Zibeline n°46 novembre 2011
Zibeline n°46 novembre 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°46 de novembre 2011

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 8,4 Mo

  • Dans ce numéro : l'art... chantier permanent.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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58 CINÉMA ROBERT GUÉDIGUIAN ALHAMBRA Guédiguian, le retour Quand Robert Guédiguian revient à l’Estaque, il mobilise les foules marseillaises ! Plus de 900 personnes à Marseille aux avant-premières le 9 novembre. Pendant que sa tribu présentait Les Neiges du Kilimandjaro dans les salles des Variétés, Prado et Pathé-Madeleine, c’est à l’Alhambra Cinémarseille, qui rouvrait ses portes après quatre mois de travaux, que le cinéaste a présenté la première projection numérique. Les heureux spectateurs qui ont pu entrer -plus d’une centaine sont repartis déçus- ont ainsi testé les fauteuils tout neufs de ce cinéma, « lumière dans un quartier » que Robert fréquentait ado. Résonnance entre le film et l’Alhambra qui « labourent le même territoire », a précisé William Benedetto, le directeur. « Ici, je me sens chez moi. Les Neiges, comme les deux autres films qui se déroulent à l’Estaque, est une chronique du monde ouvrier, comme un feuilleton ; la jeune Josiane du Dernier été aurait trente ans de plus. On pourrait parler de Contes de l’Estaque… L’Estaque comme le Monde. Si vous voulez parler du monde entier, parlez de votre village ! » Plus tard, c’est au Prado, dans une salle toute refaite, que l’équipe, très complice, s’est retrouvée pour parler avec le public de tout ce qui leur tient à cœur. La parole à la tribu ! Robert Guédigian : La solidarité fait partie des valeurs qu’il faut remettre au goût du jour. À travers les différents personnages, j’ai voulu représenter les diverses positions de la classe ouvrière au sens large du terme. « Le drame dans ce monde, c’est que chacun a ses raisons » disait Renoir. Les pauvres gens sont divisés, et celui qui en tire profit est le patron… À Cannes, j’ai dit qu’il fallait réévaluer la conscience de classe dans les deux sens du terme : évaluer à nouveau et gonfler artificiellement. Il faut réévaluer le monde de Jaurès, réenchanter le monde avec le cinéma. Gérard Meylan : Revenir à l’Estaque, c’est revenir sur les lieux du crime : revoir dans quel état est le monde ouvrier ; c’est aussi voir l’état du cinéma, faire le point sur la société. Des Raoul, j’en connais et je joue ce personnage avec ce que je suis. Ce cinéma vrai m’émeut. Jean-Pierre Darroussin : En tant qu’acteur, on incarne des gens qu’on connaît. On tourne ensemble depuis longtemps (depuis 1985ndrl), on travaille dans la confiance et chaque film est comme une reprise du travail antérieur. Ce film d’amour, d’amitié, de camaraderie, pose des questions essentielles : que vont devenir les gosses ? Nos gosses sont confrontés à des situations que nous n’avons pas connues. Il faut arrêter de les angoisser. Il faut qu’ils inventent leur propre vie. Ariane Ascaride : Nous n’avons pas su donner à nos enfants la possibilité de prendre en main leur vie. On a essayé d’anticiper les choses pour eux, parce qu’on a eu peur pour eux et on leur a transmis la peur. Les enfants de Michel et Marie-Claire sont ainsi repliés sur leur propre vie et ne voient pas le monde ; quand Marie-Claire va au café toute seule, elle commence à regarder le monde et elle veut comprendre. Marie- Claire, je l’incarne avec mon corps, ma voix mais ce n’est pas moi. Je passe ma vie à regarder les gens, à leur « voler » des gestes, j’engrange des comportements et je compose ainsi mon personnage. Ma façon de travailler avec Robert est de faire comme un déménagement dans ma tête : chaque personnage m’y laisse un meuble et cela peut avoir un retentissement sur ce que je suis. Je ne joue pas n’importe quoi Robert Guediguian A.G. et j’essaye de rester en harmonie avec ce que j’étais à vingt ans. Tout un programme ! PROPOS RECUEILLIS PAR ANNIE GAVA ET ÉLISE PADOVANI Neiges sur l’Estaque Trente ans après Dernier été, quinze ans après Marius et Jeannette, « la bande à Robert » revient à l’Estaque avec Les Neiges du Kilimandjaro sur fond de crise économique, sociale et morale pour s’interroger sur la classe ouvrière. Plus vieux, nantis de petites maisons avec terrasses, barbecue et vue imprenable sur la rade, les « pauvres gens » gardent les mêmes convictions politiques, la même sincérité face à leurs choix. Des choix pourtant bousculés par la réalité. Faut-il accepter les compromis de dupe du patronat ? Que penser de celui qu’on a considéré comme un camarade et qui vole sans scrupules un vieux syndicaliste qu’il voit comme un bourgeois ? Comment comprendre la relative Les Neiges du Kilimandjaro Pierre Milon 4..,L soumission des jeunes générations à l’horreur économique qu’elles subissent ? Comment rendre le monde plus juste quand les combats collectifs s’essoufflent et se diluent ? Michel et Florence, remarquablement incarnés par Jean-Pierre Darroussin et Ariane Ascaride, trouvent tout naturellement la voie d’un courage défini par Jaurès, une voie individuelle à laquelle se rallieront peut-être les autres par la force de l’exemple. La main qu’on tend aux petits frères de l’agresseur de Michel livrés à eux-mêmes après l’incarcération de leur grand frère, repassant leur linge, préparant leur repas, regardant avec eux Les Triplettes de Belleville au son du Kyrie Eleison de Mozart : la bonté comme vertu cardinale. Il y a de la fable dans ce film à la fois réaliste et stylisé où les méchants n’ont pas leur place, de la rengaine populaire, des moments d’émotion à la Pagnol, des scènes quotidiennes délicieuses comme les enfants qui apprennent à manger des sardines, une histoire d’amour qui se nourrit de générosité et de partage dans la lumière du Sud. Il y a les pauvres gens d’Hugo qui accueillent dans leur logis les voisins orphelins, un Jean Valjean voleur par nécessité, un ange servant dans un bistrot des remontants consolateurs… du Metaxa pour les chagrins de la vie, en pleine crise grecque, ça fait du bien ! Il y a surtout l’espoir ténu mais têtu que les lendemains puissent encore chanter. E.P. ET A.G.
CINEHORIZONTES APT CINÉMA 59 L’Espagne en lumière Salle comble aux Variétés ce 14 oct pour l’ouverture de la 10 e édition de Cinehorizontes : Carlos Saura y présentait son Flamenco Flamenco, succession de spectacles saisis dans un espace unique où des ciels peints figurent progressivement le passage du temps. Loin des espagnolades, le réalisateur réaffirme sa fascination pour la complexité d’un art vivant, intergénérationnel, ouvert aux musiques et chorégraphies contemporaines. De musique il fut beaucoup question dans cette fête du cinéma espagnol : jazz latino du nostalgique Chico y Rita de Trueba et Mariscal, tango argentin prolongeant le voyage des héros de Giorgelli dans Las Acacias, chant profond d’Enrique Morente dans le documentaire musical de Barracchino projeté en clôture. Sourire aux lèvres et à l’œil, verbe charmeur, anecdote facile, c’est de lumière que Jose Luis Alcaine, célèbre pour sa collaboration avec Almodovar, est venu parler avec trois films parmi les quelque 120 de sa carrière, échantillon d’un talent maintes fois récompensé auquel le festival rendait hommage. Le premier, de 83, El sur, un des chefs-d’œuvre de Victor Erice, se décline en clair-obscur, convoquant La Tour et Vermeer. Ombres du passé paternel qu’Estrela passant de l’enfance confiante à l’adolescence suspicieuse arrivera à dissiper. Fil doré du pendule révélant l’eau souterraine, fil blanc puis rouge sur la bicyclette de la jeune fille, fil de laine carmin d’une pelote tombée au sol, les couleurs en fil narratif. Somptueux. Le deuxième, Jamón Jamón de Bigas Luna, film post movida de 93, un On ne badine pas avec l’amour burlesque, déjanté, provocateur, parodie le machisme à l’espagnole et s’achève en western par un duel fatal à coups de jambon. Alcaine éclaire le craquelé du désert et le velouté de la peau de Pénélope Cruz. Jubilatoire. Le troisième, de Martinez Lázaro Las Trece Rosas (2007), reconstitue l’histoire tragique de treize jeunes militantes socialistes « amoureuses de vivre à en mourir » exécutées peu après la victoire de Franco. Éclosion au martyre de treize roses aux couleurs gaies de leurs robes d’été, tremblantes devant le peloton d’exécution. Bouleversant. L’Espagne de 39 demeure un sujet que les jeunes réalisateurs se réapproprient. Ainsi le catalan Villaronga avec Pa negre (2010) dévoile dans un réalisme magique un peu appuyé, à travers un regard d’enfant, la perversité des vainqueurs, la dérive des vaincus devant misère et préjugés. Dans cette sélection riche en films bardés de goyas, on retiendra En 80 jours de Garaño et Goenaga pour l’audace du propos (les retrouvailles amoureuses de deux vieilles femmes) allié à la finesse du traitement et La mosquitera d’Agustí Vila qui nous ramène au présent formaté de nos sociétés, au gré des extravagances d’une famille névrosée que le politiquement correct asphyxie. Monstres ordinaires très doux comme on en El sur de Victor Erice - ealloralrift.PAF'il croise chez Buñuel. Drôle, corrosif, remarquablement interprété par Emma Suárez et Géraldine Chaplin devenue mutique telle la grand mère de Cria cuervos. De très beaux moments de cinéma partagés pour se fabriquer ensemble de nouveaux souvenirs. ELISE PADOVANI Prix du jury : En 80 jours de Jon Garano et José Mari Goenaga Prix du public : Même la pluie d’Iciar Bollain Prix du court métrage : La Lavadora d’Ana Aurora Rodriguez Liberté(s) Le 9 e Festival des Cinémas d’Afriquedu Pays d’Apts’est ouvert le 4 nov avec Les hommes libres d’Ismaël Ferroukhi, un film avec tous les ingrédients du film de la France de l’occupation, marché noir, miliciens, scènes de rafle, collabos, poursuites… Sauf que là, les protagonistes sont des « Mahométans » et que le centre de l’action est la Mosquée de Paris, avec son Recteur, Si Kaddour Ben Ghabrit (Michael Lonsdale), personnage ambigu, fin diplomate, proche du sultan du Maroc, qui reçoit les Allemands, travaille avec Vichy pour mieux sauver Juifs et communistes condamnés à la déportation. Le film montre la prise de conscience de Younes (Tahar Rahim), qui passe du marché noir et la délation au combat contre le nazisme. Le personnage du chanteur Salim Hallali (joué par le superbe Mahmoud Shalaby et auquel Pinhas Cohen prête sa voix) permet de jolies scènes de musique et de danse, en particulier la séquence de l’anniversaire de Maryvonne, qui tient un café fréquenté par ces travailleurs « invisibles ». Si le film manque un peu de rythme et d’originalité artistique, il permet de connaître cette histoire ignorée - Ismaël Ferroukhi a été conseillé pour l’écriture du scénario par Benjamin Storaet Pascal Le Pautrematet montre comment Juifs et Musulmans étaient proches et s’entraidaient. Ismael Ferroukhi A.G Autre moment intense, la table ronde du dimanche matin qui a réuni cinéastes tunisiens et égyptiens autour de la place du cinéma dans les révolutions : faut-il filmer ou être avec, sans caméra ? Filmer pour témoigner dans le présent, pour le futur ? Quelle démarche de cinéma et quel statut pour ces images ? Quelle place pour la caméra ? Les interventions d’Ahmad Abdallah (Microphone), de Walid Mattar (Condamnations), d’Ibrahim El Batout (Hawi) et de Nadia El Fani (Laicité, Inch’Allah, voir p56) ont permis d’aborder aussi les questions de liberté d’expression, d’auto censure, de laïcité, et le débat animé par Olivier Barlet et Tahar Chikhaoui a été passionné, et passionnant pour la salle du cinéma César, pleine à craquer malgré les orages… ANNIE GAVA Le Festival des Cinémas d’Afrique du Pays d’Apt a eu lieu du 3 au 9 novembre www.africapt-festival.fr



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