Zibeline n°46 novembre 2011
Zibeline n°46 novembre 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°46 de novembre 2011

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 8,4 Mo

  • Dans ce numéro : l'art... chantier permanent.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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14 THÉÂTRE LA CRIÉE MARTIGUES OUEST PROVENCE I End them ? o Depuis presque un quart de siècle Daniel Mesguish parcourt, traverse et revisite activement la pièce la plus jouée, la plus glosée, la plus parodiée sans atteindre le noyau dur de mystères et de leurres sémantiques dont elle est pétrie. Mission impossible sans doute, même si le metteur en scène incarnait en 1986 un troublant Hamlet. Pour cette quatrième tentative, au sens noble du terme, le jeune homme mélancolique (?) est joué par William, fils Mesguish, dont la présence acidulée et adolescente donne le ton et le tempo : le prince fait rebondir son ballon comme on mâche un chewing-gum, fait des passessurprises à ses partenaires ; saisir la balle au bond semble être la mission de chacun des acteurs et la traduction/adaptation du texte qui court, vole et tord le cou aux morceaux de bravoure induit le rythme (inégal d’ailleurs, essoufflé dans la 2 e partie) ; un brin Lorenzaccio dans les poses du personnage double au gant rouge et au verbe acéré (le « words, words, words » devient « word, sword, sword », mot-épée plus romantique que shakespearien), un brin hollywoodien dans la chambre nuptiale avec mère-au-bain-peignoir-de-soie ou avec les deux Ophélie, Successions Alain Françon en avait fait une mise en scène mémorable il y a 20 ans : Dans la compagnie des hommes est la pièce qui dans les années 90 a fait connaître Edward Bond en France, où il était jusqu’alors peu traduit. Succéder à ce qui fut un des grands succès de Françon n’est pas une mince affaire… mais Selim Alik propose un regard très différent, moins universel, centré sur la cruauté particulière, masculine (les hommes du titre sont la traduction de men), qui sévit dans le monde du capitalisme industriel (la compagnie du titre). Une réduction du propos ? sans doute, puisque chaque pièce de Bond donne à voir la même violence universelle de la relation humaine ; mais aussi un recentrage pertinent sur les particularités de cette pièce de Bond, aujourd’hui que toutes sont traduites, et que la violence du capitalisme répand ses effets dans un immense fracas destructeur. La cie Cithéa montre donc avec rigueur to Utopie numérique Situer L’Île des Esclaves dans l’univers pixellisé d’un jeu de rôle numérique, voilà qui est surprenant : la comédie de Marivaux est si ancrée dans son époque, avec sa relation maitres-valets teintée de despotisme, et ce désir les luttes d’un monde tragique privé de dieux, mais aussi de prolétaires (en dehors d’un valet alcoolique et servile) et de femmes : aucun désir, aucun amour non plus dans cet univers où le seul aiguillon est un argent dématérialisé, la seule lutte celle du contrôle du conseil Adrian Althaus de vengeance cruel des classes opprimées, qui sera à l’œuvre sanglante quelques années plus tard ! Rien dans le texte, ni la caricature de la coquetterie féminine, ni les figures du renversement social, ni le désir de transgresser amoureusement les frontières des classes, ne semble justifier une telle transposition… qui marche pourtant ! C’est que le côté expérimentateur du dramaturge des Lumières, du type prenons quelques spécimens humains et plaçons-les dans un environnement inédit, relève de la même liberté matérielle que la création numérique ! Avec quelques aménagements dans le texte (essentiellement des ajouts), un décor impressionnant fait de cubes, d’écrans et d’eau pour évoquer l’Île, la machination et les pixels (décor hélas très écrasé dans la BM Palazon d’administration. D’une entreprise d’armement bien sûr, les Pièces de guerre ne sont pas loin. L’indifférence entre le père et le fils, qui ne s’aiment ni se détestent, entre les concurrents, qui se tuent et se trahissent sans haïr ni pardonner, n’a d’égale que l’incroyable orgueil dont tous brune et blonde, sorties de chez David Lynch, l’acteur omniprésent est un peu la clé de ce spectacle qui rend hommage à la représentation : pas de spectre ici, sinon entre les lourds rideaux de velours rouge, une scène entraperçue, ou les paroles volantes de tous les Hamlet déjà vus ou entendus ; de la fumée pour brouiller et beaucoup, beaucoup de musique pour... rien ? Mesguish père, toujours à l’aise dans l’hétérogène (ah, la bouffonne perruque Grand Siècle de Polonius) et le baroque du premier coup d’œil, livre une mise en scène d’artificier ouverte aux quatre vents qui laisse une impression parfaitement contradictoire de trop et de trop peu ; le « rotten » du royaume du Danemark ayant été traduit par « tordu » plutôt que par « pourri », on s’intéresse effectivement à ce qui se passe sur le plateau, pas en-dessous ! MARIE-JO DHÖ Hamlet de Shakespeare, traduit, adapté et mis en scène par Daniel Mesguish, a été joué à La Criée du 19 au 22 octobre Clement Puig sont animés, jusqu’à l’homme de main, ou à la « loque humaine » qui a perdu son entreprise au jeu. Les six comédiens parviennent avec talent à rendre les facettes diverses et mystérieuses de ces personnages. Sauf l’ironie de certaines situations, qui semble échapper à la mise en scène, alourdie par un espace trop petit, un couloir volontairement écrasant. Ce qui n’allège pas vraiment les 3 heures d’un texte franchement verbeux par moments, qui aurait gagné à garder ses respirations comiques, et quelques échappées spatiales. AGNÈS FRESCHEL Dans la cie des hommes a été créé à La Criée du 3 au 9 novembre À venir : Le 22 nov Théâtre des Salins, Martigues 04 42 49 02 00 www.theatre-des-salins.fr petite salle), de beaux costumes punks pour mieux décaler le tout et un quatuor de jeunes comédiens volontairement (mais parfois un peu trop) hystériques, cette mise en scène de Paulo Correia parvient à la fois à faire entendre la teneur d’une œuvre majeure, tout en l’épiçant d’un sel nouveau. Étonnant ! A.F. L’île des esclaves a été jouée à La Criée du 12 au 15 octobre À venir : Le 24 nov Théâtre La Colonne, Miramas 04 90 58 37 86 www.scenesetcines.fr
LA MINOTERIE LE MERLAN LE GYPTIS AUBAGNE THÉÂTRE15 Roméo et voyelle Les six personnages de Roméa et Joliette ont trouvé leur auteur, sans aucun doute : Valletti, inventif et caustique à l’envi, débridé pour le plus grand plaisir du spectateur ! Un directeur de théâtre paumé (sublime Christian Mazzucchini) accueille une troupe déjantée, qui s’imagine faire du bon théâtre. « Putain ! C’est moderne ! » clame le directeur qui se croit inspiré. Ainsi ils transforment par un jeu de voyelles le classique de Shakespeare en une galégeade marseillaise que quatre acteurs tentent de répéter (jouer ?). Or le texte n’est qu’une « béquille » pour ces mauvais acteurs, un « biscuit » que leur jette le metteur en scène (Philippe Gouin), emporté dans son délire créatif, méprisant tout à la fois l’auteur, le public et les acteurs ; ainsi Désiré (Désiré Saorin) en désespoir de cause se met littéralement à nu devant les yeux horrifiés du directeur. Mélangeant acteurs et personnages, jouant sans arrêt sur les mots, mêlant la vie des coulisses avec celle de la scène puis celle de la salle, Valletti démonte les mécanismes de la création théâtrale et se moque avec férocité de certains metteurs en scène... L‘inventivité réjouissante de la mise en scène de Michel Froehly, les costumes de Sabine Siegwalt, le jeu inspiré de Stéphanie Marc en amoureuse bafouée par son metteur en scène. Un spectacle revigorant ! CHRIS BOURGUE Romea et Joliette par la Cie L’heure du loup s’est joué du 19 au 23 octobre à La Minoterie Dan Warzy Sobrissime Christian Dresse Il faut avoir un certain culot aujourd’hui pour monter du Racine sans « relecture » et en toge : cela surprend, laisse les acteurs à découvert, et met l’accent sur le texte plutôt que sur la mise en scène. Jean-Claude Nieto se situe là franchement et sans complexe à contre-courant de ce qui se fait ! Et Racine tient le choc, ce Bérénice laisse admirablement entendre la beauté de sa langue : de l’inquiétude au désespoir puis à la résignation, Bérénice fait couler ses pleurs, tandis que Titus dissimule puis avoue, menace et console, et que l’amoureux Antiochus laisse éclater son aveu, ses espoirs, sa résignation… Évidemment un tel parti pris de mise en scène, sur une telle tragédie, la moins active, la plus linéaire de Racine, nécessite des acteurs exceptionnels. Floriane Jourdain (Bérénice), naturelle si on peut l’être dans ce rôle, et Fabio Ezechiele Sforzini (Titus), césar affublé d’un accent étonnant dans le vers racinien, s’en tirent avec les honneurs –et ce n’est pas rien dans cette tâche– mais Rafaël Gimenez (Antiochus) annone comme un débutant ses hémistiches… Les deux confidents ont nettement plus de métier mais Jean-Serge Dunet (Paulin, confident de Titus), acteur d’un certain âge et embonpoint en toge courte et en sandales, est placé plusieurs fois dans une position difficile. Dommage car le décor, dans sa symbolique spatiale, et les costumes, romains mais discrètement et élégamment revisités, font très bien leur office, devant un public, comme toujours au Gyptis, composé pour partie de classes bien préparées qui ne viennent pas des « bons » lycées de la ville : ils y auront entendu et compris Racine, malgré quelques rires lorsque Paulin devait courir, ou Antiochus, mal à l’aise, partir mais rester… AGNÈS FRESCHEL Illusion et libre arbitre La Scène nationale du Merlan cultive l’art de surprendre et de proposer des formes qu’on ne voit pas ailleurs. Vertu cardinale, même si elle l’expose parfois à des déconvenues, risques de l’aventure. Avec Thierry Collet la plongée du théâtre dans le monde de la magie n’est pas décevante. Pas spectaculaire non plus, mais atteignant franchement son but : celui de nous faire douter de notre perception, et de nous donner à mesurer l’ampleur des techniques de manipulation mentale à l’œuvre dans nos démocraties de la communication. Comment ? en démontrant comment nos préférences a priori anodines, de couleur, d’étage, de chiffre, révèlent nos choix plus profonds. Déstabilisant, mettant à mal notre douce illusion de posséder un véritable libre arbitre, sa manipulation mentale révèle honnêtement sa présence, mais pas ses ficelles, et le public ne sait comment il fait… À mi-chemin entre le cours de psychologie collective et le spectacle de divination, Influences dérange. Les isoloirs et les urnes qui composent le décor, le côté VRP du manipulateur, sonnent familièrement et alertent : quelles sont donc les raisons de nos choix ? Dans une société si manipulatrice, quel est le sens de la démocratie (voir à ce propos p 91) ? AGNÈS FRESCHEL Influences a été joué les 9 et 10 novembre au Merlan Le Phalene - Nathaniel Baruch Bérénice a été créé au Gyptis, Marseille, du 18 au 22 octobre, et au Comoedia d’Aubagne le 3 novembre



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