Zibeline n°45 octobre 2011
Zibeline n°45 octobre 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°45 de octobre 2011

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 7,3 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... débats et arrière-gardes.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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70 PHILOSOPHIE LA PAROLE POLITIQUE La parole Nous terminions notre dernier article sur le fait que parler c’est inévitablement mentir. Le langage est une représentation de la réalité, il ne la dit pas ; il y a un gouffre entre l’ordre des mots et celui des choses. Comment se comprend-on alors ? Parce que quand on parle on cherche à être cohérent avec un ensemble de codes, et non à être adéquat à la réalité. Quand je parle j’exprime plus mes valeurs, ma situation sociale et ma vision du monde que le monde lui même. Le mot n’est en fait qu’un concept, donc très général, et comme le dit Nietzsche dans Le Livre du philosophe : « Le mot doit servir pour des expériences innombrables et pas seulement pour servir l’expérience originale à laquelle il doit sa naissance » ; ce que poursuivra Foucault plus tard dans Les mots et les choses : « Puis-je dire que je suis ce langage que je parle et où ma pensée se glisse au point de trouver en lui le système de toutes ses possibilités propres, mais qui n’existe pourtant que dans la lourdeur de sédimentations qu’elle ne sera jamais capable d’actualiser entièrement ? ». En fait il dit plus, il critique un peu le « je pense donc je suis » ; le problème est qu’on pense avec des mots, et ces mots nous ignorons tout de l’épaisseur dont ils sont chargés. Fils de sophistes Alors la politique là-dedans ? Eh bien les premiers à se rendre compte de l’ambigüité du langage et des mots sont les sophistes, ces professeurs de paroles qui déployèrent le langage en vue de la démocratie dans l’Athènes du VI e siècle av JC. Qu’est-ce à dire ? Avant l’avènement de la démocratie athénienne la parole se dit muthos, on a compris : ce qui est vrai dans le discours c’est le mythe ; la vérité et les valeurs sont le privilège des anciens et des poètes, ceux qui connaissent les mythes. Conception archaïque et autoritaire de la vérité. D’ailleurs vérité en grec se dit alétheia. Un mot composé de Léthé qui renvoie au fleuve de l’oubli dans la mythologie et du a privatif ; ainsi la vérité pour les Grecs c’est littéralement ce qu’il ne faut pas oublier. C’est dans ce contexte que débarquent les sophistes : ils ont compris le pouvoir des mots. La vérité ne va plus être le discours d’autorité mais le discours le plus séduisant. L’ancien est dépossédé de son pouvoir ; même le spécialiste se voit spolié par les sophistes de la maitrise de sa pratique : « et toi le médecin, dira un sophiste, à quoi bon ton savoir si tu n’arrives pas à persuader le malade de prendre ses médicaments ? ». Désormais la vérité est retirée du champ du mythe, ce qui est une bonne chose, mais aussi du champ du savoir et de la compétence. La démocratie est née sur ce terreau sophistique : la politique sera le fruit du débat et non l’apanage des anciens ; et celui qui aura le pouvoir sera celui qui parle le mieux. Auguste, Obama, Royal Tonkin Prod politique Parler pour cacher Nous y voilà donc. La parole politique est le paroxysme du langage, elle est étrangère à ce qu’elle dit, elle ne dit pas le réel elle vise à lui substituer une réalité. Ces dernières années deux modalités sont apparues. D’abord le story telling qui est justement la construction d’une réalité fictive qui se fait passer pour le réel : il y a des bons et des méchants, la guerre doit se faire contre les terroristes, on a découvert des armes de destruction massive, il n’y a pas de spéculation à taxer mais du capital respectable qui dynamise l’économie… Si on peut être choqué de ces histoires et non plus de ces mensonges, c’est justement qu’on est passé du mensonge à la fiction, de la démonstration à la persuasion ; qu’on ne peut plus combattre avec les mêmes armes dialectiques. Ensuite vient la parole qui n’engage plus, qui ne se veut plus promesse ; puisque le politique est désormais le vassal d’un ordre financier, il sait qu’il ne pourra rien changer. On parle alors pour communiquer, c’est-à-dire pour faire un IBM, un indice de bruit médiatique, et pour s’inscrire dans un cadre de consentement du CQCD, Ce Qu’il Convient de Dire. La seule place aujourd’hui pour une parole politique sera celle qui cassera ce CQCD, affirmant qu’il faut changer le monde en brisant les reins du capitalisme financier pour commencer. Parole qui renouerait avec la fonction première du langage, qui représente la réalité, et permet ainsi d’agir sur elle… RÉGIS VLACHOS Ne pas oublier les précieuses conférences de l’Université Populaire et Républicaine ; on y parle vraiment pour changer le monde… Le 18 oct à 19h François Chesnais : Dette publique : est-ce aux peuples de payer ? (économiste auteur de La dette illégitime. Quand les banques font main basse sur les politiques publiques, Raisons d’Agir, 2011). Espace Dugommier, Marseille Le 4 nov à 19h Présentation du livre Paroles de syndicalistes en lutte à Marseille. Le mouvement social contre la réforme des retraites, Arbre Bleu Edition. Ouvrage coordonné par Christine Excoffier, Rémy Jean, Gérard Perrier, Emre Ongun et Christian Palen. Espace Dugommier, Marseille Le 15 nov à 18h Yves Clot : travail à cœur, la qualité empêchée (directeur du centre de recherche sur le travail et le développement). Espace Jean Ferrat, Septèmes les Vallons Entrée libre http://upr-marseille.com
POP PHILOSOPHIE RENCONTRES CAPITALE ALCAZAR PHILOSOPHIE 71 Pop comme populaire ? Pour la troisième année la Semaine de la Pop philosophie installe ses questionnements dans la cité que l’on dit phocéenne. Qu’es acò, demanderont donc nos amis autochtones ? Au départ un concept, vague et personnel, de Deleuze, pour désigner les pensées qui font philosophie de tout bois, en prenant pour référence ou sujet d’études des objets populaires, contemporains comme anciens et savants. Les Rencontres Place publique ont repris le concept pour le mettre en œuvre lors d’un ensemble de colloques aussi hétéroclite, et passionnant, que leur inspirateur initial. Ainsi durant une semaine une poignée de philosophes très sérieux mais finalement assez allumés (Jacques Rancière, Marcel Hénaff, Christian Boissinot, Quentin Meillassoux, Mathieu Triclot, Mathias Youshonko, Françoise Gaillard, Bruno Queysanne…) parleront de Batman et Superman, des vertus des psychotropes, de l’ontologie des jeux vidéo, de musique et de rock, du concept du canard en architecture, de la vision kantienne des extraterrestres, de numérologie chez Mallarmé… Et il ne s’agit pas de boutades potaches ou de pseudo pensée : il s’agit bien de confronter la philosophie aux concepts marchands qui gouvernent notre société, et à la communication qui les accompagne. D’ailleurs il sera aussi question du prix du savoir, et de capitalisme immatériel : la philosophie s’achète-t-elle ? En tous les cas la Semaine de la Pop philosophie la vend bien, et devrait la rendre populaire… A.F. Jacques Ranciere X-D.R Semaine de la Pop philosophie Du 17 au 22 oct 04 91 90 08 55 Alcazar, Euromed… Marseille www.lesrencontresplacepublique.fr La genèse selon Bourdieu Peut-être qu’il se retourne inconfortablement dans sa tombe, Pierre Bourdieu, de voir son œuvre adaptée au théâtre par la cie Manifeste rien, lui qui fut dit-on volontairementésotérique pour ne pas être mal compris du vulgaire... Enfin, si c’est le cas tant pis pour lui, le vulgaire est venu en nombre à l’Alcazar le 8 oct pour la représentation de son ouvrage le plus Manifeste rien emblématique : la Domination Masculine. Sur scène, une comédienne de caractère est prête à en découdre ; Virginie Aimone déballonne avec humour les termes ampoulés du sociologue et met en relief la violence symbolique infligée aux femmes jour après jour. La mise en scène de Jérémy Beschon fait appel aux travaux de l’anthropologue Tassadit Yacine-Titouh sur les mythes et la poésie kabyles, et c’est peut-être ce qui donne au spectacle ses plus belles envolées. Tout y passe, le phallus, les rapports entre la virilité et le féminin, la répartition politique des tâches, l’enfantement... et l’amour. Comble de la subversion, exception à la loi tacite de domination masculine, ou au contraire sa manifestation ultime ? Le débat qui fait suite prouve que certains points sensibles ont été atteints. Certains pensent avec Bourdieu que ce sont les femmes qui contribuent à conserver et transmettre leur soumission, d’autres citent les travaux de féministes (notamment ceux d’Emma Goldman, anarchiste américaine les encourageant à se jeter dans la vie, à prendre des risques pour se libérer). Le tout pour conclure qu’il faudrait envisager la libération des hommes et des femmes ensemble... et qu’il y a du boulot ! GAELLE CLOAREC La Domination Masculine sera également représentée le 5 mars au Théâtre de Lenche 04 91 91 52 22 www.theatredelenche.info Caput, capital ! Les Rencontres capitales organisées au Palais du Pharo ont de l’ambition : 24 débats en deux jours dans les trois salles, plus de 10 000 spectateurs attendus, de débatteurs nombreux et prestigieux, avec une belle brochette de politiques du rose au bleu foncé (Vauzelle, Peillon, Lang, Kouchner, Aillagon, Toubon, Ferry, Guaino), mais aussi des scientifiques, artistes, urbanistes, philosophes et intellectuels de gauche et de droite… Pourquoi ce rassemblement ? Il s’agit tout simplement de trouver des solutions visant à changer le monde ! On sait que dans ce format de rencontres la parole est contrainte par la durée des interventions et l’orientation des questions : d’une durée d’1h30, chaque débat regroupe chacun 4 ou 5 débatteurs, un journaliste (du Figaro, de France Télévisions ou de Challenges, souvent) et comporte plusieurs temps de projections. Dans ces conditions, les intitulés des débats revêtent une importance… capitale ! Certains thèmes spécialisés annoncés promettent des paroles passionnantes, lorsque Pierre Rhabi se demandera comment nourrir la planète, ou Jacques Testard jusqu’où peut aller la médecine. Mais d’autres interrogations semblent moins pertinentes : ainsi l’art n’y est interrogé que dans sa nécessité sociale, la culture étant vue comme vecteur éducatif. Plus grave, les modèles économiques et politiques semblent s’arrêter à des remises en cause très partielles, sinon partiales : ainsi « penser la ville » est associé à « l’accès à la propriété », on se demande comment « réformer la France » malgré les « blocages », ou « comment moraliser la finance » et non comment refuser ses lois. On pense qu’il faut passer dans les pays arabes « de la révolution à la réforme », on se demande s’il faut souhaiter « un nouveau modèle d’intégration », et « comment imaginer un nouveau capitalisme ». Bref, alors même que l’on veut changer le monde, on entérine l’idée que le seul modèle possible, et réformable, est l’idéologie capitaliste. Présupposé qui orientera forcément les débats, à moins que l’indéniable qualité des orateurs ne les engage au-delà de ces questions ! AGNÈS FRESCHEL Rencontres Capitales Le 14 oct de 9h30 à 17h30 et le 15 oct de 11h à 19h Palais du Pharo Récital Barbara Hendricks Le 15 oct à 20h30 Le Silo www.rencontrescapitales.com



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