Zibeline n°44-45-46 2 aoû 2019
Zibeline n°44-45-46 2 aoû 2019
  • Prix facial : 2,50 €

  • Parution : n°44-45-46 de 2 aoû 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (200 x 280) mm

  • Nombre de pages : 48

  • Taille du fichier PDF : 3,3 Mo

  • Dans ce numéro : Martigues cultive son patrimoine populaire.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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38 au programme arts visuels Vagues de design À Toulon, le festival Design Parade propose en corollaire une exposition insolite et ludique au Cercle naval Le Cercle naval de Toulon, lieu de réception pour la Marine, ressuscite exceptionnellement sous l’impulsion du 4 e festival international d’architecture intérieure Design Parade qui irrigue la ville d’une nouvelle proposition  : Nouvelles vagues, Collections design du Centre Pompidou. L’événement est de taille à double titre. D’abord parce que le bâtiment d’André Maurice inauguré en janvier 1933 est un pur produit de l’architecture Art déco avec ses décors sculptés, son escalier d’honneur à double volée tournante, ses toiles Pierre Paulin (1927-2009), Fauteuil RibbonChair 582 (1966) ARTIFORT/TUBE D’ACIER, MOUSSE DE LATEX, JERSEY DE POL Y AMIDE, BOIS LAQUÉ DON DE STRAFOR 1996/AM 1996-1-3 marouflées de six mètres de haut, et qu’il est désormais protégé de toute démolition. Occupé par la Marine jusqu’en 2017, fermé au public, son horizon était sombre jusqu’à l’arrêté du 8 février 2018 qui l’a inscrit en totalité au titre des monuments historiques. Un sursaut vital dû, en partie tout au moins, à la volonté de la Ville et des associations relayée par la Villa Noailles qui l’a investi en 2017 avec Design Parade 2. C’est dans cet espace au fier passé qu’une soixantaine de pièces des collections Design du Centre Pompidou ont pris leur aise, sur deux niveaux et en trois parties  : la première retrace l’archéologie du transat et de la chaise longue depuis les années 1920, et la naissance de la modernité dans un dispositif rigoureux (lignes austères, formes épurées, tubes d’acier, toiles et chêne, cuir synthétique se déploient) ; la deuxième épouse la grammaire révolutionnaire des années Pop où les idées, le corps et la parole se libèrent (couleurs acidulées, formes sexy, assises confortables, l’hédonisme règne dans les années 60) ; la troisième enfonce le clou du plaisir et des loisirs à travers des spécimens gonflables aux lignes aériennes (apparition de nouveaux matériaux PVC). L’ensemble est joyeusement mis en scène par l’architecte et designer India Mahdavi qui emprunte à l’imagerie de la plage son motif de rayures bleu et blanc décliné des murs aux plafonds, sur le mobilier d’accueil, les présentoirs, les jarres, les rideaux, et sur toute la panoplie des outils de communication (flyers, catalogue, cartes postales, plans de salle). À la géométrie rigoureuse et un peu froide de l’écrin « archéologique » répond les ondulations des espaces Pop  : la rayure cède la place aux vagues mouvantes et à l’insouciance. Miroir de l’Histoire… Du plaisir aquatique à la sieste bienheureuse, il n’y a qu’un pas que l’on franchit avec délices dans deux salons-boudoirs attenant à l’espace de réception. S’y lovent deux versions revisitées du traditionnel hamac, l’un signé de Jean-Baptiste Fastrez, composé d’un millier de tubes de tissus, et inspiré du Quetzalcoatl, le serpent à plumes dans la mythologie aztèque ; l’autre de Bless habillé de taffetas rose poudré nacré. Deux cocons sculptés comme un appel à la volupté. Un territoire pour le design Événement encore, que la signature d’un partenariat entre le président du Centre Pompidou Serge Lasvignes et le président de la Métropole Toulon Provence Méditerranée Hubert Falco « autour de ses collections design dont il assurera l’ensemble du commissariat incluant le choix du scénographe ». Cet engagement de trois ans, signé à l’occasion de l’inauguration de l’exposition, se concrétisera par l’organisation d’une exposition annuelle à l’Hôtel des arts transféré à la Métropole TPM en janvier 2020. L’esprit design promu par la Villa Noailles (Design Parade) et l’École d’art s’ancre durablement à Toulon qui accueillera à la rentrée le second site de l’école Camondo (Paris), avec un master 1 architecture intérieure et design suivi du premier cycle en 2020. Face à la Méditerranée. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI Nouvelles vagues jusqu’au 24 novembre Cercle naval, Toulon Design Parade jusqu’au 29 septembre Divers lieux, Toulon villanoailles-hyeres.com
MoCo, nouvelle adresse contemporaine Distance intime, première exposition de l’Hôtel des Collections de Montpellier, propose un univers dont l’homme semble avoir définitivement disparu Sollicité par un collectionneur japonais, Yasuharu Ishikawa s’est décidé en trois minutes pour acheter les douze pièces de la série Date Paintings d’On Kawara. Il est depuis ce coup de foudre lui aussi devenu collectionneur d’art contemporain. Les 12 toiles noir et blanc (la date du jour où l’artiste à réalisé la peinture sur fond noir, comprise entre le 8 janvier et le 16 décembre 1994, extraits de la célèbre Today series, calendrier à trous, témoins concrets de l’existence de l’artiste qui réalise une prise directe du temps qui file) risquaient de sortir du Japon si personne ne les achetait ; l’entrepreneur Ishikawa s’est senti en devoir d’acquérir ce morceau de patrimoine conceptuel (et national). C’est aujourd’hui sa toute jeune collection qui inaugure le MoCo - Hôtel des collections de Montpellier, dont c’est la plus importante présentation (une trentaine d’œuvres, 17 artistes en majorité occidentaux) en dehors du Japon. La première pièce provoque une forte sensation. Une multitude de flèches noires, plantées en faisceaux très graphiques, occupe le sol et une partie des murs. Ftt, Ft, Ftt, Ftt, Ffttt, Ftt  : c’est le titre de l’œuvre de Ryan Gander (2010), dont on a l’impression d’avoir réchappé de justesse, arrivé là après la bataille. En l’occurrence une guerre de théories, entre Van Doesburg et Mondrian, qui s’écharpaient autour du sens de la ligne à adopter dans l’art abstrait  : diagonale ou verticale/horizontale ? On ne tranchera pas, ému d’être pris dans un feu qui, tant que la création existera, jamais ne s’arrêtera. Désolation Puis, Distance intime (commissariat Yuko Hasegawa, directrice artistique du Musée d’art contemporain de Tokyo) se déroule sans réelle cohésion, si ce n’est un sentiment diffus de catastrophe, dont on ne sait si elle est imminente ou déjà survenue. Il y a le Sida, dont le couple Ryan Gander, Ftt, Ft, Ftt, Fttt, Ftt. Plastique, caoutchouc, acier. Fondation Ishikawa, Okayama. Courtesy TARO NASU, Tokyo Ryan Gander Adagp, Paris, 2019 d’ampoules suspendues, allumées, les fils entremêlés, figure celui, fauché par le virus, de Felix Gonzalez-Torres (Untitled, March 5th, #2, 1991) et son compagnon. Son monument à emporter (Untitled, Monument, 1989), une pile d’affiches blanches, que chacun peut prélever, portant l’inscription Ten men came, only three returned entretient une mémoire à diffuser, à partager, à disperser au gré des trajets de cette œuvre nomade. Le cataclysme a sévi dans la vidéo de Pierre Huyghe. Une petite fille erre, gestes saccadés, obsessionnels. Elle porte un masque blanc de théâtre Nô. Ses bras sont longs et poilus. C’est un singe (Untitled, human mask, 2014). Filmé par un drone dans une zone sinistrée trois ans après Fukushima, l’animal déguisé en humain (Fuku-Chan, qui a dans « la vraie vie » a été dressé pour faire le garçon de café) circule dans le silence et la désolation, à la fois ancêtre et survivant d’une humanité perdue. Dans Zoodram 4 (Pierre Huyghe, 2011), les restes de civilisation sont colonisés par un bernard-l’hermite installé dans une réplique de La Muse endormie (Brancusi). Il occupe cette tête connue et creuse, référence absurde et noble, souvenir d’humain dont il aurait mangé le cerveau - dans son aquarium aux verres loupes si épais que s’en approcher provoque une sorte de nausée. ANNA ZISMAN Distance intime - Chefs-d’œuvre de la collection Ishikawa jusqu’au 29 septembre MoCo - Hôtel des Collections, Montpellier moco.art 39



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