Zibeline n°44-45-46 2 aoû 2019
Zibeline n°44-45-46 2 aoû 2019
  • Prix facial : 2,50 €

  • Parution : n°44-45-46 de 2 aoû 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (200 x 280) mm

  • Nombre de pages : 48

  • Taille du fichier PDF : 3,3 Mo

  • Dans ce numéro : Martigues cultive son patrimoine populaire.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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36 au programme arts visuels L’idée de l’Orient La Collection Fouad Debbas est mise à l’honneur au Mucem, et dialogue avec des artistes contemporains pour La fabrique des illusions Au Mucem, les collections de l’ingénieur d’origine libanaise Fouad Debbas (1930-2001) s’exposent et mettent à l’honneur les photographies orientalistes d’un XIX e siècle colonial. Dépassant un prétendu vérisme photographique, l’exposition orchestrée par les commissaires Yasmine Chemali et François Cheval renvoie la photographie à une vocation oubliée, celle de l’illusion. Elle ne documente pas, elle installe et met en scène, elle ne saisit pas dans l’instant un moment de vérité, mais l’agence à travers une lentille. Ici, des séries de portraits esquissent le pastiche d’un Orient fantasque et bigarré. On rencontre toutes les figures idéales typiques qui nourrissent l’imaginaire orientaliste  : ici un druze, là un derviche tourneur, plus loin une femme aux bijoux chargés et à la lourde poitrine. Saturées de couleurs passées, ces images frappent par leur exotisme forcé, construit de toutes pièces dans des studios, comme ceux de Bonfils, où s’entassent un chaos d’étoffes, de coiffes et de pierreries pêlemêle. Autant d’artefacts, qui transforment les peuples en figurants bariolés et grotesques. La bourgeoisie et l’intelligentsia occidentales du XIX e siècle ont vu dans l’Orient un terrain de jeu, une scène où pourrait s’épancher le lyrisme de leurs élans romantiques. Ce fond de photographie oriental, recouvrant le Liban, la Syrie et la Palestine, ne nous renseigne ainsi pas tant sur l’Orient que sur le regard que l’Occident portait dessus. Un regard qui voudrait l’enfermer dans un folklore inoffensif, dans une grandeur passée et mythologique, comme en témoignent les photographies jaunies de Palmyre ou de la vieille ville de Jérusalem. Un voyeurisme renforcé par la duplication. Éditée sous forme de cartes postales énormément diffusées, la photographie orientale est soumise aux injonctions coloniales, elle se monnaye entre producteur et consommateur. « Ces images ont été essentiellement produites par des photographes européens, avec une visée commerciale », souligne Yasmine Chemali. Sous couvert d’une documentation (factice), elles ont construit et diffusé fantasmes et préjugés jusque dans les années 1930. Charles Lallemand, Ludovico Hart, Femme chrétienne de Zouk Mikael (Liban septentrional) fumant le narguilé et préparant le café sur la terrasse d’une maison, vers 1863-1865. Tirage sur papier albuminé d’après négatif sur verre, rehauts de peinture, 29 x 22.5 cm. Publié dans Galerie universelle des peuples de Syrie, éditeur A. Varroquier & Cie. Collection Fouad Debbas/Musée Sursock Collection Fouad Debbas/Musée Sursock Ombres et lumières Le dispositif tel que l’ont conçu les deux commissaires, alternant images d’archives et œuvres contemporaines, nourrit une intéressante réflexion sur le medium photographique. Ainsi, au début du parcours, un projecteur dessine au sol les contours d’un Buddha méditant, réalisé en ombre chinoise par l’artiste Mac Adams, au moyen de galets très précisément disposés. Une image habilement mise en scène, un « objet illusoire utilisé à des fins idéologiques », comme le souligne François Cheval avec humour, en homme fasciné par la théâtralité visuelle. Plus avant, le diaporama Sparks, signé Wiktoria Wojciechowska, attire l’attention  : la toute jeune femme a photographié des combattants volontaires après six mois passés au cœur du conflit Ukrainien, en 2015. Leurs regards hanté touche d’autant plus profondément qu’un cartel indique ce qu’ils faisaient avant la guerre  : DJ, étudiant en marketing, barman, chauffeur, philosophe... La légende d’une image la renforce indéniablement ! En fin de parcours, c’est le travail de Louis Quail sur son frère schizophrène qui émerge particulièrement. Résumer un être humain à ses symptômes, comme un portrait stéréotypé, c’est ne jamais prendre conscience de l’infinie profondeur de sa vie. Au moment de conclure la visite, le commissaire esquisse un fin sourire  : « Cette exposition a été conçue pour contribuer à ce que l’on cesse de nous imposer une vision du monde. Après tout, former son propre regard est la seule manière de survivre dans ce monde vulgaire. » SELMA LAGHMARA ET GAËLLE CLOAREC La Fabrique des illusions jusqu’au 29 septembre Mucem, Marseille 04 84 35 13 13 mucem.org Nocturne exceptionnelle le 4 août Visite + Concert de Rami Khalifé Entrée libre
L’évasion des cartes Le temps de l’île, nouvelle exposition du Mucem, invente le lointain au Château d’If Le temps de l’île est une exposition composée de quatre espaces différents  : les îles « de l’ambiguïté », à la fois lieux d’évasion et d’enfermement ; les îles de la connaissance, des sciences de la nature, humaines ou sociales ; les îles du pouvoir géopolitique ; et les îles de l’imagination, littéraire, artistique ou cinématographique. Les commissaires Guillaume Monsaingeon et Jean-Marc Besse se sont interrogés sur toutes ces représentations, qui amènent à de profondes réflexions scientifiques, philosophiques, voire utopiques, derrière la figure tutélaire de Thomas More. Les 200 pièces qu’ils ont réunies proviennent d’institutions françaises, européennes et méditerranéennes -cartographies, relevés d’explorateurs, animaux naturalisés, mais aussi mosaïque romaine- ainsi que des œuvres d’art contemporaines, parfois réalisées spécialement pour l’occasion (peintures, sculptures, photographies ou vidéos). Fetish Map of the British Isles est une frappante carte des îles britanniques, entièrement recouvertes d’épingles colorées. L’artiste Chris Kenny y évoque puissamment le Brexit, comme si ce morceau d’Europe, lesté de perles et strass, allait défaire les liens symboliques qui l’attachent au continent pour voguer vers un destin plus kitsch. « L’exposition est un outil d’analyse du monde » déclare Guillaume Monsaigeon. Elle amène notamment à penser les problématiques environnementales, à travers en autres l’œuvre du collectif L'invention du lointain, Les îles antipodes David Renaud Antoinette Gorioux CMN Map Office Moving Lemuria from the Indian to the Pacific Ocean, qui mêle coquillages et déchets plastiques récoltés sur une plage. Les îles, qui subissent de plein fouet le réchauffement climatique, peuvent également être symptomatiques d’une actualité brûlante, comme celle de Lampedusa. La richesse thématique de l’exposition a un revers  : les deux commissaires l’ont souhaitée « lisible à beaucoup de niveaux ». Ils l’auraient voulu suffisamment ludique pour qu’elle soit adaptée également au jeune public, mais le côté scientifique, philosophique et littéraire prend le pas sur la vision divertissante souhaitée. Au bateau ! Sur ces mots s’achève la visite, comme une invitation au voyage. Que les visiteurs pourront prendre au pied de la lettre, en embarquant sur l’une des navettes qui relient le continent au Château d’If. Car le Centre des monuments nationaux s’est allié pour la première fois au Mucem, afin de prolonger l’exposition et permettre de vivre et ressentir l’expérience insulaire, et découvrir une série de cinq œuvres de David Renaud, L’invention du lointain. Cet artiste, enseignant aux Beaux-Arts de Lyon, explore notamment la représentation du paysage, mêlant volontiers science et fiction à ses tableaux, sculptures ou installations. Conscient de sa « chance exceptionnelle de se confronter avec un lieu tel que le Château d’If », forteresse construite au XVI e siècle sur les ordres de François I er, il a travaillé in situ, désireux de se frotter à l’âpreté du lieu géographique, comme à la fécondité du lieu littéraire qui inspira Alexandre Dumas. Le Comte de Monte-Cristo sourd sous ses œuvres, notamment sur la Place d’armes, avec son installation Tourisme d’évasion  : Île du Diable, Alcatraz, Garden Key, Makronissos... neuf îles ayant servi de prison et devenues touristiques, nommées sur autant de plaques métalliques disposées au sol, avec leurs coordonnées géographiques. « Que vient-on voir quand on visite ces espaces de contrainte du corps ? » CHEYENNE TYRAKOWSKI ET GAËLLE CLOAREC Le temps de l’île jusqu’au 11 novembre Mucem, Marseille 04 84 35 13 13 mucem.org L’invention du lointain jusqu’au 30 octobre Château d’If, Marseille Embarquement au Vieux Port (bas de la Canebière) 06 03 06 25 26/06 80 52 75 96/04 91 59 02 30 chateau-if.fr 37



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