Zibeline n°45 octobre 2011
Zibeline n°45 octobre 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°45 de octobre 2011

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 7,3 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... débats et arrière-gardes.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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68 HISTOIRE ÉCH. ET DIFF. DES SAVOIRS ARCHIVES DEPARTEMENTALES Chronique des oubliés m Des longs silences aux reconnaissances tardives, il est des faits objectifs qui s’inscrivent en mémoires honteuses. Est-ce ainsi que l’on a traité ceux qui, parfois enrôlés de force, eurent tort de croire en l’amère patrie que leur fut la France, pour laquelle ils se sont battus jusqu’au bout ? Guerre d’Algérie, guerre civile, une histoire dont personne n’est sorti indemne… Les quelques soldats musulmans qui n’ont pas été abandonnés par l’armée française, qui ont échappé avec leurs familles aux mains vengeresses des combattants Algériens et ont réussi à franchir la Méditerranée, qui n’ont pas été ensuite renvoyés en Algérie vers une mort probable ou un ostracisme certain, ont vécu en France la relégation dans des cités urbaines Sonacotra, ou des hameaux forestiers isolés… L’exposition Harkis, au camp des invisibles, au Centre aixois des Archives Départementales rend compte au travers des photographies d’Elisa Cornu et de documents d’archives d’une période sombre. Travail d’une année, patient, qui recueille l’âme même des lieux et des êtres, et les condense en une approche sensible et pudique. Portraits d’hommes sur trois générations, plans rapprochés, caractère intemporel du noir et blanc. Les plus âgés portent leurs médailles, gagnées pour la France. Les regards sont dignes, les poses simples et raides, leur gravité dégage une insondable mélancolie. À l’arrière plan de ces beaux visages marqués par le temps, du grillage poule, des tôles de baraquements, ces constructions si provisoires qu’elles durent… encore aujourd’hui : les photos sont prises au camp du Brogylum qui est toujours habité par des Harkis. Sans doute n’en connaissez-vous pas le nom, c’est après Fuveau, dans la pinède, quasi invisible… Autre camp, abandonné celui-ci, vers Jouques… Photographies terribles de ces ruines du Logis d’Anne : séquence 7 (il y a quelque chose de cinématographique dans le déroulement spatial de l’exposition), structure bouleversée, violence géométrique des blocs de béton sur lesquels subsistent dérisoires des fragments de carrelage, courbures suppliciées du métal des armatures en écho à celles des plantes qui reprennent leurs droits… ; séquence 8, porte brisée qui s’ouvre sur du néant… Abandon encore et toujours, effacement supplémentaire : l’exposition reconstitue dans son parcours l’architecture d’une maison berbère. Au fond, tranchant sur le caractère austère des photographies en noir et blanc, des portraits de femmes, en couleur. Chaleur, chatoiement, regards tristes, moqueurs aussi, refuge vivant de la mémoire, de transmission. Aux traces poétiques des photographies, se joignent celles, officielles, des archives, compte rendus de police, rapports d’activité de la préfecture, demandes de classes mobiles au ministère, avec des chiffres hallucinants, de 2 classes pour 114 enfants ! La mise en perspective des coupures de presse est troublante, qui mentionnent à peine les échauffourées devant Cadarache des Harkis en colère, mais s’étalent sur le plus grand caddie du monde. Décidément, le sort des « ex-supplétifs », réduit à des formules administratives, embarrasse ! Il aura d’ailleurs fallu attendre 2001 pour un hommage officiel, et la France n’a toujours pas reconnu sa responsabilité dans l’abandon des Harkis en 1962… MARYVONNE COLOMBANI Harkis, au camp des invisibles Jusqu’au 28 janv Archives Départementales, Aix 04 13 31 57 00 www.archives13.fr Camp du logis d'Anne - Monsieur Ghomiriani Clichés Elisa Cornu Fabulons ensemble La 12 e saison d’Échange et diffusion des savoirs continue d’interroger Vérité, fiction et connaissance, thème abordé l’année dernière, en questionnant la représentation du monde au travers de ses miracles et mirages. Seront abordés « les divers usages de la fiction et leur nécessité méthodologique dans l’ordre de la recherche de la vérité et de la connaissance » au travers de langages, « ce référent ultime qui oblige le recours à la fiction pour rendre compte et manipuler tout ce qui est susceptible de représentation […] » écrit Spyros Théodorou en préambule. Fictions et langages de toute nature, donc : les conférenciers invités s’orientent cette année vers des objets plus philosophiques, historiques, et même littéraires. Pour débuter ce cycle, Jean-Claude Monod, philosophe, traitera de la nature des relations entre fiction, histoire et identité collective (le 10 nov). Le philosophe Dany-Robert Dufour abordera lui le discours libéral, interrogeant ce qu’il en est de la vérité et de la fiction, en expliquant notamment ses « fondements théologiques » (le 17 nov). En décembre le neurologue Lionel Naccache traitera de ce qu’il appelle le malaise contemporain de la connaissance, se positionnant à contre-courant de l’idée d’une connaissance en voie de partage universel (le 1 er), tandis que l’historien Nicolas Offenstadt fera le point sur les rapports entre histoire et vérité (le 15). Puis EDS donnera rendez-vous avec Marylène Patou-Mathis pour un débat sur le Préhistorique et le Sauvage, Jacques Rancière sur la politique de la fiction, Sophie Klimis qui remontera aux origines antiques de la fiction en analysant la définition qu’en proposa Platon, Jean Iliopoulos sur le concept de l’espace en physique microscopique. Et ce n’est pas tout ! Jacques Bouveresse abordera la vérité et la connaissance en littérature, Nancy Huston parlera de la fabulation et de la spécificité des fictions littéraires, Marcel Gauchet analysera la crise de la représentation… DO.M. Miracles & mirages de la représentation Échange et diffusion des savoirs Saison 2011 2012 Hôtel du département, Marseille 04 96 11 24 50 www.cg13.fr
Le Mucem annonce ABD GASTON DEFFERRE MUCEM HISTOIRE 69 Histoire de nos prisons Marseille, ville portuaire ouverte sur le monde ? Les Archives Départementales prennent à rebours le cliché ses Mardis La saison dernière, le Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, nous a gratifié d’une série de conférences-débats tous les premiers mardis de chaque mois, à la BMVR l’Alcazar. Débats animés, sérieux, toujours estimables au fond comme sur la forme. Aucune raison, donc, pour que l’expérience ne se prolonge point. Petite différence cette année, l’accompagnement, heureux, de Thierry Fabre, par l’INA, les Libraires à Marseille et France-Culture. Autre différence, peut être moins heureuse, la multiplication des intervenants, qui selon le tour que prennent les débats peut nuire à la profondeur réelle de la parole, telle qu’elle fut à l’œuvre souvent lors des conférences de l’an dernier. Pour cette saison, trois cycles. Le premier cycle, d’octobre à décembre, traite de « questions de mémoires et de frontières ». Viennent ensuite « la Méditerranée, un nouvel ordre du monde ? », puis les « grandes questions de civilisations ». Un plan en trois parties qui voudra sûrement nous emmener à la découverte d’une Méditerranée recomposée par les derniers (mais pas ultimes) feux politiques. Le premier temps s’ouvre le 11 oct, toujours à 18h30, avec une épine tenace : Arménie/Turquie, les chemins de la reconnaissance. Les invités, Michel Marian et Cengiz Aktar se pencheront sur les frémissements d’une reconnaissance du génocide arménien. Bien sûr les derniers échos de la passe d’armes politique entre États ne sont guère encourageants, mais ils sont loin de résumer la question. D’un sujet brûlant l’autre ! Le 22 nov se sera le tour d’Israël/Palestine, récits de frontières. Riccardo Bocco, Stéphanie Latte Abdallah et Cédric Parizot s’attacheront à revisiter la réalité du mur, de l’occupation et de la séparation entre ces « deux peuples condamnés à vivre ensemble ». Là encore les initiatives palestiniennes de Mahmoud Abbas pourront être contextualisées et éclairées, non comme un épieu planté dans la chair d’Israël, mais comme un pas sur le chemin du partage et du respect. Enfin, moins duel, mais seulement enC. Parizot, invité des Mardis du MuCEM, Israël - Palestine X-D.R apparence, la guerre d’Algérie reviendra sur le devant de la scène « entre littérature et histoire ». La catharsis est-elle enfin possible ? Sofiane Hadjadj, usant du biais littéraire, s’interrogera sur une possible écriture à deux voies d’un passé traumatique brûlant encore dans les mémoires méditerranéennes. Souhaitons que nos guides rendent plus dicible la communauté méditerranéenne qui nous est si chère, et que leur parole agisse sur le réel… RENÉ DIAZ R. Bocco, invité des Mardis du MuCEM Israël - Palestine X-D.R t Photographie anonyme des entrepots, coll. Archives departementales 13 La problématique de l’enfermement n’est sans doute pas suffisamment balisée pour le visiteur, mais peu importe : on peut voir cette exposition sans être familier de Michel Foucault, chacun y trouve du grain à moudre. Dans une salle, on a croisé un charpentier de marine qui appréciait l’approche de sa cité via sa part d’ombre administrative. Dans une autre, face aux archives de l’INA, un groupe s’offusquait des camps provisoires devenus bidonvilles dans les années 60. Plus loin, d’autres s’émouvaient de la chronique d’une déchéance en trois rapports de police, celle d’une jeune prostituée, mère à 15 ans, et qui se fit tirer dessus à 18 par un jaloux éconduit. Sur plusieurs tables de grandes affiches recto-verso apportent les explications requises, avec les reproductions des documents les plus éloquents. Entre autres fleurons, on repère le registre des déclarations faites en mai 1720 par les capitaines de navires à leur arrivée dans le port, y compris celle de Jean-Baptiste Chataud, qui commandait le Grand Saint-Antoine, celui-là même qui fût soupçonné d’avoir introduit la peste à Marseille. Aussi incongru qu’emblématique, le dessin d’une grosse clef, portant la mention suivante : «...provenant de la prison du château d’If. Vers l’année 1860 un prisonnier politique trompant la vigilance de son gardien réussit à ouvrir sa geôle et à gagner la côte. (...) Détail curieux : cette même clef tint enfermé l’Abbé Fariat (sic) dont l’évasion fit grand bruit ». Ainsi se juxtaposent les éléments les plus crus de la bureaucratie portuaire : listes de réfugiés, condamnations aux galères, inventaires et mains-courantes, le destin aussi romanesque que fictif de notre Edmond Dantès municipal, et une vision surréaliste du « quartier réservé », lieu de tourisme sexuel illustré par une série de cartes postales imprimées au début du XX e siècle. Un parcours de la mer au rivage, jusqu’à atteindre les grandes cités construites sur les collines et qui lentement se délabrent : trois siècles d’une histoire marseillaise pleine de bruit et de fureur, de marchandises, de marchandages, de réclusions, d’échappatoires. Parmi ces tumultueux épisodes, celui de la prison d’Arenc, qui détint longtemps les « étrangers en situation d’irrégularité », pour n’être fermée qu’en 2006. En 1975, le Syndicat de la Magistrature l’avait pourtant déjà déclarée illégale… et le grand mérite de cette exposition est de prouver, par la trace écrite, la contingence du pouvoir et la sècheresse de ses règlementations, quand des conséquences terribles découlent parfois d’un seul coup de tampon. GAËLLE CLOAREC Du bateau à la cité L’enfermement à Marseille, XVIII e- XX e siècles Jusqu’au 21 janv ABD Gaston Defferre 04 13 31 82 00 www.archives13.fr



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