. On en savoure les silences, on frissonne au bord du lac enveloppé d’une ouate de félicité ! MARIE GODFRIN-GUIDICELLI Côme Srdjan Valjarevic Traduit du serbe par Aleksandar Grujicic Actes Sud, 21,80 € Un impossible amour Cristina Comencini n’est pas seulement la fille de : réalisatrice, scénariste, elle est l’auteure de six romans dont Quand la nuit, récit à deux voix d’un impossible amour. Deux voix qui laissent filtrer leurs pensées, leur âme et les pulsations de leur chair : Marina, jeune mère fragile du petit Marco, partie se reposer dans un hameau des Dolomites ; et Manfred, guide de haute montagne peu disert, rude comme ses rides. Deux voix qui s’entrecroisent sans cesse, se répondent en silence - ou en maugréant - et n’ont en commun qu’une incompressible solitude. Leurs souvenirs affleurent à la surface du roman comme un jeu de dominos, dans un entrelacs de souvenirs, de désirs refoulés, de maladresses, d’hésitations et de regrets : du coup le récit est décousu et l’écriture hachée pour mieux adhérer aux digressions de leur pensée. C’est un vaste écheveau en deux parties, La Nuit et Le Retour : on tire le fil et tout se délie autour de leur incapacité à être parent (la chute de l’enfant est un secret lourd à partager), des relations familiales (toujours noueuses et rugueuses) et des figures absentes (femme, mère)… À l’image du paysage minéral, âpre, que l’une découvre et apprivoise, que l’autre admire, leurs relations se construisent dans l’adversité, le soupçon, véritable jeu du chat et de la souris : ils se domptent mutuellement, se testent, se jaugent, s’épient même. La tension, d’abord en pointillés, fait exploser au grand jour rancœurs fratricides et non dits. Quand la nuit vient, l’amour sera-t-il possible ? Cristina Comencini construit son roman avec l’agilité d’une montagnarde aguerrie aux chemins escarpés, ménageant de temps à autre une halte reposante. Bientôt on atteindra le col et tout s’éclaircira. M.G-G. Quand la nuit Cristina Comencini Traduit de l’italien par Jean Baisnée Grasset, 18,50 € Vagabondage au long cours Trois parties à l’origine, puis 4, et finalement 5 agrémentées d’un « répertoire des principaux personnages » : 942 pages suffisent à peine à Eugène Nicole pour raconter les histoires de son archipel natal, Saint- Pierre-et-Miquelon. Dans une langue qui prend son temps, classique, piquée de mots d’une autre époque (maréchaussée pour police, négoces au lieu de magasins…), cette fresque épique vagabonde entre descriptions et souvenirs, réflexions et observations, figures pittoresques et documents d’archives, faisant revivre de manière déconstruite et foisonnante menus événements et grands bouleversements. La lecture est ardue car le texte est un écheveau d’anecdotes savoureuses, d’épisodes tragiques, de références historiques, de mille et un détails topographiques, météorologiques, voir géologiques ! Le lecteur louvoie néanmoins avec bonheur dans ce torrent de phrases magnifiquement balancées qui l’invitent à prendre le large, au propre comme au figuré. Il croise les âmes chères au jeune enfant qu’il fut (Monsieur l’instituteur, la grandmère Jeanne, Gabie, la Première Touriste et de nombreux autres personnages fantômes) ; il imagine les lieux magiques (le théâtre paroissial L’œuvre en mer, la Maison Jacquet quasi indestructible à ses yeux, le Café du nord ou l’épicentre de l’archipel…) ; il franchit les bornes de l’intime pour atteindre à l’universel à grand renfort de plans, de cartes et de repères. De chansons anciennes et de cartes postales jaunies, depuis les récifs du cap de l’Aigle au bitume newyorkais arpenté par l’auteur depuis 20 ans. Et si le récit-fleuve dévore l’histoire en l’écrivant, c’est pour mieux faire entendre le rythme de ce « caillou » du bout du monde. M.G.-G. SRDIAN VA.LJAREVI (: Co n-terr aa.,w Quand : a nuit Eugene jor Nicole L'oeuvre i des mers Côme, lauréat du Prix des lecteurs du Var, Fête du livre de Toulon (p.80) Quand la nuit figure parmi la sélection du Prix des lecteurs du Var, Fête du livre de Toulon (p.80) L’œuvre des mers Eugène Nicole L’Olivier, 26 €
LIVRES 73 Rêve d’idéal Thierry Discepolo est éditeur, cofondateur de la maison d’édition marseillaise Agone qui annonce dans sa présentation « la prétention de donner à lire ce que l’université, des sciences à la philosophie et à l’histoire, produit encore de connaissance subversive », « de ne jamais publier un livre pour le seul motif de sa rentabilité, de ne pas choisir un auteur sur le seul critère de sa notoriété […] » Un parti pris qu’il est bon de connaître avant d’aborder la lecture de son pamphlet, dans lequel il s’attaque aux éditeurs dits « indépendants » mais qui, pour l’auteur, ont renoncé à leur indépendance éditoriale (Gallimard dans la ligne de mire), ceux qui sont devenus des « galaxies » (« petites » maisons agrégées au système d’un éditeur plus important, en l’occurrence Actes Sud pour la démonstration), mais qui devancent la demande, c’est-à-dire, comme les grands groupes de communication (Hachette-Lagardère tient la corde) se soumettent aux lois du marché, l’édition étant une entreprise commerciale qui se doit d’être aussi rentable que possible, et le livre un produit commercial. Qu’en est-il alors de la prise de conscience des auteur(e)s qui profitent de l’efficacité des moyens de promotion et de distribution des ces éditeurs, ceux qui « animent le marché », alors même qu’ils contestent dans leurs écrits ce système ? Car nombreux sont les éditeurs qui « récupèrent » les écrits contestataires qui peuvent se révéler lucratifs. Comment allier alors fins et moyens, collaboration et contestation ? L’alternative existe écrit Discepolo, avec des maisons qui « perdurent sur des lignes éditoriales claires et exigeantes sans s’adapter au marché suivant l’alternative dominante : nourrir les plus gros ou se nourrir des plus petits ». S’il est contestable sur certains points, l’ouvrage n’en est pas moins stimulant, et pose, entre autres, les bases d’une réflexion sur les responsabilités sociales et politiques du métier d’éditeur tout en démythifiant l’histoire des grandes maisons. DOMINIQUE MARÇON Un souffle de liberté Fresque historique ? Réflexion sur les dérives du pouvoir ? Polar politique ? Contre-utopie antique ? Il y a de tout cela dans le dernier roman de Diane Meur écrit dans une langue superbement maîtrisée. Deux villes antiques, situées dans la plaine d’un Orient indéfini, sont rivales : entourée de hautes murailles Sir méprise Hénab ouverte à tous les vents. Quand le récit commence, le scribe Asral, chargé de copier les lois qui régissent la ville, engage un montagnard étranger dont le regard neuf lui ouvre les yeux. Peu à peu, à travers métaphores et mots sibyllins, vont sourdre des significations troublantes. Et si ces lois n’étaient destinées qu’à tromper et asservir le peuple de Sir, sous prétexte d’organiser le bonheur de tous ? La situation des femmes, obligées chaque mois d’aller laver le linge de leurs menstrues à un lavoir spécial, subissant ainsi un contrôle odieux sur leur vie intime et leur moralité, est un exemple éloquent ! Le vernis se craquelle jusqu’au moment où les conflits éclatent. Et voilà que se renouvelle l’affrontement qui, quelques siècles plus tôt, avait donné lieu à la partition des deux villes ! Le roman morcelle la linéarité de l’histoire par une mise en abyme de la reconstitution romanesque : quelques siècles plus tard, des archéologues tentent de comprendre ce qui s’est passé, et de l’écrire... Un récit dense qui met à l’honneur le pouvoir des mots et salue la lucidité de celui qui questionne la doctrine, et reconquiert la liberté. CHRIS BOURGUE Les villes de la plaine Diane Meur Sabine Wespieser, 23 € rxirRi st ! pate. LA TRAh/IsOM as5 kOITEURS La Trahison des éditeurs Thierry Discepolo Agone, coll. Contre-feux, 15 € I OF210I40,I41M IK4:12121TEI ft1TIFF2fi1Ti7I4 Ex fille des 80’s Énigmatique, le titre du dernier roman de Marie Darrieussecq. Clèves. Aurait-il à voir avec la princesse du même nom, très médiatisée ces derniers temps ? A priori pas grand-chose. Ou alors par antiphrase. Car dans ce Clèves-ci, pas de bal à la cour, pas de beau duc raffiné, et surtout pas de renoncement ! Clèves, c’est le nom d’un patelin de l’arrière-pays basque, plus vraiment village, pas tout à fait ville. Dans cette bourgade agréable, mais un peu loin de tout, Solange, l’héroïne, grandit. Et change. Et essaie de comprendre. Ce qui se passe autour d’elle : son père faux pilote de ligne et vrai coureur de jupons, sa mère qui déprime dans sa boutique, l’étrange monsieur Bihotz qui lui sert de nounou… Mais surtout ce qui se passe en elle, tous ces chamboulements intimes que les définitions qu’elle glane dans le dictionnaire n’éclairent que vaguement, et que les discussions entre copines rendent encore plus fumeux… Inspirée de cassettes personnelles que la romancière aurait exhumées, cette chronique de l’éveil à la sexualité d’une jeune provinciale des années 80 épouse avec bonheur le rythme fébrile des émotions adolescentes, leur violence, leur côté cash. Succession de paragraphes, brefs le plus souvent, comme autant de tentatives de saisir des sensations qui passent. Scènes narrées au ras du geste, de la perception. Langage cru, brandi comme un bouclier pour tenir l’émotion à distance. Les avoir, le faire, le refaire : tels sont les 3 actes de la métamorphose d’une fillette en femme. Menés tambour battant par une Darrieussecq très en forme. FRED ROBERT Clèves Marie Darrieussecq POL, 19 € MARIE DARRIEUSSECC)



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