Zibeline n°45 octobre 2011
Zibeline n°45 octobre 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°45 de octobre 2011

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 7,3 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... débats et arrière-gardes.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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58 LIVRES LITTÉRATURE Animaux urbains Toronto, de nos jours. Dans la capitale canadienne traversée de rocades et de ponts autoroutiers, la nature sauvage a encore sa place, surtout dans les ravins, les terrains vagues et sur les berges de la Don Valley. C’est là, aux confins de la ville et du wild, qu’Alissa York a choisi de faire évoluer les personnages de son original et très attachant troisième roman. Des humains d’abord, Edal, Guy, Lily, Kate et les autres, qui tous d’une façon ou d’une autre, reviennent de loin, d’une enfance malheureuse, d’un deuil récent, d’une guerre… Et puis des animaux, car tous les hommes de ce livre ont à voir avec eux : Guy récupère et soigne (ou enterre dignement) tous les animaux blessés qu’il croise, il élève aussi une buse ; Edal est agente fédérale chargée de traquer les trafiquants d’animaux exotiques, Kate technicienne vétérinaire ; Lily ne se sépare pas de son impressionnant terre-neuve Billy ; quant à Stephen, il héberge sous son lit une nichée de Rolin sans roller ! Le dernier livre de Jean Rolin surprend et amuse : ni reportage engagé, ni grand récit de voyage, Le ravissement de Britney Spears serait plutôt une approche topographique de la star people. En poste au Tadjikistan, pour une mission aberrante à la frontière chinoise, le narrateur raconte à son compagnon Shotemur ses mésaventures américaines : improbable espion flegmatique et quelque peu velléitaire, il a été envoyé à Los Angeles pour déjouer une tentative d’enlèvement peu crédible de la star. L’essentiel de sa mission consistera à arpenter la ville tentaculaire en empruntant tous les moyens de locomotion imaginables pour qui ne conduit pas, à l’exception notable du roller, pour approcher la tragique blonde, avec la complicité d’un paparazzi très fin de siècle et d’une prostituée dégourdie. Voici un étonnant roman de la circulation : les bus, la marche à pieds et les échangeurs permettent de rallier ratons laveurs orphelins. Bien d’autres espèces traversent cette histoire peuplée d’animaux (coyotes, renards, et même une tortue alligator !), comme le sont celles dont raffolent les personnages et que Guy lit le soir après le dîner… Alissa York s’est souvenue de son enfance en pleine nature dans l’Alberta et de tous les récits animaliers qui l’ont accompagnée, Kipling en tête. Porté par une langue nerveuse et poétique, son récit parle avec justesse des liens, d’amour, de solidarité, et n’a rien (mais rien) à voir avec une quelconque niaiserie animalosentimentale. Un univers et un style à découvrir absolument. FRED ROBERT Fauna Alissa York Traduit de l’anglais (Canada) par Florence Lévy-Paoloni Éd. Joëlle Losfeld, 22,50 € des lieux vides (des clubs chics, des parcs déserts, des hôtels désaffectés) pour traquer des personnages fantômes et fantoches qui ne viendront pas, où qui viendront mais qu’on n’abordera pas, ou qui ne seront qu’une mise en scène d’eux-mêmes. Nothing is happening : pas d’événement, mais ce qui en tient lieu, et qui, dans la logique médiatique du simulacre, suffit à en être un. Pas d’histoire, pour tirer le fil tendu entre les choses, mais la multiplication de scénarios improbables et d’attentes déjouées. On suivra avec plaisir ce récit de voyage inusité, mélancolique et burlesque, à l’humour exact, sur des chemins qui ne mènent nulle part. AUDE FANLO Le ravissement de Britney Spears Jean Rolin POL, 17 € Al. : V..1_.t.:.:_.[..._. Alissa York était invitée aux Correspondances de Manosque, en compagnie de sa traductrice et de son éditrice. Le Ravissement de QriLlirk 5prarr JEAN ROLIN Jean Rolin était invité aux Correspondances de Manosque Nouveaux romans Proposer aux enfants et aux adolescents des fictions d’un genre nouveau, à la frontière du roman jeunesse illustré et de la bande dessinée, tel est l’objectif de la jeune collection Empreintes (4 titres à ce jour), sous la direction de l’illustrateur Régis Lejonc. Des livrets élégants, à la couverture souple, au format très tendance - entre album et livre de poche -, à l’épaisseur non rebutante pour de jeunes lecteurs. Des textes fragmentés, découpés comme des scénarios ou des scènes de théâtre, fluides pourtant. Et surtout le dessin qui éclate dès la première de couverture et s’invite partout : sur de pleines pages, en série de planches façon BD, en illustrations plus traditionnelles au fil des mots. Les Indiens offre ainsi le graphisme brut et percutant de Régis Lejonc, dans une ligne en noir, blanc et jaune soleil, qui vient scander le récit de Franck Prévot et donner vigueur à sa chronique de la haine et de la violence ordinaires vues par un enfant. De même, le trait noir et blanc coloré de noisette d’Alfred accompagne avec bonheur la triste histoire d’Angie M. racontée par Rascal, comme le font aussi les paroles de la célèbre chanson des Stones. Une ambiance de pluie, de nostalgie et de cafard, proche de celles de Tardi, qui colle parfaitement à cette histoire de déni de grossesse. Empreintes, qui aborde des thèmes délicats, des questions angoissantes, n’est pas à mettre entre les mains de lecteurs trop jeunes. FRED ROBERT Les Indiens Franck Prévot, Régis Lejonc L’Edune, 12,50 € Angie M. Rascal, Alfred L’Edune, 9,50 € Régis Lejonc et Alfred seront à Marseille pour les prochaines Littorales, et également dans le cadre du festival BaDaM
LIVRES 59 Face à face Robert Bober a écrit, à une voix, un roman multiple : histoire intime de sa famille, histoire sociale et douloureuse des polonais juifs déportés, chronique du vieux quartier de Belleville et évocation des tournages de Truffaut dans ce même quartier. Les fils s’entrecroisent au rythme des rencontres et des découvertes du jeune narrateur, Bernard Appelbaum, 20 ans. Mai 1961 : suite à ses retrouvailles avec un moniteur de colo de 10 ans son aîné, il est figurant dans « Jules et Jim », au café Victor, pénètre dans le quotidien d’une clientèle ouvrière et sympathise avec un admirateur de Bruand et de la Commune, dévoilant des pans de l’histoire de la classe ouvrière. La projection du film de Truffaut libère la parole de sa mère qui lui raconte pour la première fois l’histoire de ses deux amours : deux jeunes hommes amis rencontrés en même temps en Pologne et tombés amoureux d’elle, qu’elle a épousés l’un après l’autre. Seule à nouveau il ne lui reste qu’un carton de photos jaunies et ses deux fils. Ses confidences poussent Bernard à mettre ses pas dans ceux de ces hommes à travers ses déambulations dans le quartier et sa visite au Cirque d’Hiver que fréquentait son père... par les toits. Robert Bober distille ces souvenirs par doses subtiles ; il n’est pas Bernard, plutôt l’ex-moniteur l’assistant de Truffaut. Le récit de cette réappropriation est borné par deux photographies : celle du père dans son petit cadre posée sur le buffet et la même, en grand, sur un mur du bloc des déportés français à Auschwitz. CHRIS BOURGUE On ne peut plus dormir tranquille quand on a une fois ouvert les yeux Robert Bober P.O.L, 17 € Robert Bober sera présent pour les Littorales, du 12 au 16 oct à Marseille L’ombre qui cause Oyez, bonnes gens, la voix de « celle qui T d’encens s’est volontairement clôturée pour A l’encens, s’oppose l’azurite… Un point de départ en énigme policière, deux villes sublimes pour cadre, Constantinople et Venise, un personnage tiraillé entre ses aspirations artistiques profondes et l’endroit d’où il vient… Metin Arditi nous conte avec l’élégance de la calligraphie ottomane à laquelle s’exerce son héros dans le bazar de Constantinople, la vie tourmentée du Turquetto. La peinture, de même que toute tentative de représentation est interdite à ce jeune garçon par sa religion hébraïque. Et pourtant son regard aigu ne cesse de composer des tableaux, des portraits qu’il empile dans sa mémoire. On suit les étapes clé de la vie du jeune peintre dans un récit qui adopte une construction rigoureuse et symétrique en quatre parties, quadryptique dont émergent des pans cruciaux, qui éclairent les longues ellipses narratives. Aux trajets physiques correspondent les étapes de la maturation, de la réflexion. Avec un sens calculé de la suggestion, Metin Arditi fait renaître la foule multiple de Constantinople, les intrigues vénitiennes… Les dialogues sont ciselés, les personnages prennent vie et vous emmènent sur des chemins qui semblent familiers, tant est réaliste le contexte historique, vraisemblable l’intrigue… Réflexion sur la rigide ineptie des orthodoxies et sur l’art, ce roman, véritable parabole, est un hymne à la liberté. Superbe. MARYVONE COLOMBANI Le Turquetto Metin Arditi Actes Sud, 19,50 € Met n Arditi Le Tiirquetto tenter d’exister ». Oyez la merveilleuse histoire d’Esclarmonde, damoiselle du domaine des Murmures, qui, en 1187, préféra la réclusion à un mariage forcé… En se laissant emmurer dans une cellule attenante à la chapelle du château, avec pour unique ouverture sur le monde une petite fenêtre à barreaux, c’est une libération que la jeune fille espère. Pourtant, loin de s’envoler par la prière et l’extase mystique au-delà de sa prison étroite et du monde des hommes, la recluse est rattrapée par les réalités et les fracas du siècle. Mais ne dévoilons pas les péripéties du deuxième roman de Carole Martinez. On se souvient de son magnifique Cœur cousu. Parue en 2007, couronnée par pas moins de 9 prix, l’épopée de la magicienne brodeuse Frasquita Carasco et de ses enfants mettait déjà en scène une femme en butte à la brutalité des hommes, mais forte, déterminée. Le cadre a changé ; pourtant l’ombre de Frasquita plane sur le Domaine des Murmures (qui lui est d’ailleurs dédié), sur cette belle histoires de femmes un peu fées, un peu sorcières. Par la grâce d’un récit ondoyant comme la Loue qui coule en contrebas du château et d’une langue imagée que tournures et termes anciens enluminent, l’univers médiéval, seigneurs et gueux, pèlerins et croisés, religieux et paysans crédules, vient peupler le reclusoir d’Esclarmonde, en une foule de paroles et de visions dont elle est la dépositaire et qu’elle murmure à qui veut bien tendre l’oreille. FRED ROBERT Du domaine des murmures Carole Martinez Gallimard, 16,90 € Les voix d’Alger Auteure de nouvelles remarquées, Kaouther Adimi a publié l’an dernier son premier roman aux éditions algéroises Barzakh, qui veillent à promouvoir la jeune littérature algérienne. L’envers des autres est aujourd’hui édité en France. Ce bref texte polyphonique (une centaine de pages) met les maux en voix. Maux d’une Alger contemporaine plus si blanche : « …de cette ville, je ne vois plus la blancheur, la beauté ou la joie de vivre, mais uniquement les trous qui me font bondir de ma place, les pigeons qui lâchent leur fiente sur ma tête et les jeunes désœuvrés qui essaient de me tripoter au passage.[…]Saleté de ville ! », maugrée Yasmine dans le bus bondé qui la conduit à l’université, tandis que son frère Adel murmure : « Je me sens attiré par cette mer visqueuse, pleine de cadavres et de jeunesse affamée ». Voix des gens d’un quartier, et des membres d’une famille particulière, sur laquelle tout le voisinage se répand en commérages. Au fil de courts chapitres soliloqués, c’est une société rongée par la mesquinerie et l’envie qui se profile ; une société sans perspectives pour ceux qui veulent vivre librement. Le propos est intéressant, la vision noire et juste sans doute. Pourtant, malgré quelques beaux passages (le monologue du jeune Tarek entre autres) et quelques personnages attachants (la fratrie Sarah, Adel, Yasmine), ces paroles successives sonnent parfois un peu faux. Ce qui laisse le lecteur mal à l’aise et frustré… FRED ROBERT L’envers des autres Kaouther Adimi Actes Sud, 13,80 € Kaouther Adimi sera présente pour les Littorales, du 12 au 16 oct à Marseille On ne peut plus dnrrnir cranquiPle quand {ar a une fais 4uverrt ! es yeux Ifil DOM 4f\I. DES. 1IL 11.11 11, 1110 }{aeuther 1 Aciierii LL}IIVC}t ; 5 des autres



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